Après une trêve de trois jours, les bombardements israéliens reprennent

Une grêle de mort a déferlé sur la bande de Gaza des semaines durant. A travers le monde, les gens ont été choqués et en colère en voyant ces images d’un père palestinien transportant les restes du corps de ses enfants dans un sac en plastique ou d’autres horreurs qui sont le quotidien de la bande de Gaza.

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Le nombre de morts palestiniens augmente rapidement vers les 2000, plus de 80% de ces victimes étant des civils et parmi eux de nombreux enfants, aux dires de l’ONU. Plus de 9 000 personnes ont été blessées. Au cours de cette guerre unilatérale, 64 soldats israéliens sont également décédé, ainsi que trois civils israéliens.

Plus de 460 000 personnes, sur une population de 1,8 million, ont été déplacées par l’armée israélienne, Tsahal, et ses attaques meurtrières. Beaucoup sont contraints de survivre dans des abris de fortune surpeuplés ou chez des proches. Une troisième attaque de missile mortel sur une école de l’ONU à Rafah, qui a tué au moins dix personnes, a démontré que nul endroit ne pouvait servir de protection contre le bombardement aveugle de Tsahal.

La destruction des infrastructures, qui a entraîné une pénurie d’eau potable et de nombreux problèmes sanitaires, pose le grave risque de l’apparition de maladies. La plupart de la bande de Gaza ne bénéficie que de moins de deux heures d’électricité par jour. Un tiers des hôpitaux et des dizaines d’ambulances ont été détruits. Comme les morgues manquent de place, les corps des enfants sont entassés dans des congélateurs.

D’immenses manifestations opposées à l’offensive contre Gaza et en solidarité avec les Palestiniens ont eu lieu à travers le monde. Malgré les rapports unilatéraux de la plupart des médias dominants – qui choisissent d’ignorer que l’Etat d’Israël occupe les terres palestiniennes et passent sous silence la construction de colonies illégales et le blocus de Gaza – l’opinion publique est résolument du côté des Palestiniens opprimés. La majorité des jeunes Américains s’oppose désormais à l’attaque israélienne.

La plupart des gens voient clair à travers l’hypocrisie des puissances occidentales. Les élites dirigeantes se lavent les mains du sort des Palestiniens massacrés tout en continuant à fournir leur allié Israël en armes et en fonds pour poursuivre sa guerre meurtrière. Après avoir annoncé que la plupart des tunnels de Gaza avaient été détruits, Israël a déclaré un cessez-le feu de 72 heures le 4 août dernier et a ramené en retrait ses troupes, en « position défensive ». Les combats et attaques aériennes ont désormais repris, au moins cinq Palestinens ont trouvé la mort lors d’un raid de l’armée israélienne vendredi 8 août, et des milliers sont à nouveau obligés de fuir. Après que tant de sang ait coulé, un cessez-le-feu finira bien par arriver, mais dans les extrêmes conditions de pauvreté, d’exploitation et d’oppression qui prévalent aujourd’hui, rien de fondamental ne changera pour les Palestiniens.

Les habitants de Gaza et l’Autorité palestinienne ne peuvent compter que sur leurs propres ressources, en solidarité avec le monde du travail dans la région et à l’étranger, pour se battre et gagner une paix durable et un véritable Etat.

De nouvelles luttes de masse contre l’oppresseur, l’Etat israélien, et contre les conditions sociales désespérées verront les travailleurs et les pauvres Palestiniens construire leur propre voix politique indépendante. Seules des idées socialistes peuvent mettre fin au système qui engendre la guerre, la terreur et la pauvreté pour les Palestiniens tout en parvenant à détacher la population israélienne de ses dirigeants de droite qui ont démontré leur incapacité à apporter la paix permanente en opprimant les Palestiniens.

Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

198-10Il y a 100 ans les Etats bourgeois d’Europe, après des années de conflits larvés autours des colonies, déclenchaient la plus grande boucherie que l’humanité avait connue : la 1ère guerre inter-impérialiste mondiale.

Ils furent peu nombreux à s’y opposer. La plupart des dirigeants socialistes des pays belligérants de la Deuxième Internationale, mais aussi des syndicalistes, qui en paroles depuis des années s’étaient opposés à l’escalade militariste, sombrèrent de la manière la plus servile dans l’Union sacrée avec leur bourgeoisie belliciste.

Jean Jaurès, l’un des leaders du socialisme en France, s’opposa jusqu’au dernier moment au carnage qui se préparait. On ne lui laissa pas le temps de continuer son combat contre la guerre, puisqu’il fut assassiné le 31 juillet 1914, par un obscur étudiant nationaliste. Le lendemain, le gouvernement français décréta la mobilisation générale soutenu par les leaders socialistes débarrassés de Jaurès.

Jaurès le socialiste réformiste

Issu de la petite-bourgeoisie du Tarn, il entre en politique à 25 ans en 1885, après des études brillantes en philosophie, comme député républicain du centre-droit (« opportuniste ») avec des préoccupations sociales. C’est la grande grève des mineurs de Carmaux en 1892, pour la défense d’un des leurs, élu maire socialiste de cette ville et immédiatement licencié, qui va le faire basculer vers le socialisme.

Jaurès pense que la socialisation des moyens de production peut advenir dans le cadre de la République bourgeoise au moyen de réformes sociales. Pour les réformistes, les socialistes doivent acquérir le pouvoir politique dans le cadre institutionnel du capitalisme afin de réformer la société capitaliste et la transformer en société socialiste petit à petit, morceau par morceau.

C’est dans ce cadre que Jaurès défendra l’entrée d’Alexandre Millerand (un autre socialiste réformiste et indépendant) dans le gouvernement du centre de Waldeck-Rousseau à la suite de l’effervescence née de l’affaire Dreyfus en 1899. Il prendra logiquement la défense de ce qu’on appellera le «ministérialisme» (l’entrée d’un socialiste dans un gouvernement bourgeois) et de l’activité pourtant inconsistante de Millerand. Cependant, après l’expérience Millerand, 1er socialiste dans un gouvernement bourgeois, il rompit avec cette orientation de bloc des gauches (alliance de courants socialistes et de la bourgeoisie « radicale et progressiste »).

Par son intelligence et grâce à son éloquence, Jaurès deviendra rapidement le leader du réformisme socialiste en France. Il s’opposera d’un point de vue théorique aux « marxistes orthodoxes » tel Jules Guesde. Mais en pratique, l’activité quotidienne militante des deux courants sera de plus en plus similaire.

Jaurès le pacifiste

Le capitalisme à la fin du XIXème entre dans une nouvelle phase de son histoire : l’impérialisme. Lénine le définira ainsi dans son livre L’impérialisme : stade suprême du capitalisme. Cette phase de pourrissement et d’accentuation des contradictions du système mène les Etats capitalistes à mener une politique coloniale systématique mais aussi à s’affronter pour défendre les intérêts de leur bourgeoisie.

Pour les socialistes marxistes ou réformistes (comme pour tous les internationalistes), il n’y avait pas d’intérêts communs à défendre entre la classe ouvrière et la bourgeoisie. Les socialistes au niveau international, de toute obédience, ont très vite entrevu les risques d’une déflagration mondiale et les débats autour des moyens à mettre en œuvre pour empêcher une guerre interimpérialiste. « L’école française » mettait en avant la grève générale comme arme du pacifisme ouvrier pour empêcher les guerres. Jaurès en fut le plus ardent défenseur. Il ne changera pas d’un iota sur la question jusqu’à son assassinat. Cependant, ses écrits, en particulier son livre L’armée nouvelle, publié en 1911, s’inscriront dans une perspective patriotique partagée largement à l’époque, et participeront à désarmer les travailleurs au moment crucial.

