BRICS : où en sont les « sauveurs » de l’économie mondiale ?

Les chefs d’etat des BRiCS réunis comme chaque année à leur conférence, en 2014 le «happening» se déroulait au Brésil : une belle brochette d’affameurs et d’assassins (nacho Doce - reuters

Les chefs d’etat des BRiCS réunis comme chaque année à leur conférence, en 2014 le «happening» se déroulait au Brésil : une belle brochette d’affameurs et d’assassins (Nacho Doce – reuters)

Après la crise des subprimes en 2007, qui ne devait être que temporaire, locale, puis qui ne devait se limiter qu’aux « vieilles économies », dont on voyait « la fin » chaque année, le leitmotiv des économistes capitalistes était que les BRICS allaient sauver le monde grâce à leur exceptionnelle croissance. Plus d’un fantasmait sur la croissance à deux chiffres de la Chine en 2010 alors que tous les pays capitalistes avancés plongeaient dans le marasme après les sauvetages gigantesques des grands établissements bancaires en 2008 – 2009. Mais pour les pays dits BRICS, Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, les mauvaises nouvelles économiques se succèdent.

Economies en berne

En 2008, c’était l’Inde la star des BRICS. Tous les économistes capitalistes lui prédisaient un taux de croissance à deux chiffres, supérieur à celui de la Chine. Avec des perspectives de profit trop faibles pour les capitalistes, l’investissement dans l’économie réelle – et dans le cas de l’Inde, dans les infrastructures en particulier – est resté et restera historiquement bas voire nul à une échelle large. En 2012, l’Inde est devenue le « premier ange déchu »des BRICS avec une croissance qui est tombée à 0 en 2009 et, après un pic en 2010, elle n’a fait que reculer pour finalement stagner entre 4,5 et 5% sur 2012-2014. Et ce n’est pas l’élection de Modi en 2014, annoncé par les économistes capitalistes comme l’homme providentiel, qui y changera quoi que ce soit. La pauvreté règne dans ce pays où la corruption est maîtresse, où les infrastructures sont dans un état lamentable, où l’électricité manque dans de nombreux États, et où la majorité de la population est constituée de paysans pauvres et sans terre. Les scandales de corruption ainsi que la mise en place de politiques néolibérales n’ont cependant pas laissé les masses dans un état de passivité. Nombre de grèves parmi la classe ouvrière ont déjà eu lieu en 2014, et il est inévitable que les politiques du gouvernement de droite nationaliste rencontrent une résistance de masse dans tout le pays.

C’est la question qui se pose également en Afrique du Sud, où c’est un bien « décevant » (selon le terme consacré) 2,1% de croissance que le FMI prévoit pour 2015 et demande des baisses de salaires et des privatisations si l’on raccourci. L’ANC lui-même a admis que c’est moitié moins de ce qu’il faudrait pour ne serait-ce qu’émailler les 40% de chômage qui laissent des millions de personnes dans des situations de pauvreté extrême. Les luttes héroïques qui ont eu lieu depuis 2012, particulièrement dans l’industrie minière, continuent de façonner un paysage politique et une lutte des classes de plus en plus tendus. Les attaques sur les services publics occasionneront elles aussi des luttes de grande ampleur cette année, notamment dans l’éducation et parmi la jeunesse ; ce sera également le cas dans le secteur privé alors que le patronat minier et industriel tentera de reprendre les concessions qu’ils ont été forcés de donner aux travailleurs sur la base des grèves de 2014. Alors que l’ANC
n’a jamais été dans une telle situation de faiblesse, la question de la lutte pour une véritable alternative socialiste au chaos capitaliste se posera de plus en plus clairement en 2015.

En Russie la situation est noire avec une dure récession. La baisse du PIB a été de 0,2% en octobre et en novembre ; le rouble a chuté de 45% depuis début 2014, ce qui occasionne une crise monétaire. Medvedev a d’ores et déjà publié un décret pour renflouer les banques. Dans un pays où plus de 40% revenus viennent du pétrole, la chute historique des cours fait prévoir une récession
de l’ordre de -4%. L’inflation a explosé: +11% sur 2014, causant une forte chute de la consommation et un appauvrissement toujours croissant des masses du pays. Au Brésil, les scandales de corruption de Petrobras (la compagnie pétrolière nationale) et des milliards dépensés dans les équipements sportifs pour la Coupe du monde ont levé le voile sur une situation insupportable au quotidien, avec plus de 20% de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Son économie étant en majorité dépendante de ses exportations de matières premières, le ralentissement économique notamment de la Chine va avoir un impact direct sur le pays: le FMI prévoit une croissance de l’ordre de 1% pour 2015, présageant de nouvelles attaques sur les conditions de vie des masses alors que les capitalistes du pays vont tout faire pour tenter de sauvegarder leur niveau de profits.

