Contre la répression une seule solution : l’action de masse.

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Manifestation massive au Havre avec les dockers à sa tête.

La dernière période a été une démonstration flagrante de ce qu’est réellement le rôle de l’Etat : une structure pour maintenir l’ordre établi (c’est à dire les inégalités de classe) par la force. On voit maintenant clairement quel était l’objectif réel de l’état d’urgence et sa prolongation (jusqu’à quand?).

Le mouvement contre la loi El Khomri a exposé au grand jour la crise politique que traversent les classes dirigeantes et leur faiblesse. Ils ont tellement peur d’une grève générale qui remettrait en cause leur pouvoir qu’ils ont rapidement mis en place des opérations de répression disproportionnées pour casser le mouvement.

Il y a ceux dont les crânes ont été ouverts par les matraques, comme un lycéen à Lille le 31 mars, ceux qui ont été brûlés par des tirs de lance-grenade le 14 avril dans le 92, ceux – personnes âgées, femmes enceintes et enfants compris – qui se sont pris les lacrymo au sein même de la Gare Saint-Lazare à Paris le 12 avril, les flics dans la fac de Tolbiac le 17 mars, mais aussi les milliers d’intimidations, coups, insultes, humiliations, « nasses » ou arrestations arbitraires contre des jeunes qui manifestent pacifiquement pour leur avenir. Et maintenant l’État s’en prend aux travailleurs des raffineries en grève, dont les piquets ont été dégagés à coup de lance à eau et lacrymo.

La violence vient de l’État

Cazeneuve, le ministre de l’intérieur, se dit « choqué » quand un lycéen se fait tabasser sans vergogne par un CRS devant son bahut (Henri-Bergson à Paris 19) le 24 mars. Mais de l’autre côté, il trouve aussi « choquante » l’affiche de la CGT sortie en avril contre les violences policières qui dit : « la police doit protéger les citoyens et non les frapper ». C’est quand même aberrant de réagir de la même manière face à un jeune de quinze ans qui se prend un violent coup de poing par un flic et face à une simple affiche qui n’attaque personne en particulier mais qui vise justement à dénoncer ces violences-là.

La violence, c’est le gouvernement qui l’ordonne, et c’est avant tout de la police qu’elle vient, quand elle « surveille » les manifs avec ses flash-balls, ses canons à eau voire même ses drones. Cet arsenal militaire contribue à entretenir une tension telle (surtout avec des policiers harassés par des mois d’état d’urgence) qu’elle peut exploser à tout moment – et c’est souvent ce qui finit par se passer. Selon de nombreux rapports et d’innombrables photos, les policiers « en civil » (et notamment la BAC) sont nombreux à infiltrer les manifestations afin de jouer les agents provocateurs et littéralement jeter la première pierre. Et à l’opposé, là où ils sont absents : il n’y a pas de violence. La majorité des rassemblements se passent d’ailleurs sans incident, mais ça bien entendu, les médias se gardent bien de l’évoquer.

Soyons unis face à la répression

La répression contre des jeunes et des travailleurs qui luttent pour défendre leurs conditions de vie ne peut en aucun cas être tolérée. Et pour faire avancer notre lutte, l’unité est indispensable. On doit sans cesse réaffirmer qu’on ne se laissera pas diviser par leurs manœuvres : une attaque contre un est une attaque contre tous, contre le mouvement dans son ensemble. Mais par contre, nous sommes pour que la division naisse dans les rangs de la police, que certains entament une remise en question et qu’ils arrêtent d’appliquer les ordres et de nous taper dessus. Crier que « tous les flics sont des bâtards » et que « tout le monde les déteste », c’est bien compréhensible quand on voit l’acharnement des flics dans certaines manifestations, mais ça n’est pas le mot d’ordre le plus efficace. Car l’objectif de Valls et Cazeneuve en manœuvrant dans leurs consignes à la police, c’est à la fois d’intimider une partie des manifestants mais aussi d’en pousser une autre à ne plus se focaliser que sur l’affrontement avec les CRS et les BAC. Et certains sont tombé dans ce piège : la lutte contre la loi «travail» et le reste de la politique du gouvernement passent au second plan, ce serait l’affrontement avec les «forces de l’ordre» qui serait le plus déterminant… et voilà un suejt tout trouvé pour les médias pour ne plus parler du fond.

