[INTERVIEW] USA : Victoire pour une socialiste révolutionnaire à Seattle!

20131119Grafik7307735993243882235Des “conséquences fracassantes” aux Etats-Unis et internationalement

Le soir du 15 novembre 2013 restera une date marquant une étape historique dans la construction d’un nouveau mouvement socialiste aux États-Unis, la plus grande puissance capitaliste au monde. Kshama Sawant, candidate de Socialist Alternative (les partisans du Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO) aux USA) a été capable de remporter un siège au conseil de Seattle après que son adversaire ait concédé avoir perdu. C’est la première fois depuis de nombreuses décennies qu’un socialiste révolutionnaire remporte une élection aux Etats-Unis en battant le parti Démocrate, un parti qui prétend être favorable aux travailleurs. Le décompte des voix se poursuit toujours et confirme l’avance croissante de Kshama Sawant dans cette ville. En date du 18 novembre, Kshama avait reçu le suffrage de 93.168 personnes.

Sarah Wrack, Socialist Party (CIO-Angleterre et Pays de Galles)

Pourquoi avez-vous, avec Socialist Alternative, decide de vous presenter à ces élections ?

L’an dernier, nous avions déjà mené campagne pour la Chambre des représentants de l’Etat de Washington, j’étais alors candidate contre le président de la Chambre, Frank Chopp, probablement le parlementaire le plus puissant de l’Etat (Lire notre article Socialist Alternative remporte un score historique contre le Président de la Chambre des Représentants de l’Etat de Washington).

Derrière notre décision de mener cette campagne électorale, il y a notre analyse politique des conditions qui ont émergé suite au mouvement Occupy. Ce mouvement a été très actif puis, vers fin 2011 – début 2012, il a commencé à bifurquer vers des campagnes telles que Occupy Homes au Minnesota (contre les expulsions et les saisies immobilières) et ainsi de suite. Mais dans la plupart des cas, le mouvement commençait à perdre son souffle. Le sujet le plus important à ce moment était la réélection de Barak Obama et le fait que, pour ceux qui se considèrent comme des progressistes, la priorité était d’obtenir cette réélection parce qu’il était impensable de voir le Républicain Mitt Romney arriver à la Maison Blanche.

Bien entendu, Socialist Alternative est d’accord pour dire que l’aile droite ne doit pas disposer d’une telle opportunité, mais nous avons également fait remarquer que les Démocrates ne constituent en rien une alternative et que dans l’ensemble, la classe des travailleurs n’a pas bénéficié de la politique des deux partis du Big Business, qui sont dans les faits deux ailes d’un même grand parti pro-capitaliste.

En fait, l’administration Obama est en elle-même un bon exemple de la manière dont les Américains progressistes placent leurs espoirs dans les Démocrates années après années pour ensuite devoir faire face à toute une série de trahisons. Toutes les promesses concernant les soins de santé, les détentions à Guantanamo Bay, la fin de l’occupation de l’Afghanistan et les attaques de drones,… n’ont pas été tenues. Les attaques de drones ont augmenté, la présidence d’Obama a été marquée par le plus grand nombre d’expulsions de sans-papiers et, en tant que professeur, je peux vous garantir que l’assaut contre l’enseignement public et contre les syndicats d’enseignants a été plus aigu sous Obama.

La question qui se posait à Socialist Alternative était de voir comment pouvoir poursuivre les discussions politiques et d’approfondir la clarification portant sur la nécessité de rompre avec les deux partis de Wall Street et de rompre également avec le système capitaliste lui-même. Lancer notre propre campagne et illustrer par la pratique ce qu’une campagne populaire véritablement indépendante pouvait être nous a semblé constituer une stratégie efficace.

Nous avons mené campagne en refusant l’argent des grandes entreprises et sans chercher le soutien de l’establishment du parti Démocrate.

L’an dernier, nous avons obtenu 29% des voix, un score tout à fait remarquable : plus de 20.000 personnes avaient voté pour nous. Et nous nous sommes battus pour notre droit d’avoir ‘‘Socialist Alternative Party’’ sur le bulletin de vote (et non tout simplement le nom du candidat), tout comme nous avons cette année aussi mené ouvertement campagne sous le nom de Socialist Alternative.

Comment la campagne a-t-elle été organisée?

