Face à la grève des cheminots le gouvernement Valls-Hollande est pire que la droite

Le face à face entre les cheminots et le gouvernement est porteur de nombreux enjeux. Après 2 ans de politique au service des riches, de plans d’austérité et de poursuite de la même politique que Sarkozy, la résistance contre la réforme actuelle de la SNCF, qui vise autant les usagers que les cheminots, est un encouragement pour tous ceux qui en ont assez de la politique d’Hollande-Valls.

Une partie considérable des travailleurs de la SNCF a fait grève, de manière largement majoritaire chez les conducteurs, les agents du triage, des ateliers et techno-centres… qui sont les secteurs qui subissent le plus le démantèlement du service public du transport ferroviaire. Le pourcentage « officiel » de grévistes inclut les cadres, les directeurs etc. qui sont en surnombre dans une SNCF devenue entreprise commerciale et donc ne représente pas la réalité.

Les raisons de la grève sont entièrement justifiées

Le gouvernement PS et ses amis écologistes, les médias et politiciens qui le soutiennent ne sont pas à un mensonge près.
Ils présentent cette réforme comme « indispensable ». Ce serait pour faire face à l’ouverture à la concurrence et à la libéralisation du Rail européen et parce que la SNCF serait « fragilisée ». Mais qui a créé une telle situation ?

La libéralisation du Rail (comme celle de la distribution postale, du Ciel, de l’eau, de la Santé et demain l’Education) a été voulue et organisée par les différents gouvernements. Ne réussissant pas à démanteler et privatiser les services publics ferroviaires dans un face à face national, les gouvernements européens ont créé une contrainte en établissant une libéralisation à l’échelle de l’Europe. Le transport ferroviaire devient un marché dans lequel des grands groupes se partagent le gâteau des lignes rentables pendant que les usagers payent de plus en plus cher et doublement : par le prix du billet et par leurs impôts puisque les transport régionaux sont subventionnés par les Régions. Et les syndicats cheminots ont largement raison de pointer la question de la dette de la SNCF (plus de 40 milliards d’euros) que l’Etat refuse de prendre en charge alors que c’est lui qui l’a contracté en faisant sa politique de ligne à grande vitesse partout au détriment de la rénovation des lignes régionales. Cette dette sera évidemment payée par les usagers et les cheminots, les uns avec une hausse continue du prix du billet, les autres par une dégradation de leurs conditions de travail.

La réforme vise à créer 3 entités dite publiques mais qui seront de droit privé (des EPIC). Il accède ainsi en partie à l’exigence des cheminots de ne plus être divisés entre RFF et SNCF mais dans la réalité, il restera une différence entre SNCF infrastrusture et SNCF voyages, ce qui sera toujours source de complications administratives. Et l’entité qui chapeautera le tout sera une entreprise purement commerciale, donc aisément transformable en entreprise à but exclusivement financier et facilement privatisable. Derrière le baratin du gouvernement, c’est donc bien un pas de plus vers la disparition du service public. C’est déjà ce qui avait été fait, avec les réformes successives qui ont abouti à la séparation en deux pôles, RFF et SNCF, à l’époque de Jospin et confirmé par les gouvernements à sa suite. Le gouvernement Hollande aujourd’hui ne fait que poursuivre une politique qui en 15 ans et a transformé l’entreprise en profondeur diminuant les acquis des salariés et des usagers. Très peu d’embauches de vrais cheminots et cheminotes, une transformation de la SNCF voyageurs en entreprise privée en terme de fonctionnement, des prix exorbitants, des casses à répétition et des accidents réguliers et parfois dramatiques faute d’investissement !

