France 1934, la classe ouvrière en grève stoppe l’extrème droite

Par Marie-José Douet
La France après en avoir été relativement épargnée est touchée de plein fouet en 1931 par la crise économique mondiale de 1929. La production industrielle chute brutalement (- 22% entre 1931 et 1932), notamment dans la métallurgie, le bâtiment, le textile. Le commerce extérieur baisse de 60%. Le nombre de chômeurs explose. La misère augmente et touche non seulement les travailleurs salariés mais aussi d’autres couches sociales
comme les petits agriculteurs ou les petits commerçants.
Crise politique
Un cartel de gauche (radicaux et socialistes) a gagné les élections en 1932 mais 5 gouvernements du cartel vont se succéder tous incapables d’enrayer la crise. Les deux plus importantes organisations ouvrières sont divisées. La SFIO est au gouvernement avec le Parti radical, représentant de la bourgeoisie capitaliste. Le PC suit comme toutes les sections de l’internationale communiste stalinienne, une politique sectaire traitant les socialistes de «sociaux fascistes». Division aussi entre la CGT (socialiste) et la CGTU (communiste). Encouragées par la victoire du fascisme en Allemagne et en Italie (Hitler a été nommé chancelier en janvier 33), des ligues d’extrême droite ou fascistes se développent en France comme ailleurs. Elles attirent des parties des classes moyennes qui se détournent du Parti radical.
Le rejet de l’impuissance parlementaire grandit aussi et certains regardent vers ces ligues : Jeunes patriotes, Action française (royaliste), Camelots du roi, Croix de feu du colonel La Rocque qui ont 35000 membres en 1934. Toutes sont soutenues par des milieux d’affaires. La crise politique perdure et des scandales politico- financiers éclatent à la pelle. L’un d’eux, l’affaire Stavisky, servit de prétexte aux ligues pour mobiliser dans la rue contre le gouvernement et appeler
à une manifestation le 6 février.
La journée du 6 février
1934
Aux cris de «à bas les voleurs ! fin de la dictature des socialistes ! »,pour beaucoup armés de revolvers, rasoirs…, les ligues marchent sur l’Assemblée. Au plus fort de la manifestation il y a 30000 manifestants devant le bâtiment. Les heurts entre les plus déterminés et la police sont violents, il y a 15 morts et de nombreux blessés.
Le PCF avait appelé à cette manifestation par le biais de son association d’anciens combattants (l’ARAC) aux cris de « aux usines, aux chantiers, aux gares, manifestez contre les bandes fascistes et ce gouvernement qui les développe » appliquant ainsi sa ligne de considérer les socialistes et les fascistes comme des «frères jumeaux».
Devant ce coup de force, sinon de tentative de coup d’état de l’extrême droite, un gouvernement d’union nationale, présidé par Doumergue est formé. On y retrouve Laval et Pétain. Les radicaux y participent. Le but de ce gouvernement est de mener une politique réactionnaire en prenant prétexte des revendications des émeutiers.
La réponse immédiate
de la classe ouvrière
le 12 février
Cette émeute de l’extrême droite va provoquer une réaction ouvrière contre le danger fasciste. L’unité des directions, elle, ne se fait pas. Le 9 février, le PCF et la CGTU appellent à manifester mais refusent encore toute unité d’action avec les travailleurs socialistes. Déjà dans plusieurs villes, il y des manifestations unitaires. La CGT appelle à la
grève générale et à manifester le 12. C’est un vrai succès avec 4 millions de grévistes. Des manifestations ont lieu dans tout le pays. A Paris, la CGTU appelle aussi, dans un défilé séparé. Mais poussés par leur base, les 2 cortèges se rejoignent aux cris de «Unité ! Unité !». Cette formidable journée de grève a stoppé la menace fasciste. Les travailleurs voulaient l’unité de leur classe pour mener la lutte contre les fascistes mais aussi dans la lutte contre le capitalisme qui n’amenait que chômage et misère. Ce front uni des travailleurs contre la menace fasciste allait forcer à la réunification syndicale et surtout préparer le terrain pour les grandes grèves de masse de mai-juin 36. Le PCF et la 3ème internationale stalinienne firent encore un tournant : les socialistes n’étaient plus des sociaux fascistes et il fallait collaborer avec les éléments « progressistes » de la bourgeoisie, donc le Parti Radical pourtant si corrompu. La volonté d’unité d’action a été détournée en une alliance pour les élections de 1936 entre le PC, la SFIO et le Parti radical : le Front Populaire. Cette coalition a eu pour tâche de stopper la montée révolutionnaire de mai-juin 36 ce qui démoralisera les travailleurs et prépara la défaite de juin 40 et l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir avec l’aide des chars d’Hitler.

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