Irak : Un chaos semé par les impérialistes

7600521L’opération « shock and awe » (choc et effroi) menée par les impérialistes (avec les USA à leur tête) en mars 2003 a été le début (et la suite) de la défense de leurs intérêts économiques et géostratégiques. Plus de 10 ans après, alors que Bush osait parler de « mission accomplie » en 2013 la situation n’a jamais été aussi grave pour les irakiens. Les commentateurs bourgeois font mine de découvrir l’éclatement et a division du pays, alors que celle-ci a commencé à cause de la guerre impérialiste et ceci dès 2003.

C’est sur une opération de mensonges sur les supposées armes de destruction massive que la guerre contre l’Irak a été déclenchée. L’ironie dramatique est que ce sont les impérialistes eux-mêmes qui avaient armé et financé le dictateur Saddam Hussein. Ce sont eux aussi qui ont nourri les tensions confessionnelles entre sunnites, chiites et kurdes principalement. Le régime de Saddam Hussein a mis la minorité sunnite au pouvoir. Après l’invasion de l’Irak, c’est le chiite Nouri Al Maliki qui, soutenu et conseillé par les impérialistes a été mis à la tête d’un gouvernement multi-confessionel, alors que les USA se donnaient comme priorité de former une armée irakienne (la colonne vertébrale de tout Etat !), plus important à leurs yeux que de remettre sur pieds services publics et les logements qu’ils ont détruits !

L’hypocrisie est à son comble ces derniers mois, car les impérialistes et les médias à leur solde oublient souvent de mentionner que Daesh (acronyme en arabe signifiant «l’État islamique en Irak et au Levant», devenu juste État Islamique) trouve ses racines dans la résistance des sunnites suite à l’invasion donc dès 2003. Poussées par la violence, les humiliations quotidiennes et la pauvreté grandissante, les masses sunnites ont graduellement apporté leur soutien à divers groupes luttant pour le djihad. Ces milices ont été financées et armées par la Turquie, l’Arabie saoudite, le Qatar, avec l’approbation des USA, qui voyaient là un moyen d’affaiblir le pouvoir de Assad en Syrie et créer un futur ennemi pour l’Iran.

La guerre civile est une réalité qui s’est renforcée durant toute l’occupation et depuis le départ des troupes américaines. Les impérialistes réfléchissent à divers plans d’intervention, mais avec le sac de nœuds qu’ils ont créé à chaque intervention toute initiative peut enflammer encore plus toute la région. La décision de procéder à des frappes aériennes, ou celle de soutenir une partie des troupes kurdes alors que les impérialistes n’ont jamais soutenu le droit à l’autodétermination de ce peuple, montrent avant tout que les impérialistes n’ont guère de vraie solution à apporter au cauchemar qu’ils ont créé.

De l’autre côté la coalition de Daesh repose sur un équilibre très instable, qui lui aussi pourrait enflammer la région à n’importe quel moment, tant les intérêts en jeux sont des enjeux de contrôle, de pouvoir et d’argent. Les actes de barbarie menés par des chefs qui se servent de la religion pour s’enrichir et dominer sont l’exact reflet des politiques des impérialistes qui mènent leurs guerres avec les mêmes prétextes et pour les mêmes résultats. Il est difficile de savoir comment les événements vont se développer, il est possible qu’un long conflit s’ouvre et déjà des centaines de milliers de civils innocents paient un prix lourd.

La colère des masses irakiennes est plus que justifiée (quelques que soient les confessions) et il revient d’abord aux Irakiens eux-mêmes de décider de leur avenir. Mais ni l’enfermement dans une guerre fratricide ni le djihad ne sont une solution. L’Irak avait une gauche forte avant qu’elle soit décimée par la CIA. Les impérialistes feront tout ce qu’ils peuvent pour empêcher la renaissance des idées socialistes dans la région, de même que les chefs de guerre qui se proclament djihadistes. Pourtant, c’est bien là que se trouve la solution. Les masses sunnites, chiites, kurdes ont bien plus en commun entre elles qu’avec n’importe quel suppôt de l’impérialisme, ou Emir ou Ayatollah qui vit dans le luxe. Si une résistance doit se former contre les armées de Daesh, elle devra l’être en refusant toute division ethnique, religieuse ou culturelle, et en portant un programme économique et social qui défende la satisfaction des besoins sociaux de toute la population.

La leçon la plus importante à tirer de cette tragédie est que les travailleurs et pauvres ont besoin de leur propre parti indépendant qui défende leurs intérêts. Un tel parti pourrait nationaliser l’industrie pétrolière sous le contrôle et la gestion démocratique des travailleurs, et poser les bases d’une société socialiste où chacun pourra vivre dignement et s’exprimer librement.

Virginie Prégny

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