Bolivie : le président Morales démis par un coup d’Etat soutenu par les Etats-Unis

Manifestation des mineurs en soutien à Morales le 29 octobre

Manifestation des mineurs en soutien à Morales le 29 octobre

12 Novembre 2019, Niall Mulholland, Comité pour une International Ouvrière – Bolivie. Une tentative de la droite, soutenue par les États-Unis, pour renverser le gouvernement du Mouvement pour le socialisme (MAS) en Bolivie et le remplacer par un régime vicieux anti-ouvrier est en cours.

Evo Morales, premier président indigène d’Amérique du Sud, a démissionné le 11 novembre et s’est enfui au Mexique, où il a obtenu l’asile politique. Son départ a eu lieu après que le chef des forces armées du pays l’a exhorté à se retirer dans « l’intérêt de la paix et de la stabilité ». Dans une déclaration télévisée, Morales avait auparavant dénoncé le « coup » contre lui et son gouvernement du MAS.

Cela a suivi ce qui était, en fait, une mutinerie policière dans plusieurs régions du pays à partir du vendredi 8 novembre, lorsque les policiers ont refusé de quitter leur caserne. Les simples policiers et militaires se sont joints aux protestations de l’opposition. Il était clair que Morales avait perdu le contrôle de parties cruciales de la machine d’État. En même temps, des manifestations violentes contre le gouvernement ont eu lieu. De façon scandaleuse, la direction du principal syndicat, Central Obrera Boliviana, a également demandé à Morales de se retirer pour « éviter les effusions de sang ».

Manifestations de rue

Le coup d’État a provoqué des manifestations dans la capitale, La Paz, et à El Alto. L’armée a été déployée dans les rues. Il n’est pas encore clair si ces protestations vont croître et se propager et agir comme un défi sérieux au coup d’État de droite consolidant son pouvoir. S’il y a un élan, la résistance de masse devrait être liée à une lutte révolutionnaire contre la réaction capitaliste, faisant un appel de classe à la base des soldats et de la police, et pour le changement socialiste. L’opposition de droite a utilisé les résultats des élections présidentielles du 20 octobre, qui ont permis à Morales d’obtenir un quatrième mandat, pour organiser des protestations de rue. Récemment révélé des enregistrements audio des discussions, avant les élections, impliquant les politiciens de l’opposition bolivienne et les sénateurs américains, ont indiqué qu’ils faisaient des plans pour organiser des perturbations.


Morales a été réélu au premier tour avec 47,08% des voix. Mesa a obtenu 36,5%. L’opposition a affirmé qu’il y avait une fraude électorale après que la commission électorale ait décidé de geler les mises à jour du décompte électoral pendant près d’une journée. Quand les mises à jour ont repris, Morales avait gagné sur son avance, lui permettant de conserver ses fonctions sans avoir besoin d’aller à un deuxième tour de vote. Les partisans du MAS ont souligné que les zones rurales, où le comptage des votes prends plus de temps, a toujours fortement apporté un soutien plus élevé pour Morales. Néanmoins, une tentative échouée par Morales, en 2016, d’utiliser un référendum pour modifier la constitution de 2009 et lui permettre de se présenter pour un quatrième mandat, a été invalidé par la Cour suprême qui a statué que la durée des mandats violait les droits de l’homme, Cela suscitait déjà de nombreuses inquiétudes pour le scrutin du 20 octobre.

OEA

Alors que des manifestants anti-gouvernementaux de plusieurs régions de la Bolivie se rendaient à La Paz, les 2 et 3 novembre, l’Organisation des États américains (OEA), dominée par les États-Unis, a annoncé des « irrégularités » dans le dépouillement électoral et a demandé un nouveau vote. Ce fut un grand coup porté à Morales, qui avait appelé tous les partis à attendre et à respecter les conclusions de l’OEA (alors que l’opposition, pour sa part, avait dit qu’elle ignorerait les conclusions de l’OEA si elles n’allaient pas dans leur sens).

