Enorme victoire des grévistes à Holiday Inn Porte de Clichy

thumbnail_27907142_10155881191281542_850442652_o111 jours de grève et une détermination sans bornes auront permis à douze grévistes de faire plier le 4ème groupe hôtelier mondial. Ça y est, les camarades de l’Holiday Inn de la porte de Clichy ont enfin gagné ! La victoire est sans appel : quasiment toutes les revendications des grévistes ont été satisfaites.

Et les victoires ne concernent pas seulement les douze camarades : ils ont mis un point d’honneur à ce que les avancées gagnées s’appliquent à l’ensemble des travailleuses et travailleurs sous-traités de l’hôtel (femmes de chambres, gouvernantes, plongeurs…). C’était essentiel pour les grévistes : ils refusaient de se laisser diviser.

C’est une vraie amélioration de la vie et du travail qui arrive pour les salarié-e-s. Ils ont gagné :

  • la fin du paiement à la chambre qui faisait faire des heures supplémentaires non payées et potentiellement infinies aux femmes de chambre
  • une prime repas de 7,14 € brut par jour travaillé (contre 0 € auparavant !)
  • la fin de la mobilité forcée et unilatérale par les sous-traitants (ce qui avait été une des causes du déclenchement de la grève : voir le témoignage d’une gréviste mutée de force dans un de nos précédents articles)
  • l’augmentation de la durée minimale du contrat de travail à 130h par mois avec deux jours de repos consécutifs et le temps d’habillage/déshabillage compté dans le temps de travail
  • progression sur la grille salariale.

thumbnail_27951256_10155881193601542_687341642_oLes travailleurs ont aussi gagné la suppression d’un abattement de cotisation de 8 % sur le salaire brut dont le patronat de la sous-traitance du nettoyage bénéficie sur les cotisations (maladie, chômage, retraite) : c’est donc 8% de leur salaire brut qui n’ira plus dans la poche des patrons mais dans les caisses qui bénéficient aux travailleurs !

En outre, les travailleurs qui demandent la fin de la sous-traitance ont obtenu de l’hôtel (qui a dû présenter ses livres de compte) que si le taux d’occupation des chambres restait en moyenne supérieur à 70 % durant un an, ils seraient tous internalisés. Basta la précarité de la sous-traitance ! En attendant, l’hôtel devra intégrer tous les gains de la grève dans ses appels d’offre lors du renouvellement du contrat en décembre.

Une grève militante

Il en a fallu de l’énergie pour en arriver là. La grève a duré du 19 octobre 2017 au 8 février 2018, mais elle ne se serait peut-être pas soldée comme cela si elle n’avait pas été aussi militante. Combien de fois les rues de Clichy ont-elles résonné du désormais célèbre slogan : « FROTTER, FROTTER : IL FAUT PAYER ! ». Le fait que la grève se soit enracinée dans sa ville a été extrêmement important car elle a su gagner la solidarité des Clichois-es (alors même que le maire de droite de la ville n’a su qu’envoyer les flics faire pression illégalement sur le piquet). Mais les deux syndicats qui soutenaient la grève de manière unie, CNT-SO et CGT-HPE, ont su proposer d’autres actions aux grévistes. Ainsi, les douze irréductibles ont été manifester dans des dizaines d’hôtels du groupe IHG (dont Holiday Inn est filiale) à Paris, Marseille, à Toulouse, mais aussi à Londres, Barcelone, Genève et Bruxelles ! Des soirées de soutien ont été organisées, des manifestations à travers la ville mais aussi à Paris, à Saint-Denis avec les grévistes de Onet (qui nettoient les gares)… Et surtout le piquet de grève, tenu sept jours sur sept, sous la pluie, le vent et même la neige, qui a permis de créer un vrai point de ralliement (et de redécorer la façade de l’hôtel chaque jour) pour que tous ceux qui le souhaitaient puissent venir, discuter et partager avec les grévistes.