Les premières personnes impliquées ont été les membres de Socialist Alternative. Notre objectif principal au début était de développer la plate-forme de la campagne. Le thème fut discuté et débattu dans toutes les sections locales de Socialist Alternative. Nous avons particulièrement souligné trois points, dont la revendication d’un salaire minimum de 15 $ de l’heure, ce que nous avions déjà défendu l’an dernier. Cette année, puisque nous étions impliqués dans une campagne menée à travers toute la ville, notre revendication d’un salaire minimum a été discutée dans toute la ville de Seattle. Le second point concernait le droit de disposer d’un logement abordable et d’un contrôle des loyers. Le troisième était l’instauration d’une taxe sur les millionnaires pour financer le transport en commun et l’enseignement.

Notre campagne était placée sous le slogan : ‘‘make Seattle affordable for all’’ (rendre Seattle abordable pour tous), car Seattle est une ville très riche mais profondément inégalitaire. Y vivre est inabordable pour la grande majorité des gens, et en particulier dans les rangs des travailleurs à bas salaire.

Dès le début, il était clair que ces revendications attiraient l’attention enthousiaste de la classe des travailleurs à Seattle, ce qui nous a aidé à développer notre réseau de volontaires. De nombreuses personnes se sont senties galvanisées à l’idée d’une campagne électorale tellement différente du business-as-usual des politiciens pro-capitalistes.

Le fait que nous nous sommes engagés, en cas de victoire, à ne garder que le salaire moyen d’un travailleur a particulièrement suscité l’intérêt. Un membre du conseil de Seattle (qui en comprend 9) gagne 120.000 dollars par an, un salaire très élevé qui n’est devancé qu’au conseil de Los Angeles. La plupart des gens ne savaient pas qu’il en était ainsi et nous avons bénéficié d’un large écho en affirmant que nous ne garderions que le salaire moyen d’un travailleur, en consacrant le reste à la construction des mouvements pour la justice sociale.

C’est donc à travers la politique à la base de la campagne que nous avons été capables de construire une grande base de bénévoles. Plusieurs membres de Socialist Alternative ont travaillé à temps plein pour les organiser. Nous avions un bureau de campagne où étaient organisées des réunions de travail quotidiennement, en collaboration avec la direction locale de Socialist Alternative.

Nous avons de cette manière pu être en mesure de prêter attention à tout ce qui se passait dans la ville et de profiter de toutes les opportunités pour parler de la campagne, pour la faire connaître et disposer d’espaces dans les médias, chose véritablement nécessaire puisque nous étions en lutte contre un puissant Démocrate implanté au conseil depuis 16 ans déjà. Nous avons été capables de faire fortement ressortir les conséquences néfastes de sa politique mais aussi de celle de l’administration de Seattle en général et de montrer à quel point ces politiciens sont totalement en dehors de la réalité quotidienne des travailleurs. Grâce à tous ces efforts, nous avons pu construire une base de plus de 350 bénévoles, une grande source d’énergie pour la campagne.

Dans la dernière ligne droite, ce qui a beaucoup aidé la campagne, ce fut l’organisation d’une centaine d’actions le week-end précédant le jour du scrutin. Des partisans de Socialist Alternative se sont placés avec des affiches à tous les carrefours majeurs de la ville, plusieurs bannières ont été déployées au-dessus des autoroutes autour de la revendication d’un salaire minimum.

Cela nous a vraiment aidé pour convaincre les gens d’aller voter. La politique de la ville est tellement hors de la réalité des travailleurs et de leurs familles qu’il est normal que nombre parmi eux ne fassent pas attention à la campagne électorale, qu’ils trouvent ennuyeuse. Ils considèrent les membres du conseil comme de riches blancs issus de la classe supérieure, qui ne sont pas au courant de ce qui se passe sur le terrain et ne s’en soucient pas. Le défi auquel nous avons dû faire face ne consistait donc pas seulement à influencer des électeurs, mais aussi à pousser les habituels abstentionnistes à aller voter pour cette fois.

Nous avons également désiré approfondir le dialogue avec les gens. Nous sommes marxistes, nous ne pensons pas que l’arène électorale est la plus favorable pour la construction des mouvements sociaux. Nous avons voulu montrer un exemple de la manière dont cela pouvait être fait, avec une implication active dans la campagne. Je pense que c’était là notre plus grand défi, et que nous nous en sommes plutôt bien sortis.

Mais nous ne pouvons pas tout simplement parler de notre campagne. Nous devons aussi mentionner qu’elle a été menée au même moment que la lutte des travailleurs des fast food. A Seattle tout particulièrement, ces travailleurs en lutte étaient très confiants en leurs possibilités, et nous nous sommes montrés solidaires de leur combat. Un scrutin portant sur l’instauration d’un salaire de 15 $ de l’heure a aussi été lancé à Seatac, une ville voisine de Seattle où se trouve l’aéroport international. Le thème était très précisément la question du salaire des travailleurs des aéroports. Tout cela a contribué à l’élan de la campagne.

