Brésil: Une nouvelle étape franchie dans la lutte des classes

BresilManifestationsPar André Ferrari, LSR (CIO-Brésil)

La grève des travailleurs du métro a très précisément commencé à la date anniversaire du début des manifestations massives du mois de juin de l’an dernier. Des millions de personnes étaient alors descendues dans les rues de centaines de villes à travers le pays, révoltées contre une nouvelle augmentation des tarifs des transports en commun. À la suite de cette explosion sociale, les différentes autorités du pays ont été contraintes de revenir sur ces augmentations, mais elles n’ont en rien remis en cause le processus néolibéral de privatisation et de démolition des transports en commun publics. A partir de juin 2013 s’est ouvert un nouveau cycle ascendant des luttes de la classe des travailleurs dans un contexte de crise économique croissante et d’impasse du modèle économique et politique des gouvernements du PT (tant sous la présidence de Lula que sous celle de Dilma).

Si les luttes ont été plus fragmentées depuis lors, elles ont acquis un clair profil de classe. D’innombrables grèves ont eu lieu dans les secteurs public et privé. Ces batailles de classe ont touché non seulement les secteurs de travailleurs ayant de fortes traditions syndicales combattives (enseignement, banque, poste, métallurgie, etc.) mais aussi les secteurs plus précaires qui ont plus de difficultés à développer une organisation syndicale. Ce fut le cas des travailleurs publics du secteur du nettoyage à Rio de Janeiro, qui ont organisé une grève au beau milieu du «carnaval». Ils ont dû faire face à la brutalité et à la répression de la mairie de Rio de Janeiro, mais aussi à la pression de la bureaucratie syndicale pro-gouvernementale. Ils ont pu jouir d’un énorme soutien populaire et ont remporté une énorme victoire qui a stimulé des luttes similaires dans d’autres villes du pays. Ce fut encore le cas d’environ 28.000 du complexe pétrochimique de Rio de Janeiro. De même, les chauffeurs d’autobus de Rio de Janeiro et Sao Paulo ont organisé des grèves, en passant par-dessus la volonté de leurs dirigeants syndicaux. À l’heure actuelle, plusieurs secteurs sont en lutte et beaucoup en grève. Un des plus forts mouvements de grève se trouve dans les universités de l’Etat de São Paulo, notamment à l’USP (Université de São Paulo) avec des mobilisations intenses d’étudiants, d’enseignants et du reste du personnel.

Le rôle central du MTST

Au cours de ces dernières semaines, les manifestations dirigées par le Mouvement des Travailleurs Sans-Toit (MTST), principalement à São Paulo, ont eu une large attention. A l’aube du 3 mai, le MTST a mené une occupation massive de terres que leurs propriétaires destinaient simplement à la spéculation. Ce terrain est situé à quelques kilomètres du stade qui accueillera l’ouverture de la Coupe du Monde dans le quartier Itaquera, à l’est de la ville de São Paulo. Le stade a coûté près d’un milliard de Reals (400 millions de dollars), et l’occupation visait à illustrer le contraste entre d’une part les dépenses publiques destinées à stimuler les bénéfices de la FIFA, des grands constructeurs et des spéculateurs immobiliers et d’autre part la situation de vie précaire des travailleurs.

L’occupation d’Itaquera a été dénommée « la Coupe du Peuple », et elle implique aujourd’hui 4.000 familles environ. La Coupe du Monde a entrainé une forte augmentation des prix de l’immobilier (jusqu’à 200% dans certains quartiers de la ville) et de grandes augmentations de loyer. Des millions de travailleurs sont contraints de quitter leurs foyers et de vivre plus loin de leur lieu de travail, aggravant encore le problème de la mobilité urbaine dans une ville comme São Paulo. Les revendications consacrées au droit au logement et au transport font partie intégrante de la lutte pour le droit des travailleurs à disposer de leur ville, alors qu’elle est aux mains des entreprises.

Le MTST a pu organiser des marches de milliers de travailleurs sans-abri et de leurs alliés afin de défendre leurs revendications. La dernière a eu lieu le 4 juin, quand 25.000 personnes ont bloqué l’accès au nouveau stade tout juste une semaine avant l’ouverture de la Coupe du Monde. Cette manifestation a mis en évidence la force du mouvement, capable de menacer l’ouverture même de la Coupe du Monde.

