Seules des luttes de masses anti-impérialistes peuvent mettre fin à l’enfer au Moyen-Orient

Près de trois ans maintenant que l’État d’Israël déchaîne l’enfer sur terre contre les populations autour de lui, avec l’appui plus ou moins actif ou passif des principales puissances impérialistes mondiales.

Cet article est une version longue et légèrement actualisée de l’article paru dans L’Égalité n°235 (juillet-août 2026)

L’horrible massacre perpétré par le Hamas en octobre 2023, ayant tué 1200 personnes, a fourni un prétexte à Netanyahou pour accélérer la colonisation de la région, laissant derrière lui des fleuves de sang. Rien qu’à Gaza, le nombre de morts est estimé à 73 000 voire 100 000. Une commission d’enquête de l’ONU a conclu, en juin, que « Les preuves montrent que des enfants palestiniens ont été délibérément pris pour cible et tués par les forces de sécurité israéliennes ». Le génocide contre les Palestiniens est clair. Les derniers actes guerriers des US-Israël ont fait au moins 7 000 morts, dont 3 000 en Iran et 4 000 au Liban.

Extension au Liban et en Syrie

Israël occupe désormais une zone d’environ 620 km² au sud du Liban depuis la guerre lancée par le Hezbollah en mars. Netanyahou a été jusqu’à déclarer, le 5 juillet, que des villages chrétiens du sud du Liban avaient « demandé à être annexés » par Israël – des propos « totalement fabriqués, sans rapport avec la réalité », selon un communiqué signé par 15 villages du Liban-Sud.

Ainsi, il considère désormais le Sud syrien comme une extension de cette zone. Israël a profité de la chute de Bachar al-Assad en 2024 pour entrer plus avant en Syrie et établir de nouvelles bases militaires et futures colonies. Amnesty International y relève « de graves violations du droit humanitaire international » : destruction de biens et de terres agricoles, accaparement des réserves d’eau, arrestations et au moins 36 meurtres en deux ans. Et Netanyahou menace de bombarder la zone si le régime syrien y déploie des forces, comme il l’a déjà fait il y a un an.

En Israël, une immense instabilité

Les élections prévues pour octobre approchant, Netanyahou continue la fuite en avant dans la guerre et l’expansion. Mais la situation est particulièrement explosive en ce début d’été, avec une immense colère contre Netanyahou. En effet, il a refusé d’appliquer une décision de la Cour suprême concernant le rachat de médias par des investisseurs critiques du gouvernement. Cela fait écho à la tentative de réforme judiciaire de 2023 (une réforme qui avait pour but d’amoindrir l’indépendance de la Justice vis-à-vis du gouvernement), qui avait déclenché des mois de mobilisations de masse contre Netanyahou.

Ce dernier poursuit donc sa stratégie de continuer la guerre pour rester au pouvoir, une manœuvre typique d’un pouvoir bonapartiste acculé et affaibli. La contestation monte fortement dans le camp même de la classe dirigeante. Isaac Herzog (le chef de l’État, qui n’a quasiment pas de pouvoir) a menacé : « Le non-respect des décisions de la Cour suprême est une ligne rouge qui ne doit être franchie sous aucun prétexte. » et le président du barreau, Amit Becher, a déclaré que le « gouvernement (…) démantèle la société et se rebelle contre l’État et le peuple » (cités par « Le Monde », 6 juillet).

Nous n’avons aucune confiance dans ces piliers du système capitaliste. Pour autant, leurs prises de position publiques sont un symptôme des fissures dans le régime et de la crise qui couve. Seul un mouvement large de la classe ouvrière en Israël, avec un programme qui partirait de la nécessité de virer Netanyahou et tous ses sbires, mais intégrant aussi des revendications d’arrêt d’occupation / colonisation et de droits démocratiques pour tous, de lutte contre la vie chère et le chômage… serait capable de le stopper.