Comment les gens ont-ils réagi au fait que vous vous êtes présentés ouvertement comme socialistes ?

Pour la plupart des gens, ce qui est surtout ressorti, c’est que nous luttions pour un salaire minimum de 15 $ de l’heure.

Ce qui est vraiment attiré l’attention, c’était l’audace dont nous avons fait preuve sur cette question, contrairement à ce qui se fait généralement. Pas mal de gens qui approuvaient notre campagne et avaient l’expérience des partis bourgeois nous disaient : ‘‘vous devez baisser le ton, ne critiquez pas tellement l’administration.’’ On m’a même souvent demandé: ‘‘pourquoi devez-vous toujours commencer chaque discours en disant: ‘‘Je suis un membre de Socialist Alternative’’?’’

Ils voulaient me dissocier de Socialist Alternative parce que la politique électorale américaine est normalement centrée sur des personnes et des personnalités, pas sur des organisations collectives ou l’effort collectif. Mais nous avons complètement rejeté cela. Nous avons été plus audacieux et avons été implacables en présentant notre politique et affirmant clairement que chaque personne qui aimait cette campagne et son aspect combatif devait savoir que cela avait directement à voir avec le fait que nous sommes des socialistes révolutionnaires.

Beaucoup de gens ne se souciait du reste pas tellement de l’étiquette, ils se souciaient du fond de la campagne. Mais pour une certaine couche, cela était important. Certains disaient ‘‘Eh bien si c’est ça une campagne socialiste, et que je suis d’accord avec tout, alors peut-être bien que je suis moi-même un socialiste, peut-être que j’ai besoin d’entrer en discussion avec Socialist Alternative.’’ Des personnes ont rejoint notre organisation, où sont en discussion à cette fin, parce qu’ils ont approuvé ce que nous avons dit et que leur confiance a été renforcée par notre ardeur à nous battre pour la victoire.

Quels sont vos projets maintenant ?

Tout d’abord aujourd’hui [le 17 Novembre] nous avons un grand meeting pour réunir tous ceux qui ont participé à la campagne et pour célébrer notre victoire. Mais il sera également question de donner une idée de la voie à suivre pour l’avenir : que doit-il maintenant se passer ?

Nous ne voulons pas limiter à parler de la campagne et de ce que nous allons faire au conseil de Seattle, nous voulons aussi aborder la signification de cette victoire. Quelle est la signification de la victoire d’un socialiste révolutionnaire au conseil d’une grande ville américaine ? En de nombreux points, il s’agit d’un bouleversement pour la gauche en général, en particulier aux Etats-Unis mais aussi au niveau international. Si cela a été possible, qu’est ce qu’on peut faire d’autre ?

La raison pour laquelle nous obtenons l’attention des médias nationaux et internationaux n’est pas que nous avons gagné un siège au Conseil de Ville. Normalement, tout le monde s’en fiche. Ce qui est frappant, c’est qu’une personne ouvertement socialiste remporte un siège, que la campagne n’a pas bénéficié de l’argent des grandes entreprises et qu’elle n’a pas reposé sur l’appareil du parti Démocrate pour l’emporter. Nous avons besoin que la gauche tire parti de ces enseignements et se rende compte qu’il existe une ouverture pour construire des mouvements et construire une alternative anticapitaliste viable qui luttera pour les travailleurs, contre les deux partis de Wall Street.

Au Conseil, notre première priorité sera de pousser l’application d’un salaire minimum de 15 $ de l’heure. Nous allons rédiger une ordonnance à cette fin à destination du Conseil. Mais nous n’avons aucune illusion sur le fait que cela sera facile. Les grandes entreprises vont résister bec et ongles parce que Seattle est une ville importante, et qu’il leur faut éviter tout précédent. Cela pourrait avoir un effet domino sur d’autres villes. Nous devons donc continuer à soutenir la construction d’une mobilisation de masse autour de cette revendication.

Une des choses à laquelle nous allons maintenant œuvrer est l’organisation d’un meeting de masse, notre objectif est de réunir 10.000 personnes mais nous verrons comment ça se passe, début d’année prochaine, en soutien à cette revendication des 15 $ de l’heure.

J’ai vu beaucoup de commentaires disant qu’il y a quelque chose d’unique à Seattle. Bien sûr, il y a toujours des choses différentes d’une situation à l’autre, mais je pense qu’il est important pour la gauche de partout réaliser que, compte tenu de la crise du capitalisme (et en particulier en Europe au vu de la politique d’austérité qui y a été appliquée), il est absolument certain que de grandes possibilités existent. Si cela peut se produire dans l’antre de la bête, il n’y a aucune raison que cela ne puisse pas être fait ailleurs. Mais ce n’est pas automatique, et c’est pourquoi nous devons consciemment construire nos forces.