Quelques jours avant, la menace d’une expulsion forcée du site Itaquera ouvrait la sombre perspective d’un bain de sang, puisque le mouvement avait opté pour la résistance. Mais peu après, le gouvernement fédéral de la présidente Dilma Rousseff (PT) a cherché à ouvrir des négociations et a indiqué que le gouvernement allait répondre aux revendications du mouvement. Le terrain occupé par la «Coupe du Peuple » doit être affecté à la construction de logements abordables avec des fonds publics sous l’administration du mouvement lui-même. Une fois confirmée une telle retraite de la part du gouvernement, cette victoire éclatante de la lutte du MTST ouvrirait la voie à de nouvelles luttes pour d’autres mouvements.

La grève du Métro

C’est dans ce contexte que la grève des travailleurs du métro a lieu. Dans ce cas, l’ennemi direct est le gouvernement de l’État de São Paulo dirigée par le néolibéral Alckmin (PSDB). L’approche des autorités a jusqu’ici été faite de brutalité extrême avec répression policière aux piquets de grève dans les stations de métro, menaces de licenciement et une grande intransigeance dans les négociations. Le syndicat des travailleurs du métro est dirigé par la gauche syndicale, généralement liée aux partis PSTU et PSoL, et bénéficie d’un large soutien dans le secteur. La plupart des dirigeants syndicaux sont liés à la fédération CSP-Conlutas, mais le syndicat du Métro n’est pas affilié à une fédération syndicale particulière. Les assemblées générales quotidiennes réunissent plus de 2000 travailleurs, sur environ 9500. Les piquets de grève sont organisés pour bloquer certains pans du réseau, puisque les patrons se sont mobilisés pour faire fonctionner certaines lignes de métro, en mettant par ailleurs en danger la population puisque le personnel n’est pas formé pour cela. Le gouvernement essaie à tout prix de tourner l’opinion publique contre les travailleurs du métro, sans beaucoup de succès. Mais la tâche est rude pour gouvernement Alckmin, puisque ce gouvernement et de précédents du PSDB sont impliqués dans un énorme scandale de corruption qui implique de grandes entreprises comme Siemens et Alstom, fournisseurs de matériel et de services pour le métro de São Paulo…

Dans le cadre de la préparation de la grève, le syndicat a dénoncé la politique du gouvernement Alckmin concernant les transports publics. Le syndicat a également proposé que, pour ne pas nuire à la population, les travailleurs annulent l’arrêt de travail en échange de l’ouverture des tourniquets de métro donnant ainsi gratuitement accès aux utilisateurs! La proposition a été bien accueillie par la population et a même servi à promouvoir le débat sur la revendication de la gratuité des transports publics, qui a gagné en popularité depuis juin 2013.

Mais le gouvernement, avec le soutien de la Cour du travail, s’est réuni ce dimanche pour juger la grève illégale, au motif que le syndicat ne garantit pas le bon fonctionnement du métro pendant les «heures de pointe», car il s’agit d’un service « essentiel ». Que reste-t-il du droit de grève si une catégorie des travailleurs est censée travailler à 100% durant une grève ? Les tribunaux ont imposé une amende de cent mille Reals au syndicat (40.000 $) par jour de grève et ont déclaré légitime le licenciement des grévistes. Les travailleurs se sont réunis à nouveau réunis en assemblée le dimanche 8 juin et ont décidé d’affronter le gouvernement, les médias et les tribunaux.

À l’heure actuelle, de nombreux secteurs du mouvement ouvrier et des mouvements sociaux, y compris le MTST et les organisations de jeunesse, se mobilisent pour construire une action de masse en soutien des travailleurs du métro. La force et la volonté de se battre des travailleurs du métro, avec le soutien populaire organisé en une grève, sont des facteurs qui peuvent être en mesure de pousser le gouvernement à la défaite.

Unifier les luttes et construire une grève générale de 24 heures

LSR (section du CIO au Brésil) a lutté de toutes ses forces pour construire l’unité des luttes qui se développent aujourd’hui dans le pays. LSR est notamment intervenu dans les luttes du MTST et de la CSP-Conlutas, le groupe le plus dynamique de la gauche syndicale, en défendant que ces deux pôles de lutte devaient agir de manière coordonnée, ce qui est maintenant en train de se produire. LSR a également préconisé la nécessité d’une conférence nationale des mouvements en lutte pour élaborer une plate-forme commune et un plan d’action commun. Nous avons également fait valoir qu’il est nécessaire de construire par la base une grève générale de 24 heures dans le pays.