Pour Jaurès, comme pour d’autres avant lui, il fallait faire la distinction entre guerre offensive et guerre défensive : la première était à combattre au moyen de la grève générale afin de faire pression sur son gouvernement belliciste pour qu’il trouve grâce aux institutions supranationales du capitalisme une voie de conciliation avec le pays qu’il envisageait d’attaquer. La seconde permettait l’union du prolétariat avec sa propre bourgeoisie afin de lutter contre l’envahisseur.

Ce que Jaurès défendait, c’était l’idée du « peuple en armes » organisé en milices sur tout le territoire à l’opposé d’une armée en casernes coupée de la population, et contre l’allongement du service militaire à 3 ans. Une référence directe à la Révolution Française mais ramenée à l’idée chère aux classes dominantes de « défense nationale ».

Cette vision des choses de Jaurès était certainement induite par sa défense inconditionnelle de la République française et des ses acquis en termes de démocratie bourgeoise et de possibilités d’avancer vers le socialisme face à l’ensemble des autres pays d’Europe, tous encore sous un régime monarchique qu’il honnissait. Autrement dit, le patriotisme de Jaurès se confond avec la défense de la République.

Jaurès, le tribun du peuple

Quoi qu’il en soit, il fut le plus grand tribun que la classe ouvrière française ait connu. Un homme politique d’une force et d’une intelligence incomparable pour saisir les évolutions, emprunt de générosité et d’humanisme. Ses discours et ses écrits resteront parmi les plus beaux de la littérature politique.

Il apporta un élément central de l’activité socialiste à partir du moment où il s’engagea dans la défense de Dreyfus : la compréhension qu’aucune question ne devait rester étrangère au mouvement socialiste et à la classe ouvrière, à l’heure où les représentants « orthodoxes » du marxisme en France se confinaient dans un abstentionniste stérile justifié par le fait que cette question aurait été une affaire interne à la bourgeoisie.

Comme tout le monde, Jaurès était le fruit de son époque. Après la Commune, le prolétariat français ne se posa jamais concrètement la question de la prise révolutionnaire du pouvoir. Jaurès ne le fit pas non plus. Si les idées et les pratiques qu’il défendit (ministérialisme, patriotisme) participèrent à la faillite de la IIème Internationale, son réformisme était sincère, même si son exaltation le mena parfois à une extrême mauvaise foi. Son réformisme est à replacer dans la défense de la révolution française et de ses acquis. Pour lui, le socialisme devait être la continuation de la grande révolution. Le socialisme en était l’achèvement. Il parachèverait et consoliderait la République.

Venu du radicalisme bourgeois, Jaurès était devenu un socialiste réformiste qui évoluait sur la gauche. Un morceau de plomb arrêta cette évolution. Avec toutes ses limites, Jaurès reste immense comparé aux dirigeants du Front de Gauche d’aujourd’hui, lui qui disait clairement : « Le communisme doit être l’idée directrice et visible de tout le mouvement ». En cela, on est loin de ce qui peut être défendu à gauche du parti socialiste, de Mélenchon au PCF, dont l’idée « directrice » et « visible » reste le flou permanent vis à vis du PS et des Verts.

Yann Venier

Pour un mouvement de masse contre le massacre en Palestine et contre l’impérialisme

demos_palestine2014La barbarie de l’Etat d’Israël ne connaît guère de limites. Plus de 800 morts, dont plus de 80% de civils et des enfants par dizaines. Des quartiers entiers sont dévastés, privés d’eau et d’électricité, plus de 80 000 habitants ont été chassés de chez eux et survivent où ils peuvent entre les bombes, les obus et les ruines. L’opération menée par l’armée israélienne n’a rien d’une opération défensive comme le prétend Netanyahou. Elle n’a qu’un but, semer la terreur, écraser toute volonté de résistance tant dans les territoires palestiniens qu’au sein d’Israël. Une telle escalade meurtrière ne peut être stoppée que par un mouvement de masse  en Israël/Palestine et avec le soutien de millions de personnes de par le monde.

On ne peut s’empêcher de remarquer que c’est tous les deux ou trois ans qu’Israël lance une opération « défensive » qui se traduit par l’entrée de ses troupes dans un territoire palestinien (ou au Liban en 2006). Et le meurtre atroce de 3 étudiants israéliens début juin n’est qu’un horrible prétexte. Quel rapport les centaines de morts de Gaza ? ou d’ailleurs avec les 32, à ce jour, soldats israéliens morts, et combien parmi eux, de jeunes obligés de faire leur service militaire ? De plus en plus d’anciens soldats de l’armée israélienne témoignent des horreurs que leur impose le commandement militaire israélien.

On ne peut pas croire non plus qu’une opération d’une telle ampleur a été inventée juste dans les dernières semaines.

Le cynisme au plus haut de l’Etat

Netanyahou a lancé l’opération à un moment où une majorité de la population israélienne est en faveur d’un Etat palestinien. Après avoir soutenu l’implantation de nouvelles colonies (parfois même illégales d’après la loi israélienne), il s’agissait à la fois de paralyser le Hamas et d’écraser tout esprit de contestation parmi les palestiniens mais aussi parmi les israéliens qui contestent la politique du gouvernement. C’est aussi pour rappeler le très haut niveau technologique de l’armée israélienne à l’ensemble des pays de la région, notamment ceux qui sont en crise profonde.

Gaza est déjà sous tutelle complète d’Israël, même la délivrance d’une carte d’identité ou d’un passeport est soumis à l’approbation des autorités israéliennes. Un blocus total maintient une majorité de la population dans la précarité la plus extrême, toujours à court d’eau, de vivres, ou de médicaments. Comment ne pas comprendre dans ce cadre l’exaspération d’une partie des palestiniens ? Les roquettes envoyées à l’aveugle par les milices armées du Hamas ou autres ne servent à rien et sont contre productives, blessant outuant uniquement des civils. Mais elles sont de toutes façons sans commune mesure avec la puissance de feu de l’armée israélienne qui tue des civils par dizaines même quand les frappes sont soit-disant « ciblées » car le but recherché est celui d’instaurer la terreur dans Gaza.

La politique de Netanyahou et de l’armée israélienne est celle qui bénéficie aux grandes entreprises capitalistes et aux groupes ultranationalistes ainsi qu’aux colons. Ces derniers peuvent venir s’approprier des terres en chassant des paysans ou occuper celles qui ont été désertées suite aux opérations militaires. Les grands groupes continuent d’exploiter les travailleurs palestiniens et israéliens, et même les multinationales européennes et nord américaines trouvent leur compte, que ce soit dans l’eau, les services ou l’armement…

Une attitude complice des pays impérialistes

Le cynisme est le même chez Obama et son émissaire John Kerry, ou chez Hollande et Fabius. On « comprend » la nécessité d’Israël de se « défendre » mais on lui demande de faire preuve de « retenue »… un comble quand on sait que de toutes façons, tant les Etats Unis que la France sont impliqués dans des guerres qu’ils ont eux même créées ou suscitées à force de manipulation des élites locales et de putsch divers : Irak, Afghanistan, Mali, Centrafrique…

Mais si la position de Hollande est aussi ostensiblement pro-israélienne c’est avant tout parce que dans la région, l’impérialisme français a perdu en 20 ans tous ses collaborateurs : Liban, Syrie, Irak,… sont soit en plein chaos soit extrêmement défiants vis à vis de gouvernements français qui n’ont plus les moyens de soutenir des dictateurs (ce qui était le sens même de la politique dite « pro arabe » depuis le gaullisme). Le seul pays stable (et encore…) et puissant dans la région étant Israël, les divers gouvernements se sont ralliés à la politique de soutenir cet avant poste de l’impérialisme dans la région. Le PS étant désormais un parti complètement  procapitaliste, il suit également les intérêts de l’impérialisme de la bourgeoisie française.

