Grève chez Logista france

logista-1Logista France qui appartient au groupe Imperial Tobacco fournit l’ensemble des buralistes.
Les travailleurs du dépôt Lognes ont fait grève avec leur syndicat CGT pendant 7 jours avec une participation de 40 à 50%. Les sites de Colomiers, Mions et Le Mans ont effectué des débrayages.
 » La direction propose une hausse de 1,2 % des salaires avec un montant planché de 35 euros brut par mois. Les salariés veulent que le montant planché passe de 35 à 60 euros. Le groupe Impérial Tobacco remonte des milliards d’euros redistribués sous forme de dividendes aux actionnaires. L’entreprise réalise des croissances annuelles à deux chiffre » le délégué syndical CGT du site de Lognes. La CGT conteste l’iniquité et la faible augmentation que représente 1.2% pour le petits salaires. IL faut savoir que les nouveaux salariés ont un statut différent des plus anciens qui était déjà chez Altadis semi-publique.
La direction s’est dites prête à discuter et les salariés ont donc repris le travail mais ce n’est pas terminé.
Néanmoins Lundi 22 janvier, 17 grévistes ont été assignés en référé au tribunal de Meaux pour atteinte à la liberté du commerce et de l’industrie. Tous étaient présents face au juge. La direction essaye d’attaquer les salariés sur leur droit de grève par ce biais. C’est inacceptable.

Soutien aux salariés de Goodyear -Amiens Nord

ALeqM5iwNOFBWOQn9T0Uq39uQSMESI2oiA7 ans de lutte contre les différents plans sociaux de la direction et aucun licenciement à ce jour ! Mais cette dernière année, la lutte a été de plus en plus difficile pour les salariés.
Ce lundi, ce devait être la reprise à l’usine mais il n’y avait pas de travail. La direction fait tout pour cela. Elle veut la fermeture courant 2014. EN 2013,les travailleurs ont perdu tous leurs procès en justice. La direction est désormais prête à tout pour envoyer très vite les lettres de licenciement aux plus de 1100 salariés.
Mais ce n’est pas encore fait. Ce 6 janvier il devait y avoir une rencontre entre la direction et les syndicats. Refusée par la direction. La réponse des salariés a été:immédiate : séquestration du directeur et du DRH par la CGT et les salariés. Les deux dirigeants ne sortiront pas tant qu’ils ne veulent pas revenir négocier. Des questions demeurent : repreneur ou pas ? Et si non, la question du montant des indemnités de licenciement se posera. Goodyear fait des profits monstrueux Titan devra payer cher pour son acharnement !
En même temps que les salariés se battent jusqu’au bout, la CGT Goodyear Amiens Nord appelle les autres salariés en France, qui se battent contre les licenciements et contre les attaques de ce gouvernement au service des patrons à se mobiliser ensemble dans les semaines qui viennent. Il est important de populariser et soutenir la lutte des Goodyear par des motions dans nos sections syndicales et de discuter de cette initiative de mobilisation commune.

Retrouvez leur  » j’accuse » sur leur blog http://blog.cgt-goodyear-nord.com/

Suède. Riposte de masse contre la violence néonazie

20zwedengroot Dimanche dernier a eu lieu à Kärrtorp (au sud de Stockholm) la plus grande manifestation antiraciste de l’histoire de Suède. 20.000 personnes se sont rassemblées, suite à l’attaque d’une manifestation par des néonazis armés.

Par Rättvisepartiet Socialisterna (CIO-Suède)

Durant tout le mois de novembre, une organisation néonazie violente (Le Mouvement de la Résistance Suédoise, SMR) avait augmenté son taux d’activité dans la région. Des croix gammées ont été peintes partout, plusieurs immigrés ont été agressés et le groupe a été observé en train de s’entraîner sur le terrain de sport local.

La section locale de Rättvisepartiet Socialisterna (RS, section du Comité pour une Internationale Ouvrière, CIO, en Suède) a discuté de la nécessité d’une campagne antifasciste impliquant la population locale et la jeunesse autant que faire ce peut. D’autres également étaient désireux de mener campagne, et un réseau antifasciste a été constitué, avec un appel à manifester le dimanche 15 décembre. 800 personnes sont venues, une réponse locale assez massive face aux néonazis. Mais ces derniers sont intervenus dans ce rassemblement non-violent. 40 d’entre eux sont arrivés en courant à la manière des militaires, lançant des bouteilles, de puissants pétards, des bâtons et des pierres au sein de la manifestation antifasciste, où se trouvaient notamment des parents avec leurs poussettes!
Après une minute de chaos, le service d’ordre et les manifestants ont constitué des chaînes humaines pour défendre la manifestation. Après une autre minute, les manifestants ont commencé à avancer vers les néonazis qui ont dû faire marche arrière. Les néonazis ont reçu quelques coups alors qu’ils étaient repoussés le long des rues, pour finalement s’enfuir à travers bois.