Grève à la FNAC contre le plan de licenciements

Samedi 30 novembre, les salariés de la FNAC étaient appelés nationalement à être en grève contre le nouveau plan social de la direction. Après celui de 2012, touchant d’autres secteurs, 183 emplois de disquaires sont menacés. A Rouen comme dans les autres magasins une trentaine ont débrayé de 14h à 16h. La moitié des disquaires est concernée.4 disquaires sur 8 risquent le chômage dès janvier. La direction favorisant l’achat de disques par internet et le recours à des emplois précaires si besoin. Il ne s’en cachent pas auprès des salariés! Un grand nombre de passants et clients de la FNAC ont signé la pétition et appuyé la mobilisation contre ce nouveau plan social, «un par an!» disent les grévistes.

Le travail le dimanche et le travail de nuit doivent redevenir des exceptions !

travail-dimanchePrésentée comme telle par les journaux, notamment avec le dessin de Plantu dans le monde, faisant l’amalgame entre fondamentalistes et militants CGT ; la question du travail le dimanche opposerait des gentils patrons qui essaient d’offrir un moyen pour leurs salariés de gagner un peu plus en travaillant le dimanche ou le soir et les méchants syndicalistes qui essaient d’empêcher ces mêmes salariés de travailler « librement ». Tout comme d’ailleurs ces mêmes syndicalistes veulent empêcher qu’on puisse acheter un parfum à 23h ou un tournevis le dimanche. La réalité, c’est une tendance qui s’accentue à banaliser les périodes de travail tardives ou dominicales pour les rendre « normales », et faire qu’un dimanche ou une soirée soit au bout du compte payé pareil qu’un mardi de 13h à 17h.

Une bataille patronale commencée il y a longtemps.

Dès les années 1970, des grandes surfaces remettent en cause cette la législation et manifestent leur volonté d’ouvrir le dimanche. Le but ? faire reculer peu à peu la législation. Les dérogations au principe du repos dominical se multiplient. Un rapport du Conseil économique, social et environnemental de 2007 en dénombre 180. En 2009, la loi du 10 août, tout en réaffirmant le principe du repos du dimanche dans l’intérêt des salariés, adapte le régime des dérogations avec la création de 607 zones déclarées touristiques en France (41 zones et 566 communes classées d’intérêt touristique) et celle de 20 périmètres d’usage de consommation exceptionnel (PUCE) installés dans les agglomérations de Paris, Lille et Marseille. Les préfets peuvent accorder des dérogations pour les entreprises ce qui se fait  « à la tête du client » .

Le travail du dimanche, gain ou jeu de concurrence pour le entreprises ?

Cette loi est aujourd’hui contestée et jugée trop complexe par le patronat qui a soutenu toutes les dérogations… Le débat sur l’ouverture le dimanche a été relancé par une décision du Tribunal de Bobigny qui interdit à des magasins de bricolage d’ouvrir le dimanche en région parisienne suite à une plainte de l’enseigne Bricorama. Les magasins de bricolage contestent cette interdiction alors que les jardineries bénéficient d’une dérogation permanente. La tactique de Bricorama est de dire « soit tous peuvent être ouverts, soit aucun ». Dans la réalité, c’est suite à la condamnation en justice de l’ouverture de ses 32 magasins en Île de France le dimanche que Bricorama a lancé cette plainte, soi-disant contre Leroy-Merlin et Castorama mais en espérant bien obtenir jurisprudence pour que tous puissent ouvrir. Déjà entre enseignes de grandes surfaces, certains ont porté plainte contre les autres pour ouverture illégale le dimanche car du coup ils « prennent » leurs clients qui n’iraient pas dans leur magasin pendant la semaine. C’est pour cette raison que le système actuel, avec des dérogations et les autorisations, les arrangent ; car si tous les magasins étaient ouverts le dimanche, une entreprise n’augmenterait pas son chiffre d’affaire par rapport à une autre. Cet argument est d’ailleurs celui utilisé pour protéger les petits commerces et les marchés en interdisant l’ouverture des Hyper le dimanche. Et ceci dit, ce n’est pas en augmentant la durée d’ouverture des magasins que les travailleurs vont plus « consommer » vu la baisse continuelle du pouvoir d’achat – due notamment aux bas salaires. Dans certains magasins, il est dit que 30% du chiffre d’affaire serait fait le dimanche, chiffre impossible à vérifier, mais on peut quand même dire que ce qui est vendu le dimanche pourrait l’être le samedi.