Avec cette réforme, la SNCF de demain sera dirigée pour des groupes d’actionnaires pour qui ne compteront que les dividendes sur actions. Déjà la SNCF possède des centaines de filiales (Keolis, Geodis…) et des lignes à l’étranger dans lesquelles les salariés sont sur exploités et n’ont pas le statut de cheminot. Le gouvernement prétend qu’il ne sera pas touché au statut de cheminot mais il a multiplié ces dernières années via l’ANI et autres, des attaques sur les droits mêmes les plus basiques des travailleurs…C’est la même chanson que pour les libéralisations et privatisations précédentes (Telecom, Poste, Santé…). Résultat : disparition des statuts, embauche de précaires et de personnels sous payés… et pour quel gain ? Dans les telecom, on est passé d’un service public à un monopole occupé par quelques opérateurs qui pratiquent des tarifs exorbitants.
C’est pour toutes ces raisons que les cheminots ont largement raison de faire grève et qu’il faut continuer jusqu’au retrait de la « réforme » et son remplacement par un retour à un statut de service public.

Pour la victoire de la grève des cheminots

* Non à la casse de la SNCF, retrait de la « réforme » en cours *
* Maintien intégral du statut des cheminots, et extension à tous les secteurs travaillant dans le cadre de la SNCF *
* Pour un service 100% public du transport ferroviaire, sous contrôle et gestion démocratique des cheminots et de la population, fonctionnant pour satisfaire les besoins de transport et non le profit *

Un gouvernement qui a le même ton que la droite contre les grévistes

Hollande et Valls se sont vite exprimés pour condamner la grève : « irresponsable… inutile… pas tolérable », «Il faut savoir arrêter une grève ! » (pas très original) ou l’autre « il n’y aura pas de report du débat ». Le tout accompagné d’un ton extrêmement ferme, Valls prend de plus en plus goût à la méthode répressive : « je n’ai qu’une certitude: prendre un autre chemin nous conduirait à l’échec », a-t-il dit. « Il faut (…) de la fermeté, de l’autorité pour gouverner la France ». Cela va bien au delà d’une critique de la grève et Sarkozy ou autre aurait largement dit la même chose.
La volonté est claire, le gouvernement se doit de faire passer cette réforme car il se doit de faire passer toute sa politique contre les travailleurs et la population. D’ailleurs la droite UMP ne s’y trompe pas et apporte un soutien à peine voilé au gouvernement, largement alimenté par sa haine des cheminots et surtout des syndicats CGT et SUD. Ils détestent les cheminots et leur rôle emblématique depuis tant d’années notamment en 1995 contre Juppé qui avait du reculer sur son plan de casse de la sécurité sociale. Mais surtout le PS se veut un parti représentant les intérêts des grands patrons alors que l’UMP est dans une crise profonde. Ils veulent montrer qu’ils peuvent « réformer » dans le sens des intérêts des riches, des banques et des grands actionnaires, les grosses entreprises encore publiques comme la SNCF ou la Poste pour en tirer un maximum de bénéfices. L’enjeu c’est évidemment d’offrir le gâteau promis aux grands patrons et de refuser de reculer devant une lutte de travailleurs afin de continuer la politique d’austérité et de casse des services publics et du droit du travail.

Le plus affligeant c’est que Valls prétend que c’est cela où alors « la gauche va disparaître ». Mais quelle gauche ? Si c’est celle de la politique de Valls alors tant mieux si elle disparaît, car ce n’est pas une question d’étiquette. Cette gauche là n’est plus de notre camp, et ce ne sont pas les quelques gémissements d’EELV et des pseudo opposants internes au PS qui laissent penser autre chose : tous vont voter la réforme de la SNCF.

Il nous faut une riposte de l’ensemble des travailleurs

Ce que craint ce gouvernement, c’est l’établissement d’un véritable rapport de force de l’ensemble des travailleurs, des jeunes, des chômeurs, des précaires, des retraités… contre sa politique et son plan d’austérité. La lutte des cheminots peut aider à construire ce rapport de force. Les syndicats qui ont lancé cette lutte, les assemblées générales des cheminots sont autant de moyen de développer cela plus encore. Il faudrait un appel clair de tous les syndicats qui refusent le pacte d’austérité et les autres attaques du gouvernement à soutenir les cheminots et participer aux manifestations.

