52ème congrès, pour une CGT comme instrument de lutte généralisée des travailleurs

52congresNous sommes quelques militant-e-s de la CGT et souhaitons proposer les réflexions suivantes au débat tant du congrès confédéral que pour les semaines suivantes.

Depuis plusieurs mois, la contestation sociale des politiques qui sont menées depuis des décennies et aggravées par Macron et son gouvernement prend de l’ampleur. Cela doit interpeller notre confédération en son 52ème congrès. Il y a bien sûr le mouvement des Gilets Jaunes (composé majoritairement de travailleur-ses et de retraité-e-s), les luttes dans les entreprises et les services publics…

Cette situation a débuté dès 2016. Elle perdure jusqu’à aujourd’hui, car aucune attaque gouvernementale ou patronale ne s’est ralentie. Pas plus que la rapacité des capitalistes à exploiter les travailleur-se-s pour extorquer leurs bénéfices et dividendes. Ces résistances sont la démonstration de la combativité, de la disponibilité pour nos luttes revendicatives. Elle est le signe d’une recherche à la fois des moyens d’exprimer sa colère mais, plus important encore, de solutions pour en finir avec la dégradation sans fin des conditions de vie et de travail.

Elles sont l’expression d’une demande de combativité de la part des organisations syndicales, et c’est de cela que la CGT doit être l’écho et l’organisatrice. Les travailleur-se-s n’attendent pas de nous que nous allions discuter avec le gouvernement, ils attendent de nous que nous soyons combatifs, à leur écoute, et proposant une véritable stratégie pour gagner. C’est bien l’intransigeance dans les luttes qui fait reculer le gouvernement ou le patronat.

Le gouvernement, sans aucun soutien populaire large pour sa politique, est déstabilisé par la situation. Depuis le mouvement des Gilets Jaunes, la répression a atteint un paroxysme inégalé depuis des décennies, et qui n’épargne pas, loin de là, les militant-e-s de la CGT.. C’est grâce à cette répression féroce qui s’exerce dans les rues, dans les tribunaux, dans les entreprises et les services publics, contre toutes celles et ceux qui refusent de courber l’échine et qui résistent, que le gouvernement maintient son cap, alors qu’il est minoritaire dans la population et parmi les travailleurs.

Affronter l’avenir

Mais si le gouvernement est déstabilisé, il n’en continue pas moins dans sa lancée : casse du système de retraite et recul de fait de l’âge de départ en retraite, dégradation des conditions d’indemnisation du chômage, destruction du statut des fonctionnaires, coupes sombres dans les budgets sociaux et des services publics, casse de l’hôpital public et de l’Education nationale, privatisations et libéralisation, lois liberticides…

Il est clair que si nous voulons mettre un coup d’arrêt à cette politique gouvernementale et patronale, si nous voulons imposer nos revendications immédiates et avancer dans la construction d’une société égalitaire et fraternelle, débarrassée de l’exploitation capitaliste, combats fondateurs de la CGT, nous devons taper plus fort. Les enjeux nous y obligent, la situation le permet.

Les manifestations hebdomadaires des Gilets jaunes et les luttes dans les entreprises et les services publics, qu’elles soient interprofessionnelles, sectorielles ou locales, ne s’opposent pas. Pour une bonne part, nos revendications sont identiques ou vont dans le même sens. Des actions locales entre luttes syndicales et mouvement des Gilets Jaunes ont eu lieu. Des manifestations communes se sont déroulées. Mais cela ne suffit pas car la ligne nationale de la confédé n’est pas assez claire. Appeler à une grève de temps en temps, sans lien entre elles, cela ne donne aucune lisibilité. Il est de notre rôle d’ouvrir dans les entreprises et dans la rue, au contact des travailleur-ses de petites entreprises ou précaires, un grand débat sur un plan d’action contre l’ensemble des plans patronaux et gouvernementaux. Pas pour aller négocier, mais pour revendiquer et proposer une grande journée de grève générale, autour de revendications claires et précises. Et annoncer dès celle-ci que si le gouvernement et le patronat ne cèdent pas, nous avons déjà une date suivante, avec des actions de blocages, de piquets de grève, etc. La grève ne se déclenche pas en appuyant sur un bouton, mais elle ne se construit pas non plus en étant toujours sur la pédale de frein.