Travail du dimanche et de nuit , dérégulation pour profits maximum.

On nous dit aussi : « les pauvres travailleurs en horaires décalés, comment vont-ils faire pour pouvoir faire leurs courses ? » Les horaires actuels d’ouverture permettent quand même de pouvoir obtenir ce dont on a besoin, même quand on travaille en horaires décalés. La précarisation est un cercle vicieux. Plus les travailleurs ont des horaires de fou plus on peut imposer ailleurs le même type d’horaires. Si l’exception du travail la nuit ou le dimanche devient la règle, alors les maigres compensations (majoration de l’heure de travail, repos compensateur, primes) ne seront plus nécessaires pour imposer cette organisation du travail aux salariés, et d’autre part il faudra des transports, des services… qui correspondent et cela fait d’autres travailleurs précarisés. Et cette précarisation n’a qu’un seul but : faire plus de profit. La mise en place du travail de nuit et les 3X8 par exemple n’avait que pour but d’accroître la productivité et de rentabiliser les machines au détriment de la santé des hommes et des femmes. Maintenant les usines automobiles suppriment les équipes de nuit car les entreprises du secteur vendent moins de voitures, ou demandent un assouplissement des règles du travail de nuit (suppression des primes par exemple), et surtout licencient ces mêmes hommes et femmes à la santé dégradée. Le travail de nuit et du dimanche doit rester l’exception – et uniquement pour les métiers socialement indispensables comme les hôpitaux , les pompiers, etc.

Travail du dimanche : quelle réalité et quels avantages pour les travailleurs?

La loi accorde aux salariés des PUCE que le travail dominical se fasse sur la base du volontariat ; mais dans ces zones, il n’y a de contrepartie du fait des accords d’entreprise. Pour toutes les dérogations permanentes, il n’y a aucune compensation obligatoire. C’est ce que réclament les patrons des magasins de bricolage. Dans les commerces alimentaires, avec l’ouverture le dimanche et le décalage du jour de repos, les salariés peuvent légalement travailler jusqu’à 12 jours de suite sans être payés plus le dimanche !
Et pour les PUCE ou autres secteurs où le volontariat existe, ce n’est que sur le papier. Si les salaires n’étaient pas si bas, les temps partiels aussi fréquemment imposés, voire l’embauche conditionnée à ce « volontariat » , on trouverait moins de « volontaires » pour travailler le dimanche dans les enseignes de bricolage comme ailleurs. Par exemple, deux tiers des salariés de Castorama travaillent pour moins de 1 291 euros à plein temps. Des groupes comme Castorama sont tellement riches qu’ils peuvent se permettre de payer 120 000 euros d’astreinte judiciaire pour chaque magasin ouvert le dimanche en contravention à la loi. Ils bénéficient à plein régime des réductions et exonérations de cotisations sociales, car les salaires sont en dessous du seuil de 1.6 fois le SMIC. L’urgence c’est donc d’augmenter les salaires.

Les syndicats ont ils donc raisons d’être contre le travail du dimanche?

