Pour une grève totale, qui stoppe les attaques !

Pas de répit pour les travailleurs avec le nouveau gouvernement, mais la riposte se fait attendre alors que la colère est bien là. Les attaques se multiplient contre toute la population sans que réellement un plan de bataille ne soit même discuté par les directions nationales des syndicats et les partis de gauche.

Les exemples des mobilisations sur les retraites et contre l’ANI sont frappants : une journée de grève nationale appelée, sans la moindre préparation, ni réelles perspectives à part des négociations avec le gouvernement. Résultat : les conditions de vie et de travail continuent de se dégrader, d’autant plus que le gouvernement et le patronat sentent que la voie est libre. Avant de penser à négocier quoique ce soit, il faudrait déjà mettre un coup d’arrêt eux attaques. Ça doit être l’objectif des prochaines mobilisations, qu’elles soient nationales ou locales.

A quoi ça sert de faire grève ?

Licenciements en pagaille, mesures racistes, impôts injustes, jeunesse sacrifiée... les raisons sont nombreuses pour taper du poing sur la table tous ensemble en même temps. Contre le gouvernement PS-Verts et contre les patrons : il nous faut une grève totale!

Licenciements en pagaille, mesures racistes, impôts injustes, jeunesse sacrifiée… les raisons sont nombreuses pour taper du poing sur la table tous ensemble en même temps. Contre le gouvernement PS-Verts et contre les patrons : il nous faut une grève totale!

Nous sommes nombreux à nous poser la question, quand nous voyons les appels à une journée nationale de grève comme cela a été le cas contre l’ANI ou plus récemment pour défendre les retraites. La grève est la principale arme des travailleurs contre le patronat et les gouvernements. Quand elle est préparée et organisée, c’est une arme redoutable pour les faire plier. Car c’est bien à travers leurs luttes, dont des grèves de masse, que les travailleurs ont su arracher des acquis sociaux et des hausses de salaires qui ont permis une amélioration générale des conditions de vie.

Quelle forme de lutte contre les capitalistes ?

La grève est une forme de lutte efficace car elle attaque le cœur même du système capitaliste : la production des richesses. Même si aujourd’hui une partie de l’économie se concentre dans la finance, elle n’en reste pas moins dépendante de la création de marchandises. Les patrons ne pourront tirer aucun profit s’ils ne trouvent pas de travailleurs qui acceptent d’extraire des matières premières ou de produire des richesses. Comme le disait Lénine : « Si les grèves inspirent toujours une telle épouvante aux capitalistes, c’est parce qu’elles commencent à ébranler leur domination ».

Aujourd’hui, nous observons une multitude de grèves isolées, à l’échelle des boîtes, qui revendiquent des augmentations de salaires, des améliorations de conditions de travail ou qui s’opposent à des plans de licenciement. Certaines permettent des avancées voire des victoires (cf p4-5) quand elles sont massives et déterminées. Mais cela ne permet pas de remettre en cause toute cette politique qui revient à faire payer la crise aux travailleurs. Quant aux journées de grève nationale comme celle du 10 septembre en défense des retraites, elles sont souvent mal préparées et les directions nationales des syndicats ne s’en servent que pour aller vite négocier quelques miettes avec le gouvernement et le patronat. Mais ce qu’il nous faut c’est une action d’ampleur qui permette d’être un vrai avertissement et mette un coup d’arrêt aux attaques.

Préparons-nous à une grève totale

Le soir du 10 septembre, les chiffres de participation aux manifestations et les taux de grévistes sont tombés… les directions nationales des syndicats se sont félicitées que finalement ils n’étaient pas si mauvais qu’annoncés… et puis : rien ! Le projet de loi est présenté et il sera discuté à l’assemblé en octobre. Les syndicats ont pris leur temps pour discuter de la possibilité d’une nouvelle journée de grève… et le risque est grand que le scénario se répète. Comment éviter qu’elle ne se termine sur le même sentiment d’impuissance ?

Quitte à perdre une journée de travail, il faut que celle-ci soit efficace. Sans les travailleurs, pas de richesse produites, pas de possibilité de profit pour les patrons. Une grève massive avec des actions ciblées et visibles permettrait de s’opposer aux capitalistes et au gouvernement de manière forte et de leur lancer un réel avertissement. On doit préparer une grève totale qui implique les travailleurs de tous les secteurs, les jeunes, les chômeurs, les retraités… Il ne s’agit pas simplement d’arrêter le travail et de manifester, mais bien d’occuper et de bloquer les secteurs clés de l’économie : les voies de communication (terrestre, marin, aérien), les centres de télécommunication, les usines, les grandes surfaces…

Qu’elle soit appelée sur les retraites ou une autre attaque, la prochaine journée nationale de grève doit permettre dans sa forme et sa préparation d’exprimer la colère ressentie par la grande majorité des travailleurs et des jeunes. Si on s’y met tous, la même journée on forcera le gouvernement et le patronat à stopper les attaques; on obligera les directions des syndicats et des partis à construire une opposition et on créera les conditions pour rompre l’isolement des travailleurs et des jeunes.

Que l’ont soit travailleurs,jeunes,chômeur ou retraité, que l’on travaille dans le public ou le privé, on subit la politique de rigueur du gouvernement et la crise des capitalistes. Alors, s ‘y on s’y mettait ensemble ?

On a besoin d’un nouveau Mai 68, mais c’est avec cet objectif en tête que chacune de nos actions sera un pas de plus dans ce sens.

Par Rachel Mahé et Virginie Prégny
Paru dans l’Egalité n° 163 (oct-dec 2013)

La «compétitivité» : une arnaque pour baisser les salaires.

Il y a -t-il eu une période de l'histoire contemporaine où les capitalistes ne se sont pas plaints que les travailleurs coûtent trop chers?

Il y a -t-il eu une période de l’histoire contemporaine où les capitalistes ne se sont pas plaints que les travailleurs coûtent trop chers?