De la même manière que le PS se précipite pour donner satisfaction au grand patronat et à leur chef de file Pierre Gattaz et geler les retraites ou faciliter les licenciements, Hollande multiplie les déclarations de soutien aux opérations militaires à une telle vitesse que l’UMP n’arrive pas à suivre, disposant certes du handicap d’être engluée dans ses magouilles financières et la corruption généralisée en son sein.

Evidemment, Hollande le fait de manière particulièrement servile, faisant du zèle en interdisant la manifestation de soutien à Gaza étouffant sous les bombes. Et comme aussi bien l’extrême droite juive que les groupes de hooligans anti sémites rêvent d’un affrontement raciste, il n’a pas été dur de trouver des provocations et des provocateurs pour justifier une telle interdiction. D’autant que mis à part le NPA, il ne s’est pas trouvé de parti à gauche du PS suffisamment anti-impérialiste et anti-raciste pour défier l’interdiction de manifester. Et même dans les villes de provinces où les manifestations étaient autorisées, c’est à reculons qu’une poignée de membres du Front de Gauche sont venus (le PS et EE-LV étant bien évidemment absents).

La gauche au pouvoir n’avait pas interdit de manifestation de ce type depuis le gouvernement Mollet-Mitterand durant la « guerre » d’Algérie, tout un symbole…

C’est Valls-Hollande qui « importent le conflit »

Le gouvernement et ses relais parlent du danger d’une « importation du conflit israélo-palestinien en France »… Mais qui, à part le gouvernement et des « autorités » juives qui ne représentent qu’elles mêmes, ainsi qu’une poignée de groupes musulmans de droite réactionnaires et quelques fachos anti-sémites, utilise ce conflit à des fins racistes ou politicienne et le caricature ? Certainement pas les dizaines de milliers de manifestants qui protestent contre l’injustice et la barbarie de l’armée israélienne, indépendamment de leurs origines, de leur sexe, de leur culture…

En utilisant une bagarre en marge d’une manifestation (bagarre provoquée par l’organisation raciste d’extrême droite bien mal nommée Ligue de défense juive) pour justifier une interdiction envers des dizaines de milliers de personnes, Valls et Hollande ne font que confirmer aux yeux de tous qu’ils n’ont plus rien à voir avec idées et les valeurs de la gauche et du mouvement ouvrier qui sont pour la liberté d’expression, le droit de manifester, et qui surtout savent s’opposer à une guerre coloniale quand c’en est une. Lorsqu’il y a eu les guerres en Irak, nous n’avons pas été accusés « d’importer un conflit » en manifestant contre celles-ci…

L’instrumentalisation des activités d’une poignée d’antisémites réactionnaires est évidemment une tactique, tout comme l’agitation autour du mensonge d’une « importation du conflit ». Le gouvernement essaie aussi de domestiquer la « gauche » et il y est partiellement parvenu mais il montre un peu plus son fond politique, qui est de gouverner de la même manière que Sarkozy avant lui. Et ils aident ainsi les éléments les plus réactionnaires de la communauté juive qui eux visent à fabriquer un amalgame qui ferait de toute personne qui critique l’Etat d’Israël un antisémite en puissance. Ces « dirigeants » se comportent comme des notables qui reçoivent leur lettre de mission du gouvernement israélien et appliquent la politique demandée en France, ils ne représentent absolument pas les personnes de confession juive, et ils ne doivent leur position qu’à la reconnaissance que veulent bien leur apporter le gouvernement et les médias.

Pour un mouvement de masse contre le massacre à Gaza

Quant aux antisémites, quels qu’ils soient, ils ne sont absolument pas des soutiens à la cause palestinienne bien au contraire. Ils ne font qu’inciter à encore plus de guerre, en restant soigneusement à plusieurs milliers de kilomètres du conflit. En Israël même, de nombreuses manifestations ont lieu contre la guerre, unissant travailleurs, intellectuels, jeunes,… israéliens qu’ils soient athées, juifs, ou arabes israéliens.

Ceux qui soutiennent vraiment le peuple palestinien ne se battent pas pour remplacer l’oppression d’un peuple par l’oppression sur un autre peuple mais pour en finir avec toutes les injustices. Le mouvement contre la guerre coloniale a toujours été un mouvement ouvert et tolérant, et anti-raciste.

Il faut amplifier la mobilisation en solidarité avec le peuple palestinien et particulièrement celui de Gaza. C’est un véritable massacre qui s’est amplifié avec l’opération terrestre. Les habitants de Gaza n’ont comme vrais soutiens que ces manifestations et les campagnes de solidarité comme l’ont été les flottilles pour Gaza qui ont tenté de forcer le blocus maritime. Certains défendent une campagne de boycott d’Israël et des produits importés de cet Etat. On peut comprendre l’impact moral de cette campagne et elle permet de dénoncer le cynisme de certaines multinationales européennes, nord américaines ou israéliennes, mais elle ne changera pas fondamentalement la situation sans lien avec des luttes de masse des travailleurs en Israël/Palestine. Parce que de fait, la plupart des Etats dominants soutiennent l’Etat d’Israël, depuis les Etats Unis jusque la Russie et que les échanges commerciaux dans le système capitaliste font que toutes les économies sont imbriquées (voir l’article de Judy Beishon : Une approche socialiste du boycott d’Israël). Pour que cessent les soutiens à Netanyahou et ses amis, il faudra lutter contre nos propres gouvernements et stopper l’ensemble de leur politique.

Les guerres ne cessent que pour deux raisons, soit par la défaite d’un des belligérants, soit par une crise politique telle dans un des pays qu’il doit cesser la guerre car la révolution approche. Dans le cas d’Israël Palestine, il n’y a même pas deux belligérants, puisque le Hamas est bien incapable de faire mieux qu’un semblant de guérilla, tandis que les diverses autres organisations palestiniennes et notamment l’OLP et le Fatah en Cisjordanie ne mènent aucune action de soutien réel au peuple de Gaza. Une grève avait été appelée le 21 juillet mais elle n’a pas eu de vraies suites à part quelques manifestations dont il faudrait qu’elles soient beaucoup plus massives. C’est un peu comme si le Fatah attendait que le Hamas tombe pour ainsi reprendre Gaza. Mais au sein de l’Etat d’Israël, la crise sociale éclate très régulièrement.

Le conflit en Israël/Palestine est avant tout économique. Il est dû à l’incapacité du capitalisme à fournir à chacun la satisfaction des besoins parce qu’il est entièrement guidé par la loi du profit. Il y a largement la place et les ressources pour tous les peuples qui vivent au Moyen Orient de coexister pacifiquement mais pour cela il faut que l’économie ne soit plus aux mains d’une poignées qui s’enrichit sur le dos de la majorité. En Israël, 23 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon les chiffres officiels. La guerre permet d’écraser temporairement une colère sociale qui s’exprime régulièrement comme lors du mouvement des tentes à l’été 2011 quand des centaines de milliers de personnes ont protesté contre le coût exorbitant du logement.