Morales a été au pouvoir pendant 14 ans, remportant trois élections présidentielles, en ayant à son actif la diminution de « près de la moitié des taux de pauvreté et un quadruplement du produit intérieur brut, en raison des exportations de gaz et de minéraux », selon le Financial Times. L’accès à l’air pur et à l’eau est devenu un droit légal. Les masses boliviennes ont longtemps lutté contre le néolibéralisme. Les mouvements semi-insurrectionnels, appelés « guerres du gaz », ont eu lieu en 2003 et 2005. Les manifestants exigeaient l’expulsion des multinationales du gaz et des mines, la fin du grand système de propriétaires fonciers et une assemblée constituante révolutionnaire.

Ce mouvement militant a vu une succession de présidents néo-libéraux chassés du pouvoir et a ouvert la voie à l’arrivée de Morales et du gouvernement MAS au pouvoir. Ils ont procédé à la nationalisation partielle de l’industrie du gaz et ont introduit des subventions pour les pauvres et les programmes sociaux. Cela a permis à Morales de gagner des victoires électorales écrasantes, et au MAS de gagner le contrôle sur les deux chambres du Congrès. Pourtant, la vie de nombreux travailleurs et pauvres ne s’est pas fondamentalement améliorée comme ils l’avaient espéré. L’inflation a souvent éliminé les subventions aux pauvres et les augmentations salariales des travailleurs. Les grands propriétaires fonciers ont maintenu leur monopole sur la terre. Les multinationales, y compris les compagnies pétrolières et minières, ont continué à faire d’énormes profits.

Réformiste

Au cours du troisième mandat de Morales, il a dû faire face à de nombreux problèmes liés à son programme réformiste, à mesure que la croissance ralentissait, la dette publique augmentait et les réserves de change diminuaient presque de moitié en raison d’un taux de change fixe élevé par rapport au dollar. Pourtant, le gouvernement MAS était toujours un affront à l’élite bolivienne et à l’impérialisme américain. «Mon péché est d’être indigène, syndicaliste et cultivateur de coca… » , a commenté Morales lors de son discours de démission. Les forces de la réaction exigeaient concession après concession du gouvernement tout en attendant leur temps pour renverser Morales. Malgré la menace de la droite, le gouvernement du MAS a adopté une approche de plus en plus conciliante envers les sociétés, les grands propriétaires fonciers et la classe dirigeante. Cela a érodé le soutien de la classe ouvrière et des pauvres.

L’immense vague d’enthousiasme qui a amené le gouvernement du MAS au pouvoir n’a cessé de décliner. Morales a remporté plus de 63 % des voix aux élections de 2014; en octobre 2019, son vote est tombé à 47 %. L’opposition de droite a exploité la situation avec empressement. A Santa Cruz (la plus grande ville), depuis les élections du 20 octobre, le leader de la droite dure, Luis Fernando Camacho, du Comité pro-Tana Cruz – « un groupe aux racines dans l’élite de la région qui prétend désormais représenter tout le monde » – The Economist, 7/11/19 – a organisé des barricades de rue et des « grèves » pour faire tomber Morales. Si un nouveau régime de droite est capable de se consolider, tous les acquis sociaux qui restent des années de présidence de Morales sont sérieusement compromis, ainsi que la vie et la liberté de nombreux militants de gauche et de syndicalistes.

Les travailleurs et les peuples autochtones feront face à des attaques brutales contre leurs droits et leur niveau de vie. Ce sera un coup de pouce pour les forces de droite dans toute l’Amérique latine, y compris l’opposition capitaliste au Venezuela.Mais ce ne sera pas une situation stable. La base tant de classe qu’ethnique de la droite ouvre la voie à la possibilité d’un conflit profond.

Leçons

Les socialistes et les travailleurs du monde entier doivent s’opposer à ce coup d’État soutenu par l’impérialisme américain par des actions de solidarité. Il faut aussi tirer les leçons nécessaires. Les demi-mesures contre la domination des oligarques et des grands propriétaires fonciers ne satisferont pas les besoins des masses tout en suscitant la colère de la réaction. Mais un gouvernement ouvrier prenant les riches ressources naturelles de la Bolivie et les grands domaines fonciers en propriété publique, gérés et planifiés démocratiquement par la classe ouvrière, transformera fondamentalement la société, et sera une incitation à un changement socialiste similaire dans tout le continent.

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