Ce fut une victoire spectaculaire. La police a fait l’objet de critique extrêmement vives pour avoir négligé de défendre les manifestants et pour avoir plus tard protégé les néonazis de la colère des manifestants. Une mère qui venait de sauver ses enfants a demandé à l’un des officiers de police pourquoi ils n’avaient pas arrêté les néonazis.  »Vous n’êtes pas beaucoup mieux qu’eux », a-t-il répondu.

La police et certains médias ont d’abord tenté de présenter les événements comme une émeute et une confrontation entre deux groupes. Il a fallu quelques jours de pression et de critiques pour que la police admette détenir des informations concernant une attaque et dise enfin que l’ensemble des 26 personnes arrêtées étaient des néonazis.

Le réseau antifasciste a su capter une large attention en déposant plainte contre la police pour son rôle de protection de criminels néonazis.  »Au lieu d’arrêter les coupables de violations flagrantes, la police les a défendus », a ainsi déclaré aux médias le porte-parole du réseau Ammar Khorshed, par ailleurs également membre de la section locale de Rättvisepartiet Socialisterna. Ce dernier a été interviewé à la télévision nationale et dans les journaux tous les jours de la semaine suivante.

la date du 22 décembre a ensuite été choisie pour une nouvelle manifestation antifasciste. L’écho a immédiatement été très large. 15.000 ont indiqué sur Facebook leur intention d’être présent. Les activités locales de campagne ont illustré que tout le monde connaissait l’organisation de cette manifestation. Une section locale des Etudiants contre le racisme a également été formée.

Une véritable vague d’antiracisme et d’antifascisme a déferlé sur le pays. Des manifestations ont été organisées dans près de 25 villes et villages. 3000 personnes ont ainsi manifesté à Göteborg, 2000 à Umeå, 1000 à Malmö et ainsi de suite.

La manifestation de Kärrtorp est devenue la plus grande manifestation contre le racisme et le fascisme jamais organisée en Suède. Et soudainement, tous les partis représentés au Parlement, à l’exception du parti raciste des Démocrates Suédois, ont dit qu’ils allaient eux aussi participer à la mobilisation, y compris les dirigeants de la social-démocratie, le Parti de Gauche, et le Président du Parlement.

Le réseau antifasciste a toutefois résisté à cette pression et a évité de mettre ces « célébrités » politiques sur la liste des orateurs. Ceux qui ont pu prendre la parole ont été des activistes locaux, des militants qui ont effectivement réalisé tout le travail de campagne sur le terrain. Un certain nombre d’artistes, tous bien connus pour leurs positions antiracistes et critiques contre le système, se sont portés volontaires et ont pu prendre la parole.

Le dimanche 22, les manifestants sont arrivés par milliers en métro, en bus, à pied, pour constituer un cortège massif qui a souligné le soutien extrêmement fort dont dispose la lutte contre le racisme ainsi qu’exprimé la colère contre l’attaque néonazie. De nombreux participants ont également salué le fait que la campagne ait été menée de la base et sur le terrain.

Sur la place, des milliers de personnes ont d’abord écouté les percussions de Riot Samba, Sambomban et Yakumbe. Ensuite, la marche s’est ébranlée vers le terrain de sport.  »Nous sommes maintenant sur le terrain de football où ont été découvertes des activités néonazies. Des marches militaires ont été organisées, avec des saluts nazis, ici, sur ce terrain de football. Maintenant, nous le reprenons à nouveau. Et nous le reprenons à jamais, nous écraserons le nazisme », a déclaré un responsable sous les applaudissements.