Tout les pas en avant que peuvent faire les cheminots, les intermittents et précaires en lutte sera un pas en avant pour l’ensemble des travailleurs.
Le gouvernement va continuer une série d’attaque pour mettre en place son pacte d’austérité, les salaires vont être encore gelés, les services publics dégradés, dans le privé il y aura encore plus de facilité pour baisser les salaires ou licencier. Il nous faut une journée de grève d’ensemble, contre la politique du gouvernement, les bas salaires, les mauvaises condition de travail… Une telle journée, avec un appel clair à bloquer l’économie par la grève et par des blocages de masse, des dizaines de milliers de travailleurs, de jeunes, de chômeurs pourraient s’en saisir et ce serait un pas en avant pour construire la lutte contre la politique de Hollande-Valls.

 

Alex Rouillard et Leila Messaoudi

Assez des plans d’austérité de Valls-Hollande !

Après 5 années de crise, la récession économique se pointe à nouveau. La France est en croissance nulle (!) et l’économie américaine recule. Le chômage a augmenté de 3,5 % en un an en France avec 5 millions 300 000 chômeurs. Comme on pouvait s’y attendre les plans de sauvetage des banques censés sauver l’économie ont sauvé les profits mais pas l’économie !
Et que fait le gouvernement de Hollande Valls ? Il continue la même politique entamée depuis deux ans continuant celle de sarko : une austérité de moins en moins masquée. Le    « pacte de responsabilité » (et de soi disant solidarité) va être voté mijuin : 50 milliards « d’économies » disent-ils ! Economies pour qui ?
Les grosses entreprises et les actionnaires. Payées par qui ? En prenant sur les budgets de l’Etat, des collectivités territoriales et de la protection sociale, c’est à dire sur nos impôts, nos services publics, nos salaires et nos retraites… des économies faites sur le dos de la population.
Non seulement les grosses entreprises dégraissent comme Alstom ou Peugeot mais en plus, leurs actionnaires n’auront plus à payer une partie de notre salaire indirect via les cotisations sociales. Des contreparties obligatoires pour eux ? Que dalle ! A tel point que la direction de la CFDT, très conciliante avec le Medef menace de se retirer des négociations début juillet si rien n’avance ! Pourtant, c’était couru d’avance…
A côté des 50 milliards de coupes budgétaires prévues par le « pacte », s’ajoute 30 milliards de suppression et d’allégement de cotisation pour le grand patronat qui promet (ne riez pas) de créer 500 000 emplois (juste avant c’était un millions mais dans les mensonges, il faut avoir l’air raisonnable), soit un coût de 60 000 euros par emplois ! En gros, il va falloir payer pour se faire exploiter.
Le Medef avec Gattaz, ainsi qu’Hollande et Valls ne vont pas se contenter de ces différents plans, comme il ne s’étaient pas arrêtés au CICE et à l’ANI malgré les sanctions successives de leur politique ouvertement anti ouvrière lors des élections de ce printemps. Les mesures d’austérité et les attaques contre les droits des travailleurs vont continuer.
Déjà, il annonce par la voix de son ministre de l’économie Sapin qu’il envisage de geler les seuils sociaux (lois Auroux de 1982) qui imposent des normes sociales pour les entreprises à partir d’un certain nombre de salariés. Ces lois selon Sapin freineraient la création d’emplois en donnant des droits trop importants aux salariés en période de crise… On appréciera. Pour stopper leur politique d’austérité et les licenciements, il va falloir une lutte massive et s’y mettre tous ensemble !
Les travailleurs de la Seita se battent pour sauver leur emploi et, par exemple, ceux et celles de Buffalo Grill résistent contre la modulation de leurs heures de travail qui a pour effet de ne plus payer les heures sup’. Les travailleurs de Fralib ont emporté une victoire dans leur bataille contre la fermeture du site. De nombreuses luttes existent un peu partout mais tout ceci ne suffit pas à stopper les licenciements et les plans d’austérité ni à donner envie à tous ceux qui veulent résister de s’y mettre car il manque une véritable initiative
centrale.
Plusieurs journées de grève (la dernière date du 15 mai dernier) ont lieu depuis février. Elles ont regroupé certains secteurs publics ou privés. Elles ont permis à certains secteurs mobilisés d’exprimer leur colère et de maintenir un certaine combativité malgré le malaise social et le climat politique morose.
Mais on sait bien que cela ne suffit pas. Face à l’ampleur des attaques, il faudrait une vraie journée de grève de tous les secteurs qui permet de vraiment stopper toutes les activités, de paralyser les transports de marchandises et de permettre à tous ceux et celles, jeunes et moins jeunes, au chômage, précaires, qui ne peuvent pas être en grève de se joindre à la mobilisation.
Ce qui freine encore une partie nombreuse d’entre nous c’est de savoir si une nouvelle journée de grève servira à quelque chose, si elle est utile. C’est une question importante. Les directions des syndicats qui dénoncent les plans d’austérité tardent et n’organisent pas cette journée.
Pourtant préparée à l’avance, nous aurions les moyens d’en faire un jour de grève totale, de révolte sociale contre le gouvernement et le patronat.
Dans ce contexte, est ce que la CGT compte réellement faire une vraie mobilisation en proposant une journée d’action et de grève interprofessionnelle le 26 juin prochain avant le sommet « social » de juillet ? Si ce n’est pas le cas, il faut annoncer dès maintenant et préparer une vraie journée de lutte et de révolte, qui serait cette fois une vraie grève interprofessionnelle à la rentrée en septembre, et qui paralyse l’économie, qui montre la force des travailleurs en lutte, qui fait perdre du fric aux grosses entreprises et fait peur au
gouvernement et soit un point d’appuis pour toutes les luttes en cours contre les licenciements, la dégradation des conditions de travails, ou les salaires insuffisants.
Ce qu’ils craignent c’est que ça pète pour de bon contre leur politique !

