Réforme du bac : encore plus d’inégalités et de tri social.

indexLa réforme du Bac imposée par Jean Michel Blanquer, ministre de l’éducation, avait déjà suscité la colère des enseignants l’année dernière. Sa mise en place cette année confirme les craintes. Loin de « l’école de la confiance » claironnée par le ministère, cette attaque va aggraver les inégalités entre lycéens et dégrader les conditions de travail de tous les personnels éducatifs.

Non à l’austérité !

Pour bien en comprendre les dangers, il faut replacer cette attaque dans le cadre global des politiques touchant les services publics depuis des années. Il s’agit en réalité de faire des économies de fonctionnement, ce qui à terme va ouvrir encore plus le « marché de l’éducation » au privé, via les entreprises de soutien scolaires, de contenu pédagogique (applications, logiciels, livres) et les écoles bien sûr.

Depuis 2007 ce ne sont pas moins de 50 000 postes d’enseignants qui ont été supprimés. Le concours de conseiller d’orientation-psychologue a été supprimé. Entre 2010 et 2019, le nombre de postes administratifs diminue de plus de 3 % alors que le nombre d’élèves augmente de presque 3%. Aujourd’hui près de 70% des classes du secondaire sont composées de plus de 30 élèves. Les effectifs d’élèves du second degré devraient augmenter chaque année, jusqu’en 2022, de près de 30 000 élèves en moyenne. Quel que soit le contenu pédagogique de la réforme, on ne peut pas croire qu’on peut apprendre sereinement quand on est 30 à 35 dans une classe ! Déjà cette année les cours en plus petits groupes ont été supprimés dans la plupart des lycées et collèges. Il est inévitable que cette tendance s’aggrave.

Pourquoi la colère contre les E3C ?

La mise en place du contrôle continu et des épreuves en cours d’année à partir de la classe de 1ère (les E3C, pour épreuves communes de contrôle continu) est à replacer dans cet objectif ministériel d’austérité budgétaire. Contrairement aux épreuves nationales, ici ce sont les profs qui choisissent les sujets, surveillent et corrigent, tout cela sans temps spécifique dans leur emploi du temps… ça coûte moins cher !

La colère des enseignants est due à 2 facteurs. D’une part l’impréparation complète de cette nouvelle formule du bac. On ne compte plus les retards, les couacs techniques et les inconnues. Par exemple, les programmes n’ont été connus qu’en octobre dans certaines matières, de même pour les sujets-types. Chaque lycée doit organiser les épreuves comme bon lui semble, et les professeurs doivent choisir des sujets dans une banque nationale en ligne. Nombre de sujets ne correspondent pas à ce qui est possible de faire en classe (en terme de contenu et de temps alloué), de nombreuses erreurs ont été trouvées dans les sujets… Les risques de fuite de sujet sont importants vu le peu de sécurité du serveur en ligne et vu que les épreuves ne se dérouleront pas le même jour mais s’étalent sur un mois.

Non au bac local !

L’autre problème central c’est que ce nouveau bac institutionnalise l’inégalité. Le contenu et les modalités de l’examen étant définis localement dans chaque lycée, les lycéens passeront donc les épreuves dans des conditions très différentes en fonction de leur lycée. Par exemple, certains élèves auront eu une liste de révision orientée et ceux qui passeront à la fin de la période auront pu avoir connaissance des sujets déjà donnés dans d’autres lycées… Certains passeront dans une salle organisée pour un examen, un élève par table, alors que d’autres passeront dans leur salle de classe habituelle… La question des conditions de passage des élèves en situation de handicap n’a été évoquée que 3 semaines avant la date officielle de début des examens, ce qui n’est pas un gage de sérénité pour les lycéens concernés.

Une école à plusieurs vitesse

Le contenu des épreuves est lui aussi plus que critiquable. Le ministre dit vouloir des programmes plus ambitieux, et les nouveaux programmes sont calqués sur les exigences du supérieur (université et grandes écoles). Mais avec moins de moyens (profs et heures), qui va enseigner aux lycéens ce qu’il n’ont pas pu faire en classe ? Les entreprises de soutien scolaire se frottent déjà les mains !

A terme, l’objectif est d’instaurer plus de sélection en orientant dans les filières professionnelles les jeunes que le système considère inaptes à suivre des études générales (sans leur avoir donné les moyens de le faire) quitte à les orienter dans des secteurs qu’ils n’ont pas choisis. L’enseignement professionnel étant de plus en plus soumis aux demandes du patronat, il ne s’agit pas de permettre à ces jeunes d’avoir une formation qui leur plaise mais de fournir la formation exigée par le patronat. Dans le système Blanquer, le lycée général servirait à terme à sélectionner les futures cadres, la bourgeoisie ayant déjà ses propres écoles d’élite…

La réforme Blanquer renforce le rôle de tri social de l’école. L’école ne réduit déjà pas les inégalités sociales aujourd’hui, avec cette attaque le gouvernement nous fait reculer à une époque où le lycée n’était accessible qu’aux classes favorisées. C’est donc une attaque majeure, dont le contrôle continu n’est qu’une facette.

Boycott des E3C : renforçons la lutte !

Plus de 200 lycées ont déjà voté le boycott des E3C d’une manière ou d’une autre. Ce chiffre grandit à mesure que les personnels sont confrontés à l’impréparation complète de cette épreuve et comprennent les dangers de cette attaque. Des épreuves ont déjà été annulées, à cause de piquets de grève et blocages organisés par les grévistes. Certains lycées ont reporté les épreuves par peur des perturbations. Cette tendance va s’accentuer encore dans les jours à venir.

La définition locale des épreuves est une difficulté pour organiser ce boycott de manière efficace. Il est indispensable que la lutte continue de se coordonner pour contrer ces obstacles et que les équipes ne se retrouvent pas seules face à leur direction. Pour être efficace les équipes doivent décider collectivement de leurs actions, pour ne pas se faire diviser par leur direction et les inspecteurs. Si les épreuves sont quand même organisées, la grève est le meilleur moyen de les bloquer : sans surveillants, sans correcteurs, pas d’épreuve. Les assemblées générales sont le lieu pour discuter et décider collectivement des actions. Les syndicats doivent aider à les coordonner au niveau local et national.

  • Non au lycée Blanquer, oui à une éducation publique, gratuite et de qualité pour tous !

  • Non à la sélection ! Oui à l’embauche massive de personnels dans l’Education pour permettre à chacun d’étudier sereinement et de progresser.

  • Non à la marchandisation de l’éducation ! Suppression de Parcoursup, pour un enseignement supérieur gratuit et ouvert à tous et toutes !

Virginie Prégny

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