A Peugeot (Mulhouse, Vesoul, …) ça a été le coup de tonnerre. Les accords « compétitivité » allaient se solder par une baisse de salaire d’en moyenne 100 euros par moins : baisse de 45% à 25% de la majoration des heures travaillées en supplément (notamment les samedi, par le passage forcé en équipe de jour effectuant une heure de plus « gratuitement », et même l’obligation de travailler deux jours fériés), suppression de la prime de rentrée de 187 euros… Des débrayages, parfois spontanés comme à Vesoul où aucun mot d’ordre syndical de grève n’avait été lancé, ont eu lieu dans la plupart des usines. Le ras-le-bol est profond, et le « contrat social », pour reprendre le terme qu’utilise la direction de PSA, est perçu comme une véritable arnaque.

A Revima, non loin de Rouen, la direction voulait carrément imposer 3 heures de travail non payé par semaine pour les ouvriers, et des RTT en moins pour les cadres. Contraint à organiser un référendum interne, la mesure a été rejetée par les salariés. D’autant plus que « le carnet de commande 2014 est très supérieur aux deux années précédentes » d’après le directeur du site ! Outre le fait que les efforts demandés étaient bien différents selon qu’on est ouvrier ou cadre, la compétitivité a, là aussi, bon dos. D’autant que ça a été la valse des intérimaires pendant toute l’année, virés bien évidemment. PSA, qui boucle un plan de suppression de 11 000 postes, parle d’embaucher 2000 jeunes… en alternance. Par ici les aides de l’Etat et les salaires à 800 euros, et il n’y aura pas d’embauche à la clef. La compétitivité, c’est la précarité assurée pour les jeunes travailleurs.

L’ANI bien utile pour ce patronat

Politiciens et patrons n’ont que ce mot à la bouche, parfois repris par certains « syndicats », tout serait problème de compétitivité. La loi mettant en place l’Accord National Interprofessionnel (ANI) permet donc de réorganiser le travail sous prétexte de faire face aux difficultés. C’est ainsi qu’à Renault, à l’usine Sevel Nord de PSA au printemps dernier, aux chantiers naval STX de Saint Nazaire en juillet, la direction a imposé des mesures pour la « compétitivité ». Et ce ne sont que les enseignes connues, toute une série de moyennes entreprises connaissent les mêmes réalités. Le début de l’été a connu toute une série de grèves locales, souvent courtes mais énergiques, sur la question des salaires et des conditions de travail : depuis Bourbon AP dans le Jura jusqu’à Whirlpool à Amiens en passant par la fonderie Bouhyer à Ancenis (44).

Car les conséquences des « accords » de compétitivité sont partout les mêmes, dégradation des conditions de travail et baisse ou stagnation des salaires. L’ANI permet ni plus ni moins de généraliser ces accords. Rien d’étonnant que le slogan « Hollande à la chaîne » ait été largement repris par les ouvriers de Peugeot Sochaux.

Le gouvernement Hollande-Ayrault en permettant que l’ANI soit une loi (ce sur quoi il a été soutenu par la direction nationale de certains syndicats comme la CFDT) a donné le feu vert à la flexibilité à outrance pour les salariés. Pour les grands groupes qui réorganisent peu à peu leur production c’est une aubaine, de même que pour les moyennes entreprises qui produisent pour ces grands groupes et doivent suivre la marche.

« Compétitivité » ou profits ?

Dans la réalité, les accords « compétitivité » sont à replacer dans la longue suite de mesures qui visent à exploiter au maximum la moindre minute de présence dans l’usine soumettant les travailleurs à un stress et une pression difficilement soutenables. C’est déjà ce que permettaient en partie les lois Aubry sous prétexte d’une durée officielle du travail de 35 heures. La réorganisation du travail qui allait avec ainsi que les gels de salaires sur parfois plusieurs années a fait qu’en réalité les ouvriers produisaient plus par heure mais pour un salaire moindre. C’est ce qui se répète avec les accords compétitivité et l’ANI.

Un peu comme le travail du dimanche. Au début, on est payé en heures supplémentaires, donc majorées, mais quand ce travail devient la norme, alors la majoration disparaît. Ainsi, à PSA, le compteur temps qui permettait de conserver des RTT pour partir plus tôt à la retraite va être annualisé, impossible de le conserver sur plusieurs années donc. L’ANI permet même une baisse des salaires sur plusieurs années si un accord majoritaire est trouvé ou encore la possibilité de licencier un salarié refusant certaines clauses. La compétitivité c’est un moyen dans une économie stagnante de maintenir un degré suffisant d’exploitation pour garantir un certain niveau de profits. D’ailleurs, PSA annonce une hausse de 7,5% de son objectif de production de véhicules en demandant des efforts « pour une durée indéterminée ». Et quels efforts : aucune augmentation collective des salaires, baisse de certaines primes… ! Au moins c’est clair, la compétitivité, c’est produire plus mais pour un salaire qui baisse, la différence va dans la poche des actionnaires…

Dans tous les cas, la charge de travail augmente, la santé se déglingue et les salaires baissent.

En faisant grève bruyamment en ce début septembre, ou en refusant l’arnaque comme à Revima, des centaines de travailleurs ont montré qu’ils n’étaient pas prêts à se laisser écraser. Ces luttes locales, ces explosions de colère obligent souvent les patrons à reculer : à PSA la prime de rentrée et la majoration ont été restaurées aussitôt ; à Revima la direction a remballé son plan. Mais il faudrait plus, et notamment que les syndicats jouent réellement un rôle de défense des travailleurs en refusant en bloc tout accord inspiré de l’ANI. Et que, dans les mobilisations à venir, la question du refus des accords « compétitivité » figure en bonne place dans les mots d’ordre des syndicats.

Paru dans l’Egalité n°163 (oct-dec 2013)

USA:grandes victoires pour Socialist Alternative (CIO)

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Par Bryan Koulouris, Socialist Alternative (CIO-USA)
Deux candidats de Socialist Alternative ont provoqué une onde de choc historique aux Etats-Unis la nuit du 5 novembre dernier. Ces deux candidats – Kshama Sawant à Seattle et Ty Moore à Minneapolis – ont mené des campagnes ouvertement anticapitalistes et socialistes, les campagnes de ce type les plus soutenues depuis des décennies dans une métropole du pays. Kshama Sawant a obtenu le résultat provisoire de 47% et Ty Moore celui de 37%.