Le premier orateur était Peter Myllykoski, membre de Rättvisepartiet Socialisterna et responsable du service d’ordre de la manifestation.  »Les néonazis nous ont attaqués – une attaque armée et planifiée. C’est nous – tous les manifestants – qui, collectivement, ont chassé ensemble les néonazis. C’était une grande victoire, non ? », a-t-il demandé à la foule, recevant des applaudissements massifs et un  »oui » retentissant. Il a également critiqué la police pour son comportement du dimanche précédent : « Vous savez probablement que nous avons déposé plainte contre la police. Ils ont sous-estimé la menace, ils n’ont pas réussi à agir et, finalement, ont même protégé les néonazis. Maintenant, nous voulons des réponses de la police et des tribunaux : les néonazis vont-ils être punis ? Que 23 des 26 arrêtés aient été relâchés n’est pas un bon signal. Ni d’ailleurs le fait qu’ils sont accusés d’émeute alors qu’ils y a tentative d’assassinat. »

L’orateur suivant était Lena Ezelius, dirigeante de la section locale de Kommunal (syndicat des travailleurs communaux). Elle a expliqué comment le racisme tente d’instrumentaliser l’injustice sociale pour s’en prendre aux immigrés:  »Ce n’est pas la faute des immigrés si la pauvreté des enfants et les différences entre classes sont de plus en plus fortes en Suède. Ce n’est pas les immigrés qui sont à la base du fait que les entreprises suédoises exploitent une main-d’œuvre étrangère dans de très mauvaises conditions. Ce n’est pas les immigrés qui ont diminué les budgets pour l’enseignement et le soins aux personnes âgées alors que l’argent de nos impôts va dans les poches des patrons. »

Plusieurs autres intervenants – militants politiques, artistes, activistes locaux – ont également pris la parole. Le discours de Petri Myllykoski’s disait encore au sujet de la manifestation : “Kärrtorp a appris que l’antiracisme vient d’en bas, des gens ordinaires. De nombreuses personnes ont ressenti la nécessité de s’organiser eux-mêmes, localement et à travers tout le pays, contre le fascisme et le racisme. Stopper le racisme et le fascisme nécessite une lutte commune contre toutes les injustices et contre toutes les tentatives de nous diviser. »

Durant cette manifestation, nous avons vendu 400 exemplaires de notre journal hebdomadaire  »Offensiv » et obtenus 25 abonnements. Pourtant, la plupart des membres de Rättvisepartiet Socialisterna étaient mobilisés dans le service d’ordre de la manifestation. De nombreux participants ont également fait part de leur intérêt pour en savoir plus sur nos activités, en comprenant que c’était notre section locale qui avait été à la base de la campagne antifasciste à Kärrtorp et que le rôle de notre organisation avait été crucial pour construire le réseau antifasciste à la base de cette manifestation massive. D’un autre côté, une journaliste de droite a écrit qu’elle avait quitté la manifestation “attristée et apeurée” à cause de l’atmosphère de gauche radicale présente.

Les manifestations qui se sont déroulées dans tout le pays illustrent le potentiel présent pour le lancement d’un nouveau mouvement antiraciste contre le parti raciste des Démocrates Suédois et contre les groupes néonazis de même que contre les politiques néolibérales qui offrent au racisme un terreau pour se développer.

Tunisie : arrestation d’un dirigeant syndicaliste proéminent à Sidi Bouzid

Suite à leur participation aux manifestations qui a ont eu lieu le jour de l’assassinat de Mohamed Brahmi fin juillet, le syndicaliste Abdeslam Hidouri, militant révolutionnaire et dirigeant syndicaliste connu originaire de la ville de Menzel Bouziane (gouvernorat de Sidi Bouzid), ainsi que Ferid Slimani, un jeune de la région, se sont fait arrêtés hier mercredi 25. Ils sont accusés d’avoir porté atteinte aux établissements publics et d’avoir incendié le commissariat de la Garde nationale, lequel avait fait suite à la dégénérescence d’une manifestation pacifique de par l’intervention brutale des forces de police.
L’unique preuve à l’appui de cette arrestation totalement arbitraire n’est autre qu’une vidéo de quelques secondes montrant les deux militants participer à la manifestation en question.
L’appareil judiciaire tunisien s’en prend une fois de plus aux forgerons et agitateurs de la révolution tunisienne, afin de faire taire la colère qui traverse le pays, en cette période d’hiver traditionnellement propice aux explosions sociales dans le pays. Il y a quelques jours, un autre militant de gauche, Abdelhak Laabidi, s’était fait agresser à Beja par des milices du parti islamiste Ennahda, ce qui semble illustrer une stratégie d’intimidation à l’égard de figures emblématiques de la révolution.
Le CIO et ses sympathisants en Tunisie condamnent fermement ces arrestations, ainsi que plus globalement, la politique d’harcèlement systématique et de répression à l’égard des militants et des opposants tunisiens. Nous exigeons la libération immédiate et inconditionnelle d’Abdeslam et de Ferid.
Un appel a été lancé pour un rassemblement ce matin jeudi devant le tribunal de première instance de Sidi Bouzid où ces derniers sont appelés à comparaitre devant le procureur de la république.
Envoyez vos lettres de protestation pour exiger la libération de ces militants au Ministère de la Justice tunisien sur cette adresse : mju@ministeres.tn, avec copie à cwi@worldsoc.co.uk.
Libération immédiate d’Abdeslam Hidouri et de Ferid Slimani, ainsi que de tous les prisonniers d’opinion !
Non aux arrestations arbitraires et aux procès politiques !
Défense de tous les droits démocratiques !
Non à une nouvelle dictature !
Pour la poursuite de la révolution tunisienne – le pouvoir aux travailleurs et à la jeunesse !