De même, toute une partie des dirigeants palestiniens, à Gaza et surtout en Cisjordanie, vit dans le luxe et en exploitant les travailleurs palestiniens. C’est cette classe dirigeante qui domine le Fatah et le Hamas et qui a par le passé poussé à l’arrêt des révoltes et qui bloque par tous les moyens la lutte du peuple palestinien et notamment sa meilleure arme qui serait une grève générale de masse.

Quelle voie pour la paix ?

Ce n’est ni l’ONU, qui est une chambre de conciliation entre les différents capitalistes, ni une énième conférence internationale qui apporteront la paix dans la région. Combien de crimes et de guerre l’ONU a-t-elle servi à cautionner ? De nos jours encore, au Congo, au Sri Lanka, et dans tant d’autres pays, des minorités sont massacrées et harcelées.

 Le rôle de l’ONU c’est de donner une apparence démocratique à ce qui reste des opérations impérialistes. Quant aux conférences internationales, elles se font sur le dos des peuples, réunissant bien souvent des dirigeants de pays qui défendent leurs intérêts propres et non ceux des peuples concernés.

Ce qu’il faut, c’est qu’au maximum de ce qui est possible les masses palestiniennes cherchent le lien avec les travailleurs et les jeunes israéliens que ce soit sur des questions sociales ou économiques, ou comme cela se fait dans certaines villes, contre la guerre. C’est cela que craignent le plus aussi bien la classe dirigeante israélienne que les dirigeants corrompus de l’autorité palestinienne ou les gouvernements corrompus des pays arabes voisins. En construisant un mouvement de masse contre le massacre à Gaza c’est cela que nous pouvons aider à émerger. Les Palestiniens ont le droit d’avoir un Etat s’ils le souhaitent. Mais aucun Etat n’est viable s’il est en permanence harcelé par une armée aussi puissante que l’armée israélienne, morcelé par la colonisation et appauvri par un blocus, ce serait un état fantôme. De la même manière, la situation actuelle ne peut que faire continuer la guerre de manière permanente pour les israéliens dont la grande majorité n’aura pas de vie correcte tant que persistera cette situation. Il y a la place pour une Palestine socialiste et un Israël socialiste au sein d’une fédération socialiste et démocratique de la région, c’est seulement ainsi, débarrassé des intérêts des groupes capitalistes, du militarisme de l’Etat d’Israël que les peuples de la région pourront construire une société commune.

Il y a assez de richesses dans la région pour que les populations du Moyen Orient vivent en paix. Aujourd’hui, des multinationales font un maximum de profits en exploitant cyniquement l’eau par exemple, et en organisant la pénurie d’un côté et le luxe et le gaspillage de l’autre.

Ce n’est qu’en construisant un mouvement de solidarité avec Gaza sur une base anti-impérialiste et anti-capitaliste que l’on posera les bases d’un véritable mouvement d’ensemble pour en finir avec les guerres et le colonialisme. C’est pour cela que tout en participant aux mobilisations contre l’agression sur Gaza, dans tous les pays où nous sommes présents (la Gauche révolutionnaire est membre du Comité pour une Internationale Ouvrière,  www.socialistworld.net, qui a des sections dans plus de 40 pays, et notamment en Israël/Palestine au sein de « Lutte socialiste », http://maavak.org.il) nous luttons pour le renversement du capitalisme et pour une société socialiste et démocratique, par la nationalisation sous le contrôle et la gestion démocratique des travailleurs et de la population des principaux moyens de productions, de distribution et d’échange. C’est ainsi en organisant l’économie pour la satisfaction des besoins de tous et toutes et non les profits d’une poignée qu’on construira une société débarrassée de la misère de la guerre et de l’oppression. C’est seulement ainsi qu’au Moyen Orient et dans toutes les régions du globe où il y a des conflits nationaux instrumentalisés par des classes dirigeantes avides de profits, les populations pourront mettre en place une société où les droits de tous seront garantis. C’est par un mouvement de masse des travailleurs, des jeunes et des masses pauvres des villes et des campagnes qu’on peut avancer vers une telle société : le socialisme.

Alex Rouillard

• Stop au massacre ! Pour la fin des frappes aériennes et des autres attaques contre Gaza ! Non à cette guerre, celle d’un gouvernement israélien acquis à la cause du big business et des colonies !

• Pour la fin du blocus de Gaza ! Pour le retrait immédiat de l’armée israélienne des territoires Palestiniens.

• Pour une lutte de masse et démocratique des Palestiniens, afin de lutter pour une véritable libération nationale !

• Pour des organisations des travailleurs et des jeunes indépendantes, en Palestine et en Israël, luttant ensemble contre la guerre, l’exploitation, les bas salaires…

• Contre le capitalisme, pour un État palestinien socialiste et démocratique au côté d’un Etat israélien socialiste et démocratique, avec Jérusalem pour capitale commune et garantie des droits démocratiques pour toutes les minorités, dans le cadre de la lutte pour un Moyen Orient socialiste et pour la paix.

L’article au format PDF : 4pages_palestineété2014

Une approche socialiste du boycott d’Israël

boycott-manifEn 2013, le célèbre physicien britannique Stephen Hawking a décliné une invitation à être orateur lors d’une conférence tenue à Jérusalem, rejoignant ainsi d’autres personnalités défendant le boycott d’Israël d’une manière ou d’une autre. Cette campagne de boycott, après l’horreur de la guerre de Gaza en 2008-09, l’assassinat d’assistants humanitaires turcs, les attaques de la Flottille de la Liberté, la semaine d’attaques militaires à Gaza en novembre 2012 [ce texte datant de 2013 on pourrait encore bien entendu rajouter les bombardements actuels dont la Bande de Gaza est actuellement victime] peu compter sur un certain soutien. Comment, selon nous, les syndicalistes combatifs et les défenseurs des idées du socialisme doivent-ils réagir face aux campagnes de boycott ? Questions-réponses.

Dossier de Judy Beishon du Socialist Party d’Angleterre et du Pays de Galle, initialement publié dans le magazine Socialism Today en juin 2013

Quelle est l’origine de cette campagne de boycott ?

Il y a eu plusieurs appels à des sanctions et des boycotts, certains provenant même d’Israéliens, après le début de la deuxième Intifada palestinienne en 2000. Ce mouvement a été confronté à une répression particulièrement brutale de la part du régime israélien. Lors d’une conférence des Nations Unies contre le racisme tenue en 2001 en Afrique du Sud, des sanctions ont même été évoquées. Les délégués américains et israéliens ont quitté la conférence en réaction. En 2002, une série d’organisations palestiniennes ont lancé un appel au boycott. Et, en 2004, à Ramallah, une campagne de boycott académique et culturel a été lancée.

Un an plus tard, un appel de la “société civile” en Palestine a suivi visant au “boycott, aux désinvestissements et aux sanctions” (BDS). Cet appel stipulait que la campagne doit être menée jusqu’à ce qu’Israël “se plie complètement aux lois internationales” et, par conséquent, mette un terme à l’occupation et la colonisation de toute terre arabe. Cela se réfère notamment aux territoires conquis par la Guerre des 6 Jours de 1967. Il a également été fait appel à la destruction du mur de séparation, à la reconnaissance des droits des citoyens palestiniens et au respect du droit au retour des réfugiés palestiniens.

