Poussée révolutionnaire en Bolivie

Depuis plusieurs semaines, la Bolivie est secouée par un mouvement social de grande ampleur. La Centrale Ouvrière Bolivienne (COB), le principal syndicat, a appelé à la grève illimitée à partir du 1er mai. Depuis, le nombre de secteurs mobilisés se multiplient (ouvriers, mineurs, transport, employés, enseignants…) tout comme les barrages routiers. On dénombre une centaine en ce début juin. Les manifestations sont quasi quotidiennes et les grandes villes sont paralysées. Les revendications des manifestants qui portaient initialement sur les salaires et les prix, appellent désormais à la démission du président, Rodrigo Paz Pereira, élu à l’automne 2025.

Crises économique, sociale et politique

La Bolivie traverse une des pires crises économiques de son histoire. Le déficit de l’état s’élève à 10 % du PIB et les réserves d’or ont été vidées. L’inflation qui était déjà de 25 % en 2025 continue de monter et les pénuries de carburants se multiplient, affectant toute l’économie du pays.

Rodrigo Paz Pereira est un président de centre droit, du Parti Démocrate Chrétien, élu en octobre 2025 et s’affichant comme un nouvel allié de Trump dans la région. Il a profité de la profonde crise qui traverse le Mouvement pour le Socialisme (MAS) qui était au pouvoir avant lui, depuis 2006. Sous les années Morales (2006-2019), ce parti a nationalisé le secteur des hydrocarbures et pratiqué une politiques redistributives grâce aux rentes que cela lui conférait mais il n’a jamais réellement cherché à détruire les fondations du capitalisme et s’est contenté d’en faire une administration sous contrôle partiel de l’état. Sa politique réformiste était loin de celle que mènerait un gouvernement socialiste démocratique et ses possibilités de réforme se sont épuisées avec les rentes gazières. Depuis 2020, avec Arce comme président, le recul en terme de politique sociale s’est encore accéléré. Cet échec a ouvert la voie à une crise politique profonde et à l’arrivée au pouvoir de la droite.

Un pouvoir qui vacille

Face à l’ampleur de la contestation qui demande sa démission, Rodrigo Paz Pereira a d’abord joué la carte du remaniement ministériel, sans succès. Il a ensuite promis de réduire son salaire de moitié « par solidarité » avec tous ceux qui sont durement touchés par la crise. Évidement, cela n’a pas calmé les manifestants.

En désespoir de cause, il a changé de tactique et depuis fin mai, il renforce la répression : il mène des centaines d’arrestations et une procédure est en cours pour établir « l’état d’exception » qui lui permettra de déployer l’armée pour lever les barrages et réprimer les manifestations. Ayant le soutien de Washinton, qui après le Venezuela serait ravi de pouvoir mettre un pied en Bolivie, un soutien concret de l’armée états-unienne n’est pas à exclure.

Pour un gouvernement ouvrier et paysan !

Les Boliviens sont déterminés à faire tomber le gouvernement Paz Pereira, comme ils l’ont fait en 2003 lors de « la guerre du gaz ». Mais ce qu’il manque aujourd’hui au mouvement de contestation, c’est une direction démocratique et révolutionnaire, dotée d’un programme socialiste comprenant l’expropriation et le contrôle ouvrier des mines, des hydrocarbures, des banques…, ainsi qu’une réforme agraire et l’annulation de la dette. Seul un gouvernement ouvrier et paysan, soutenu par la majorité des peuples opprimés, pourra rompre avec le capitalisme et ouvrir la voie au socialisme et à un nouveau cycle révolutionnaire dans toute la région !

Par Rachel. Article paru dans L’Égalité n°234 (juin 2026)