Centrafrique la France intervient à nouveau dans un pays d’Afrique

CENTRAFRICA-UNRESTHollande a annoncé, jeudi 5 décembre 2013, l’envoi de troupes françaises, sous mandat de l’ONU, pour renforcer la présence militaire en place. C’est la 40ème intervention française en Afrique depuis les indépendances. Quelles sont les raisons de cette reprise des activités militaires de l’impérialisme français en Afrique ? Quel rôle le gouvernement Hollande veut-il endosser après l’intervention au Mali ?

Centrafrique  : un pays potentiellement riche
Le pays regorge pourtant de ressources dans son sous-sol et pas des moindres : diamants à la surface, pétrole, uranium et terres cultivables. Or toutes ces ressources sont aujourd’hui soit sous exploitées, soit détournées, soit totalement inutilisées. La RCA dépend du coton, un des secteurs-clés des exportations avec ceux de l’extraction du diamant et de l’or qui sont en voie de s’effondrer. Les mineurs ne gagnent pas plus de 4 US dollars par jour. Dans la majorité des cas, les 80.000 à 100.000 mineurs de diamant en RCA travaillent dans des installations artisanales de taille réduite sans licences d’exploitation. Les pierres extraites sont souvent vendues à des trafiquants ou à des entreprises exportatrices pour un très faible pourcentage de la valeur de revente. Les mineurs de diamants font vivre plusieurs centaines de milliers d’habitants, mais c’est en se partageant la misère. L’extraction du diamant est faite à la main par des mineurs artisans qui vendent individuellement à des collecteurs qui vendent eux-mêmes à des bureaux d’achat qui vendent à de gros diamantaires surtout vers la ville belge d’Anvers.

Un pays exsangue et dépouillé
La Centrafrique est indépendante de la France depuis 1958. Or depuis le début, le pays passe de mains en mains sans qu’aucun développement social et économique digne de ce nom ait jamais existé durablement. Pas un seul dirigeant ne s’est illustré dans le développement du pays ni des infrastructures publiques… L’espérance de vie est désormais de 40 ans en moyenne et le virus du VIH court. On a assisté à une lente mais profonde désagrégation de l’état et une dégradation des conditions de vie.
Le gouvernement en place a été contraint malgré sa corruption complète de prendre des positions contre le commerce illégal du diamant suite à la mort de mineurs en mars 2013. Mais ces mesures placent les mineurs dans une situation où la peur de perdre leur emploi est de plus en plus forte. Par désespoir, beaucoup de mineurs artisanaux de diamant se sont tournés vers l’extraction de l’or, les prix pour l’or étant plus stables que ceux du diamant. Mais le commerce illégal de l’or est encore pire que celui du diamant. Cela pousse les mineurs à s’engager dans une extraction minière illégale dans des conditions périlleuses pour alimenter le marché noir. Areva possède un site d’extraction de l’uranium centrafricain, inactif depuis 2012 en raison du manque de sécurité dans la zone.