Ces revendications étaient soutenues, à juste titre, par la plupart des organisations de travailleurs et des syndicats de par le monde. Beaucoup soutiennent aussi l’appel BDS. Mais la plupart du temps, les syndicats sont, et c’est compréhensible, très sélectifs par rapport aux éléments de cette campagne qu’ils soutiennent.

La solidarité internationale est-elle importante pour les Palestiniens ?

Évidemment ! Les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie vivent dans d’horribles conditions. Ils sont régulièrement attaqués par l’armée israélienne, qui vise à assassiner et à intimider. L’armée a pour ainsi dire totalement bloqué Gaza, alimentant ainsi le développement d’une énorme pauvreté, de la sous-alimentation, du chômage et des frustrations dans cette bande de territoire à forte densité de population. Les travailleurs du monde entier éprouvent un sentiment tout à fait légitime de colère et de dégoût vis-à-vis des brutalités et de la répression du régime israélien. Il est, dès lors, compréhensible que nombreux sont ceux qui veulent soutenir les campagnes de boycott ou de sanctions si cela peut avoir un effet. Le niveau de vie particulièrement bas, la discrimination et les aspirations nationales réprimées des réfugiés palestiniens dans les pays avoisinants et des Palestiniens en Israël même ne doivent pas être oubliés non plus.

Un boycott peut-il jouer un rôle dans la lutte palestinienne ?

Un certain nombre de formes de boycott peuvent renforcer la conscience autour du sort des Palestiniens et peuvent être utiles comme campagne complémentaire à d’autres actions et formes de soutien. Cela peut contribuer à la croissance du sentiment “d’isolement” ressenti à l’échelle internationale par la classe dirigeante israélienne. Cela peut aussi ajouter une pression pour l’obtention de concessions destinées à quelque peu améliorer le sort des Palestiniens. Dans certains cas, cela peut aussi mettre sous pression les bénéfices des capitalistes israéliens et des multinationales qui profitent de l’occupation israélienne.

Mais de manière générale, il y a des limites à ce qu’un boycott peut réaliser. Le cœur de la lutte pour la libération palestinienne doit consister en une action de masse des Palestiniens eux-mêmes. Particulièrement sous contrôle et organisation démocratiques des travailleurs palestiniens eux-mêmes, cela sera incomparablement plus efficace pour la lutte palestinienne que toute action provenant de l’extérieur.

Les Palestiniens ont organisé des actions massives lors de la première Intifada à partir de 1987. Cela a conduit à une série de concessions dans le cadre du processus des accords de paix d’Oslo, ce à partir de quoi l’Autorité Palestinienne (AP) a été mise sur pied en 1994. Puisque ce processus n’a pas conduit à des améliorations concrètes et que d’autres occupations juives ont suivi, la deuxième Intifada (qui a commencé en 2000) a alors pris place. Malheureusement, cette lutte ne se basait plus sur des actions de masse mais sur des groupes et organisations secrets qui, par désespoir, se livraient à des attentats suicide et à d’autres attaques sur les citoyens israéliens.

Ces dernières années, une nouvelle génération de Palestiniens est entrée en lutte. Cette génération a été influencée par le fantastique mouvement de masse de 2010-2011 en Tunisie et en Égypte. De grandes manifestations de Palestiniens ont eu lieu dans les territoires occupés et des actions massives ont également eu lieu en Israël, entre autres en solidarité avec les Palestiniens retenus dans les prisons israéliennes, mais il y a également eu des grèves contre la politique d’austérité. La « révolte des tentes » de 2011 fut ainsi le plus large mouvement social qu’Israël ait connu.

Ces mouvements nécessitent un plan d’action permettant leur déploiement avec une escalade du mouvement contre la politique d’austérité et l’occupation. Une lutte de masse planifiée démocratiquement peut être dirigée contre divers éléments d’oppression comme le mur de séparation, le vol de terres, les barrages ou la violence systématique de l’armée israélienne.

Les travailleurs et les pauvres tunisiens et égyptiens ont démontré à quel point des actions massives peuvent être efficaces, même si leurs révolutions n’ont pas encore mis fin à l’exploitation capitaliste. Des campagnes internationales pour un boycott ou des sanctions n’auraient pas pu écarter les dictateurs de ces pays, de même que la longue période de sanctions contre le régime de Saddam Hussein en Irak de la part des puissances occidentales capitalistes n’a pas mis fin au régime. Les sanctions impérialistes occidentales n’ont pas mis fin non plus au régime iranien. Ce régime utilise au contraire ces sanctions afin de raffermir son soutien, et ce sont les citoyens iraniens qui paient le lourd tribut que ces sanctions impliquent.

Les travailleurs doivent avant tout internationalement soutenir les Palestiniens dans la construction de leurs propres organisations de travailleurs indépendantes en dehors des ONG ou des politiciens pro-capitalistes. Ce n’est qu’alors que les masses palestiniennes pourront elles-mêmes décider de la manière de mener et d’organiser la lutte. Les syndicalistes peuvent créer des liens internationaux avec les travailleurs palestiniens organisés et leur offrir une aide matérielle. Des campagnes de boycott peuvent y contribuer pour autant qu’elles soient soigneusement choisies, mais elles ne doivent pas se substituer au soutien actif à la lutte de masse. Il est faux de croire qu’un boycott de l’extérieur – une forme d’action relativement passive – sera de nature à conduire à la libération de la Palestine.

Dans la lutte contre l’occupation, les Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza ont la tâche d’écarter les dirigeants politiques pro-capitalistes afin de poser les bases d’une société totalement différente : une société basée sur un programme socialiste qui sert les intérêts de la majorité de la population et pas ceux de l’infime élite au sommet.

Comment se fait-il qu’une majorité des travailleurs israéliens soient pour un État palestinien mais pas pour les campagnes de boycott ?

De plus en plus de juifs israéliens remettent en question l’occupation des territoires palestiniens. Pour l’instant, environ deux tiers de la population juive sont favorables à l’idée d’un Etat palestinien. Mais une intense propagande du gouvernement israélien et des médias est en cours pour justifier la prise de ces territoires en argumentant que c’est essentiel pour la sécurité du pays. Les attaques de roquettes tirées de Gaza sur des villes israéliennes sont utilisées pour justifier la répression, la construction du mur de séparation ou les limitations à la libre circulation des personnes et des biens. Officiellement, il s’agit de protéger les Israéliens. Cette instrumentalisation est renforcée par la peur d’attaques de la part d’autres pays de la région, de l’Iran en particulier. Dans le cadre de cette propagande réactionnaire, la campagne BDS est présentée par la plupart des politiciens israéliens comme étant antisémite et un rejet du débat démocratique.

Beaucoup de juifs israéliens craignent à juste titre pour leur sécurité et veulent, dès lors, protéger le pays. Ceci, en plus de la propagande constante, fait qu’une grande partie de la population israélienne estime que les partisans d’une campagne BDS ne comprennent pas la situation en Israël. Beaucoup de juifs israéliens sont très critiques vis-à-vis de la violence de leur gouvernement à l’encontre de la population palestinienne mais, en même temps, ils ne voient pas pourquoi les travailleurs israéliens devraient être sanctionnés par les conséquences d’un boycott.

Nous devons donc tenir compte du fait qu’une campagne de boycott peut servir la propagande du gouvernement israélien dans son propre pays et que cela peut creuser un fossé entre les travailleurs d’Israël et ceux du reste du monde. Il faut donc peser le pour et le contre entre ces conséquences négatives et les avantages.