L’Iran, un énorme échec pour l’impérialisme US

En février, la décision de Trump d’attaquer l’Iran, embarquant Israël dans cette campagne incertaine, s’est faite sans but de guerre déclaré. Jusqu’à aujourd’hui, l’objectif de Trump n’est pas clair. La trêve Iran-US n’aura pas duré bien longtemps, comme le laissait prévoir le pré-accord signé à Paris en marge du G7, tant celui-ci ne réglait rien en réalité.

À terme, un accord plus durable n’est pas exclu. Y compris car pour Trump, il s’agit de trouver une porte de sortie. Mais il sera bien plus difficile d’en conclure un qui comprenne le Liban. Le ministre israélien Ben-Gvir a été jusqu’à déclarer : « Pour chaque larme versée par une mère israélienne, mille mères libanaises doivent pleurer. Tout le Liban doit brûler ! »

La question du détroit d’Ormuz reste le point déterminant. C’est un passage capital pour le commerce mondial : avant le début de la guerre et le blocage du détroit, 20 % du pétrole y transitait, mais aussi plus de 30% des engrais et près de 50% du soufre et 44% de l’urée servant à produire ces derniers ; 27% de l’ammoniac ; entre 25% et 33% de l’hélium utilisé pour produire des semi-conducteurs, 9% de l’aluminium, etc. L’Iran, fort d’avoir tenu tête à l’impérialisme le plus puissant du monde, voudrait imposer une forme de péage sur le détroit, ou une contribution « sur base volontaire » (volontaire le couteau sous la gorge…) pour l’entretien des fonds marins… et, sans nul doute, plutôt la reconstruction des forces militaires iraniennes. Et vient de refermer le détroit. Ce à quoi Trump répond par un nouveau blocus et, en bon extorqueur impérialiste, affirme vouloir assurer la sécurité du détroit contre un droit de passage égal à 20% de la valeur des marchandises transportées par chaque navire (soit plusieurs dizaines de millions de dollars par navire).

Le plus central est que les US, pour la troisième fois de leur histoire, ne sont pas sortis victorieux de la guerre – bien qu’ils aient la machine militaire la plus puissante du monde. Trump en prend un nouveau coup politique. Malgré les pertes matérielles et humaines (surtout militaires), l’Iran a démontré qu’à peu près n’importe quelle puissance moyenne pouvait tenir tête à ce fragile géant. L’intervention US a même renforcé le nationalisme iranien.

Pour autant, le pays traverse une grave crise économique à cause des sanctions et de la guerre. De nombreux travailleurs ont perdu leur emploi. En mai, les prix alimentaires avaient augmenté de 131 % sur un an. Le régime craint que de nouvelles luttes n’éclatent, en particulier de la classe ouvrière, qui a démontré ces dernières années sa capacité à se mobiliser sur les questions économiques, mais aussi politiques.

« Droit international » ou droit des impérialistes ?

À longueur de tribunes ou de déclarations, les commentateurs et politiciens bourgeois se lamentent de ce qu’ils appellent la fin de « l’ordre international, fondé sur le droit depuis 1945 ». On ne peut qu’être épaté par leur niveau d’hypocrisie (ou de bêtise, c’est selon).

Selon le « droit international », l’annexion est interdite. Les institutions et États ont l’obligation de ne pas reconnaître une annexion illégale et de ne pas contribuer à la poursuite de l’occupation et de l’annexion. Or, en Syrie, le Golan est occupé par Israël depuis 1967 et annexé unilatéralement depuis 1981. En 1974, c’est précisément l’ONU qui a validé cet état de fait, pourtant toujours illégal, avec la création d’une zone tampon entre le Golan occupé par l’armée israélienne et le reste de la Syrie. Un millier de casques bleus y sont déployés encore aujourd’hui.