Des luttes récentes des travailleurs et la population
Malgré le fait que les médias occidentaux n’en parlent pas, les organisations ouvrières et syndicales existent dans le pays et n’ont pas disparu. Plusieurs mobilisations et grèves début 2013 se sont développées contre la hausse du coût de la vie, pour le paiement des salaires, pour un véritable accès à l’eau… On a ainsi assisté en février à des manifestationsdes enseignants vacataires du supérieur qui ont plombé prématurément la reprise des cours sur le campus pour réclamer du gouvernement le paiement de leur salaire qu’ils n’avaient pas perçu depuis 24 mois. Les enseignants du primaire se sont joints aux premiers grévistes pour demander leur intégration dans la fonction publique. Le 13 février, les habitants du quartier Gobongo de Bangui ont crié leur ras-le-bol face au manque cruel d’eau et d’électricité ces derniers temps dans leur secteur. Depuis plus de 3 jours ils étaient sans électricité et depuis des mois l’eau potable était devenue denrée rare. Les manifestants ont résisté devant les gendarmes déployés massivement sur les lieux. Les vendeurs ambulants se sont aussi mis en colère parce que les forces de l’ordre ont envahi tôt le matin du mercredi 13 février les abords des routes qu’utilisaient ces vendeurs pour leurs étalages, empêchant la circulation.
Michel Djotodia s’est emparé du pouvoir par un coup d’État en mars 2013 très peu de temps après la vague de luttes et de grèves. Ce n’est surement pas par hasard. Depuis la liberté syndicale a été abolie et toute forme de rassemblement a été interdite. Les rebelles Sélèka, ses alliés, erraient dans les rues de la ville et dans les campagnes en attaquant les gens, et il ne se passait pas un jour sans entendre parler de violents incidents. Et ce, inhabituellement, sans aucune réaction de la France.

Le rôle historique de la France
Dès le début de l’indépendance centrafricaine, la France a eu une forte intervention politique dans le pays. La France a soutenu tous les régimes en place sous Mitterrand et Chirac par enjeu économique mais aujourd’hui tout autant géostratégique pour éviter l’éclatement d’un autre pays d’Afrique.
Ceci s’est illustré par le soutien militaire et financier au président puis empereur autoproclamé Bokassa entre 1966 et 1979. Ce soutien s’est ancré dans la mémoire par l’implication du président Valéry Giscard d’Estaing participant aux chasses de Bokassa et acceptant les diamants du dictateur sanguinaire. Après le coup d’état de 1979 contre Bokassa orchestré par la France, l’ancienne puissance coloniale a placé des présidents fantoches sous régence, de 1980 à 1993, d’un lieutenant colonel français JC Mantion, et notamment Patassé de 1993 à 2003.
La France a formé le plus jeune général de Bokassa, François Bozizé qui est devenu président après la chute de Patassé. Après plusieurs tentatives avortées. Bozizé prend le pouvoir par un coup d’état en 2003, soutenu par la France.
En 2013, Bozizé semble vouloir changer d’alliances économiques et promet des contrats à la Chine avec le Petroleum of China et à l’Afrique du Sud, alliés dans la région face aux impérialistes américain et français.
Dans cette situation, la tactique de Hollande a été de ne pas intervenir contre le renversement de Bozizé par la Séléka («coalition» en langue Sango, qui regroupe des forces dont le seul accord est d’être contre Bozizé) et Michel Djotodia en mars 2013, étant de plus déjà engagé au Mali. Il a sûrement aussi préféré voir venir et pouvoir éventuellement récupérer le tout quand les conditions diplomatiques le permettront, notamment d’un possible prétexte lié au chaos créé par l’hétérogénéité de la Séléka.

Un facteur d’instabilité géopolitique trop fort
La France, sous mandat de l’ONU, intervient maintenant car le pouvoir de Michel Djotodia est très affaibli. L’objectif tracé par l’ONU et répété par le ministre de la Défense LeDrian est de «reconstruire un pays détruit». Dans la réalité, un peu comme au Mali, la motivation première est d’éviter une désagrégation complète de l’Etat et de restaurer un régime, quel qu’il soit, qui reste à la botte de l’impérialisme français. Mais le pays a tellement été épuisé par ces années d’instabilité et tellement vidé de ses ressources que les impérialistes doutent de pouvoir restaurer un régime sans qu’il soit sous contrôle permanent d’armées étrangères au service des impérialistes, avec mandat de l’ONU pour la forme. Ce pays très chaud depuis longtemps est devenu un facteur d’instabilité dans la région.
Les médias ont appuyé l’intervention française parlant de situation pré-génocidaire et de risques de conflits inter-religieux. Qu’en est-il ? Le pays est en très grande majorité chrétien. La population chrétienne se situe dans les régions du Sud le plus souvent. Les rebelles de la Séléka, surtout des jeunes chômeurs désœuvrés viennent souvent du Nord et sont pour la plupart musulmans comme Michel Djotodia, premier chef centrafricain musulman. La majorité de la population a vécu dans des zones mixtes religieuses sans problèmes, mais l’aggravation de la misère, accélérée par la crise économique, intensifie les tensions. Aujourd’hui, les conflits prennent davantage une tournure religieuse par les circonstances que par une division «historique». Les récentes attaques contre des musulmans par les groupes d’autodéfense antibalaka (anti machette en Sango) s’appuient sur une propagande anti musulmans qui sont souvent des commerçants dans cette région et sont réputés plus riches. Mais c’est évidemment afin de créer la division dans la Séléka au profit de Bozizé et de ses troupes.