Les résultats annoncés sont encore provisoires, d’autres bulletins doivent encore être dépouillés au cours de ces deux prochaines semaines. En ce moment, les deux courses se jouent au coude-à-coude. Ty Moore en est à 130 voix seulement de la victoire ! Kshama Sawant, quant à elle, n’a obtenu que 4% de moins que son adversaire alors que seuls 38% des bulletins ont été dépouillés, et le reste pourrait fortement pencher à sa faveur.

Au final, qu’importe le résultat, les suffrages recueillis par ces candidats ouvertement marxistes illustrent clairement quel est l’espace politique présent aux Etats-Unis sur base de la colère ressentie à l’encontre de l’establishment capitaliste.

Le désaveu de l’establishment politique est gigantesque aux Etats-Unis, en conséquence de la Grande Récession et de la faiblesse de la ‘‘reprise’’ économique. Cela a bien entendu alimenté les deux campagnes. Le Shutdown du gouvernement a aussi provoqué une rage populaire qui a permis aux campagnes de Socialist Alternative de toucher la corde sensible des gens ordinaires. Durant le Shutdown, les sondages d’approbation de la politique du Congrès sont tombés jusqu’au taux  historiquement bas de 5% ! Dans un sondage de l’agence Gallup, 60% des sondés ont déclaré qu’il fallait un nouveau parti aux Etats-Unis, un pourcentage qui n’avait encore jamais été atteint. Seuls 26% des sondés ont déclaré que les partis Républicains et Démocrates faisaient bien leur travail, là aussi un taux record, mais vers le bas.

Nombreux sont les Américain qui se sentent découragés et démoralisés par ce système électoral pro-Big Business. Ces campagnes ont cependant démontré que des candidats indépendants et des travailleurs ordinaires peuvent défier l’establishment sans toucher un centime du patronat ! Ty Moore a récolté plus d’argent que sa principale rivale soutenue par le patronat, et Kshama Sawant a récolté près de 110.000 dollars, là où son adversaire en a mobilisé 230.196.

Les campagnes de Socialist Alternative ont clairement montré qu’il est possible pour des travailleurs et les jeunes de s’organiser et de lutter ensemble pour changer le monde. Sur base de ce momentum, Socialist Alternative veut se construire, appeler à effectuer une donation et à rejoindre l’organisation afin de développer de nouvelles campagnes en faveur des ‘‘99%’’, selon le terme popularisé par le mouvement Occupuy, à l’instar de la lutte pour l’instauration d’un salaire minimum de 15 dollars, pour le droit de se syndiquer sans risque de se faire licencier et pour s’en prendra aux super-riches afin de financer un programme de création d’emplois et de transports en commun écologiques, entre autres.

Les deux partis capitalistes que sont le parti Républicain et le parti Démocrates verront encore leur base de soutien s’amoindrir au cours des mois à venir, puisque de nouvelles coupes budgétaires dans la sécurité sociale et d’autres programmes populaires sont envisagés pour les mois à venir. A l’approche des élections de mi-mandat de 2014, ces campagnes menées par Socialist Alternative ont illustré l’énorme ouverture qui existe pour la présentation des candidats indépendants de la classe des travailleurs. Des coalitions de dirigeants syndicaux combatifs, de socialistes, d’écologistes et de groupes de défense des droits civiques devraient être construites dans chaque ville du pays afin d’organiser des mouvements et de déposer des candidats indépendants des deux partis du capital aux élections.

Ces résultats électoraux – à l’instar du processus révolutionnaire au Moyen Orient et en Afrique du Nord, des révoltes ouvrières du Wisconsin et le mouvement Occupy – ont rendu possible ce qui paraissait impossible. Ils introduisent un tout nouveau processus dans la société américaine. Non seulement ces campagnes donnent naissance à un nouveau et puissant mouvement socialiste aux Etats-Unis, mais elles servent aussi de modèle qui contribuera à l’inévitable ascension d’un nouveau parti qui luttera contre les ‘‘1%’’ les plus riches : un parti de masse de la classe des travailleurs.

Développement de l’audience pour les idées du socialisme

De nombreuses personnes à gauche disent que les idées socialistes ne peuvent pas remporter un soutien massif dans leur pays. Ces campagnes prouvent qu’ils ont faux sur toute la ligne. Les sondages du Pew Research Center montrent sans cesse qu’une majorité des jeunes et des personnes de couleur aux USA préfèrent maintenant le ‘‘socialisme’’ au ‘‘capitalisme’’. Evidemment, cette conscience est teintée de confusion, ce que revêt ce terme de ‘‘socialisme’’ est peu clair, mais cela illustre que les gens en ont marre de l’inégalité croissante, de l’augmentation insupportable du coût de la vie et du système capitaliste lui-même.

C’est ce qui permet de comprendre pourquoi les adversaires de Kshama Sawant et de Ty Moore ont à peine eu recours au ‘‘red baiting’’, cette pratique éprouvée aux Etats-Unis consistant à lancer un flot incessant de calomnies à l’encontre des communistes ou des anarchistes. Richard Conlin, conseiller communal sortant à Seattle, a préféré faire des commentaires sexistes et anti-immigrés à peine voilés à l’encontre notre camarade Kshama Sawant. Quant à Alondra Cano, candidate à Minneapolis, elle a préféré compter sur le soutien de ses amis de l’establishment et de l’immobilier plutôt que de se risquer à s’aventurer dans une campagne négative.

Les idées socialistes sont clairement de retour, et Socialist Alternative détient maintenant une position unique pour aider à construire un nouveau mouvement pour le socialisme. Ce mouvement doit être lancé par les socialistes eux-mêmes, les plus qualifiés pour lutter pour les besoins de la classe des travailleurs. Socialist Alternative s’est démarqué du reste de la gauche par sa capacité à entrer en dialogue avec des travailleurs politisés en utilisant un langage compréhensible et basé sur le concret. Parallèlement, nous avons expliqué avec honnêteté que les réformes dans cette société ne peuvent être maintenues que si le pouvoir est arraché des mains des grandes entreprises et qu’un nouveau système basé sur la propriété publique et démocratique des 500 plus grandes entreprises est établi, une société socialiste démocratique.