Faut-il alors éviter toute forme de boycott à cause du point de vue des travailleurs israéliens ?

Pas nécessairement. Certaines formes de boycott ou de sanctions sélectives peuvent aider la cause palestinienne et, en même temps, être considérées comme moins hostiles par les travailleurs israéliens qu’un boycott général de tout ce qui provient d’Israël.

‘Sélectif’ pourrait, par exemple, signifier que l’exportation d’armes vers Israël soit visé ou alors boycotter des entreprises qui tirent leurs bénéfices de l’occupation en produisant des marchandises dans les colonies juives. Il est donc possible d’entreprendre des actions contre l’université d’Ariel dans les territoires occupés ou contre les ministres israéliens qui rendent des visites à l’étranger. Il existe donc de multiples possibilités pour donner un signal clair aux travailleurs israéliens que les actions sont dirigées contre l’establishment israélien et pas contre le commun des travailleurs. Cela serait encore renforcé en s’accompagnant d’une approche positive vis-à-vis de la lutte des travailleurs en Israël même.

En 2011, une campagne de boycott de l’université d’Ariel a été signée par 145 académiciens en Israël. Depuis, ce chiffre a encore augmenté. Le soutien international d’académiciens pour cette campagne est très utile et meilleur qu’un boycott de tous les académiciens israéliens sans distinction.

Des campagnes sont possibles aussi contre des entreprises non-israéliennes qui jouent un rôle dans l’oppression. Ainsi, l’entreprise Caterpillar produit des bulldozers qui peuvent être équipés de mitrailleuses. L’entreprise française Veolia fournit aussi des services à des colons juifs. En mai 2011, l’entreprise ferroviaire allemande Deutsche Bahn a dû renoncer à l’adjudication d’installation de voies pour la ligne entre Tel Aviv et Jérusalem afin qu’une partie de la ligne soit reconnue comme territoire palestinien par les Nations Unies.

Il est important que les organisations de travailleurs palestiniennes soient consultées lors de chaque appel au boycott. Un appel général touche, en effet, des entreprises qui occupent des Palestiniens. Le gouvernement israélien peut, de plus, se venger par l’imposition de sanctions à l’Autorité Palestinienne ou au travers d’autres mesures. Mais, en ce moment, beaucoup de Palestiniens soutiennent le boycott quelles qu’en soient les éventuelles conséquences.

Mais il faut remarquer qu’un boycott général de tout ce qui provient d’Israël n’implique pas seulement le risque de développement d’un fossé avec les travailleurs israéliens. Cela peut également détourner l’attention de ce qui est le plus efficace. Un certain nombre de produits sont d’ailleurs difficilement évitables. De plus, certaines pièces sont produites en Israël pour ensuite être assemblées dans d’autres pays et il n’est pas évident de voir le lien avec Israël. Beaucoup d’entreprises israéliennes essaient d’ailleurs de masquer leur origine sur le plan international en faisant passer des marchandises d’un pays à l’autre pour en dissimuler l’origine et ainsi devancer un éventuel boycott ou d’autres critiques.

Un boycott des consommateurs est de plus difficile à suivre et à développer. Une telle campagne dépend, en effet, des décisions de divers individus et beaucoup disposent d’informations insuffisantes pour soutenir automatiquement la campagne. Les médias traditionnels n’accordent pas non plus beaucoup d’attention à la campagne. Cela reste souvent cantonné à des campagnes de petits groupes qui diffusent essentiellement via internet et elles ne sont pas toujours menées démocratiquement.

Une campagne syndicale a potentiellement plus de possibilités. Les syndicats disposent des structures pour permettre une discussion démocratique, planifier une action et mobiliser leurs affiliés pour pouvoir la concrétiser efficacement. En 2009, les dockers d’Afrique du Sud à Durban ont par exemple illustré ce qui est possible en refusant de décharger un navire israélien.

Une autre gros problème avec un boycott général, c’est que cela émane souvent de groupes ou d’organisations qui considèrent tous les Israéliens comme des colons et qui sont très hostiles aux travailleurs d’Israël, assimilant trop facilement ces derniers à des sionistes qui acceptent une idéologie raciste et sont incapables de jouer un rôle progressiste. Un certain nombre d’organisations ne reconnaissent même pas qu’une classe ouvrière existe en Israël.

Une campagne BDS peut faire ressortir la colère contre les brutalités et toucher certains intérêts des capitalistes israéliens, mais des actions syndicales menées par les travailleurs israéliens peuvent toucher beaucoup plus durement les intérêts de ces capitalistes. Un boycott est embêtant pour la classe dirigeante israélienne, mais des actions déterminées des travailleurs israéliens constituent une bien plus grande menace pour leurs intérêts et, finalement, pour leur domination elle-même.

Les travailleurs israéliens feront-ils vraiment quelque chose contre l’occupation ?

Des mouvements de lutte émergent régulièrement contre les licenciements, les bas salaires et les coupes budgétaires dans les services publics ou autour de questions liées au lieu de travail. En 2011, comme déjà expliqué, un mouvement d’ampleur, “la révolte des tentes” a pris place contre des déficits chroniques de logement, de loyers trop chers et “l’inégalité sociale” en général. Il y a eu de grandes manifestations avec des centaines de milliers de participants. En 2012, il y a eu une grève générale de quatre jours pour pousser à des améliorations pour les travailleurs contractuels. Ces trois dernières années, il y a eu, entre autres, des actions de grève dans les hôpitaux, parmi les assistants sociaux, chez Haifa chemicals, dans les chemins de fer, à la compagnie aérienne et à beaucoup d’autres endroits.

Dans beaucoup de conflits, les travailleurs juifs luttent aux côtés de leur collègues israélo-palestiniens contre les attaques de leurs patrons. Cela renforce l’unité à la base même si les dirigeants syndicaux essaient autant que possible d’éluder cette question et ne réagissent pas à la discrimination spécifique dont sont victimes les travailleurs palestiniens en Israël.

Le gouvernement israélien a renforcé les attaques contre les droits démocratiques des Israélo-palestiniens mais aussi contre ceux de la population juive. Ainsi, en 2011, une nouvelle loi est sortie stipulant que quiconque appelle à un boycott d’Israël peut être poursuivi par la cible du boycott même si aucun « dommage » n’est causé.

Qu’en est-il de l’occupation ?

Il n’y a pas encore de grand parti des travailleurs israéliens capable de développer un programme dans lequel tant la lutte actuelle des travailleurs israéliens que le combat palestinien pour le droit à l’autodétermination seraient repris. Aujourd’hui, il n’est pas facile de savoir comment l’occupation peut être stoppée. Un développement ultérieur de la lutte des travailleurs des deux côtés de la division nationale et les étapes ultimes vers de nouveaux partis des travailleurs peuvent apporter du changement dans ce cadre.

Lors des élections de janvier 2013, un nouveau parti, Yesh Atid, a obtenu 17 sièges. Ce parti prétend représenter les classes laborieuses. Il s’agit d’un parti pro-capitaliste dirigé par le millionnaire Yair Lapid. Le parti rompt déjà ses promesses maintenant. Lapid est devenu Ministre des finances et mène une politique d’austérité dure. Mais la rapide percée de ce parti indique à quel point les électeurs cherchent une alternative aux politiciens établis.

La population israélienne n’a rien à gagner d’un conflit national. C’est leur classe dirigeante qui veille à ce conflit et a intérêt à ce qu’il subsiste. La colère contre le pouvoir des “magnats” en Israël – qui s’est exprimée récemment dans une protestation de rue contre le nouveau budget – peut mener au développement de la conscience autour de la nécessité de construire une alternative de gauche face aux partis politiques établis.