Parvenir à une lutte unifiée des travailleurs du métro, des enseignants, des travailleurs sans-toit et des jeunes est une condition préalable à la réorganisation et à la reconfiguration d’un mouvement des travailleurs combattif et d’une gauche socialiste.

Des messages de solidarité avec les travailleurs du Métro peuvent être envoyés au Sindicato dos Metroviarios de Sao Paolo, sindicato@metroviarios-sp.org.br, avec copies à andre.ferrari@uol.com.br .

victoire à l’hopital bagatelle

1557808_5367757_480x300La grève se termine par une victoire pour  les douze salariés d’Elior Services (société sous-traitante de l’hôpital Bagatelle de Talence, qui emploie 55 Agents de service hospitalier, ASH) . Au terme d’un mois de grève -le mouvement avait débuté le 14 mai pour s’achever le 14 juin- ils obtiennent 120 euros d’augmentation et une rétroactivité sur 18 mois pour le changement de leur contrat et les heures en plus effectués dû à une réorganisation. Ils obtiennent également l’embauche de 3 personnes pour faire face à la surcharge de travail.

Solidarité avec les cheminots en grève !

chemPartout en France, depuis 8 jours, les travailleurs et travailleuses de la SNCF sont en mobilisation. Ils reconduisent leur grève pour dénoncer la réforme du transport ferroviaire discuté à l’assemblée nationale. Des manifestations et des actions ont lieu chaque jour dans la plupart des grandes villes de France.

Le gouvernement Hollande-Valls met tout en œuvre pour stopper cette grève. Soutenons les cheminots et cheminotes en grève ! Mettons un premier coup d’arrêt aux plans d’austérité !
Non à la casse du service public du rail , non à la réforme ferroviaire de Hollande Valls et Cuvillier !

25 ans après le massacre de Tienanmen

HK_0604-200x300Sept semaines qui ont ébranlé le monde

Le 15 avril 1989, l’ancien secrétaire général déchu du Parti ‘Communiste’ Chinois Hu Yaobang décède d’une crise cardiaque. Cet évènement anodin va donner le coup d’envoi d’un des plus grands mouvements de masse de l’histoire moderne, un mouvement qui déborde rapidement les espoirs les plus fous de ceux qui l’ont lancé et qui a été près de renverser le régime dictatorial du parti soi-disant ‘communiste’.

Par Vincent Kolo, Chinaworker.info

Le 17 avril, environ 700 étudiants et professeurs partent vers la Place Tienanmen («la Place de la Paix céleste») dans le centre de la capitale chinoise, à 15 kilomètres de leur université. Ils crient «Longue vie à Hu Yaobang! Longue vie à la démocratie! Non à la corruption! Non à l’autocratie! » Ces slogans vont par la suite résonner dans le monde entier tandis que des millions de personnes prendront part à des manifestations à Pékin et dans plus de 110 autres villes chinoises.

Un énorme mouvement de masse

Cinq jours après cette modeste première manifestation, ce sont plus de 200.000 personnes qui participent à une manifestation interdite le jour de l’enterrement de Hu Yaobang. Une grève étudiante de durée indéterminée est annoncée dans plus de 20 universités et instituts supérieurs de Pékin tandis qu’une organisation se met en place pour coordonner le mouvement.

A la mi-mai, les travailleurs commencent également à s’organiser et font les premiers pas vers la création de syndicats indépendants, ce que les dirigeants du pays craignent par-dessus tout. Le révolutionnaire russe Léon Trotsky expliquait qu’une révolution arrive quand les masses commencent à créer elles-mêmes les événements et, ce faisant, commencent à sentir quel pouvoir est le leur. C’est effectivement ce qui s’est produit en 1989. Le régime chinois de Deng Xiaoping, félicité par les gouvernements occidentaux pour avoir intégré des éléments de capitalisme dans son « communisme », apparaît plongé dans la confusion et impuissant face au mouvement qui se développe. Le gouvernement et l’armée sont profondément divisés. Il leur faut plusieurs semaines pour décider d’une riposte.
Dans la nuit du 3 au 4 juin, Deng Xiaoping et les partisans d’une ligne dure prennent la décision d’organiser un véritable carnage pour reprendre le contrôle de la situation. Plus de 200.000 soldats sont mobilisés pour envahir la capitale (presque autant que ce que les USA déploieront pour envahir l’Irak en mars 2003 !).