Brésil: Une nouvelle étape franchie dans la lutte des classes

BresilManifestationsPar André Ferrari, LSR (CIO-Brésil)

La grève des travailleurs du métro a très précisément commencé à la date anniversaire du début des manifestations massives du mois de juin de l’an dernier. Des millions de personnes étaient alors descendues dans les rues de centaines de villes à travers le pays, révoltées contre une nouvelle augmentation des tarifs des transports en commun. À la suite de cette explosion sociale, les différentes autorités du pays ont été contraintes de revenir sur ces augmentations, mais elles n’ont en rien remis en cause le processus néolibéral de privatisation et de démolition des transports en commun publics. A partir de juin 2013 s’est ouvert un nouveau cycle ascendant des luttes de la classe des travailleurs dans un contexte de crise économique croissante et d’impasse du modèle économique et politique des gouvernements du PT (tant sous la présidence de Lula que sous celle de Dilma).

Si les luttes ont été plus fragmentées depuis lors, elles ont acquis un clair profil de classe. D’innombrables grèves ont eu lieu dans les secteurs public et privé. Ces batailles de classe ont touché non seulement les secteurs de travailleurs ayant de fortes traditions syndicales combattives (enseignement, banque, poste, métallurgie, etc.) mais aussi les secteurs plus précaires qui ont plus de difficultés à développer une organisation syndicale. Ce fut le cas des travailleurs publics du secteur du nettoyage à Rio de Janeiro, qui ont organisé une grève au beau milieu du «carnaval». Ils ont dû faire face à la brutalité et à la répression de la mairie de Rio de Janeiro, mais aussi à la pression de la bureaucratie syndicale pro-gouvernementale. Ils ont pu jouir d’un énorme soutien populaire et ont remporté une énorme victoire qui a stimulé des luttes similaires dans d’autres villes du pays. Ce fut encore le cas d’environ 28.000 du complexe pétrochimique de Rio de Janeiro. De même, les chauffeurs d’autobus de Rio de Janeiro et Sao Paulo ont organisé des grèves, en passant par-dessus la volonté de leurs dirigeants syndicaux. À l’heure actuelle, plusieurs secteurs sont en lutte et beaucoup en grève. Un des plus forts mouvements de grève se trouve dans les universités de l’Etat de São Paulo, notamment à l’USP (Université de São Paulo) avec des mobilisations intenses d’étudiants, d’enseignants et du reste du personnel.

