Bolivie : où en est le mouvement révolutionnaire ?

Mi-juin, le président bolivien, Paz Pereira, était à deux doigts de tomber sous la pression d’un mouvement révolutionnaire entamé début mai. Le principal syndicat, la Centrale Ouvrière Bolivienne (COB), avait appelé à la grève illimitée pour dénoncer la politique du gouvernement face à la profonde crise que traverse le pays. C’est l’annonce de la suppression des subventions sur le carburant qui a tout déclenché, alors que l’inflation était déjà galopante. De nombreux secteurs ouvriers (mineurs, transports…) furent au cœur du mouvement, lui conférant une puissance révolutionnaire renforcée par les luttes des paysans et populations indigènes.

Manifestation du 1er mai 2026 à El Alto, à l’appel de la COB

Les cabildos, un début de structuration

Les premières revendications portaient sur les salaires et les prix. Rapidement, la démission du président a été demandée, perçu comme la marionnette de Trump, prêt à vendre les ressources et les entreprises du pays. Après plusieurs semaines de grèves, blocages et manifestations, un début de structuration du mouvement est apparu avec les « cabildos », sortes d’assemblées organisées sur les lieux de blocage et d’occupation pour gérer démocratiquement le mouvement.

Localement, ces cabildos sont parfois devenus une forme de « double pouvoir », organisant le ravitaillement en eau, nourriture et médicaments. Coordonnés à l’échelle nationale, ils auraient pu – et pourraient, dans le futur – servir à débattre et élargir les revendications, organiser la lutte, et unifier la classe ouvrière et ses alliés paysans et indigènes.

Conjuguées à la démission du président, les revendications pourraient comprendre la baisse des prix, l’annulation de la dette, l’augmentation des salaires, une réforme agraire pour retirer la terre des griffes des grands propriétaires et l’expropriation et la gestion démocratique par les travailleurs des secteurs centraux de l’économie, notamment mines et hydrocarbures. Tout cela pourrait armer le mouvement d’un programme pour un gouvernement, issu du mouvement et des organisations de travailleurs, pour remplacer le pouvoir pro-capitaliste actuel.

Pour un parti de masse des travailleurs

Le 20 juin, la bureaucratie de la COB a trahi le mouvement, acceptant un accord avec Paz qui s’engage vaguement à ne pas faire de privatisations. La COB a appelé à stopper la grève et lever les barrages. Une large partie des secteurs mobilisés ont rejeté l’accord. Mais dans la foulée, Paz a décrété « l’état d’exception » pour 90 jours, ouvrant la porte à l’intervention de l’armée. Le gouvernement a repris la main pour un temps.

Aucun des problèmes n’a été résolu et la colère est encore plus grande. C’est la classe des travailleurs qui a le pouvoir de virer les capitalistes qui pillen l’économie et les richesses de la Bolivie. Les travailleurs doivent s’organiser dans leur propre parti démocratique, en lien avec les syndicats, les organisations paysannes, les cabildos… avec un programme pour un gouvernement ouvrier réellement socialiste !

Article paru dans L’Égalité n°235

Par Rachel