Une potentielle poudrière régionale
La Centre-Afrique est au cœur d’une zone qui connaît des conflits frontaliers comme le Soudan. L’Ouest du pays est proche du Nord Cameroun qui sert déjà de zone de repli possible pour les islamistes de Boko Haram en lutte avec le gouvernement du Nigeria. Des troubles ont déjà eu lieu à la frontière camerounaise. Il est évident que l’état de démantèlement de la Centrafrique est tel qu’il peut renforcer les risques d’explosion régionale. L’intervention française a donc avant tout un rôle géostratégique : celui de pacifier la région, de réduire à néant les troupes Séléka qui dévastent le pays sans objectif très précis autre que de saccager et se servir dans les biens. Pour les impérialistes, en particulier la France et les États-Unis, l’écroulement complet de l’état centrafricain est un élément trop déstabilisant pour la région. C’est aussi un frein désormais pour leurs possibilités de continuer à profiter des ressources notamment diamantaires et petrolifères d’Afrique. Cette question est d’autant plus centrale pour les capitalistes que les luttes dans les mines d’Afrique du Sud montrent l’exemple et entravent les ambitions des capitalistes.
Il y a peu à attendre d’une intervention française et d’une présence onusienne dans les années à venir en Centrafrique. La France ambitionne d’organiser des élections en 2014. Et c’est là son seul projet avec celui de transférer le pouvoir à la mission de l’ONU localement. Sachant que cette mission est en majorité tchadienne et que son président Idriss Déby appuie le maintien des Seleka et de Djotodia au pouvoir, couvrant leurs exactions, les espoirs d’accord rapide sont limités.
Il est vrai que les troupes françaises ont été bien accueillies par la majorité des habitants. Bien entendu, si les violences cessent ou diminuent, les habitants seront soulagés. Il faut comprendre que les conditions de vie sont tellement catastrophiques que par exemple lorsque Fabius a rendu visite à Djotodia en novembre dernier sur place, les habitants ont cru qu’il avait amené dans sa valise de quoi payer les salaires des fonctionnaires centrafricains ! Est ce que cela veut dire que la population centrafricaine préférerait un retour une domination directe de la France  ? Certainement pas. Il est par contre compréhensible que la majorité de la population cherchent des éléments qui permettraient même de manière très temporaire de stopper la désagrégation de la société et la dégradation de leurs conditions de vie. Pourtant l’intervention française n’est pas une solution, même de court terme, et risque d’entraîner l’inverse.

S’appuyer sur le mouvement des travailleurs et des populations pauvres
Contre les violences et les exactions, les troupes françaises et celles de L’ONU n’ont jamais rien changé voire elles ont pris partie. Elles n’ont rien à faire en Centrafrique ! Et il ne faut accorder aucune confiance ni dans la séléka ni en Bozizé qui défendent des intérêts particuliers. Il faudrait au contraire que des milices d’autodéfense non confessionnelles, ouvertes à tous et à toutes et démocratiques soient organisées.
Et face à la désagrégation du pays, les acteurs des luttes et les animateurs et dirigeants des grèves de février 2013 ont un rôle à jouer pour qu’un mouvement indépendant rassemblant les travailleurs, les paysans et les masses pauvres des villes émerge face aux corrompus des gouvernements successifs. C’est par exemple le cas en Afrique du Sud avec la création du Workers and Socialist Party créé après les grèves historiques des mineurs l’an dernier.
Un tel mouvement, démocratique, non confessionel et non ethnique permettrait d’établir les revendications des luttes concernant l’eau, la santé, l’école etc. Et face à la misère dans le pays, il faudrait utiliser les formidables richesses du pays, les reprendre aux entreprises qui les exploitent. L’expropriation et la mise en commun par la nationalisation des sites miniers de diamant et d’or permettraient déjà de sortir de la misère les mineurs artisans à leur compte et de pouvoir nourrir et développer le pays sous le contrôle démocratique et la gestion collective des travailleurs et de la population.