Si Trump a reconnu unilatéralement cette annexion, ce n’est pas car il est plus dédaigneux du « droit international » que ses prédécesseurs. C’est parce que cela lui donne un moyen de pression sur Netanyahou, avec lequel les tensions montent, alors que l’aventurisme respectif des deux monte à la mesure de l’instabilité économique et politique… y compris l’énorme colère qui se développe et s’exprime contre leur politique, aux US comme en Israël même.

Le droit international ne peut pas être autre chose que le droit des pays impérialistes à dominer le monde, selon les règles qu’ils fixent – et ignorent – pour eux-mêmes.

Affirmer le contraire, ou prétendre que des institutions créées et dominées par ces mêmes impérialistes pour servir leurs intérêts propres (y compris l’ONU) peuvent contribuer à résoudre un problème auquel elles contribuent activement, est, au mieux, naïf. Mais de la part des organisations de travailleurs ou de partis qui se réclament de leurs intérêts, c’est défendre une politique qui envoie dans le mur car elle n’offre aucune solution. Pire, elle empêche les populations et les travailleurs de prendre leur rôle, pourtant clé, dans la situation.

S’organiser et lutter indépendamment des capitalistes

Au contraire, à la Gauche Révolutionnaire et au Comité pour une Internationale ouvrière (CWI/CIO), nous luttons pour construire un mouvement de masse international, indépendant des gouvernements et institutions capitalistes quelles qu’elles soient. Seul un tel mouvement, avec la participation massive des travailleurs, qui ont la plus grande puissance économique, est capable de stopper les aventures impérialistes des Netanyahou, Trump et Cie mais aussi tous les régimes réactionnaires de la région. Un tel mouvement est capable d’amoindrir, voire de briser le soutien apporté par nos propres puissances impérialistes à tous les capitalistes et réactionnaires de la région (comme Macron, début juillet, main dans la main avec le milicien terroriste qui fait office de président en Syrie) ; et d’appuyer la révolte des populations locales contre leur classe dirigeante.

Le rôle des travailleurs et des travailleuses en Israël-Palestine même est clé pour arrêter le génocide et la guerre, en tant que classe ouvrière de l’État oppresseur et colon le plus puissant de la région. En Israël, une personne sur cinq vit sous le seuil de pauvreté, selon les chiffres officiels, et la situation en ce début d’été y est particulièrement explosive. Une grève de masse de tous les travailleurs est l’arme la plus puissante pour stopper et virer ce régime de la mort. C’est ce que craignent plus que tout le gouvernement israélien, mais aussi les dirigeants pro-capitalistes qui dominent le Fatah et le Hamas.

En juin, les premières grèves en Syrie depuis l’effondrement de la dictature d’Assad ont eu lieu, signe d’une renaissance du mouvement ouvrier dans ce pays. De tels événements peuvent être les plus puissants moteurs de l’Histoire. Les travailleurs du Liban, d’Israël et de toute la région doivent s’organiser indépendamment de toute élite capitaliste ; c’est cela, la tâche stratégique.

Comme nous le disions dans le supplément à « L’Égalité » n°231 : « Le conflit en Israël/Palestine est avant tout économique. Il est dû à l’incapacité du capitalisme à satisfaire les besoins de chacun-e, parce qu’il est entièrement guidé par la loi du profit. Il y a largement la place et les ressources pour tous les peuples qui vivent au Moyen-Orient de coexister pacifiquement mais pour cela il faut que l’économie ne soit plus aux mains d’une poignée qui s’enrichit sur le dos de la majorité. »

Une société socialiste démocratique est la seule à pouvoir garantir les droits démocratiques et nationaux de tous les peuples et minorités, et briser le cercle vicieux des crises économiques et sociales, de l’oppression et des guerres, au moyen d’une confédération d’États socialistes, dirigés par les travailleurs, dans la région. C’est le programme dont devront se doter les luttes de masse qui naîtront de l’enfer capitaliste, dans la région et ailleurs.

Cécile Rimboud