Selon Amnesty International, les confrontations au centre-ville causent au moins un millier de morts. Dans les semaines et mois qui suivent plus de 40.000 personnes sont arrêtées, surtout des travailleurs qui sont tout particulièrement visés. Ceux qui ont organisé des grèves ou simplement tenté de le faire sont condamnés à de longues peines de prison, voire même exécutés. La Fédération Autonome des Travailleurs de Pékin à peine née, qui avait lancé un appel à une grève générale pour essayer de stopper la répression militaire, est accusée d’avoir projeté une révolte armée contre le gouvernement et interdite tandis que ses militants sont massivement arrêtés.

Circulez, il n’y a rien à voir

Depuis lors, plus de 20 ans maintenant, il est interdit de revenir sur les évènements de « Liu Si » (le 4 juin). Seule la version officielle du régime peut être exposée, version selon laquelle il n’y a pas eu de morts sur la Place Tienanmen et Deng Xiaoping n’est intervenu que pour protéger la Chine du chaos social. Pour les dirigeants chinois (et leurs partisans à l’étranger), ce mouvement massif d’opposition populaire – où les participants chantaient l’Internationale et criaient des slogans en faveur du socialisme – n’était rien d’autre qu’une contre-révolution bourgeoise. La rapide croissance économique des années ‘90 et du début de ce siècle a servi de légitimation historique à l’intervention brutale du régime.

Mais la répression de cette révolte n’a rien à voir avec la crainte d’une restauration du capitalisme en Chine. C’est le régime lui-même qui a appliqué une politique de plus en plus capitaliste néo-libérale combinées au renforcement d’un pouvoir autoritaire. Ceux pour qui le capitalisme et la démocratie vont de pair ont bien du mal à expliquer ce qui s’est passé en Chine et pourquoi le modèle chinois est si populaire auprès des multinationales occidentales.

Cette année, le régime chinois était particulièrement sur ses gardes. Le 20e anniversaire de cette révolte a en effet pris place dans le contexte d’une crise économique sévère. Les commémorations du 4 juin n’étaient autorisées qu’à Hong Kong, où au moins 200.000 personnes ont participé. Dans le reste de la Chine, les mesures de sécurité ont été renforcées de même que la répression contre les militants pro-démocratie mais aussi contre ceux qui émettent des critiques de gauche et socialistes contre le régime.

Un moment clé de la crise des régimes staliniens

Le courage des étudiants et des travailleurs chinois et la brutale répression du mouvement par le régime a aggravé et accéléré la crise dans les autres pays à régime stalinien de parti unique, que ce soit en Europe de l’est ou en URSS même. Les pays staliniens ont été touchés par des crises persistantes et successives depuis la fin des années ‘70. L’industrialisation rapide des premières années – reposant sur la planification centrale de l’économie et de la propriété d’Etat des moyens de production – a cédé la place à une stagnation due au rôle de plus en plus parasitaire et étouffant de la bureaucratie. Faute d’implication active de la part des couches plus larges de la population dans l’organisation de la société et de l’économie, c’était inévitable.

La combinaison de la crise économique, de la nature répressive des dictatures staliniennes et des attaques de la bureaucratie contre les acquis sociaux a conduit à une hostilité grandissante face au «socialisme» au nom duquel ces régimes prétendaient gouverner. Un grand nombre d’intellectuels et d’éléments de la bureaucratie ont commencé à se détourner du «socialisme».

Dans tout le bloc stalinien, tant en Chine qu’en Hongrie, en Pologne ou en Yougoslavie, des parties de la bureaucratie ont commencé à considérer le capitalisme comme une bouée de sauvetage pour protéger leur propre pouvoir et leurs privilèges.