Oui. Pour toutes les raisons ci-dessus mais aussi d’autres non traitées ici (vie sociale et familiale, exploitation de la précarité et du manque d’aide sociale pour les étudiants…).
Dans beaucoup d’entreprises et de magasins des luttes ont eu lieu contre l’ouverture du dimanche, l’ouverture des commerces la nuit… Une majorité des travailleurs y étaient opposée et ont réussi par leur grève et le soutien des clients à obtenir satisfaction.
Mais dans le cas où ce sont des magasins qui sont ouverts depuis longtemps le dimanche la situation peut parfois se poser différemment. En effet, certains on pu gagner de réelles majorations salariales, même si c’est rare, ou des repos compensateurs. Une généralisation du système de dérogations et autres autorisations revient en fait à aider les patrons de ces magasins à revenir sur ce qui a été acquis par les salariés.
On l’a dit, la précarité entraîne la précarité. On comprend donc l’argument de « l’intérêt général » de l’intersyndicale qui a astreint en justice Sephora pour le travail nocturne ou d’autres pour le travail du dimanche. Mais le problème, c’est qu’en privilégiant le juridique, on finit toujours par perdre et on ne construit pas de rapport de force. La tactique de Bricorama en est un exemple, mais on ne peut pas passer non plus au dessus de l’intérêt de chaque travailleur, il faut les amener à s’organiser et à lutter. Il est possible de concilier les deux et c’est à ça que doivent servir en priorité les syndicats élus par les travailleurs et qui doivent les représenter. Par exemple, comment s’adresser aux travailleurs qui craignent pour leur majoration de 25% de l’heure travaillée le dimanche ? Pas en se battant pour un retour aux heures payées normalement mais en exigeant des majoration bien plus importantes et en organisant la lutte pour des augmentations de salaire. Au lieu d’obtenir la fermeture uniquement par le tribunal, l’intersyndicale aurait dû se concentrer sur le développement de la lutte et n’aller au juridique qu’en appoint des luttes ou quand celles-ci sont trop difficiles à mener du fait de la répression patronale, qui est très forte dans le commerce. Et le fait qu’il n’y ait pas de mobilisation pour le respect de l’interdiction est révélateur même si le collectif des bricoleurs du dimanche et un certain nombre de salariés sont utilisés par leurs patrons. La fermeture n’est pas un gain si il y a diminution de salaire ; surtout quand ceux-ci sont bas. L’attitude des syndicats devrait plutôt être de proposer aux travailleurs de lutter partout pour des augmentations de salaires, un vrai volontariat et une vraie compensation financière et de repos où cela n’existe pas. Pas sur que les patrons affrètent des cars pour aller manifester comme ils viennent de le faire. Bien sûr si les salariés deviennent en majorité pour la fermeture le dimanche il faut lutter pour. Ils est probable que cela le devienne bientôt car quand le travail du dimanche sera devenu la norme, les patrons voudront nous retirer les compensations comme aujourd’hui on veut retirer tous les avantages aux cheminots, aux travailleurs d’Air France, ou comme en Grande Bretagne où des supermarchés sont ouvert 24h/24 et 7j/7 sans qu’il n’y ait plus aucune compensation salariale.

Non au travail forcé le dimanche

Non au travail de nuit sauf dans les secteurs socialement nécessaires (santé par exemple)

Pour des majorations salariales fixées par les revendications des travailleurs en cas de travail le dimanche, idem pour les repos compensateurs

Pour l’embauche à temps plein et en CDI de tous les salariés du commerce qui le souhaitent

Pour la hausse du SMIC à 1500 euros nets

Les travailleurs ne doivent pas se laisser abuser par ces patrons qui les poussent à manifester et qui demain les licencieront sans remords : on voit ce que cela donne à Virgin !

Grève dans une des plus grosses entreprise d’Egypte

Tara Todras-Whitehill for The New York Times A demonstration on Sunday marked 100 days since the mass killing at Rabaa al-Adawiya, a square in Cairo where security forces fired on protesters while trying to break up an Islamist sit-in.

Une manifestation dimanche 24 novembre 2013, marquant les cent jours d’une manifestation pour empêcher un rassemblent des Frères musulmans, au Caire où la police a tiré à balles réelles sur les manifestants. Alors qu’une nouvelle loi interdisant quasiment les manifestations et rassemblement vient d’être voté, les travailleurs égyptiens tentent de défendre leur révolution. Photo : Tara Todras-Whitehill (New York Times)

 Les travailleurs des cristalleries d’Asfour, 18 000 salariés, premier producteur mondial, installées dans le quartier de Shubra au Caire, en étaient jeudi 21 novembre à leur 11ème jour de grève pour exiger :

– Un doublement du salaire qui passerait de 1 000 LE (livres égyptiennes) à l’embauche à 2 000 et alors que les ouvriers de cette entreprise gagnent 1 200 LE (le salaire minimum promis par le pouvoir actuel dans le public devrait être de 1 200 LE au 1er janvier 2014) après 10 ans d’ancienneté.

– Des contrats à durée indéterminée pour tous les précaires. En sachant que 11 000 des 18 000 salariés n’ont que des contrats à durée déterminée, devant être renouvelés chaque année.

– La réintroduction des ouvriers licenciés lors d’une grève l’an dernier.

– Des primes de départ ( car l’entreprise envisage de licencier à l’occasion d’une modernisation – les salariés étaient encore 28 000 il y a quelques années) conséquentes de plus de 30 000 LE, plus une somme allouée par année de travail en cas de départ négocié. Les travailleurs du site insistent sur le fait que beaucoup de salariés sont malades – en particulier des poumons – après quelques années de travail dans cette entreprise aux conditions de travail lamentables, et qu’ils ne pourront pas retrouver de travail.

Malgré les attaques de voyous payés par le patron, le site était toujours bloqué après que les salariés aient refusé les propositions du ministre du travail venu les voir le 21 novembre qui promettait pour sa part de meilleures conditions de travail, une santé mieux protégée, des embauches de précaires, la réintégration des licenciés mais rien de sérieux sur les salaires.

