Irma, la dévastation amplifiée par le capitalisme

A man walks on a street covered in debris after hurricane Irma hurricane passed on the French island of Saint-Martin, near Marigot on September 8, 2017. Officials on the island of Guadeloupe, where French aid efforts are being coordinated, suspended boat crossings to the hardest-hit territories of St Martin and St Barts where 11 people have died. Two days after Hurricane Irma swept over the eastern Caribbean, killing at least 17 people and devastating thousands of homes, some islands braced for a second battering from Hurricane Jose this weekend. / AFP PHOTO / Martin BUREAU

Rue dévastée à Saint Martin AFP PHOTO / Martin BUREAU

L’ouragan Irma a été particulièrement violent et destructeur. La force des vents (jusqu’à 295 km/h) fait monter la mer sur les côtes, inondant les basses villes. À Cuba, la mer est ainsi entrée à plus de 500 mètres à l’intérieur des côtes. Les toitures sont arrachées, et les pluies torrentielles provoquent l’écroulement de murs entiers. La « gestion » de la crise par le gouvernement Macron a été catastrophique, et les affirmations selon lesquelles « tout a été anticipé » correctement montre le cynisme et la malhonnêteté du président.

Onze personnes sont mortes dans la zone française, sur une population de 11 000 habitants. En comparaison, on ne compte que 10 morts à Cuba, pour plusieurs millions de personnes concernées. Est-ce un hasard si les médias français en parlent si peu ? Il est bien plus utile de parler de l’île lorsqu’il s’agit de dépeindre une terrible dictature « communiste ». Car à Cuba, ce sont un million de personnes qui ont été déplacées et mises à l’abri. Et depuis longtemps, les autorités autorisent les habitants à emmener certains de leurs biens pour éviter les pillages ou les réactions de désespoir.

Le cynisme de l’État français

En comparaison, les autorités françaises ont non seulement sous estimé Irma, mais ont en fait surtout compté gérer l’après-ouragan. On peut même soupçonner un certain cynisme, tant les premières annonces étaient calibrée pour insister sur le « devoir de solidarité ».

C’est dès le 31 août que la tempête qui va devenir Irma se forme, elle a donc été suivie dès ce jour-là. Le 3 septembre, il est désormais certain que ce sera un ouragan et qu’il se dirige vers le nord des petites Antilles, avec Saint-Barth et Saint-Martin sur sa course. Celle-ci pouvait changer, mais il était possible dès ce moment-là de prendre toute une série de mesures. En comparaison, à Cuba, les premières évacuations ont été ordonnées 4 jours avant le passage d’Irma, alors que la trajectoire restait incertaine et que l’Ouragan perdait en intensité (il frappera tout de même l’île avec des vents de 260 km/h). Sur la partie de l’île de Saint-Martin détenue par les Pays-Bas, deux navires néerlandais étaient dépêchés ainsi que de nombreux personnels de secours. Ce n’est qu’après le passage d’Irma que la Marine française va « dérouter » deux navires vers les deux îles (« dérouter », il n’était donc pas prévu qu’ils y aillent) et il a fallu plusieurs jours pour que soient envoyés des personnels de secours en nombre suffisant.

Macron plus préoccupé par sa personne que par les pénuries

Et la communication de Macron, venant en personne (ce qui, évidemment, rajoute au chaos du fait des aspects cérémoniels d’une telle visite) et apportant de l’aide comme un bon monarque, est largement discréditée par la colère des simples habitants, souvent des mères avec enfants, qui ont attendu 7 à 8 heures sous le soleil une aide qui n’arrivait toujours pas, alors que la piste de l’aérodrome de Saint-Martin est praticable !

La seule urgence de Macron semble de communiquer sur lui-même. Le dramatique manque d’eau (les habitants n’avaient le droit qu’à quelques bouteilles par jour pour boire, cuisiner et se laver, et même plus rien au bout de quelques jours) et de bien d’autres produits a obligé des habitants à aller se servir eux-mêmes. Il a fallu que ce soit la ministre Annick Girardin elle-même, certainement consciente de ce que cela révélait de la nullité de l’anticipation des services d’État pour rappeler qu’il ne s’agissait pas à proprement parler de pillages.

Comment le capitalisme a empiré les dégâts

La lourdeur bureaucratique du capitalisme a largement empiré les dégâts d’Irma. De la même manière, cela va allonger les délais de restauration des infrastructures. Car comme tout est un marché, il va falloir le temps des appels d’offres et des études pour que les rapaces capitalistes récupèrent les juteux contrats de reconstruction. C’est déjà ce qui s’était vu lors de la destruction de la Nouvelle-Orléans à l’époque de l’ouragan Katrina, où la reconstruction avait été un moyen de chasser les populations modestes des quartiers historiques de la ville.

À Saint-Martin et Saint-Barth, où l’écart entre riches et pauvres est très accentué (nombre de super-riches ont une résidence sur l’une des îles), on va assister aux mêmes inégalités de traitement. D’autant que les compagnies d’assurances vont régner en maître pour bénéficier du statut de « catastrophe naturelle » et que moins de 50% des habitants ont une assurance, faute de moyens.

Au-delà de l’aggravation de la catastrophe par le capitalisme et l’absence de réelle gestion par le gouvernement Macron, Irma confirme la catastrophe environnementale dans laquelle nous entraîne le système capitaliste. Les ouragans sont de plus en plus intenses ces 15 dernières années, allant largement au-delà du cycle normal de forts ouragans dans lequel nous nous trouvons. Avec des vents à 295 km/h pendant 33h (et des pointes à 360 km/h à Barbuda), Irma confirme que la violence des ouragans récents est de plus en plus forte, attestant du réchauffement climatique provoqué par le mode de production capitaliste.

Alex Rouillard

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