Construire le mouvement

La campagne de Ty Moore dans le Ward 9 (9e district) de Minneapolis a été lancée en parallèle de l’importante campagne d’Occupy Homes Minnesota. Ty Moore et Socialist Alternative ont contribué à la fondation de cette organisation qui a défendu avec succès des propriétaires de maison menacés d’expulsion par les grandes banques et la police. Le centre de la ‘‘Zone sans expulsion’’ d’Occupy Homes se situait dans le Ward 9, une communauté ouvrière diversifiée, et les campagnes de Ty Moore et d’Occupy Homes se sont mutuellement renforcées.

De même, à Seattle, la campagne de Kshama Sawant a contribué à placer les ‘‘Fight for 15’’, un mouvement de grèves et de manifestations de travailleurs à bas salaires, au cœur du débat politique. Socalist Alternative a énergiquement aidé à construire cette campagne en aidant concrètement les travailleurs en grève et en contrant les arguments des opposants à l’augmentation du salaire minimum. Quand des organisations de travailleurs ont pris l’initiative de lutter pour augmenter le salaire minimum jusqu’au seuil des 15 dollars de l’heure dans la banlieue de SeaTac, la campagne de Kshama Sawant a soutenu l’initiative avec énergie, ce qui a contribué à son succès historique.

Enfin, les deux candidats à la mairie de Seattle, qui avaient passé sous silence cette question du salaire minimum au début de leurs campagnes, ont fini par soutenir – vaguement – la proposition. Le succès qu’a rencontré Kshama Sawant dans la maîtrise du débat politique a conduit le Seattle Times, le journal le plus lu de Seattle, à déclarer avec même la tenue des élections que ‘‘le vainqueur est déjà la socialiste Kshama Sawant’’.

Le mouvement des travailleurs

Ces campagnes indépendantes de la classe des travailleurs sont des leçons importantes pour le mouvement des travailleurs, qui traverse actuellement une crise sérieuse. Le mouvement des travailleurs est sous l’assaut des grandes entreprises, et les républicains du Tea Party tentent d’en finir définitivement avec les syndicats. Les politiciens démocrates sont quant à eux souvent les pionniers des coupes budgétaires, des privatisations et des autres attaques antisyndicales. Dans cette situation, le mouvement des travailleurs a besoin de renouer avec ses traditions de lutte et de présenter davantage de candidats ouvriers indépendants.

Au lieu de cela, la direction de ces mouvements soutient le plus souvent les démocrates, soit par peur des républicains, soit par habitude, soit parce que beaucoup des membres de cette direction mènent eux aussi une vie luxueuse bien plus proche de celle des politiciens que de celle de ceux qu’ils sont censés représenter.

Les campagnes de Ty Moore et de Kshama Sawant ont toutefois montré que les travailleurs en ont plus que marre de la politique traditionnelle et que leur soutien peut être acquis par des campagnes crédibles et des revendications concrètes. Ty Moore a obtenu le soutien actif du syndicat SEIU (Service Employees International Union, soit Union Internationale des Employés des Services en français, il s’agit d’un syndicat nord-américain représentant 2,2 millions de travailleurs aux États-Unis, à Porto Rico et au Canada) qui a joué un rôle essentiel dans la campagne. Kshama Sawant a reçu le soutien de 6 syndicats locaux, et une majorité du King County Labor Council (conseil du travail du comté de King, où elle se présentait) a voté pour la soutenir, sans cependant obtenir la majorité suffisante pour un soutien officiel.

Lors des mois et années à venir, les syndicalistes seront la cible d’attaques continues contre leurs droits et leurs conditions de vie. Dans cette bataille, nous aurons besoin de manifestations, de piquets, de grèves et d’actions directes pour nous défendre. Les travailleurs devront lutter pour obtenir le contrôle démocratique de leurs syndicats et élire des dirigeants qui veulent vraiment résister à l’assaut capitaliste. Ces batailles illustreront le besoin pour les travailleurs d’une représentation politique indépendante, et les campagnes de Ty Moore et de Khsama Sawant montrent que les syndicats peuvent présenter des candidatures très populaires, ce qui représente un pas en avant vers un nouveau parti des 99%.

Prochaines étapes

Nombres de ceux qui ont soutenu Ty Moore et Kshama Sawant sont en rupture avec le parti démocrate, mais ne sont pas encore prêts à la quitter définitivement. Socialist Alternative continuera à clamer au sein des mouvements pour la justice sociale et des diverses coalitions de lutte que le parti Démocrate représente fondamentalement un parti pro-capitaliste, et que la classe des travailleurs ne devrait en aucun cas le soutenir, pas même les candidats de son ‘‘aile gauche’’.

Nous avons urgemment besoin d’un parti des travailleurs lié aux mouvements sociaux, aux syndicats de lutte, aux organisations communautaires, aux écologistes et aux socialistes. Un pas concret pour y parvenir serait de former des coalitions à travers tout le pays, liées entre elles à l’échelle nationale, afin de présenter 100 candidats indépendants des travailleurs pour les élections de mi-mandat de 2014. Les syndicats qui ont soutenu les campagnes de Ty Moore et de Kshama Sawant, comme beaucoup d’autres, devraient présenter des listes complètes de candidats aux élections de mi-mandat ainsi qu’aux élections nationales et locales.

Le capitalisme américain est plongé dans une profonde crise économique et sociale. L’establishment politique est discrédité, et son système gouvernemental semble ruiné. Une énorme colère se développe contre l’inégalité, le racisme, le sexisme et l’homophobie. La destruction de l’environnement s’intensifie. La situation nécessite une alternative.

Si les socialistes, les écologistes et les dirigeants syndicaux ne capitalisent pas sur cette ouverture, alors la droite le fera. Par exemple, un candidat libertarien (droite radicale) pour le siège de gouverneur de l’Etat de Virginie a remporté plus de 145.000 votes lors de ces élections. Pire encore, des rapports montrent que des groupes ouvertement d’extrême droite se développent.

