Italie. Le ‘‘gouvernement du changement’’ est né

Giuseppe Conte

Trois mois après les élections générales du 4 mars, l’Italie a de nouveau un gouvernement. Le 1er juin, la naissance du gouvernement vert-jaune a officiellement été annoncée par l’avocat Giuseppe Conte et les deux vice-premiers ministres – le chef politique du Mouvement des cinq étoiles (M5S) Luigi di Maio et le secrétaire de La Lega, Matteo Salvini. Le vote de confiance dans ce nouvel exécutif devrait avoir lieu au cours des prochains jours au Sénat et à la Chambre des députés. C’est, à quelques exceptions près, le même gouvernement que celui qui été rejeté la semaine dernière par le président de la république, Sergio Mattarella.

Par Giuliano Brunetti, Resistenze Internazionale (section italienne du Comité pour une Internationale Ouvrière)

Le refus du président de nommer Paolo Savona au poste de ministre des finances a été écarté par ce dernier, qui a accepté de faire partie du gouvernement en tant que ministre sans portefeuille aux affaires européennes. La position délicate de ministre des finances sera reprise par le professeur Giovanni Tria, un eurosceptique, très proche de la Lega et nommé sur l’avis du même Savona.

C’est la proposition de nommer Savona au ministère des finances la semaine dernière qui a provoqué un tollé de désapprobations de la part des chancelleries européennes et une certaine panique sur les marchés internationaux. Mattarella, sous la pression de ces mêmes marchés pour adopter une approche « responsable », a largement utilisé ses prérogatives présidentielles pour bloquer l’émergence d’un gouvernement perçu, à tort ou à raison, comme fondamentalement eurosceptique.

Paolo Savona a provoqué l’inquiétude des ministères européens des finances, des bourses et des agences de notation qui le considèrent comme quelqu’un capable d’envoyer l’Union européenne au diable. Paolo Savona a quatre-vingt-deux ans et une longue carrière politique derrière lui en tant que représentant de l’establishment et des grandes banques. Il a été ministre du gouvernement Ciampi (1993-94), directeur de la Banca Nazionale del Lavoro (BNL), fondateur de l’université privée de la Confindustria, Luiss, etc. En bref, cet homme est totalement issu de l’establishment et de la grande bourgeoisie italienne. Mais il est considéré comme étant capable sous pression de se retourner contre l’Union européenne et contre l’Euro.

Une nervosité palpable

La controverse sur le contrôle de l’économie par Savona illustre les craintes et inquiétude quant à la possibilité qu’une politique économique « imaginative » puisse pousser l’Italie hors de la monnaie unique en quelques semaines. L’intervention scandaleuse de Mattarella exprimait l’ampleur de la peur et de la nervosité quant à l’avenir éprouvées par de nombreux membres de la classe dirigeante italienne et de la classe dirigeante européenne.

Une lutte de pouvoir est à l’œuvre entre les représentants du capitalisme italien. Un de ses secteurs produit essentiellement à destination du marché intérieur et se sent écrasé par la mondialisation. Il désire s’affranchir des restrictions de l’Union européenne. Mais, d’autre part, de grandes entreprises exportatrices sont liées au capital international. Ces dernières veulent une plus grande intégration des différentes économies nationales. Le président est intervenu au nom de l’establishment italien qui avait été clairement rejeté dans les sondages, comme en témoignent plus de 50% des électeurs qui soutiennent la Lega et le M5S ou encore la punition électorale subie tant par le Parti démocratique (PD) que par Forza Italia.

La proposition même de Savona au poste de ministre des finances a ouvert un nid de guêpes qui en dit long sur l’état de santé de l’économie et du système de crédit du pays. L’Italie est confrontée à d’énormes problèmes économiques : l’une des dettes publiques les plus élevées du monde, une croissance anémique, un taux de chômage de 11% et un système bancaire pourri et profondément instable. Dans cet État, elle menace l’ensemble de la monnaie unique et l’économie du vieux continent.

Le nouveau gouvernement

Le nouveau gouvernement de Giuseppe Conte sera en réalité dirigé par deux consuls – Salvini, le leader de la Lega, et Di Maio, du M5S – pour mettre en œuvre des éléments clés de leur programme électoral. En tant que ministre du Travail, Di Maio a l’intention de mettre en œuvre des mesures visant à compléter les revenus les plus faibles, si pas l’ensemble du plan de « revenu des citoyens ». Salvini, devenu ministère de l’Intérieur, a déclaré : « La lune de miel est finie pour les immigrés clandestins ». Au lendemain de cette déclaration raciste incendiaire, un ouvrier agricole malien et syndicaliste de l’USB, Sacko Soumayla, a été tué par balle alors qu’il ramassait des planches pour construire une maison de fortune dans le bidonville où il vivait.

Ce dramatique événement est une indication du climat qui existe dans le pays. Matteo Salvini a déclaré que sa promesse de campagne d’expulser tous les migrants sans-papiers – estimés aux environs de 500.000 personnes – sera respectée. Il n’est pas le seul ministre du gouvernement Conte à avoir des positions fort marquées à droite. Le nouveau ministre de la Famille, Véronèse, est un avocat catholique extrémiste de la Léga. Il croit, par exemple, que l’homosexualité représente un danger pour la société et a très clairement des positions sexistes et anti-avortement.

Le « Gouvernement du Changement » peut aussi se vanter d’avoir comme ministre de l’Administration publique l’avocat Buongiorno – autrefois avocat de l’ancien premier ministre de droite Giulio Andreotti. Moavero Milanesi, ancien ministre des gouvernements Monti et Letta et fonctionnaire européen de longue date, ira au ministère des Affaires étrangères. Son collègue au ministère de l’Éducation, des Universités et de la Recherche sera Marco Bussetti, ancien professeur d’éducation physique dans une école privée. Au ministère de l’environnement se trouvera un général du corps de police des Carabiniers, Sergio Costa.

En bref, ce nouveau « visage du changement » sera un gouvernement clairement positionné à droite avec des figures techniques visant à assurer « la bonne réputation des institutions » mais aussi avec des membres fascistes de la Lega et certains visages de l’ancienne Première République d’après-guerre. Ce gouvernement n’apportera pas de stabilité.

Au vu de l’ampleur du vote de mars dernier contre l’establishment italien et pour des partis populistes, un gouvernement de ce type entrera inévitablement en collision avec les travailleurs et les jeunes. La vague répressive qui frappera les militants, les délégués syndicaux, les migrants et les femmes suscitera une réaction puissante de la part des gens.

L’absence initiale d’une opposition de classe solide et crédible à ce gouvernement soulignera aux yeux de millions d’Italiens la nécessité de construire un nouveau parti des travailleurs pour riposter aux attaques. Resistenze Internazionali, la section italienne du Comité pour une Internationale Ouvrière, sera à l’avant-garde de la construction d’un tel parti.

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