La propagande bourgeoise et impérialiste tente de réduire la révolution iranienne de 1979 à une simple explosion de fanatisme religieux. C’est un mensonge éhonté. Ce que l’Iran a vécu il y a quarante-cinq ans n’était pas l’avènement inéluctable d’une théocratie, mais une authentique révolution ouvrière de masse.

La classe ouvrière iranienne était déjà forte d’une longue tradition de lutte.
Avec les shoras (conseils) construits sur tous leurs lieux de travail, les ouvriers firent tourner l’économie iranienne sur la majeure partie de 1979.
La classe ouvrière contre le Chah
La « Révolution blanche » du Chah a non seulement créé un système répressif mais aussi et surtout un prolétariat urbain puissant, arraché aux campagnes pour être jeté dans les usines et les raffineries. Ce sont bien ces travailleurs, et non les prêches de Khomeini, qui ont porté le coup de grâce à la dictature sanglante de la dynastie Pahlavi.
À partir d’octobre 1978, une grève générale se développe. Le sommet de la lutte fut atteint lorsque 100 000 ouvriers du pétrole dans la province du Khouzistan (nord du Golfe persique) se sont mis en grève, paralysant l’économie et coupant les veines du régime. Dans tout le pays, des travailleurs, des étudiants, des jeunes de toutes confessions et de tous peuples – Perses, Kurdes, Azéris, Turkmènes – se sont unis sous un même cri : la fin de la tyrannie et l’exigence d’une justice sociale profonde. Ce mouvement aspirait au pain, à la liberté et au socialisme.
Les shoras (conseils ouvriers) ont commencé à fleurir dans les usines et les quartiers, véritables organes de pouvoir démocratique. En février 1979, l’insurrection armée de deux jours à Téhéran, menée par des forces de gauche et des officiers rebelles, achevait la monarchie. À ce moment précis, le pouvoir était dans la rue, entre les mains des opprimés.
Trahison du Tudeh
Pourquoi, alors, ce Printemps iranien s’est-il transformé en un hiver islamiste ? La réponse réside en partie dans la faillite criminelle des directions dites « révolutionnaires », et au premier rang le Parti Tudeh (le Parti Communiste pro-stalinien).
Le Tudeh affirmait que l’Iran n’était pas prêt pour le socialisme et qu’il fallait d’abord soutenir une prétendue « bourgeoisie nationale anti-impérialiste », suivant la ligne stalinienne de « révolution par étapes ». Sous prétexte que Khomeini s’opposait aux États-Unis, le Tudeh a ordonné aux travailleurs de se soumettre à l’autorité du clergé. Ils ont qualifié Khomeini de « figure progressiste », allant jusqu’à soutenir la répression contre les autres forces de gauche et les minorités nationales.
Cette politique de collaboration de classe a été une gigantesque trahison. En refusant de défendre l’indépendance politique du prolétariat et de mener la révolution au socialisme, ce que les travailleurs, très conscients et organisés, voulaient et pouvaient largement accomplir, le Tudeh a désarmé les travailleurs face à la contre-révolution montante.

Le capitalisme des mollahs
Khomeini n’était pas l’ennemi du capitalisme, il en était le nouveau gestionnaire. Pour stabiliser l’ordre bourgeois, menacé par les shoras, il a utilisé la religion comme un outil de terreur. Sa clique a cyniquement détourné le sentiment anti-impérialiste des masses – notamment lors de la prise d’otages à l’ambassade US – pour justifier l’écrasement de toute opposition interne.
Dès 1980, les conseils ouvriers étaient démantelés par les Pasdarans (Gardiens de la Révolution). Les grèves furent interdites, les droits des femmes piétinés et les militants de gauche, y compris ceux du Tudeh qui les avaient pourtant servis, jetés en prison, torturés et exécutés par milliers. Les capitalistes « islamistes » ont simplement remplacé ceux du Chah.
Pour une politique indépendante de la classe ouvrière
Aujourd’hui, alors que la jeunesse et la classe ouvrière iraniennes se soulèvent à nouveau, les leçons de 1979 sont vitales. La lutte légitime contre l’impérialisme doit être dirigée par la classe ouvrière et la jeunesse, de manière indépendante des politiques réactionnaires de la bourgeoisie, qu’elles soient dictées par les capitalistes impérialistes (des USA ou d’ailleurs) ou par les mollah ou autre clique réactionnaire.
La classe ouvrière ne peut compter que sur ses propres forces. Aucune fraction de la bourgeoisie, qu’elle soit libérale, monarchiste ou religieuse, ne peut apporter la libération. La seule issue reste la construction d’un parti révolutionnaire des travailleurs et de la jeunesse, capable de lier les revendications démocratiques à la lutte pour le socialisme, en rupture totale avec le capitalisme.
Article publié dans L’Égalité n°233 (avril-mai 2026), par Yann Venier