C’est bien la voie à suivre si l’on veut que ce printemps soit celui de la riposte générale dans les entreprises, les services publics, ou dans la rue et sur les ronds-points ! Si l’on veut construire le rapport de force dont nous avons besoin, il nous faut une stratégie claire autour de revendications qui rassemblent en répondant aux attentes :

  • Hausse générale des salaires, 300 euros mini, des pensions, de l’indemnisation du chômage et des minima sociaux, et leur indexation sur le coût de la vie.

  • Défense des services publics, gratuits, de qualité et en proximité et embauches massives pour les assurer

  • Refus de tout licenciements et fermetures d’entreprises, et (re)nationalisation des principaux secteurs de l’économie (énergie, transports voyageurs et autoroutes, banques, santé et industrie pharmaceutique, etc.) sous le contrôle des salarié-e-s et de la population.

  • Pour la défense et l’amélioration du système de protection sociale. Maintien du système de retraite par répartition et solidaire, retraite à 60 ans (55 ans pour les métiers pénibles), retour à 37,5 annuités. Halte à la destruction de la Sécurité sociale, prise en charge des frais de santé à 100%. Non à la casse de l’indemnisation du chômage, halte à la chasse aux chômeurs. Non au paritarisme, ce sont aux travailleurs et aux travailleuses, via leurs organisations, de gérer le salaire socialisé.

  • Défense des libertés fondamentales, abrogations des lois liberticides et antidémocratiques, arrêt de la répression et amnistie pour l’ensemble des personnes et militants dans le cadre des mouvements sociaux

  • Egalité des droits, contre toute forme de discrimination (sexisme, racisme, homophobie, etc.) dans les lieux de travail, d’études ou de vie

  • Planification écologique et démocratique de l’économie, discutée et décidée par les travailleurs et la population en fonction des besoins, et pour faire face aux enjeux climatiques, de lutte contre les pollutions ou la chute de la diversité du vivant.

Un agenda clair et annoncé de construction d’un mouvement pour la grève générale doit être proposé par notre organisation syndicale, unitairement avec toutes celles et ceux qui veulent réellement combattre la politique gouvernementale et patronale. Cet agenda doit être mis à la discussion dans tous les lieux de travail par tous les moyens et à tous les niveaux : dans les entreprises et services publics par des assemblées générales, des heures d’information syndicales, mais aussi par des distributions de tracts massives à la population dans les centres-villes et les quartiers populaires, dans les zones commerciales ou d’activités où l’on est peu implanté, dans les entrées de villes ou aux péages des autoroutes… Il faut convaincre que c’est le moment d’y aller, mais pour cela il faut que l’on en soit convaincus nous-mêmes et que nous le montrions.

Toute journée d’action, que ce soit un 1er mai ou un samedi, prennent un sens si elles sont des pas dans la direction d’une véritable grève de masse pour combattre les plans gouvernementaux et patronaux, pour une journée de grève interprofessionnelle de 24h présentée comme un avertissement : soit le gouvernement et le patronat acceptent les revendications des travailleur-se-s portées par la CGT et les syndicats prêts à combattre avec nous la politique de Macron, soit nous annonçons une date suivante, et cette fois-ci reconductible. Clarté et détermination, c’est cela que doit incarner la CGT pour redonner confiance aux millions des travailleur-se-s, de jeunes, de retraité-e-s, de chômeur-se-s qui en ont assez de se faire écraser.

Nous souhaitons d’excellents travaux aux congrès et de fructueuses discussions aux camarades délégué-e-s, pour que la CGT soit toujours le syndicat de lutte qu’il ne doit pas cesser d’être.

Si vous voulez nous contacter, n’hésitez pas à nous écrire à cette adresse : venieryann.cgt@gmail.com

Yann Venier (UL CGT Nancy)
Luc de Chivré (CGT Educ’action)
Olaf Van Aken (CGT Educ’action)
Leila Messaoudi (CGT Educ’action)
Matthias Louis (CGT HPE)
Bruno Vivicorsi (FERC)

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