En Chine, la défaite des dirigeants maoïstes de la «Bande des 4» et la prise de pouvoir de Deng Xiaoping en 1978 ont constitué un tournant crucial, même si on ne peut pas dire qu’il existait alors un plan pour réinstaurer le capitalisme en Chine. Il s’agissait plutôt d’une tentative «pragmatique» d’introduire nombre d’éléments capitalistes – des revenus plus élevés pour les managers, une moindre protection sociale pour les travailleurs, plus de marge pour les investissements privés et pour une accumulation de richesse – au sein d’une économie bureaucratiquement planifiée. Dans le courant des années ’80, une aile plus consciemment pro-capitaliste s’est développée au sein du régime chinois. Deng Xiaoping et Zhao Ziyang en ont été les figures de proue.

Les changements économiques qui ont suivi ont été spectaculaires : privatisation de l’agriculture, développement accéléré des zones et des villes côtières par l’afflux de capitaux étrangers, liquidation de la plupart des protections sociales. C’est ainsi que les travailleurs chinois sont peu à peu devenus la main d’œuvre bon marché par excellence des multinationales étrangères.

CWI_china

Coupe du monde de foot 2014 : les travailleurs font leur entrée sur le terrain !

bresil15mai14Depuis juin 2013 les luttes « anti-coupe du monde » s’intensifient au Brésil devant la masse pharaonique des investissements. Partout, le slogan « Pendant la coupe il y aura la lutte » est scandé dans chaque état. Dans l’affolement, le gouvernement, coincé entre des intérêts privés gigantesques et la colère des classes populaires, utilise les médias et la voix des anciens joueurs comme Pélé pour appeler le peuple « au calme et à l’amour du foot. »

Mais alors, la passion du football aurait-elle quitté le Brésil ? Au moment où la coupe du monde arrive chez eux, 64 ans après avoir laissé filer « leur » coupe à l’Uruguay, et toujours en 2014 sur la liste des favoris, les Brésiliens tourneraient-ils le dos à leur sport national ?

En 2000, le football au Brésil comptait trente millions de pratiquants (soit 16 % de la population), 800 clubs professionnels et onze milles équipes amateurs. On évaluait alors à un millier le nombre de footballeurs brésiliens à quitter le pays chaque année pour vivre du football à travers le monde. En 2014, ces données ne sont pas remises en cause, bien au contraire. Avec ses 5 éditions remportées, le Brésil est toujours le « pays du football ».

Dilma, la présidente, comptait d’ailleurs encore récemment sur cet engouement footballistique pour que la crise se résolve d’elle-même dès le premier coup de pied donné au ballon. A quelques jours du coup d’envoi, tous les manifestants sont là pour lui rappeler qu’il n’en sera rien.

Mais le paradoxe n’en est certainement pas un. Si le football est bien dans le cœur de tous les Brésiliens et dans toutes les conversations, ceux-ci n’ont pas tardé à se rendre compte que quelque chose n’allait pas, quand les sommes d’argent public ont commencé à défiler sous leurs yeux, alors que les moyens alloués à l’éducation et à la santé sont toujours aussi inadaptés à la réalité sociale. La goutte d’eau qui a fait déborder la coupe a été, on s’en souvient, une augmentation de 20 centavos du prix des transports publics en juin 2013, déjà trop chers et insuffisants.

Depuis 2007 et l’attribution de l’organisation de la coupe du monde au Brésil, le coût de la vie augmente fortement, tant au niveau des produits de base que du logement (qui explose littéralement à Rio).

Les principales revendications portent sur les bases-mêmes de la construction de la société brésilienne : santé, éducation, meilleures conditions de travail, transport, logement et corruption. Aux yeux du gouvernement, ils sont des enfants gâtés, et la seule réponse apportée par l’Etat est la force : chars, hélicoptères, matraques, cavalerie, balles réelles. Au total, 2000 personnes en prison depuis juin 2013, et de nombreux morts (dont les autorités refusent généralement la responsabilité).

Dans la réalité, selon le programme des Nations Unies pour le développement, la 8ème puissance économique mondiale se situe à la 85ème place dans le classement des pays par leur Indice de Développement Humain (IDH). Celui-ci est calculé d’après trois critères : l’espérance de vie à la naissance, la durée de scolarisation et le niveau de vie.

Par ailleurs, d’après l’indice de perception de la corruption (CPI) créé par l’ONG Transparency International, le Brésil se situe à la 69ème place des pays les moins corrompus.

