Kanaky/Nouvelle-Calédonie: un référendum historique

p2 kanakLa Nouvelle Calédonie connaît un nouveau moment historique, avec le référendum du 4 novembre 2018 auquel 174.154 électeurs de néo calédoniens répondent à la question : « Voulez-vous que la Nouvelle- Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? ». Ce référendum est prévu par l’accord de Nouméa signé en 1998.

Qui peut voter?

L’Accord de Nouméa prévoit que « pour avoir le droit de voter, il faut au minimum vingt ans de présence en Calédonie et l’avoir prouvé ». Cependant, les règles ont été modifiées et aujourd’hui, il faut justifier de dix ans de présence sur le territoire et prouver y « avoir le centre de ses intérêts économiques et moraux ». Des désaccords se sont exprimés parmi les Kanaks quant au caractère anti démocratique de cette liste spéciale, car même si les négociations ont permis d’inscrire d’office sur la liste spéciale du référendum environ 11 000 Kanaks, l’élargissement du corps électoral allié à la politique coloniale de peuplement développée par l’État français (depuis les années 70 en particulier) atteint son but de mettre les kanaks en minorité.

Article publié dans l’Egalité 192

La circulaire du premier ministre Pierre Messmer, du 19 juillet 1972 est des plus explicite : « La présence française en Calédonie ne peut être menacée, sauf guerre mondiale, que par une revendication nationaliste des populations autochtones […]. À court et moyen terme, l’immigration massive de citoyens français métropolitains ou originaires des départements d’outre-mer devrait permettre d’éviter ce danger […]. À long terme la revendication nationaliste autochtone ne sera évitée que si les communautés non originaires du Pacifique représentent une masse démographique majoritaire. »

Divisions parmi les indépendantistes

L’USTKE (L’Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités), syndicat indépendantiste, les partis composant le RIN (Rassemblement des Indépendantistes et des Nationalistes) et l’historique FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste) défendent tous plus ou moins les accords de Matignon et la séparation des pouvoirs ainsi actée, comme le contrôle de la Province Nord par les Kanaks, censée amener à un « rééquilibrage » de la société. Le FLNKS est entré dans la cogestion du capitalisme, et revendique un statut « d’autonomie-association » du type du Commonwealth créé par les britanniques. Le FLNKS appelle à voter « oui » au référendum, alors que le PT et l’USTKE appellent à la non participation. Mais le programme économique et social du FLNKS, bien que citant formellement le socialisme, ne propose pas de rupture avec le capitalisme, ni n’adopte une approche de classe de la question nationale. Quant au PT, sa position a l’inconvénient important de ne pas proposer de solution et peut apparaître prôner le statu quo.

Pour le droit à l’autodétermination des peuples. Pour une Kanaky indépendante et socialiste!

La situation est très complexe et il est difficile d’avoir une position tranchée (surtout quand on se situe à l’autre bout de la planète !). En revanche, certains principes politiques sont incontournables car le débat ne peut pas se réduire à une opposition manichéenne pour ou contre l’indépendance. Les conditions dans lesquelles cette indépendance devrait avoir lieu sont fondamentales. Le droit à l’autodétermination des peuples est notre point de départ. De ce point de vue, la priorité doit être donnée au peuple autochtone, et on ne peut donc qu’être opposé à la façon dont l’État français a mis en minorité les Kanaks. Pour autant il ne faut pas oublier que nombre des populations polynésiennes « implantées » par l’État sont des travailleurs qui ont été sauvagement exploités par les capitalistes. Leur intérêt est donc, comme pour les kanaks, d’en finir avec la domination économique et politique de l’État français et de ses représentants sur l’île. Mais il ne suffit pas de dire « oui à l’indépendance et on verra après comment on s’organise. » Si les bases de la domination coloniale ne sont pas brisées, les travailleurs de Nouvelle Calédonie continueront d’être exploités et de subir la pauvreté. Pour qu’ils puissent organiser une société satisfaisant les besoins de tous et respectant l’environnement fragile et unique de ce pays, les descendants des colons et les sbires de l’État français doivent être déchus de leur droit de propriété. Seule l’établissement d’une économie socialiste planifiée permettra aux Kanaks et travailleurs de Nouvelle- Calédonie de gérer pleinement leurs ressources.

Mais un petit îlot de socialisme dans un océan capitaliste serait bien fragile. La lutte pour une indépendance socialiste prend donc tout son sens dans un combat uni des peuples mélanésiens et polynésiens pour l’établissement d’une fédération socialiste des îles du Pacifique Sud au sein d’une confédération socialiste plus large. Les partages et échanges de ressources rendus possibles dans un tel cadre permettraient de répondre aux difficultés liées en particulier à l’isolement de ces territoires.

Par Virginie Pregny

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