Leila Messaoudi

Mort de Mandela, quelle situation en Afrique du sud? Interview exclusive de Sebei Mametlwe, un des porte-parole du WASP

GetAttachment.aspxLe lendemain de l’annonce de la mort de Nelson Mandela et après deux années de luttes intensives en Afrique du Sud, nous avons interviewé Sebei Mametlwe, un des porte-parole du Workerssocialistparty , parti initié après la grève des mineurs de Marikana par les comités indépendants des mineurs et le Democratic Socialist Movement DSM section sœur sud-africaine CWI/CIO.

Un jour après l’annonce de la mort de Nelson Mandela, que reste-t-il des vingt dernières années ?

En 1994, la fin de l’apartheid a été un changement historique important pour la classe ouvrière d’Afrique du Sud, dans sa lutte contre le racisme, l’impérialisme et le colonialisme, la victoire héroïque contre un régime d’apartheid d’une brutalité extrême.
Dès le départ, le mouvement ouvrier très conscient, avec son syndicat la COSATU et l’ANC, a lancé un ultimatum au premier président noir pour qu’il abolisse les lois passées par le régime de l’Apartheid. La classe ouvrière noire était très consciente que pour elle la fin de l’apartheid était nécessairement liée à la fin du capitalisme, apartheid et capitalisme étant perçus comme les deux faces d’une même pièce. Le poids de la classe ouvrière et sa conscience socialiste ont pris corps à travers la naissance d’abord illégalement puis officiellement de son syndicat la COSATU, sous l’impulsion des mineurs.
Dans le front ouvrier quand la COSATU est créée, les noirs n’avaient alors pas le droit de s’organiser. Très rapidement, la COSATU a rassemblé au- delà des travailleurs noirs une partie des ouvriers blancs qui avaient des droits syndicaux et qui ont dissout leur syndicat. La COSATU était très militante et très socialiste à tel point que la droite du syndicat se disait marxiste. Il était bien plus qu’un syndicat mais en fait l’expression politique indépendante de la classe, le parti des travailleurs. La grève des mineurs à la fin des années 80 a donné une grande expérience aux travailleurs qui ont compris qu’il faudrait une second tour dans la lutte les amenant à fonder la COSATU.
Ce n’est pas un hasard si les négociations se sont d’ailleurs ouvertes avec Mandela en prison à la même période. Quand Mandela est arrivé au pouvoir il y a eu de grands espoirs avec l’idée que la fin de l’apartheid signifierait la fin de l’exploitation capitaliste. Les 20 ans passées ont été celles de promesses non tenues et au-delà, d’un désabusement et très brutal face à l’ANC au pouvoir.

Quelle est la situation du pays aujourd’hui ?

40 % de la population active est au chômage. La pauvreté est gigantesque à tel point que plus de deux tiers des chômeurs sont des jeunes, le chômage est chronique et structurel. Les jeunes n’ont pas vu leur niveau de vie s’améliorer, 14 % des jeunes accédaient à l’université pendant le régime d’apartheid, ils sont 16 % aujourd’hui en majorité des blancs.
Le gouvernement de réconciliation a donné les droits basiques démocratiques, mais économiquement les capitalistes blancs continuent leur monopole et l’ont préservé en s’accommodant d’une classe moyenne noire très petite de l’ordre de 5 % qui sert de caution démocratique.
Avec l’ANC au pouvoir, la richesse énorme du pays est restée dans les mêmes mains et la société sud-Africaine est l’une des plus inégalitaires au monde. Fondamentalement les raisons de la révolte sont là. La richesse s’enfuit à grandes vitesses. Et l’élite noire est une image très limitée et artificielle qui n’a pas de racines dans la société. Une politique de quotas dans les managements des entreprises entretient l’illusion d’une ascension sociale des Noirs possible. Parmi les millionnaires plus récents une majorité est noire aujourd’hui. En effet, la corruption est massive dans la société et le gouvernement de l’ANC a mené des politiques anti ouvrières et libérales conséquentes.
Le fossé se creuse davantage entre les classes et cet écart entre les classes est encore raciste. Le gouvernement avec sa politique de réconciliation a entraîné une polarisation plus forte des classes. Ainsi on a vu la résurgence des syndicats blancs 20 ans après la fin de l’apartheid.