Si les Palestiniens des territoires occupés renforcent aussi leur lutte et s’il y a une approche positive tant des travailleurs juifs que des palestiniens pour leurs mouvements de lutte respectifs, des liens pourront se créer et la solidarité pourra être renforcée. Les deux mouvements de travailleurs en tireraient avantage. Un soutien plus large aux idées socialistes peut être un élément de ce processus. Cela peut constituer la base pour l’unique solution aux problèmes nationaux insolubles sous le système capitaliste, à savoir deux Etats socialistes existant côte à côte en Palestine et en Israël.

L’appel aux désinvestissements peut-il donner quelque chose ?

Naomi Klein estimait que l’appel aux désinvestissements constitue l’élément le plus important du BDS parce que les grandes entreprises détiennent le “véritable pouvoir” et pas les individus. Les multinationales auraient la possibilité d’imposer des sanctions. Mais leur motivation principale est le profit, pas les droits de l’Homme ou le niveau de vie des travailleurs. Habituellement, les grandes entreprises sont prêtes à travailler avec les régimes les plus oppresseurs pour autant que ce soit bon pour leur comptabilité.

Cela a donc peu de sens de faire appel à la bonté des grandes entreprises ou de les supplier de faire quelque chose. La seule manière de les pousser à faire quelque chose est de les y forcer. Pour cela, le poids de la campagne dans la société doit être suffisamment grand. La seule force dans la société qui soit plus puissante que les grandes entreprises se trouve dans le mouvement ouvrier organisé.

Des succès peuvent être enregistrés en faisant pression sur les entreprises pour désinvestir mais cette sorte de campagnes ne peut qu’être un complément. Le capitalisme est un système chaotique au niveau mondial. Si une entreprise désinvestit, il y en a d’autres pour prendre sa place. Pour le processus de paix à Oslo, beaucoup de multinationales ont répondu à l’appel au boycott contre Israël. Elles ne l’ont pas fait pour des questions de principe mais parce que le marché arabe était important. Une campagne de boycott à grande échelle n’a d’ailleurs pas mis fin à la répression de la population palestinienne.

En tout cas, seul un soutien critique peut être apporté aux campagnes de boycott émanant de capitalistes du monde arabe. Leurs motivations ne sont, en effet, par essence, pas déterminées par les intérêts de la majorité des Palestiniens. Avec de telles campagnes et propagande, ils espèrent accroître leur soutien local alors qu’en fait, ils ont plus en commun avec les capitalistes israéliens qu’avec les travailleurs et les pauvres de leur propre pays. Ce sont les organisations de travailleurs et donc surtout les syndicats qui devraient décider quelles formes de boycott seront utilisées

Le boycott contre l’apartheid en Afrique du Sud n’a-t-il tout de même pas été efficace ?

Le boycott contre l’Afrique du Sud faisait partie d’une campagne contre l’apartheid au niveau mondial, mais cela n’a pas constitué le facteur décisif pour le renversement du régime. L’apartheid est tombé par le fait d’actions de masse de la classe ouvrière noire, entre autres, des grèves et de la désobéissance civile. L’économie Sud-africaine a d’ailleurs connu une croissance durant les années de boycott, tout comme l’économie israélienne a continué à croître depuis le début de la campagne BDS.

Sous le régime de l’apartheid en Afrique du Sud, une écrasante majorité des travailleurs noirs sud-africains soutenaient le boycott contre l’élite blanche. En Israël, il n’y a pas une majorité de la classe ouvrière qui appelle à un boycott d’Israël. Nous devons le reconnaître, même si ça ne veut pas dire pour cela qu’aucune forme de boycott ne puisse être menée ou soutenue. Cela signifie, en revanche, que les socialistes et les organisations de travailleurs de par le monde doivent faire des efforts pour expliquer aux travailleurs israéliens qu’ils ne sont pas la cible du boycott et construire une approche qui se base surtout sur les contradictions de classe en Israël.

Les syndicats internationaux peuvent-ils construire des liens avec la fédération syndicale israélienne Histadrut ?

La direction d’Histadrut a toujours eu de bons contacts avec l’élite israélienne. Elle joue un rôle similaire aux dirigeants syndicaux de droite dans d’autres pays. Elle essaie autant que possible d’éviter la lutte des travailleurs et de passer des accords avec les patrons alors que ces accords ne correspondent pas à ce que veulent les travailleurs, qu’ils soient juifs ou palestiniens.

La direction d’Histadrut a soutenu la guerre brutale de l’armée israélienne à Gaza en 2008-09 et les attaques sur Gaza et la flottille de la liberté. Mais ces attitudes de la part des dirigeants syndicaux n’ont pas été le résultat d’un processus démocratique de consultation et de discussion avec la base syndicale. Différents éléments de la classe des travailleurs israéliens émettent régulièrement des critiques vis-à-vis des dirigeants d’Histadrut parce qu’ils ne défendent pas les intérêts de leurs affiliés. Ainsi, les travailleurs sociaux ont émis des critiques pendant et après leur grève en 2011. En 2012, une majorité du personnel des chemins de fer a décidé de quitter Histadrut après une lutte contre la privatisation. Ultérieurement, beaucoup se sont sentis obligés de se réaffilier parce qu’un juge a décidé que seul Histadrut pouvait représenter les travailleurs du rail.

Il est important que les affiliés d’Histadrut écartent les dirigeants de cette fédération syndicale et les remplacent par des leaders qui soient sous contrôle démocratique des affiliés. Le maintien de liens entre les syndicats internationaux et les affiliés d’Histadrut (au nombre de 700.000 affiliés, soit la large majorité des travailleurs organisés en Israël, Palestiniens et immigrés compris) est nécessaire. Il est plus facile d’atteindre la base si des liens formels existent encore avec la direction. L’objectif ne doit cependant pas être de soutenir les dirigeants d’Histadrut mais plutôt d’établir un dialogue et un lien avec la classe ouvrière organisée en Israël.

Succès pour les postiers des Hauts de Seine mais la direction de la Poste continue de réprimer les grévistes

poste92Les postiers des Hauts-de-Seine ont enfin gagné sur l’essentiel de leurs revendications : titularisation des précaires, délais de 12 mois pour la restructuration qui devrait entraîner des suppressions d’emploi. La grève s’était partiellement étendue à d’autres bureaux de poste en Ile-de-France, comme en Essonne en particulier à Epinay-sur-Orge (59 jours de grève) ou à Paris intra-muros (Paris 15) sur leurs propres revendications

La direction ayant joué le pourrissement du conflit, la lutte aura donc duré 173 jours (près de 6 mois !). Cette grève est la plus longue qu’aura connue la Poste malgré la répression de la part de la direction et de l’État, avec la complicité de certaines organisations syndicales, à laquelle ont dû faire face les grévistes : intimidations, calomnies et fausses accusations, procédures disciplinaires pouvant aller jusqu’au licenciement ou à la révocation, paie à zéro euros, interventions policières contre les piquets de grève, convocation au commissariat et même à la Sureté du territoire (anti-terrorisme !) et gardes à vue…

Une procédure disciplinaire ayant pour objectif la révocation du responsable départemental de SUD-PTT à Paris – Olivier Rosay – a été ouverte pour son soutien à cette grève exemplaire ainsi qu’à celle des postiers de Paris 7 qui avaient refusé de distribuer les tracts du FN. Le conseil de discipline aura lieu le 31 juillet. Un rassemblement de soutien est prévu dès 13h00 devant le 100 rue Maurice Arnoux à Montrouge.