La situation actuelle exige une riposte urgente. Nous avons besoin de construire activement le mouvement pour le socialisme avec de plus larges coalitions des 99% pour contrer l’agenda des capitalistes. Les incroyables résultats électoraux de Ty Moore et de Kshama Sawant sont de brillants exemples qui montrent la voie à suivre.

Syrie : les capitalistes défendent leurs intérêts.

syrieAlors que les diplomates s’agitent pour la conférence de la paix de Genève 2, et après que les Etats Unis et la France aient « renoncé » à des frappes militaires contre le régime de Bachar al-Assad, il est légitime d’espérer une amélioration pour la population syrienne. Encore faudrait-il que ce soit le but poursuivi par les capitalistes des différentes nations invitées à cette conférence ?

Au nom de la protection de la population syrienne, Etats-Unis et France ont brandi la menace de frappes militaires contre le régime en place. Pourquoi réagir à ce moment précis alors que le conflit a déjà fait plus de 150 000 morts et 5 millions de réfugiés en deux ans et demi ? Parce que les images diffusées au même moment étaient une bonne occasion pour que l’opinion publique des pays prêts à cette action se renverse et approuve l’intervention militaire. Bien qu’ouvertement armés par les Etats Unis depuis septembre, les rebelles marquent le pas et Bachar al-Assad contrôle encore le pays. Ne nous y trompons pas, les impérialistes américains, français, saoudiens et turcs qui sont « amis » des différents groupes rebelles ne veulent pas libérer le peuple syrien du joug d’un dictateur, mais contrôler à leur tour la Syrie par l’intermédiaire d’un nouveau gouvernement issu du Conseil National Syrien, qui pourrait faire la part belle aux islamistes, tant ils sont présents et actifs parmi les rebelles. La compagnie britannique de renseignement IHS Jane’s estime en effet que sur 100 000 combattants, 10 000 sont liés à al-Qaida et 35 000 sont réputés proches de leurs idées sans y être liés, et ceux-ci sont les plus actifs parmi les 1000 groupes différents formant la rébellion.

La menace d’intervention militaire en Syrie de la part des occidentaux pour « punir Bachar-al-Assad d’avoir utilisé des armes chimiques contre son peuple rappelle inévitablement le motif présumé de la dernière guerre en Irak : la lutte contre le terrorisme et l’élimination des armes de destruction massive. Ces deux accusations ont depuis été démontrées comme non fondées, y compris par le sénat américain. Il s’agissait pour G.W. Bush d’avoir un alibi pour que l’opinion publique américaine soit derrière lui alors qu’une des raisons de l’intervention en Irak a été de faire d’installer un gouvernement pro-américain pour faire de l’Irak un pilier de l’ordre dans la région alors que l’Iran a échappé aux américains depuis 1979 et que l’Arabie Saoudite perd de sa fiabilité. Pour la Syrie, le motif évoqué par les Etats Unis et la France se veut protecteur et généreux parce qu’il est impossible de dire qu’on veut profiter de l’opportunité d’intervenir militairement pour étendre son influence sur la Syrie et défendre des intérêts stratégiques et économiques, sans se soucier de la souffrance du peuple syrien.

Une région riche et stratégique

La guerre civile syrienne révèle aussi les tensions impérialistes entre le bloc « occidental » de l’Arabie Saoudite, la Turquie, le Qatar et les Etats-Unis et le bloc de la Russie et de l’Iran. Il ne s’agit plus d’une lutte contre le communisme héritée de la guerre froide, mais d’une lutte entre pays capitalistes. La Russie, protège Bachar al-Assad, en plus de ses intérêts économiques, pour sauvegarder sa base navale à Tartous, sur la côte Ouest de la Syrie qui lui assure un accès unique à la méditerranée. Les Etats-Unis poursuivent un « plan de pacification du Moyen Orient » pour s’opposer à la menace iranienne (menace extrêmement minimisée par un compte rendu au Congrès des États-Unis émanant du département de la défense et des services d’intelligence) et qui passe par une « stabilisation » de la Syrie, stabilisation voulant dire obéissance aux ordre des Etats-Unis.

Le Moyen Orient est depuis longtemps une zone stratégique importante. La guerre civile au Liban (1975 à 1990) est liée aux ingérences d’Israël pour sa lutte contre l’OLP, mais aussi par son intérêt pour les ressources hydrauliques. Dans quelle mesure les agents américains, par le biais de l’US Commitee for free Lebanon, ont-ils contribué à la révolution du Cèdre qui a permis d’écarter la Syrie pro Hezbollah après l’assassinat de R. Hariri en 2005 ? Quel est le sens des propos du vice président américain Joe Biden demandant aux libanais de « bien voter » en 2009 ?

La France n’est pas en reste, et tente de louvoyer pour regagner un peu d’influence. En 2005, Chirac a d’abord essayé d’éviter une attaque israélienne qui aurait conforté les positions d’Isrraël et des Etats-Unis au détriment de la France, pour ensuite vouloir faire partie d’une force multinationale qui s’installerait au Liban, tout en renforçant ses contacts avec les éléments les plus réactionnaires, tels que l’ancien chef des Forces Libanaises ayant perpétré les massacres de Sabra et Chatila, en 1982, Samir Geagea, accueilli en France, dès juillet 2005. En Syrie, Hollande a depuis le début soutenu les insurgés et empêché toute issue négociée à l’atroce guerre en lui donnant pour seul but le renversement de Bachar al-Assad, avant de clamer cet été leur désir d’envoyer des bombardiers français. Rappelons que Total détenait plusieurs permis d’exploitation de gaz et de pétrole syrien avant de devoir se retirer à cause des sanctions occidentales et que d’autres entreprises françaises étaient présentes (Bel, Lafarge…).