Le rôle central du MTST

Au cours de ces dernières semaines, les manifestations dirigées par le Mouvement des Travailleurs Sans-Toit (MTST), principalement à São Paulo, ont eu une large attention. A l’aube du 3 mai, le MTST a mené une occupation massive de terres que leurs propriétaires destinaient simplement à la spéculation. Ce terrain est situé à quelques kilomètres du stade qui accueillera l’ouverture de la Coupe du Monde dans le quartier Itaquera, à l’est de la ville de São Paulo. Le stade a coûté près d’un milliard de Reals (400 millions de dollars), et l’occupation visait à illustrer le contraste entre d’une part les dépenses publiques destinées à stimuler les bénéfices de la FIFA, des grands constructeurs et des spéculateurs immobiliers et d’autre part la situation de vie précaire des travailleurs.

L’occupation d’Itaquera a été dénommée « la Coupe du Peuple », et elle implique aujourd’hui 4.000 familles environ. La Coupe du Monde a entrainé une forte augmentation des prix de l’immobilier (jusqu’à 200% dans certains quartiers de la ville) et de grandes augmentations de loyer. Des millions de travailleurs sont contraints de quitter leurs foyers et de vivre plus loin de leur lieu de travail, aggravant encore le problème de la mobilité urbaine dans une ville comme São Paulo. Les revendications consacrées au droit au logement et au transport font partie intégrante de la lutte pour le droit des travailleurs à disposer de leur ville, alors qu’elle est aux mains des entreprises.

Le MTST a pu organiser des marches de milliers de travailleurs sans-abri et de leurs alliés afin de défendre leurs revendications. La dernière a eu lieu le 4 juin, quand 25.000 personnes ont bloqué l’accès au nouveau stade tout juste une semaine avant l’ouverture de la Coupe du Monde. Cette manifestation a mis en évidence la force du mouvement, capable de menacer l’ouverture même de la Coupe du Monde.

Quelques jours avant, la menace d’une expulsion forcée du site Itaquera ouvrait la sombre perspective d’un bain de sang, puisque le mouvement avait opté pour la résistance. Mais peu après, le gouvernement fédéral de la présidente Dilma Rousseff (PT) a cherché à ouvrir des négociations et a indiqué que le gouvernement allait répondre aux revendications du mouvement. Le terrain occupé par la «Coupe du Peuple » doit être affecté à la construction de logements abordables avec des fonds publics sous l’administration du mouvement lui-même. Une fois confirmée une telle retraite de la part du gouvernement, cette victoire éclatante de la lutte du MTST ouvrirait la voie à de nouvelles luttes pour d’autres mouvements.

La grève du Métro

C’est dans ce contexte que la grève des travailleurs du métro a lieu. Dans ce cas, l’ennemi direct est le gouvernement de l’État de São Paulo dirigée par le néolibéral Alckmin (PSDB). L’approche des autorités a jusqu’ici été faite de brutalité extrême avec répression policière aux piquets de grève dans les stations de métro, menaces de licenciement et une grande intransigeance dans les négociations. Le syndicat des travailleurs du métro est dirigé par la gauche syndicale, généralement liée aux partis PSTU et PSoL, et bénéficie d’un large soutien dans le secteur. La plupart des dirigeants syndicaux sont liés à la fédération CSP-Conlutas, mais le syndicat du Métro n’est pas affilié à une fédération syndicale particulière. Les assemblées générales quotidiennes réunissent plus de 2000 travailleurs, sur environ 9500. Les piquets de grève sont organisés pour bloquer certains pans du réseau, puisque les patrons se sont mobilisés pour faire fonctionner certaines lignes de métro, en mettant par ailleurs en danger la population puisque le personnel n’est pas formé pour cela. Le gouvernement essaie à tout prix de tourner l’opinion publique contre les travailleurs du métro, sans beaucoup de succès. Mais la tâche est rude pour gouvernement Alckmin, puisque ce gouvernement et de précédents du PSDB sont impliqués dans un énorme scandale de corruption qui implique de grandes entreprises comme Siemens et Alstom, fournisseurs de matériel et de services pour le métro de São Paulo…