De plus, cela amène inévitablement à une division profonde dans le mouvement entre ceux qui prônent un affrontement systématique avec la police (tout en disant que chacun peut manifester comme il veut mais en créant des situations d’affrontement dans lesquelles beaucoup ne peuvent pas trouver leur place) et ceux qui veulent éviter le plus possible les affrontements inutiles. Une telle situation a littéralement vidé la ville de Nantes de ses manifestants, et donné un prétexte à la préfecture (qui certes ne demandait que cela) pour interdire certaines manifestations. Le pire étant que des jeunes, échauffé par le harcèlement policier et par la stratégie d’affrontement avancés par certaines mouvances politiques, sont en train de payer le prix fort de la répression d’Etat avec des risques de peines très très lourdes. Qu’on ne s’en cache pas, l’un des aspects politiques des idées de ceux qui prônent l’affrontement fréquent avec les flics, c’est précisément de penser qu’une telle répression va « radicaliser » ceux qui la subissent et leur donner encore plus de «haine» de l’Etat. Et cela conduit à des erreurs, comme l’incendie d’une voiture de police conduite par un adjoint de sécurité à Paris le 18 mai et alors que la manifestation « nationale » appelée par le très réactionnaires « syndicats » Alliance-police faisait un « flop » complet avec à peine 1000 participants. Pas difficile de savoir après de quoi les médias ont parlé…

Sur le fond, c’est en fait une vision très individualiste, à l’opposé de la construction d’un mouvement de masse. De la nécessaire auto-défense contre la police, on se retrouve avec une guéguerre stérile dans laquelle les masses ne se retrouvent pas. Dans le même sens, ce n’est vraiment pas sûr que casser une vitrine de banque gêne beaucoup les capitalistes, par contre une grève des employés de banque, oui. C’est exactement ce que démontrent les grèves des ouvriers des raffineries : c’est l’action de masse des travailleurs qui est déterminante pour remettre en cause le pouvoir des capitalistes et de leurs serviteurs à la tête de l’État.

Les forces armées ne sont pour la plupart que des pions dans ce système, ce ne sont pas eux qui sont à l’origine des politiques antisociales et cela n’est donc pas très efficace d’en faire notre principale cible. En revanche, dénoncer leur rôle de défenseurs des injustices sociales, des inégalités de classes, de protecteurs d’un système pourri et corrompu dont seule les super riches bénéficient est essentiel.

Pour une organisation à une échelle de masse contre la répression

La multiplication d’actions individuelles de confrontations systématiques avec la police n’a pas fait avancer la lutte, ni dans sa structuration, ni dans son développement à une échelle de masse, ni dans son contenu politique. Elle a même éloigné l’idée qu’on pouvait résister en masse à l’action de la police en formant des chaînes humaines le long des cortèges par exemple pour empêcher les flics d’y pénétrer. Ainsi ce sont les cortèges eux-mêmes qui assureraient collectivement leur propre sécurité, et non pas des « spécialistes ». Toute une série de choses serait de même beaucoup plus efficace si on les développait à une échelle de masse, si on en faisait l’affaire de tous ceux qui luttent. De ce point de vue, la ville où il n’y a eu quasi aucun affrontement mais où en même temps les actions de grève, de blocage, envahissement de l’Hôtel de ville… ont été les plus efficaces est Le Havre, car d’un côté il y a une grande cohésion du mouvement (les assemblées générales, dont celles des Dockers, ont ainsi toujours déclaré que si un manifestant était attaqué ce serait tout le mouvement qui irait le défendre), de l’autre, il y a toujours eu comme consigne de ne faire aucun débordement et de se concentrer sur l’efficacité de la lutte : la construction de la grève générale avec blocage. Face à la répression, nos manifestations doivent se protéger, avec des services d’ordre mixtes (hommes et femmes, étudiants, lycéens, travailleurs) qui discutent démocratiquement et collectivement de leurs tâches, et qui soient structurés de sorte que la police ne divise pas nos cortèges et ne nous infiltre pas. Ces questions doivent faire partie des discussions des AG de lutte car ce n’est pas un débat à part dans la mobilisation. Nous voulons faire tomber la Loi « travail », faire reculer un gouvernement brutal et challenger leur politique : pour organiser au mieux la lutte, nous devons discuter ensemble tant du fond de la mobilisation que de sa forme – et de la meilleure façon d’être organisés pour rallier toujours plus de monde et augmenter notre unité.

Il est clair que ce n’est pas en « respectant les règles » de ce système au service de la bourgeoisie (qui les change d’ailleurs dès qu’il en a besoin pour faire passer sa politique) qu’on renversera le capitalisme. Et il est également clair qu’on ne va pas se laisser réprimer et que se défendre face aux agressions de la police est primordial, tout comme la lutte contre la répression patronale contre les syndicalistes et les grévistes. Cette répression est toute aussi structurée que les manœuvres de la police pour nasser les manifestants, et elle demande une riposte qui est certes moins spectaculaire mais toute aussi fondamentale pour permettre de continuer la lutte.

Ce qui nous importe avant tout, c’est la construction d’un mouvement massif et uni, capable d’ébranler le pouvoir en place. Plus on sera nombreux, unis et organisés, moins on se fera attaquer et plus l’impact politique de notre lutte sera grand et déterminera la possibilité de gagner contre ce gouvernement.

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