Les différents pays impérialistes luttent pour avoir le contrôle des richesses naturelles du Moyen Orient. Le pétrole est un enjeu pour l’économie syrienne avec, en 2011, une production de 600 000 barils par jour, mais aussi pour la production de gaz qui s’élevait à 30,29 millions de m3 par jour. Après la signature de divers accords de transport du gaz iranien via l’Irak et la Syrie, cette dernière est devenue le principal centre de stockage et de production du gaz, offrant un avantage considérable au gazier russe Gazprom dans la guerre pour le gaz qui a cours avec les Etats Unis. Mettre en place un nouveau gouvernement syrien fortement « redevable » aux américains renverserait la tendance et permettrait au projet US concurrent Nabucco de frapper un grand coup en joignant le gaz de la Syrie, du Liban et d’Israël au gazoduc d’Erzurum en Turquie. A une échelle moindre, la France joue aussi la carte du gaz depuis qu’elle a étendu son influence en Lybie, autre producteur important.

Pour lutte unie des travailleurs contre le capitalisme et l’impérialisme!

De toute évidence, aucune confiance ne doit être accordée aux impérialistes et à ce jeu macabre  pour défendre les intérêts des capitalistes de chaque pays. Le peuple syrien souffre atrocement de la guerre civile et si le dictateur Bachar al-Assad opprime son peuple, il n’y a rien de mieux à espérer des rebelles qui maintiendront un capitalisme dur pour faire profiter les occidentaux des richesses du pays. C’est d’une lutte démocratique et populaire des travailleurs syriens, soutenus par les travailleurs des pays impérialistes, susceptible de s’étendre au Moyen Orient à travers une confédération socialiste qu’il est besoin pour que cette région du monde se débarrasse de la dictature, du capitalisme et de l’impérialisme, et qu’elle donne un élan aux travailleurs des autres pays.

 

Crise politique en Tunisie : des manoeuvres contre-révolutionnaires en cours.

Interview d’Hidouri Abdessalem, chercheur en philosophie, membre du bureau syndicaliste régional de Sidi Bouzid pour l’enseignement secondaire

La révolution continue!

La révolution continue!

A l’heure ou cette interview est publiée, la crise politique en Tunisie traverse son énième épisode. L’ampleur et la profondeur de la colère populaire contre le régime de la ‘Troika’, marquée par l’éruption quasi volcanique de protestations dans tout le pays à la suite de deux assassinats politiques de dirigeants de gauche cette année (l’un, celui de Chokri Belaid, en février, l’autre, de Mohamed Brahmi, fin

juillet) constituent la toile de fond et la raison fondamentale de cette crise.

Les pourparlers qui se tenaient entre les partis gouvernementaux et ceux de l’opposition, appelés «l’initiative de dialogue national » viennent d’être suspendus ce lundi. En bref, «l’initiative de dialogue national » n’est rien d’autre qu’une tentative des classes dirigeantes de négocier un arrangement « par le haut » qui puisse apporter une solution à la crise politique tout en évitant que « ceux d’en-bas », à savoir les travailleurs et syndicalistes, la jeunesse révolutionnaire, les chômeurs, les pauvres, ne s’en mêlent un peu trop.

En effet, lorsque les voix provenant de l’establishment, des grandes puissances et des médias traditionnels s’alarment des dangers d’un « vide politique » prolongé en Tunisie, ce n’est pas en premier lieu la montée de la violence djihadiste qu’ils ont en tête; leur principale crainte est que l’exaspération des masses explose à nouveau sur le devant de la scène.

Le « dialogue national » vise à préparer une retraite ordonnée et négociée pour le pouvoir Nahdaoui, et la mise en place d’un gouvernement soi-disant «indépendant» et « apolitique ». Les discussions ont, officiellement du moins, buté sur le choix du nouveau Premier Ministre, discussions qui exposent à elles seules le caractère contre-révolutionnaire des manœuvres en cours. En effet, les différents noms qui ont circulé pour diriger un futur gouvernement sont tous soit des vétérans séniles de l’ancien régime, soit des néolibéraux pur jus.

Bien sûr, tout cela n’a rien ni d’indépendant ni d’apolitique. De nouvelles attaques sur les travailleurs et les pauvres sont en cours de préparation, poussées entre autres par le FMI et les autres créanciers de la Tunisie; pour ce faire, les puissances impérialistes et les grands patrons tunisiens plaident pour un gouvernement suffisamment fort que pour être en mesure de maintenir les masses sous contrôle et leur faire payer la crise. C’est ainsi qu’il y a quelques jours, le gouverneur de la Banque centrale a déclaré que la Tunisie « a besoin d’un gouvernement de commandos pour sortir le pays de la crise».

L’UGTT est de loin la force la plus organisée du pays. Aucun arrangement politique quelque peu durable ne peut être réglé selon les intérêts de la classe capitaliste sans au moins l’accord tacite de sa direction. Pour les travailleurs et les couches populaires cependant, le nœud gordien du problème réside précisément dans le fait que la direction de la centrale syndicale, au lieu de mobiliser cette force pour imposer un gouvernement ouvrier et populaire, pris en charge par un réseau national de comités de base démocratiquement organisés à tous les niveaux, se révèle être un partenaire très coopératif pour la classe dirigeante et les pays impérialistes, dans les tentatives de ces derniers d’imposer un gouvernement non élu au service du grand capital. Tant et si bien qu’elle joue honteusement le rôle moteur dans l’organisation et la médiation de ce « dialogue national ».

Les dirigeants syndicaux, au lieu de mobiliser sérieusement leurs troupes, ont mis tous leurs efforts à tenter de démêler un accord derrière les rideaux entre les principaux agents de la contre-révolution. Tout cela couronné par l’approbation et la participation directe, dans ces pourparlers, des dirigeants du Front Populaire, malgré l’opposition manifeste d’une large couche de ses propres militants et sympathisants.