Par ailleurs les ouvriers du textile de l’usine textile de laine de Samanour ( 5 000 salariés) à Mahalla ont repris le travail le 19 novembre après que le gouvernement ait promis que leurs salaires de septembre seraient payés ( ce pour quoi ils étaient entrés en grève), que les ouvriers arrêtés parce qu’ils bloquaient les voies ferrées seraient relâchés et une somme de 10 millions de LE allouée à l’entreprise par l’État pour l’aider à aller de l’avant.

Par Jacques Chastaing

Photo : Tara Todras-Whitehill

Rythmes scolaires : une contestation importante

 manifestation-rythmes-scolaires-paris-L-qAShj1 La contestation contre les rythmes scolaires ne se fait pas contre l’évident besoin d’alléger le travail d’un enfant ou d’un jeune mais parce que cette réforme ne s’attaque pas aux principaux problèmes. Les programmes ne sont pas allégés et le principe des évaluations régulières n’est pas remis en cause. La fatigue due à une obligation de rythme soutenu et au stress qu’occasionne, à tout âge, le fait d’être jugé en permanence reste la même. Les difficultés scolaires ne sont toujours pas prises sérieusement en charge par l’Education Nationale qui laisse dans un profond malaise les enfants concernés.  Les classes restent surchargées à tous les niveaux de la scolarité avec pour conséquence du bruit, de l’agitation générant un épuisement plus important que dans un environnement calme. Et puis si les horaires quotidiens de l’école primaire ont changé, c’est un véritable casse -tête pour les parents qui travaillent et qui doivent aller chercher leurs enfants ou les faire garder.

Le capitalisme permet-il autre chose ?

Les vrais leviers à utiliser pour s’attaquer à la fatigue scolaire des enfants et des jeunes se heurtent aux intérêts des capitalistes qui ont besoin d’une école «efficace», favorisant une sélection rapide, un investissement financier minimum et une entrée rapide sur le marché du travail. Alléger les programmes scolaires est une solution pour retrouver un rythme de travail moins éprouvant et limiter l’échec scolaire mais pour que la formation finale d’un jeune reste identique, cela implique d’augmenter le temps complet de scolarité d’une année sans faire reculer le moment de prendre sa retraite pour éviter que le futur salarié soit pénalisé. En faisant ça on s’attaquerait aux intérêts des capitalistes car l’entrée sur le marché du travail serait retardée et le salaire indirect versé sur une vie de travail serait augmenté. De même, diminuer l’effectif par classe et favoriser la prise en charge de la difficulté revient à investir fortement une part de la richesse pour permettre à tous les élèves de suivre, alors que le capitalisme fait tout pour maintenir la sélection pour qu’elle cadre au plus près aux besoins des entreprises en terme de main d’œuvre, diplômée ou non. Et si on veut voulait réduire le temps de présence en collectivité des jeunes enfants (école, garderie, ce qui devrait être au choix de chacun), force serait d’adapter le rythme de travail des parents avec des enfants scolarisés, sans perte de salaire. Là encore c’est le patronat qui refuse de diminuer la part de profit qu’il fait pour en redistribuer une part aux salariés. Un gouvernement vraiment au service des travailleurs de leurs enfants et des jeunes aurait pris ces premières mesures pour qu’enfin on lutte contre la fatigue scolaire et se serait attaqué aux profits des capitalistes pour les mettre en place. Vincent Peillon s’est contenté de changer l’emploi du temps des élèves, du moins en apparence !

Une réforme pour transformer le système éducatif

Avec cette réforme le gouvernement a cherché à renforcer l’adaptation de l’école au capitalisme, tout en ménageant les parents et les enseignants évidemment sensibles à la fatigue des enfants. C’est un échec pour sa côte de popularité (54% des français souhaitent l’abandon de la réforme et 21% seulement sont pour)! Mais si cette réforme était maintenue, elle ferait vraiment évoluer le système scolaire vers une école encore plus axée sur les seules compétences « utiles » à un futur travailleur (pour caricaturer «lire», «écrire», «compter» et «utiliser l’ordinateur»), en laissant de côté les enseignements qui ouvrent l’esprit, apprennent à réfléchir (et à contester), à créer, à se cultiver, à faire du sport… A terme, des Communes, en développant les activités péri-scolaires pourront prendre en charge ces enseignements et l’Education Nationale les délaisser, aggravant les inégalités sur le territoire dues à la richesse des Communes et de leurs habitants, voire une disparition de ces activités pour certaines communes ne pouvant faire mieux qu’un goûter. La tentation des collectivités locales sera alors grande d’offrir àdes entreprises privées le marché juteux des activités péri scolaires avec l’externalisation des missions surtout si la même logique suit pour le collège en 2015 avec le chantier de la rénovation.