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Au début, disaient-ils, on ne pouvait imaginer que la grève durerait si longtemps. On n’avait aucune idée de tout ce qu’on allait vivre ! Le piquet, les manifs, tous les gens qui sont venus soutenir la grève, cela a été une expérience extrêmement riche. Les camarades ont reçu le soutien de députés (France insoumise , PCF), d’élus locaux, de syndicalistes de lutte qui venaient même de loin (comme Mickaël Wamen ou Philippe Poutou), de militants, d’autres grévistes aussi, de syndicats internationaux (comme un syndicat anglais, Unite Bart’s Health, qui a soutenu une grève réussie de plus de trois semaines des travailleuses sous-traitées du nettoyage à l’hôpital public en août dernier), de nombreux journalistes et personnalités (notamment avec une tribune publiée dans Libé le 25 janvier) mais aussi de simples habitants de Clichy et de Paris qui témoignaient leur soutien à la grève en klaxonnant en passant devant le piquet ou en mettant quelques euros dans la caisse de grève. C’était pour tous ces gens qui nous soutenaient, disaient les grévistes, qu’on ne pouvait pas lâcher : « ils comptent sur nous, on peut pas les décevoir ! », disait Mirabelle, déléguée syndicale CNT-SO.

C’est l’unité et la solidarité entre travailleurs qui permis de tenir et qui ont eu raison du mépris de Héméra et Holiday Inn. L’hôtel dit avoir perdu en moyenne 200 000 € par mois de grève mais il aurait bien pu s’économiser tout cela en satisfaisant les revendications légitimes des grévistes tout de suite ! De plus, c’est bien l’hôtel qui est responsable de cette situation, en faisant appel à des sous-traitants sans scrupule comme Héméra, pour payer moins les travailleurs et faire plus de profits.

thumbnail_27946744_10155881194871542_216028614_oPanique chez le patronat

Cette grève restera dans les annales. Et notamment pour le patronat, qui ne veut pas d’un « Holiday Inn » dans d’autres hôtels ! Déjà depuis le début du conflit deux grèves « éclair » se sont soldées avec une rapidité jamais vue. À l’hôtel Le Mathurin (Paris 9ème) le débrayage du 28 décembre n’a duré que trois heures et a permis que le sous-traitant (STN groupe) s’engage à étendre le 13ème mois et la prime de panier réservés aux anciennes à toutes les nouvelles embauchées, ainsi que d’ouvrir une nouvelle session de discussion sur les autres revendications des travailleurs.

thumbnail_27946457_10155881194231542_6165121_oAu « Formule 1 » de la Porte de Montmartre le 1er février, les travailleurs du nettoyage sous-traités (société LCS) ont débrayé pendant trois heures pour leurs revendications – paiement de toutes les heures, augmentation du nombre d’heures et des qualifications, départ de la gouvernante méprisante, 13ème mois. Les grévistes de Holiday Inn n’ont même pas eu le temps de se rendre sur le piquet que le patron avait déjà déboulé pour ouvrir les négociations ! C’est un signe de la fébrilité du patronat qui sait bien qu’à force de surexploiter et de maltraiter les travailleurs, ils se prendront des retours de bâton.

thumbnail_27990014_10155881193241542_676990322_oLa Gauche révolutionnaire a soutenu le conflit depuis le début et jusqu’à cette fin heureuse : visites régulières au piquet, dons à la caisse de grève, solidarité de nos organisations-sœurs à l’étranger notamment belge et anglaise, articles et reportages réguliers sur notre site et notre page facebook… Nous saluons la victoire des camarades, leur détermination et leur unité sans faille. Les « Holiday Inn » savent bien que leur grève et surtout leur victoire serviront d’exemple et pourront en encourager d’autres à relever la tête et à dire : « L’ESCLAVAGE, C’EST FINI ».

Cécile Rimboud

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