Les chiffres tellement enthousiasmants du chômage et de la croissance ne sont donc pas les seules données à prendre en compte pour comprendre la situation de la société brésilienne. Sa souffrance n’est donc pas « psychologique » mais s’appuie bien sur une réalité, et aujourd’hui, la coupe du monde se présente comme le moment pour la population de poser les cartes sur la table, de prendre son destin en main tout en prenant à témoin l’opinion internationale.

« La coupe pour qui ? »

On se souvient de la déclaration de Lula suite aux catastrophiques inondations suivies de glissements de terrain dans les favelas de Rio en janvier 2011 : « Ne vous inquiétez pas, tout sera prêt pour la coupe du monde ». Depuis, les expulsions se sont succédées, les hôtels de luxe ont fleuri, c’est ce que l’on a appelé la « pacification » des favelas.

Concernant les stades, les choix du gouvernement PT sont pour le moins curieux, dont celui de démolir des stades existants pour reconstruire des stades de luxe à prix exorbitant, celle d’organiser la coupe sur 12 stades dont 4 dans des villes où le foot est insignifiant. A Manaus, en pleine Amazonie, que va faire le club de 4ème division avec un stade de 40000 places ? En tout, le budget de la coupe du monde représente 17 milliards de dollars, soit plus que la coupe en Allemagne et en Afrique du sud réunies, dont 70% payés par l’Etat. Même la Fifa a déclaré en décembre 2013 qu’il n’a jamais dépensé autant pour la construction de stades.

Les constructions de stades dans les villes de Manaus, Cuiabá, Natal et Brasilia, inutiles à moyen terme, ont été financées par les programmes destinés au départ à l’adolescence, la scolarisation, la santé et le logement sans aucun projet réaliste pour la suite. Ce qui est sûr, c’est que c’est bien l’Etat qui assurera les dépenses d’entretien annuel.

Ainsi à Brasilia, le stade Mané Garrincha était prêt, mais a été démoli et reconstruit en dépassant même les exigences environnementales imposées par la FIFA. Il pourrait même être le premier stade au monde certifié LEED Platine ! Plus de 600 millions d’euros ont été dépensés et payés intégralement par le gouvernement fédéral. Les solutions imaginées pour l’après-coupe du monde seraient de louer le stade aux grandes équipes de Rio et São Paulo, alors qu’elles ont déjà leurs propres stades. Par ailleurs, quels supporters feront 5 heures d’avion pour aller voir leur propre équipe jouer à Brasilia ?

Dans le même ordre d’idées, le gouvernement d’Amazonie envisage de louer le stade de Manaus pour les équipes européennes pendant la saison d’hiver en Europe ! A moins de se moquer des supporters et d’en finir avec l’idée d’un sport populaire, cela paraît bien fantaisiste, les intéressés n’ayant d’ailleurs rien demandé.

Par ailleurs, pour honorer ses engagements envers la FIFA, la pression sur les travailleurs est telle que ce sont eux qui au final risquent leur vie : pas moins de 8 ouvriers ont trouvé la mort dans les chantiers par manque de sécurité. Leurs salaires ne sont pas seulement en retard, mais ils risquent aussi de ne pas recevoir la totalité.

Il suffit de considérer l’exemple sud-africain de la dernière coupe du monde pour s’imaginer ce qu’il adviendra des stades. Depuis 2010, les stades de Newspreut, Port Elisabeth, Polokwane sont très peu utilisés. Lee Cape Town stadium dans la ville du Cap est un emblème de l’inutilité de ces constructions. Le plus grand stade du Cap est abandonné car trop cher, même pour le rugby, le sport sud-africain le plus populaire, faute de moyens. C’est donc une dépense publique nette de plus de 3 milliards d’euros par an, la FIFA ayant refusé de détruire le stade afin de ne pas donner de mauvaise image pour les prochains événements de la Coupe du Monde.

Au Brésil, on calcule qu’il ne faudrait pas moins d’un millier d’années à l’Etat brésilien pour rembourser ces dettes, soit des générations d’emblée sacrifiées. C’est donc bien une vraie question que pose le mouvement contestataire aujourd’hui.

Le problème est-il circonscrit au football, ou au sport en général ?