Une opposition naissante qui doit se joindre à d’autres

Le personnel (enseignamanifryhtmesnts et territoriaux) et les parents ont fortement contesté cette réforme les 13 et 14 novembre, mais aussi l’an dernier. Vincent Peillon a été totalement sourd à cette opposition légitime. Le combat pour la suppression de cette réforme s’annonce rude car il s’agit d’une réforme emblématique pour le ministre Peillon. De nouvelles journées sont en discussion. L’intersyndicale (CGT, FO et SUD) et le SNUIPP, présent dans seulement 40 départements lors de la grève 14 novembre, appelle nationalement à une journée de grève le 5 décembre. Ce doit être l’occasion de porter un débat susceptible de réunir l’ensemble des travailleurs autour d’une même revendication pour et aider à prendre conscience de l’affrontement nécessaire avec le capitalisme pour avoir un système éducatif qui cherche l’épanouissement de tous les jeunes.

  • Retrait de la réforme Peillon !
  • Titularisation des personnels précaires des écoles (Atsem, animateurs etc.)

Lors des assemblées générales et de la grève, il faut mettre en avant la nécessité de se joindre aux autres secteurs du privé et du public pour une lutte tous ensemble contre la politique du gouvernement et les attaques des patrons (licenciements, gel des salaires,,,) et de discuter de la préparation d’une journée de grève : tout le monde en même temps et le même jour.

 Par Luc Dechivré

Un logement de qualité pour tous !

dalLe secteur de l’immobilier est en mutation. Depuis le début du millénaire, 4 millions de nouveaux logements ont été construits. On dénombre 2,3 millions de logements vides en 2012, soit une augmentation de 400 000 en 12 ans.

En trente ans, la possibilité d’être propriétaire de biens immobiliers a évolué selon les classes sociales. Pour les milieux les plus modestes, il s’agit d’ avoir le moins possible de charges à payer à la retraite. Pourtant, ils sont deux fois moins nombreux à pouvoir s’offrir cette possibilité. Les classes moyennes, qui se souciaient moins d’avoir à mettre de côté pour leurs vieux jours, ont massivement fait le choix d’accéder à la propriété à cause de la flambée des prix. Les plus riches ont également fait ce choix, il sont deux fois plus nombreux à être propriétaires. Aujourd’hui, toutes classes sociales confondues, le nombre de foyers en cours d’accès à la propriété est en baisse significative : seulement 1 foyer sur 5 est un primo accédant. Les charges liées au logement ont fortement augmenté en proportion sur le budget des ménages aux revenus les plus faibles, pour être quasi nulles pour les plus riches.

Les 150 000 nouveaux logements par an pendant 5 ans, cadeau du gouvernement aux investisseurs!

Des fonds publics pour soutenir la construction et la rénovation de logements sociaux, c’est bien ! Mais pour les financer, l’Etat a fait un grand emprunt auprès des banques liées elles-mêmes aux agences immobilières, gestionnaires et syndics de parcs immobiliers. Est-ce de la philanthropie? La spéculation immobilière et la crise économique aboutissent à la nécessité de créer des logements sociaux : il y a une liste de 1,7 millions de foyers en attente d’attribution. Cela ouvre la voie, à côté des HLM publics, à un secteur bien lucratif pour les promoteurs, surtout qu’ils sont sponsorisés par l’Etat pour trouver les terrains, financer les travaux et s’assurer du versement des loyers. C’est un moyen sûr pour faire fructifier de l’argent sans avoir la crainte d’offrir des crédits à des foyers qui seront peut-être insolvables en raison de la conjoncture économique défavorable.

Un encadrement des loyers dans le privé «organisé» par la loi Duflot est à double tranchant : il réduira des loyers vraiment excessifs mais permettra aux propriétaires d’augmenter des loyers modestes.

L’accès à la propriété sans inégalité, est une lutte de longue date. Mais dans la dernière période, la spéculation dans ce secteur est telle que le nombre de logements vides et de résidences secondaires a augmenté de 37% en 13 ans.

Arrêtons de laisser se creuser le fossé entre les grosses fortunes et la majorité : un logement de qualité pour tous !

Réquisition des logements vides pour la collectivité!

Imposons la rénovation des habitations à la charge des spéculateurs!

Pour une baisse du prix des loyers et des charges, à maximum 15% des revenus !

Par Matthieu J
L’Égalité n°163 (oct-dec 2013)