Cette stratégie, comme l’explique Abdessalem dans l’interview qui suit, est une impasse complète, les dirigeants de la gauche et du syndicat délivrant de fait les intérêts de leurs militants sur l’autel des plans cyniques de leurs pires ennemis. Trotsky disait que dans une période de crise profonde du système capitaliste, les directions réformistes « commencent à ressembler à l’homme qui s’accroche désespérément à la rampe, cependant qu’un escalier roulant l’emporte rapidement vers le bas. »

Cette métaphore résume assez bien le tableau tunisien aujourd’hui. Le pays est au bord d’une crise d’une ampleur sans précédent. Le 30 octobre, deux tentatives d’attentats-suicide ont été évitées dans des zones touristiques. Une semaine avant, dans la région centrale de Sidi Bouzid, au moins 9 membres des forces de sécurité ont été tués dans de violents affrontements avec des salafistes armés.

En réaction, la section locale de l’UGTT appela à une grève générale régionale dans le gouvernorat de Sidi Bouzid, mot d’ordre rapidement suivi dans la région voisine de Kasserine, afin de protester contre ces tueries. Ce genre de réflexes indiquent où résident les forces sociales qui peuvent offrir une solution viable et autour de laquelle une véritable alternative politique peut et doit être construite à la misère et la violence croissantes du système actuel.

Comme le mentionne Abdesslem, il existe aujourd’hui en Tunisie un paradoxe: « les vraies fabricateurs du processus révolutionnaire sont en-dehors de la scène politique ». Le CIO partage largement ce constat. C’est pourquoi il y a une urgence à reconstruire, à l’échelle du pays, une force politique de masse au service de ces « fabricateurs », indépendante des partis pro-capitalistes, et armé d’un programme socialiste clair visant à mettre les principales ressources du pays dans les mains des travailleurs et de la population.

Il fut un temps où tel était le but affiché du programme de l’UGTT. Lors de son congrès de 1949, l’UGTT demandait ainsi “le retour à la nation des mines, des transports, du gaz, de l’eau, de l’électricité, des salines, des banques, des recherches pétrolières, de la cimenterie, des grands domaines et leur gestion sous une forme qui assure la participation ouvrière.” La réactualisation d’un tel programme, combiné avec des mots d’ordre d’action précis, pourraient revigorer la lutte de masses et transformer radicalement la situation.

Les militants, au sein du Front Populaire et de l’UGTT, qui veulent poursuivre la révolution et refusent les manœuvres actuelles -et ils sont nombreux- devraient à nos yeux exiger le retrait immédiat et définitif de leurs dirigeants du dialogue national, et demander à ce que ces derniers rendent des comptes auprès de leur base pour la stratégie désastreuse qu’ils ont suivie. Au travers de discussions démocratiques, les leçons des erreurs, présentes et passées, doivent être tirées, menant à un processus de clarification et de ré-organisation à gauche, sur le type de programme, de stratégie et de tactiques nécessaires pour mener à bien la révolution.

Les militants du CIO en Tunisie sont ouvert à discuter et collaborer avec tous ceux et toutes celles qui partagent ces considérations. Car c’est seulement par ce biais que l’ «outil » et le « programme » révolutionnaires nécessaires, qu’Abdesslem évoque à la fin de l’interview, pourront être forgés en vue des futures batailles.

Depuis l’assassinat de Mohamed Brahmi, une vague de mobilisations sans précédent contre le régime d’Ennahda a secoué la Tunisie. Quel bilan tires-tu de ces mobilisations?

Les mobilisations contre le régime d’Ennahda, provoquées par l’assassinat de Mohamed Brahmi, et de Chokri Belaid avant lui, expriment plus largement une reprise du processus révolutionnaire visant à la chute du gouvernement de la ‘Troïka’ et à la chute du système.

Mais devant l’absence d’un programme clair et d’un groupe révolutionnaire suffisamment influent, ces mobilisations ont été manipulées par la bureaucratie nationale de l’UGTT, par les partis politiques libéraux et par la direction opportuniste des partis de gauche, dans le but de dépasser la crise par l’outil du « dialogue national », sans pousser ces mobilisations vers leurs véritables objectifs: la chute du système.

Au nom de l’unité dans la lutte contre les islamistes, la direction de la coalition de gauche du Front Populaire a rejoint Nidaa Tounes (un parti dans lequel se sont refugiées beaucoup de forces du vieil appareil d’Etat et de l’ancien régime), ainsi que d’autres forces politiques, dans l’alliance du ‘Front de Salut National’. Que penses-tu de cette alliance et quelles conséquences a-t-elle sur la lutte de masses?

La scène politique actuelle en Tunisie est caractérisée par une sorte de tripolarisation: le pôle des réactionnaires islamistes avec Ennahda et ses alliés, le pôle des libéraux de l’ancien régime (avec à sa tête le parti Nidaa Tounes, regroupées sous la direction de Caid Essebsi), et en contrepartie à ces deux pôles, le Front Populaire et l’UGTT.

A l’époque de l’assassinat de Chokri Belaid, la situation a changé : les forces dites « démocratiques » et « modernistes » se sont regroupées contre la violence et le terrorisme (dans un « Congrès de Salut ») : cette étape a marqué le début de l’impasse politique pour le Front Populaire, car la direction de celui-ci a commencé à faire alliance avec les ennemis de la classe ouvrière et des opprimés, associés à l’ancien régime de Ben Ali.

Ces derniers sont en compromis indirect avec les islamistes aux niveaux des choix politiques et économiques du pays.

En conséquence, la lutte de masse a été manipulée et freinée par la direction du Front Populaire et de l’UGTT, suivant le rythme du « dialogue national » et des intérêts de ses différents partis et de leurs agendas politiques.

Fin juillet, il avait été rapporté que dans le gouvernorat de Sidi Bouzid, des formes de contre-pouvoirs locaux s’étaient mis sur pied, reprenant la gestion des affaires locales des mains des Nahdaouis. Qu’en est-il aujourd’hui?

On peut dire que dans les régions intérieures, il y a une sorte de vide politique au niveau des services, de l’administration et de la sécurité. Dans les moments révolutionnaires, les mobilisations lèvent le slogan de l’autogestion, et à sidi Bouzid, nous avons essayé de construire un contre-pouvoir à travers les communautés régionales et locales.

Mais face à la répression de la police, ainsi que du manque d’appui et de relais de ce genre d’initiatives à l’échelle nationale, on n’a pas pu dégager pour de bon le gouverneur régional de Sidi Bouzid.