La compétition sportive en soi n’est pas le débat. La plupart des compétitions sportives n’entraîne pas de telles interrogations, tant qu’elle ne saigne pas l’économie d’un pays. Mais la taille des enjeux financiers de la coupe du monde et les appétits qu’elle suscite pose et met en évidence des choix politiques et des priorités.

En 2013, lorsque les premières manifestations pour plus de moyens pour la santé et l’éducation, l’ancien champion du monde désormais retraité Ronaldo a voulu faire de la pédagogie : « Là, c’est la coupe du monde, et on ne fait pas une coupe du monde avec des hôpitaux ». Il s’agit bien d’un problème de choix politique.

De très gros marchés publics

Les trois plus grosses sociétés de BTP brésiliennes, dont Andrade Gutierrez et surtout Odebrecht avec un contrat à 3 milliards de dollars, qui détient de plus les marchés de l’aéroport international et de la rénovation du port de Rio, sont les grands gagnants. Quel que soit ce qu’il advient, ils toucheront l’argent de l’Etat, qui quant à lui devra compter sur une imagination débordante pour rentabiliser ses stades.

La FIFA, quant à elle, vit à 98% sur les recettes de la coupe du monde, principalement en droits TV et en marketing (soit 3,9 milliards de dollars en 2010). Sa dépendance à l’évènement est totale. Les très grosses entreprises du tourisme, des transports, des medias ont également en jeu de très gros intérêts financiers dans cet évènement.

La coupe est aussi le moment où les projecteurs sont braqués sur le pays. L’enjeu est aussi médiatique. Si les images qui nous viendront de la télévision seront sans aucun doute très séduisantes, ce que verront les touristes étrangers comptera également évidemment beaucoup. Et on a vraiment le sentiment que le gouvernement s’attache en premier lieu à cacher la misère et la balayer sous le tapis.

Depuis quelques années, des campagnes publicitaires gigantesques recouvrent les façades des immeubles du centre de Rio. Leur but : inciter la population à jeter leurs déchets dans les poubelles, ce qui est intéressant à comparer avec la situation sanitaire des favelas où les touristes ne mettront pas les pieds : gestion des déchets, des eaux usées, rien ne semble prévu face à cette situation sanitaire qui constitue le quotidien de ces habitants. En revanche, l’Etat a mis en place en vue de la coupe du monde les UPP, Unités de Police Pacificatrices.

Le massacre des Noirs dans les favelas et les quartiers populaires

Entre Rio de Janeiro et Sao Paulo, la situation dans les favelas est un état de guerre comparable à celle de l’Irak dans ses moments critiques. Les recherches montrent que 140 personnes meurent sous les coups et les balles de la police tous les jours. La « guerre contre le trafic de drogue » est une extermination de la jeunesse noire et pauvre des favelas.

Outre l’expropriation des habitants des favelas pour des spéculations immobilières ; la politique de « pacification » cache en réalité des milliers de morts, une répression très forte et une censure culturelle. Le gouvernement de Dilma pousse en effet des familles entières à la rue, car l’aide du gouvernement (250 euros pour 6 mois) ne leur garantit même pas un loyer de misère.

Dans cette guerre nommée « pacification », à aucun moment les habitants et les travailleurs présents sont pris en compte. Seule importe la survalorisation des zones hôtelières pour la spéculation immobilière en vue des futurs évènements sportifs. Tandis que certaines zones se retrouvent en effet sans conflits, des fusillades vont éclater dans d’autres quartiers pour aller tuer les trafiquants. Entre 1997 et 2012, dans l’Etat de Rio de Janeiro, on compte 12.560 morts par les actions de la police dans les favelas. Les circonstances des morts enregistrées sont nommées « Résistance suivie de mort » et non homicides, et les morts sont systématiquement coupables.

Une fois « pacifiée », la population n’a plus aucune possibilité de participation dans la vie du quartier. N’importe quel évènement culturel nécessite une autorisation policière, que l’on ait affaire à un « baile funk » ou à une simple fête familiale. Dans les écoles, l’Education a délégué à la police militaire la fonction de sécurité. Ainsi, les élèves qui se trouvent dans un conflit scolaire sont considéré d’emblée comme des criminels potentiels et sont soumis à des systèmes de vigilance de façon permanente. Jamais ce type d’opération ne pourrait se produire en dehors des favelas.