Dans le cadre de la préparation de la grève, le syndicat a dénoncé la politique du gouvernement Alckmin concernant les transports publics. Le syndicat a également proposé que, pour ne pas nuire à la population, les travailleurs annulent l’arrêt de travail en échange de l’ouverture des tourniquets de métro donnant ainsi gratuitement accès aux utilisateurs! La proposition a été bien accueillie par la population et a même servi à promouvoir le débat sur la revendication de la gratuité des transports publics, qui a gagné en popularité depuis juin 2013.

Mais le gouvernement, avec le soutien de la Cour du travail, s’est réuni ce dimanche pour juger la grève illégale, au motif que le syndicat ne garantit pas le bon fonctionnement du métro pendant les «heures de pointe», car il s’agit d’un service « essentiel ». Que reste-t-il du droit de grève si une catégorie des travailleurs est censée travailler à 100% durant une grève ? Les tribunaux ont imposé une amende de cent mille Reals au syndicat (40.000 $) par jour de grève et ont déclaré légitime le licenciement des grévistes. Les travailleurs se sont réunis à nouveau réunis en assemblée le dimanche 8 juin et ont décidé d’affronter le gouvernement, les médias et les tribunaux.

À l’heure actuelle, de nombreux secteurs du mouvement ouvrier et des mouvements sociaux, y compris le MTST et les organisations de jeunesse, se mobilisent pour construire une action de masse en soutien des travailleurs du métro. La force et la volonté de se battre des travailleurs du métro, avec le soutien populaire organisé en une grève, sont des facteurs qui peuvent être en mesure de pousser le gouvernement à la défaite.

Unifier les luttes et construire une grève générale de 24 heures

LSR (section du CIO au Brésil) a lutté de toutes ses forces pour construire l’unité des luttes qui se développent aujourd’hui dans le pays. LSR est notamment intervenu dans les luttes du MTST et de la CSP-Conlutas, le groupe le plus dynamique de la gauche syndicale, en défendant que ces deux pôles de lutte devaient agir de manière coordonnée, ce qui est maintenant en train de se produire. LSR a également préconisé la nécessité d’une conférence nationale des mouvements en lutte pour élaborer une plate-forme commune et un plan d’action commun. Nous avons également fait valoir qu’il est nécessaire de construire par la base une grève générale de 24 heures dans le pays.

Parvenir à une lutte unifiée des travailleurs du métro, des enseignants, des travailleurs sans-toit et des jeunes est une condition préalable à la réorganisation et à la reconfiguration d’un mouvement des travailleurs combattif et d’une gauche socialiste.

Des messages de solidarité avec les travailleurs du Métro peuvent être envoyés au Sindicato dos Metroviarios de Sao Paolo, sindicato@metroviarios-sp.org.br, avec copies à andre.ferrari@uol.com.br .

victoire à l’hopital bagatelle

1557808_5367757_480x300La grève se termine par une victoire pour  les douze salariés d’Elior Services (société sous-traitante de l’hôpital Bagatelle de Talence, qui emploie 55 Agents de service hospitalier, ASH) . Au terme d’un mois de grève -le mouvement avait débuté le 14 mai pour s’achever le 14 juin- ils obtiennent 120 euros d’augmentation et une rétroactivité sur 18 mois pour le changement de leur contrat et les heures en plus effectués dû à une réorganisation. Ils obtiennent également l’embauche de 3 personnes pour faire face à la surcharge de travail.

