Belgique : 100.000 manifestants contre le gouvernement et l’austérité

voorpaginaLe 7 octobre dernier a eu lieu en Belgique une grève avec une grande manifestation à Bruxelles contre le gouvernement de Michel et ses plans d’austérité brutale. Nous publions ci-dessous le rapport de nos camarades du Parti Socialiste de Lutte (PSL), section du Comité pour une Internationale Ouvrière en Belgique.


La participation à la manifestation d’aujourd’hui a dépassé toutes les attentes, y compris les nôtres. Il était déjà certain que la colère contre le gouvernement de droite n’avait pas disparu, mais  il était moins sûr que celle-ci puisse également être activement reflétée dans la participation à une manifestation. En l’absence de mots d’ordre clairs pour un plan d’action et en l’absence d’une véritable alternative aux partis austéritaires, nous avions craint une participation limitée. Le gouvernement avait annoncé à l’avance qu’il y aurait «décompte». Le journal De Tijd avait écrit : « Si le taux de participation est décevant, il sera difficile pour les syndicats de prétendre que la colère populaire contre la politique menée est encore grande. » Michel, De Wever et Peeters ont-ils compté correctement? Nous n’avons pas reproduit les 150.000 de l’année dernière, mais avec 100.000 participants, c’était une fois de plus une manifestation massive.

En plus des grandes délégations syndicales, d’autres couches avaient à nouveau été tirées dans le mouvement, avec une nouvelle belle délégation de jeunes en tête de cortège et, plus loin, notamment une remarquable délégation de sans-papiers. Le potentiel qui est celui de notre lutte a de nouveau été confirmé, et comment! Parmi les manifestants, l’enthousiasme et la confiance ont grandi à mesure que le nombre de participants devenait clair.

Malheureusement, la manifestation a de nouveau été marquée par des troubles violents. C’est regrettable, cela offre l’opportunité aux médias de droite de ne pas prendre en compte nos préoccupations tout en criminalisant notre résistance et nos organisations. La plupart des manifestants n’ont que peu, voir rien, remarqué de ces troubles, mais c’est une fois encore le point central pour les médias. Qu’un groupe s’oriente vers des actions désespérées telles que ces confrontations est regrettable. L’absence d’un plan d’action clair de la part des syndicats pour mettre fin à ce gouvernement austéritaire renforce les frustrations et porte aussi une responsabilité dans ces actes désespérés.jongeren1-300x168

La question qui se pose parmi beaucoup, c’est de savoir comment aller de l’avant avec notre lutte contre ce gouvernement de droite. Les négociations qui ont pris place après le précédent plan d’action ont à peine donné quelque chose. Le virage fiscal, le Tax Shift, s’est révélé n’être en rien une mesure destinée à “faire un peu contribuer les riches”. Ce fut une nouvelle attaque contre nos conditions de vie pour distribuer de nouveaux cadeaux aux patrons. De ce gouvernement, nous ne devons rien attendre. Au contraire, il ne sera que plus audacieux à mesure que le temps passera. Il nous faut le combattre jusqu’à sa chute.

Un plan d’action, tel que celui de l’année dernière, sera capable de mobiliser et d’assurer que la pression soit plus forte. L’an dernier, c’est ce qui a assuré que nos thèmes et préoccupations ont été au cœur du débat public. Cela fut aussi le cas en Flandre, où une large majorité de 85% s’est alors prononcée en faveur d’un impôt sur la fortune. Aujourd’hui, la colère est toujours bien là, la baisse de nos conditions de vie devient plus concrète. Le formulaire dévoilé par la CSC cette semaine pour calculer sur son site ce que le gouvernement Michel fait perdre à chacun – une excellente initiative à utiliser entre autres sur les médias sociaux mais aussi pour convaincre les collègues – a été rempli par 40.000 personnes. Le saut d’index, l’augmentation de l’âge de la retraite, les attaques contre les services publics,… sont rejetées par la population. Cette colère est en outre renforcée par de nouvelles attaques antisociales.

L’étonnante manifestation d’aujourd’hui offre une nouvelle opportunité aux syndicats d’organiser notre lutte. Vont-ils à nouveau la gaspiller comme ce fut le cas après le précédent plan d’action? Ou alors aurons nous des assemblées du personnel et des réunions militantes interprofessionnelles où la discussion sera possible pour préparer des actions provinciales et d’autres avec en ligne de mire la chute du gouvernement, ce qui permettra aussi de discuter de la construction d’une alternative ?

Le plan d’action doit aller crescendo et avec un point de chute concret : allons nous subir ce gouvernement dans l’espoir qu’il sera rejeté dans quatre ans? C’est un pari dangereux qui a conduit à la gueule de bois il y a peu en Grande-Bretagne, le gouvernement conservateur y a été reconduit de cinq ans. Ou alors allons-nous continuer à nous battre jusqu’à la chute du gouvernement?

Mais sa chute avec le retour d’une tripartite avec le PS et SP.a ne ferait que conduire à une politique d’austérité “light”, à une même politique, mais appliquée plus lentement et avec moins de provocations, pour finalement atteindre le même but. Ce serait naturellement bien pauvre comme résultat. Tant que le mouvement des travailleurs ne va pas lui-même occuper le champ politique et prendre l’initiative à la droite, tant les politiciens que les médias , continueront à nous harceler avec la position patronale qui appelle à plus “d’efforts” et qui ose presque parler de “solidarité” avec les plus riches puisque cela nous serait également bénéfique. De plus, les politiques d’austérité de l’année écoulée n’ont pas conduit à une croissance économique, nous avons maintenant une croissance plus faible que la moyenne européenne.

La semaine dernière, le président démissionnaire de la fédération patronale flamande VOKA, Delbaere, a déclaré dans les médias que le CD&V devait arrêter d’être “gentil” avec les syndicats parce qu’avec les élections sociales “ce ne sera jamais assez”. Mais qu’avons-nous déjà eu? Que le gouvernement mène une politique qui bénéficie aux seuls patrons et plus fortunés, Delbaere ne le nie pas. « Huit de nos dix recommandations fédérales et quatorze de nos dix-sept recommandations régionales sont reflétées dans les accords de coalition. C’est un grand honneur.” Un grand honneur pour eux, un flop total pour nous. Où sont nos dix revendications fédérales et nos dix-sept revendications régionales?

L’appel à une alternative politique fait écho en Europe, de la Grèce à l’Espagne jusqu’en Grande-Bretagne aujourd’hui avec le large soutien pour Jeremy Corbyn et sa rhétorique anti-austérité. Le potentiel pour une expression politique similaire est certainement présent dans notre pays, mais il n’est pas pleinement utilisé. Il y a bien sûr les progrès du PTB, surtout du côté francophone. Mais l’approche fermée envers les forces à sa gauche et son orientation politique qui se concentre davantage sur la formation de coalition avec les partis établis que sur la lutte offensive et audacieuse par en-bas suscite des doutes. Un nouveau parti large des travailleurs dans lequel tous les militants et courants qui s’opposent à l’austérité pourraient oeuvrer dans le respect des spécificités de chacun aurait un grand potentiel. Le PSL fait tout pour poursuivre le débat sur ce point.

Le potentiel pour de nouvelles actions a été confirmé aujourd’hui. Organisons les actions provinciales prévues avec autant de militants et de collègues que possible, avec des assemblées du personnel et des réunions militantes interprofessionnelles afin de préparer un plan d’action jusqu’à la chute du gouvernement et avec lequel développer la discussion sur l’alternative politique qui fera entendre nos “recommandations”.

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