La population sous contrôle policier et la criminalisation du mouvement social reflète les séquelles d’une dictature militaire.

Le gouvernement ne s’attendait pas à une mobilisation de massive de travailleurs ces dernières années. Il se prépare maintenant à de nouvelles confrontations. Dilma a déjà affirmé que les forces armées était prêtes à intervenir en cas de besoin pour maintenir l’ordre pendant la coupe du monde, et le Ministère de la Défense a bien publié une autorisation de l’utilisation des forces armées contre d’éventuelles émeutes, le blocage des autoroutes, l’arrêt des activités productives, dégradation du patrimoine public et « invasion » de propriété, qu’il s’agisse en face de mouvement social, institution, association ou organisation non gouvernementale. Cela a déjà été mis en pratique lors des manifestations de juin, en utilisant tout l’arsenal répressif : cavalerie, hélicoptères larguant des bombes de gaz, tirs de balles en caoutchouc, etc. Cela montre bien à quoi la population doit se préparer pour les prochaines semaines.

Les travailleurs entrent sur le terrain

La coupe du monde ne fait finalement qu’exacerber une réalité sociale déjà existante en cristallisant les enjeux dans cette période. La lutte des classes au Brésil a seulement commencé. Les mobilisations pour la réduction du prix des transports en juin 2013 ont ouvert la boite de Pandore pour les autres revendications des travailleurs. Depuis, l’hostilité vers le gâchis publique a augmenté. Les grèves s’intensifient chaque jour dans différents secteurs : le pétrole, les éboueurs, les conducteurs de bus et de métros, la police fédérale, les enseignants, les étudiants, les sans-abri, ainsi que les habitants des favelas qui ont vu leur maison démolie pour la spéculation immobilière.

Les luttes de ces derniers mois a permis aux travailleurs de tester leurs forces, dès lors qu’ils s’organisent, même face à la bureaucratie syndicale. Même la police fédérale prévoit une grève de 24 heures deux jours avant le début de la coupe, ce qui pourrait interrompre tout service de contrôle à l’aéroport.

La coordination des mouvements permettrait de donner une base pour une grève générale de 24 heures. Ensemble, les travailleurs, les jeunes et le mouvement populaire disputeront le terrain de l’utilisation de l’argent public et de la coupe du monde.

Un calendrier commun de luttes pour les revendications : gratuité des transports collectifs, contre les expulsions des habitants des favelas, investissement dans le logement populaire, stop à la peine de mort dans les favelas et les quartiers populaires, 10% du PIB pour l’éducation et la santé, fin de la criminalisation des mouvements sociaux … serait un premier pas vers l’éradication du système de privilèges des parasites capitalistes.

Mariana Campos (militante de la Gauche Révolutionnaire –CIO- France) Alexandre Arnaud.

Hôpital Bagatelle Talence (33) : les agents de service hospitalier en grève depuis le 14 mai !

GetAttachment.aspx

21 jours que ces salariés déterminés sont en grève quitte à ne toucher aucun salaire !
Les « négociations » sont en cours entre les salariés Agents de Service Hospitalier de la société de sous-traitance Elior-Bagatelle et la direction de cette société qui propose une augmentation de… 12 euros.

Les grévistes sont toujours déterminés après qu’un non lieu ait été prononcé par le juge du tribunal de Bordeaux dans la plainte de la direction de l’Hôpital à leur encontre concernant le « bruit généré dans l’enceinte de l’établissement » (le juge ayant conclu que les salariés avaient respecté les injonctions à la lettre). Un coup de main de la direction de l’Hôpital au patron d’Elior ?

Leurs revendications des grévistes :

- des CDI pour certains depuis trop longtemps en CDD
- la reprise des échelons pour ceux nouvellement engagés
- prime de vestiaire proportionnelle aux heures travaillées
- l’arrêt des affectations (au gré de la direction) dans d’autres établissements que Bagatelle (autrement dit l’affectation à un seul établissement, Bagatelle)
- augmentation de salaire de 100 euros (actuellement 990)

Soutenons-les !

Et pour ceux qui habitent dans la région, apportez-leur devant l’hôpital quelques boissons, gâteaux ou participez à leur cagnotte afin qu’ils/elles tiennent le coup ! et n’oubliez pas de klaxonner en passant devant !