Solidarité avec les cheminots en grève !

chemPartout en France, depuis 8 jours, les travailleurs et travailleuses de la SNCF sont en mobilisation. Ils reconduisent leur grève pour dénoncer la réforme du transport ferroviaire discuté à l’assemblée nationale. Des manifestations et des actions ont lieu chaque jour dans la plupart des grandes villes de France.

Le gouvernement Hollande-Valls met tout en œuvre pour stopper cette grève. Soutenons les cheminots et cheminotes en grève ! Mettons un premier coup d’arrêt aux plans d’austérité !
Non à la casse du service public du rail , non à la réforme ferroviaire de Hollande Valls et Cuvillier !

25 ans après le massacre de Tienanmen

HK_0604-200x300Sept semaines qui ont ébranlé le monde

Le 15 avril 1989, l’ancien secrétaire général déchu du Parti ‘Communiste’ Chinois Hu Yaobang décède d’une crise cardiaque. Cet évènement anodin va donner le coup d’envoi d’un des plus grands mouvements de masse de l’histoire moderne, un mouvement qui déborde rapidement les espoirs les plus fous de ceux qui l’ont lancé et qui a été près de renverser le régime dictatorial du parti soi-disant ‘communiste’.

Par Vincent Kolo, Chinaworker.info

Le 17 avril, environ 700 étudiants et professeurs partent vers la Place Tienanmen («la Place de la Paix céleste») dans le centre de la capitale chinoise, à 15 kilomètres de leur université. Ils crient «Longue vie à Hu Yaobang! Longue vie à la démocratie! Non à la corruption! Non à l’autocratie! » Ces slogans vont par la suite résonner dans le monde entier tandis que des millions de personnes prendront part à des manifestations à Pékin et dans plus de 110 autres villes chinoises.

Un énorme mouvement de masse

Cinq jours après cette modeste première manifestation, ce sont plus de 200.000 personnes qui participent à une manifestation interdite le jour de l’enterrement de Hu Yaobang. Une grève étudiante de durée indéterminée est annoncée dans plus de 20 universités et instituts supérieurs de Pékin tandis qu’une organisation se met en place pour coordonner le mouvement.

A la mi-mai, les travailleurs commencent également à s’organiser et font les premiers pas vers la création de syndicats indépendants, ce que les dirigeants du pays craignent par-dessus tout. Le révolutionnaire russe Léon Trotsky expliquait qu’une révolution arrive quand les masses commencent à créer elles-mêmes les événements et, ce faisant, commencent à sentir quel pouvoir est le leur. C’est effectivement ce qui s’est produit en 1989. Le régime chinois de Deng Xiaoping, félicité par les gouvernements occidentaux pour avoir intégré des éléments de capitalisme dans son « communisme », apparaît plongé dans la confusion et impuissant face au mouvement qui se développe. Le gouvernement et l’armée sont profondément divisés. Il leur faut plusieurs semaines pour décider d’une riposte.
Dans la nuit du 3 au 4 juin, Deng Xiaoping et les partisans d’une ligne dure prennent la décision d’organiser un véritable carnage pour reprendre le contrôle de la situation. Plus de 200.000 soldats sont mobilisés pour envahir la capitale (presque autant que ce que les USA déploieront pour envahir l’Irak en mars 2003 !).

Selon Amnesty International, les confrontations au centre-ville causent au moins un millier de morts. Dans les semaines et mois qui suivent plus de 40.000 personnes sont arrêtées, surtout des travailleurs qui sont tout particulièrement visés. Ceux qui ont organisé des grèves ou simplement tenté de le faire sont condamnés à de longues peines de prison, voire même exécutés. La Fédération Autonome des Travailleurs de Pékin à peine née, qui avait lancé un appel à une grève générale pour essayer de stopper la répression militaire, est accusée d’avoir projeté une révolte armée contre le gouvernement et interdite tandis que ses militants sont massivement arrêtés.