Moteur en panne

Si la situation de l’ensemble des BRICS n’est pas prête de s’améliorer, c’est aussi parce que leur fameux « moteur », la deuxième économie mondiale, la Chine, est en panne et fait craindre à juste titre des retentissements sur toute l’économie mondiale. Après 2008, le régime a réussi à maintenir un taux de croissance assez haut, incomparable à celui de la période précédente mais tout de même un des plus hauts sinon le plus haut du monde – tirant ainsi avec lui les économies de nombreux pays riches en matières premières, comme le Brésil.

Les prévisions de croissance pour 2015 ont été fixées à 7,5% par le PC, mais ce chiffre ne sera probablement pas atteint: il s’agit du taux de croissance le plus faible depuis 1990. Le président Xi Jinping a essayé de théoriser ce chiffre comme étant la « nouvelle norme » pour l’économie chinoise de tourner ainsi au ralenti, dans une tentative de prétendre que ce ralentissement était une politique délibérée du régime. Pourtant il existe une myriade de facteurs de l’économie sur lesquels le gouvernement n’a absolument aucun contrôle et qui pourraient bien déclencher des ondes de choc économiques dans la prochaine période.

La Chine a en effet des surcapacités de production énormes dans tous les grands secteurs de son économie: depuis l’énergie solaire en passant par l’acier et surtout la construction, secteur qui consomme environ la moitié de la production mondiale d’acier et de ciment et emploie 37 millions de travailleurs!
Il y a déjà eu une chute de 10% de la vente de logements en 2014, un rapport a mentionné récemment qu’il y a au moins 50 villes dans lesquelles au moins la moitié des logements est vide. Dans cette folie hyper spéculative de la construction, les surcapacités de production déjà énormes du pays ont continué de se développer de manière complètement absurde, tout comme le crédit, avec 19000 milliards de dollars de prêts accordés depuis 2008.

Les entreprises et les gouvernements locaux accumulent des dettes très rapidement avec notamment une explosion du « shadow banking » (système bancaire parallèle) auquel ils ont recours pour outrepasser les tentatives de régulation des dirigeants du PC. Les risques que de nombreuses entreprises ou gouvernements locaux tombent en faillite est grand. À tout cela s’ajoute de plus le danger d’une déflation (voir à ce sujet l’Égalité n°167), les prix enregistrant une baisse consécutive depuis 3 ans en Chine. Le gouvernement central fait à présent face à un énorme dilemme: ses mesures anti-déflation pourraient bien faire exploser de nouvelles bulles spéculatives et ainsi exacerber la crise. Il est probable que le pays entre à présent dans une longue phase de déflation, de stagnation et de crises d’endettement. Et qui ne pourra pallier à l’absence complète de marché intérieur avec laquelle se démènent les gouvernements successifs de Chine.

Alors que la première conférence des BRIC en 2006 parlait d’un « nouvel ordre mondial plus juste et plus démocratique », nous parlons de pays parmi les plus injustes, corrompus et répressifs. La majorité de la population de ces pays pourtant riches en matières premières, en force de travail, se débat dans la pauvreté. Mais depuis 2009, la hausse dividendes reversés aux actionnaires a été de 136% pour les BRICS (contre +22% Europe et +70% aux US) ! En Chine, depuis le début des années 2000, les 20 % les plus riches ont vu leur revenu croître de 15,1 % alors que pour les 20 % les plus pauvres la croissance des revenus n’a été que de 8,5 %. La croissance des inégalités et la corruption, qui ont été un facteur majeur dans les luttes au Brésil par exemple, continuera d’être une question centrale de la période qui vient.

Dans cette période de haute instabilité, il ne peut être que certain qu’à l’instar des luttes de masses au Brésil, en Afrique du Sud, et des innombrables luttes et grèves en Chine – notamment avec l’impact qu’a eu en Chine continentale la « Révolution des parapluies » à Hong Kong, avec l’augmentation de la répression dans tous ces pays, sans parler de la Russie ou de l’Inde, la luttes des classes va continuer à se tendre en 2015. La question centrale restera celle de l’alternative à opposer au chaos et à l’anarchie complète qui sont les seules choses que peut apporter le capitalisme : pour une véritable sortie de la crise, il faudra reconstruire les outils qui permettront à la classe ouvrière, à la jeunesse et aux masses pauvres de s’organiser autour d’un programme de lutte contre le capitalisme, pour une société authentiquement socialiste où l’économie sera planifiée et gérée démocratiquement par eux-mêmes en vue de la satisfaction des besoins de tous.

Par Cécile

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