Depuis le début, la position de la direction nationale de l’UGTT a été de s’opposer au double-pouvoir, car ce dernier obstrue le «dialogue » et le « compromis » avec le régime, vers lequel cette direction pousse à tout prix.

Peux-tu expliquer ce qui s’est passé le 23 octobre et dans les jours qui ont suivi?

Le 23 octobre, selon la Troïka, est la date de la réussite de la transition démocratique (une fête politique), mais selon les autres partis et pour la majorité de la population tunisienne, c’est la date de l’échec. D’où les protestations massives qui ont repris de plus belle contre Ennahda ainsi que contre les terroristes.

Mais une fois encore, les mobilisations du 23 et du 24 contre la Troïka ont été manipulées par les partis politiques en place pour améliorer leurs positions dans le dialogue national, et non pas pour la chute du système et du gouvernement.

Quelle est selon toi la réalité du danger salafiste/djihadiste dans la situation actuelle? Quels sont les rapports de ces groupes avec le parti au pouvoir? Comment expliques-tu la montée de la violence dans la dernière période, et comment les révolutionnaires peuvent–ils face à cette situation?

Quand on parle politiquement du pole islamiste, on parle d’un réseau d’horizon mondial, articulé avec certaines grandes puissances et avec les intérêts du capitalisme mondial, donc je crois qu’il est difficile de distinguer entre les djihadistes et Ennahda, ou même avec le parti salafiste ‘Ettahrir’.

On peut considérer les salafistes comme les milices du gouvernent actuel, qui pratiquent la violence avec des mots d’ordre venus d’Ennahda, contre les militants, contre les syndicalistes…Leur objectif c’est de rester au pouvoir à l’aide de ces milices.

Devant cette situation, je crois que les forces révolutionnaires doivent s’organiser de nouveau, pour continuer le processus dans les régions internes. Devant l’absence des outils et des moyens, cette tâche sera difficile, mais pas impossible.

Quels sont à tes yeux les forces et les limites du rôle joué par l’UGTT dans la crise actuelle?

D’une part la direction de l’UGTT a joué un rôle de secours pour tous les gouvernements transitoires depuis le 14 janvier 2011 jusqu’au 23 octobre 2013, entre autres à travers l’initiative du dialogue national. Actuellement elle fait le compromis avec les patrons (l’UTICA). D’autre part, les militants syndicalistes de base essaient de continuer le processus révolutionnaire.

Quelles sont à ton avis les initiatives à entreprendre à présent pour la poursuite et le succès du mouvement révolutionnaire en Tunisie?

Ce qui se passe en Tunisie et dans le monde arabe est un processus révolutionnaire continu, avec un horizon nationaliste et socialiste contre le capitalisme et le sionisme, mais actuellement on parle dans le processus d’un paradoxe: les « vrais fabricateurs » du processus révolutionnaire sont en-dehors de la scène politique, et les forces contre-révolutionnaires s’attellent au détournement du processus, donc nous sommes face à une révolution trahie.

Les initiatives à entreprendre à présent pour la poursuite et le succès du mouvement révolutionnaire en Tunisie, c’est de continuer le processus avec des garanties concernant l’outil, le programme et le parti révolutionnaire. Sur le plan pratique il faut construire des comités locaux et régionaux pour la lutte.

Quelles leçons/conseils donnerais-tu aux militants socialistes, syndicalistes, révolutionnaires en lutte contre le capitalisme dans d’autres pays?

Les leçons et les conseils qu’on peut tirer du processus révolutionnaire selon mon point de vue c’est:

-De viser le pouvoir dès le début du processus et lutter sur la base de tâches révolutionnaires bien précises. Car beaucoup des forces de gauches et de jeunes révolutionnaires et syndicalistes n’ont pas visé le pouvoir à Tunis, mais ont cru pouvoir pousser vers la réforme du système.

-De s’unifier en tant que forces révolutionnaires contre nos ennemis, et de créer des groupes de lutte avec des moyens qui dépassent la théorie vers la pratique, c’est-à-dire agir sur le terrain jour et nuit.

-De transformer le conflit avec les ennemis dans les mass media, pour créer une opinion publique contre les ennemis

-De trouver un réseau de lutte capable de soutenir les protestations qui dépasse l’horizon national, vers l’international.

Un lycéen gazé devant son lycée lors d’un blocus !

Unst ouen blocus 71113 lycéen a été gazé ce matin devant son lycée lors d’un blocus. C’était le premier blocus organisé au Lycée Blanqui de St Ouen contre les expulsions de jeunes immigrés Vers 7h30 les flics ont débarqué pour démonter le blocus, en prétextant que la position des barrières était dangereuse… Ils ont gazé les lycéens présents et en ont aussi collé à terre. L’un d’entre eux a perdu connaissance et a été emmené à l’hôpital. Comme souvent, les flics font dans la dentelle quand il s’agit des quartiers populaires ! L’un deux aurait même lancé « il n’y a pas eu de mort » pour minimiser la gravité de l’incident.

Les profs ont débrayé pour protester contre cette violence policière et soutenir les lycéens dans leur droit à défendre leurs idées.

La classe politique a souvent peur des mouvements de jeunesse, car ils sont moins contrôlables et manipulables. Chaque manif lycéenne est toujours « escortée » par des cordons et des fourgons entiers de policiers et tout autant de flics en civil des renseignements généraux, et ce n’est pas pour protéger les lycéens. Il est courant qu’ils provoquent les hostilités et ensuite accusent les lycéens de les avoir agressé.

La meilleure protection est celle qu’on organise nous mêmes dans nos luttes, tout d’abord en étant le plus nombreux possible. Car les flics sont courageux, mais pas téméraires, ils hésiteront plus à attaquer un groupe nombreux et organisé.

Y’en a marre de ce mépris de la jeunesse en général et de celle des milieux populaires en particulier. Ce sont les jeunes d’aujourd’hui qui construiront la société de demain en luttant pour leurs droits, et leur avenir.

Contre ce gouvernement et ses politiques anti jeunes et anti ouvrières, contre le racisme et le FN, il faut une grève totale !