Une nouvelle ère s’est ouverte avec la grève des mineurs en 2012 et le massacre de Marikana, pourquoi ont-ils eu un rôle tellement central dans la société ?

Le massacre en août 2012 de Marikana qui a entraîné la mort de 34 mineurs tués par plusieurs tirs de la police du gouvernement de l’ANC a été décisif. Il y a eu un avant et un après Marikana. Dès le début de la révolte des mineurs, les classes dirigeantes ont compris que l’éruption était colossale et que même avec l’appui de la bureaucratie syndicale de la COSATU et de l’ANC, il serait difficile d’en terminer avec la révolte. La répression brutale et sanglante s’explique ainsi, de même que l’alliance des patrons, de l’ANC et la bureaucratie syndicale contre les travailleurs en grève.
En réalité, les luttes ne se sont jamais arrêtées en Afrique du Sud, grève sur les salaires, les conditions de vie …La lutte de Marikana et des autres mineurs a fait coïncider la conscience des travailleurs avec les conditions objectives.
Historiquement la COSATU a conservé ses traditions radicales continuant à se revendiquer marxiste, socialiste. Pour correspondre à la conscience il fallait être très à gauche. Il faut se rappeler que la chute du stalinisme a coïncidé en Afrique du Sud avec la montée des luttes. Les travailleurs ont donc été moins affectés par cet effondrement politique, même si les directions syndicales et de l’ANC ont dû être davantage percutées. Le mouvement ouvrier n’a pas été autant affecté. Il y a en plus une continuation des conditions de travail difficile et très réprimées depuis 1994 sans interruption.

Les années 2012 et 2013 ont été marquées par des luttes permanentes dans le pays et le lancement en mars 2013 d’un nouveau parti le WASP. (Workers And Socialist Party) Pourquoi avoir lancé le WASP ?

La politique de l’ANC pro capitaliste a été révélée peu à peu mais elle est apparue au grand jour avec le massacre de Marikana qui a été un catalyseur. La COSATU est historiquement affiliée à l’ANC mais dans la situation plus récente, elle a été traversée par la question d’avoir un nouveau parti sous la pression des travailleurs à la base.
En raison de l’intensité de la lutte des classes et de la conscience socialiste très présente parmi les travailleurs, aucun parti ne pouvait être à droite. C’est la raison pour laquelle la création du parti a été repoussée par la bureaucratie syndicale pourtant très sous pression. S’ils avaient à construire un parti, il serait trop radical et ils ne pourraient pas limiter son devenir à un parti réformiste. Cette idée du socialisme et du marxisme a survécu car la conscience de classe est restée très haute. Elle est restée populaire et crédible. Aujourd’hui, la question de savoir ce que veut vraiment dire être marxiste et expliquer ce qu’est le socialisme est cruciale. C’est le sens de la création du WASP, un parti militant de la classe ouvrière consciente.

Quelles sont les perspectives pour 2014 ?

La colère a bouilli et l’explosion a eu lieu l’an dernier. La bureaucratie de la COSATU a été sur les dents n’hésitant pas à démettre certains syndicats qui avaient posé la question de se désaffilier de l’ANC. Les locaux de ces syndicats ont même été fermés.
Nous savions que la période ouverte était cruciale et qu’il fallait permettre la ré-accession de la classe ouvrière à une expression indépendante. Toutes les classes ont compris à ce moment l’enjeu.
Nous avons décidé de lancer le WASP pour créer un point de référence concret pour les travailleurs, une traduction politique de la conscience. La COSATU est divisée sur la question, contrainte de s’engager. Le WASP est devenu incontournable car il a été lancé l’an dernier et la COSATU ne peut pas justifier de faire autre chose ou alors une initiative qui va dans le sens du WASP et d’une alliance plus large.
L’an prochain, les élections nationales et provinciales auront lieu, le WASP aura sa conférence nationale probablement en février prochain. Ce sera une opportunité pour les travailleurs de généraliser les intérêts, de tourner la lutte sur la scène politique pour être une alternative aux partis de la classe dirigeante. Nous n’avons pas d’illusions démesurées mais la volonté d’en faire une vraie plate-forme qui reflète la vitalité de la classe avec tous les éléments qui la composent. Les luttes ne sont d’ailleurs pas finies et après trois mois de grèves, les mineurs sont entrés 3-4 jours en action ensuite et ils viennent de voter une nouvelle grève sur les salaires.

Sebei Mametlwe, interviewé par Leïla Messaoudi, Gauche révolutionnaire, France.

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