La Poste craque de partout… les postiers résistent !

Mais il n’y a pas que dans les Hauts-de-Seine ou à Paris que les postiers en ont marre et qu’ils se mettent en grève, parfois soutenus par des collectifs d’usagers. Depuis le début de l’année, il y a eu des grèves de plusieurs jours voire plusieurs semaines dans une soixantaine de villes(*), dans des bureaux de postes ou dans des centres de tri. A Ajaccio, en Corse, le mouvement en est à plus de 70 jours de grève, la direction a essayé de monter un centre de distribution parallèle en mobilisant des cadres et en embauchant des CDD et des intérimaires, sans grand succès, ça s’improvise pas d’être postier, Partout les directions départementales de la Poste jouent le pourrissement et la répression face aux postiers combatifs qui tentent de résister à la dégradation de leurs conditions de travail dues aux restructurations et réorganisations, à la suppression d’emploi (89.000 postes supprimés en 10 ans) ou à l’accroissement du nombre de précaires corvéables et jetables à merci…

A l’instar des cheminots, des intermittents ou des salariés du privé en lutte, par leur combativité, les postiers prouvent la disponibilité des travailleurs et des travailleuses pour un véritable mouvement de résistance à la politique du gouvernement Hollande-Valls-Gattaz. Ce qu’il manque encore aujourd’hui, c’est une véritable stratégie syndicale pour s’y opposer réellement tous ensemble.

Non aux restructurations et à la dégradation des conditions de travail

Pour des embauches massives de postiers afin que la Poste puisse rendre un service de qualité

Pour la titularisation de tous les précaires

(*) à Montauban, à Nantes, à Peyrehorade, à Questembert et à Bubry, à Créteil, à Hyères, Ajaccio, à Aubigny-sur-Nère , Decazeville, à Rodez, à Nancy, à Faverges, à Saint-Nazaire, Vierzon et Sancerre et plus largement dans le Cher, à Mont-de-Marsan, dans le Pays Basque, à Nogent-sur-Seine, à Villard-Bonnot, à Crèvecœur-le-Grand, à Latresne, à Estrées-Saint-Denis, à Narbonne, à Lourdes, à Saint-Germain du Puch, à Saint-Gaultier-Argenton, à Bretenoux, à Fouesnant, à Cavaillon, à Lormont, à Calvi, à Espalion, Quimperlé et Moëlan-sur-Mer, La Madeleine, à Grenoble, à Chauny, à Albi, à Antibes-Juan-les-Pins, à Saint-Médard-en-Jalles, Carbon-Blanc, Cahors, Digne-les-Bains, à Céret, Labège, La Vallette et à la Seyne, à Castillon, à Bagnères-de-Luchon, à Luzenac, à Ribemont, à Mulhouse-Dornach, à Blain, au Havre, à Agen, à Bellême…

Mélenchon fait une pause… avec grand bruit

mélanchonMélenchon aime faire le buzz autour de sa personne. Pour dire qu’il prend du « recul » comme il dit, que la « pression est trop forte », il ne peut s’empêcher de tout ramener à lui, drôle de méthode pour évacuer la pression… « Il faut aussi que le grand arbre n’empêche pas le reste de la forêt de pousser »… rien que ça.

En gros, Mélenchon nous explique qu’il a tout faux depuis 2009 mais que c’est la faute des autres. Il explique à sa manière mais c’est en grande partie vrai, que le caractère « insurrectionnel » de sa candidature en 2012 en explique le succès. Mais il oublie d’expliquer que c’est dans un accord de long terme avec le parti communiste qu’il s’est engagé en fondant le Front de Gauche. Il fait mine de découvrir 5 ans après que ce parti, qu’il connaît depuis les années 70, a sa propre stratégie. Mélenchon se plaint que le PCF a choisi dans de nombreuses villes un accord avec le PS aux municipales mais il ne raconte pas à ses lecteurs que c’est le cas depuis 1977, et que depuis, cet accord a été reconduit bien que le PS soit devenu de plus en plus ouvertement procapitaliste. Pourquoi ? Parce que Mélenchon ne veut pas rompre avec le réformisme, et sa « révolution citoyenne » ou sa « révolution par les urnes ». Il ne veut pas remettre en cause sa propre participation gouvernementale avec Jospin ou son soutien indéfectible à Mitterrand. Il fait semblant de découvrir des désaccords avec le PCF. Pourtant, en février dernier, il vantait la possibilité d’un accord avec Europe Ecologie sur la base d’une liste de circonstance à Grenoble avec un pur produit du « capitalisme vert » l’actuel maire de Grenoble, Eric Piolle. On voit mal la différence de fond avec les élus PCF qui prétendent que le PS a accepté leurs demandes dans les villes où il y a eu accord aux municipales.

Volatilité ?

Mélenchon n’est pas à une contradiction près. En 2012-2013 il dit « qu’ils s’en aillent tous », en 2014 il dit, à propos de la possible élection de Marine Le Pen à la présidentielle de 2017 (c’est quand même loin dans le temps…) « elle y arrivera, (…) parce que la société est en train de se diriger vers le point ‘qu’ils s’en aillent tous’ Et quand le point ‘qu’ils s’en aillent tous’ est atteint, tout saute en même temps ». Où est le problème ? N’est ce pas ce qui s’est passé en 1789, ou lors de La Commune de Paris, ou ce qu’il a manqué en Mai 68, une révolution qui chasse du pouvoir tous les corrompus et les privilégiés. En fait, Mélenchon ne veut pas pousser au bout la logique du « prenez le pouvoir » qui était pourtant un très bon slogan de campagne en 2012. Si le peuple prend le pouvoir, ce n’est pas pour le repartager avec ceux qui l’enfument à longueur de journée, qu’ils soient au PS, à EE-LV ou à l’UMP. Quant à savoir si Le Pen y « arrivera »… ce fatalisme ressemble à la politique de l’autruche alors qu’il faudrait renouveler l’appel à construire un outil politique qui soit l’expression de la révolte qui gronde parmi les travailleurs, les jeunes, les chômeurs…

Le combat continue

Prendre le temps de réfléchir et d’analyser est indispensable pour changer la situation. Que Mélenchon ait besoin de recul, on peut le comprendre, mais il y aurait certainement autre chose à dire dans ce cas, et en tous cas si on veut vraiment prendre du recul, on ne se fend pas d’une interview quasi uniquement centrée sur soi-même. Ça, ça ressemble plus à un moyen d’attirer l’attention et faire parler de soi que de se mettre à l’écart.

Que le FdG soit un échec définitif, on en sait rien. Par contre ce qui est sur, c’est que s’il ne s’oriente pas réellement vers les couches les plus exploitées et les plus opprimées, s’il ne devient pas un porte parole de la lutte contre la politique d’Hollande-Valls-Gattaz, alors le FdG ne sera pas l’instrument qu’utiliseront des millions de travailleurs, de jeunes, de chômeurs, pour organiser leur colère et la transformer en lutte. Et il est clair que ce n’est pas l’orientation que proposent des forces comme le PCf ou autre.

Entre temps, loin des préoccupations de la présidentielle de 2017, il va falloir affronter le plan d’austérité du gouvernement et les nouvelles attaques patronales, et c’est cela qu’il faut préparer.