Circulez, il n’y a rien à voir

Depuis lors, plus de 20 ans maintenant, il est interdit de revenir sur les évènements de « Liu Si » (le 4 juin). Seule la version officielle du régime peut être exposée, version selon laquelle il n’y a pas eu de morts sur la Place Tienanmen et Deng Xiaoping n’est intervenu que pour protéger la Chine du chaos social. Pour les dirigeants chinois (et leurs partisans à l’étranger), ce mouvement massif d’opposition populaire – où les participants chantaient l’Internationale et criaient des slogans en faveur du socialisme – n’était rien d’autre qu’une contre-révolution bourgeoise. La rapide croissance économique des années ‘90 et du début de ce siècle a servi de légitimation historique à l’intervention brutale du régime.

Mais la répression de cette révolte n’a rien à voir avec la crainte d’une restauration du capitalisme en Chine. C’est le régime lui-même qui a appliqué une politique de plus en plus capitaliste néo-libérale combinées au renforcement d’un pouvoir autoritaire. Ceux pour qui le capitalisme et la démocratie vont de pair ont bien du mal à expliquer ce qui s’est passé en Chine et pourquoi le modèle chinois est si populaire auprès des multinationales occidentales.

Cette année, le régime chinois était particulièrement sur ses gardes. Le 20e anniversaire de cette révolte a en effet pris place dans le contexte d’une crise économique sévère. Les commémorations du 4 juin n’étaient autorisées qu’à Hong Kong, où au moins 200.000 personnes ont participé. Dans le reste de la Chine, les mesures de sécurité ont été renforcées de même que la répression contre les militants pro-démocratie mais aussi contre ceux qui émettent des critiques de gauche et socialistes contre le régime.

Un moment clé de la crise des régimes staliniens

Le courage des étudiants et des travailleurs chinois et la brutale répression du mouvement par le régime a aggravé et accéléré la crise dans les autres pays à régime stalinien de parti unique, que ce soit en Europe de l’est ou en URSS même. Les pays staliniens ont été touchés par des crises persistantes et successives depuis la fin des années ‘70. L’industrialisation rapide des premières années – reposant sur la planification centrale de l’économie et de la propriété d’Etat des moyens de production – a cédé la place à une stagnation due au rôle de plus en plus parasitaire et étouffant de la bureaucratie. Faute d’implication active de la part des couches plus larges de la population dans l’organisation de la société et de l’économie, c’était inévitable.

La combinaison de la crise économique, de la nature répressive des dictatures staliniennes et des attaques de la bureaucratie contre les acquis sociaux a conduit à une hostilité grandissante face au «socialisme» au nom duquel ces régimes prétendaient gouverner. Un grand nombre d’intellectuels et d’éléments de la bureaucratie ont commencé à se détourner du «socialisme».

Dans tout le bloc stalinien, tant en Chine qu’en Hongrie, en Pologne ou en Yougoslavie, des parties de la bureaucratie ont commencé à considérer le capitalisme comme une bouée de sauvetage pour protéger leur propre pouvoir et leurs privilèges.

En Chine, la défaite des dirigeants maoïstes de la «Bande des 4» et la prise de pouvoir de Deng Xiaoping en 1978 ont constitué un tournant crucial, même si on ne peut pas dire qu’il existait alors un plan pour réinstaurer le capitalisme en Chine. Il s’agissait plutôt d’une tentative «pragmatique» d’introduire nombre d’éléments capitalistes – des revenus plus élevés pour les managers, une moindre protection sociale pour les travailleurs, plus de marge pour les investissements privés et pour une accumulation de richesse – au sein d’une économie bureaucratiquement planifiée. Dans le courant des années ’80, une aile plus consciemment pro-capitaliste s’est développée au sein du régime chinois. Deng Xiaoping et Zhao Ziyang en ont été les figures de proue.

Les changements économiques qui ont suivi ont été spectaculaires : privatisation de l’agriculture, développement accéléré des zones et des villes côtières par l’afflux de capitaux étrangers, liquidation de la plupart des protections sociales. C’est ainsi que les travailleurs chinois sont peu à peu devenus la main d’œuvre bon marché par excellence des multinationales étrangères.

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