Kanaky / Nouvelle-Calédonie : quelle direction pour le peuple kanak ?

L’accord de Bougival, présenté comme une « indépendance », vient de passer au Conseil constitutionnel. Comme nous l’analysions en août dernier, dans notre article Nouvelle Calédonie – Kanaky : l’accord Bougival de Valls-Macron ne passe pas !, cet accord, majoritairement rejeté par les organisations kanakes, prévoit « les notions d’État calédonien et de nationalité calédonienne, mais avec les Kanaks complètement ignorés. En fait, c’est un projet d’accord d’intégration à la France présenté sous l’apparence d’une décolonisation. »

Les élections municipales de mars ont été un enjeu pour les forces politiques en recomposition. Les loyalistes (les anti-indépendantistes) fêtent leur victoire à Nouméa et son agglomération (Dumbéa, Le Mont-Dore et Païta), qui regroupent 64 % des habitants de Nouvelle-Calédonie. Ce sont aussi les zones les plus touchées par les émeutes de 2024. Les campagnes électorales ont donc beaucoup porté sur la sécurité et la stabilité.

À lire : Kanaky/Nouvelle-Calédonie : Non à l’état d’urgence ! Non au dégel du corps électoral ! Droit à l’autodétermination ! (publié en mai 2024)

Mais leur succès électoral est tout relatif. Il a eu entre 40 et 50 % d’abstention dans ces quatre villes. Et au vu du mépris du gouvernement face aux mouvements de protestation, ce n’est pas étonnant qu’une partie de la population ne voie plus d’intérêt à voter. Ce même camp loyaliste a aussi utilisé ces élections comme une sorte de référendum sur l’accord Bougival. S’affichant clairement pour, puisqu’il maintiendrait un fort lien avec la France, ils en ont largement parlé pendant les municipales.

On peut analyser que le gouvernement a eu peur d’organiser un vrai référendum sous peine qu’un rejet ressorte de manière trop claire. Car du côté indépendantiste, de nombreuses forces se disent contre l’accord et à juste titre. La double nationalité n’est en rien une indépendance, et encore moins une atteinte à la domination coloniale de la France sur la Kanaky / Nouvelle-Calédonie.

Quelles leçons du mouvement de 2024 ?

Certains parlent de traumatisme de la population suite aux émeutes de 2024, qui avaient fait au moins 15 morts, dont 13 Kanaks. On doit dire que c’est bien le gouvernement français qui avait mis feu à la Kanaky avec son projet de dégel du corps électoral. C’est lui qui est responsable de ces morts tragiques avec sa répression féroce. Et Macron continue de mettre le feu aux poudres en passant en force jusqu’à aujourd’hui.

Les mobilisations appelées en février par le FLNKS contre l’accord de Bougival n’ont rassemblé que quelques centaines de personnes, bien loin des manifestations de dizaines de milliers il y a deux ans. Pourquoi ? D’une part, la répression a été violente, et elle continue encore. Certains militants et dirigeants indépendantistes sont toujours emprisonnés en métropole ; leurs procès sont en cours. Mais surtout, le mouvement a manqué de direction politique et d’un programme qui aille au-delà du refus du dégel du corps électoral. Les recompositions actuelles du FLNKS, du Palika (Parti de libération kanak), de l’UNI (Union nationale pour l’indépendance) et de l’UPK (Unité du Peuple en Kanaky, fondée en janvier 2026) montrent des divergences d’approche sur la question. Ce n’est pas une mauvaise chose, mais il faut que ces clarifications politiques se fassent de manière assumée pour que les jeunes et les travailleurs puissent en tirer des leçons (sur le programme, les revendications, le mouvement nécessaire, etc), comprendre qui défend nos intérêts ou pas, et trouver un outil politique pour exprimer leur colère et leurs aspirations.

La lutte pour l’autodétermination, indissociable de celle pour le socialisme

L’amélioration des conditions de vie du peuple kanak ne dépend pas que de cette indépendance. Bien sûr, l’impérialisme français est à combattre, et c’est lui qui est responsable de cet état de sous-développement économique de la Kanaky.

Et d’une part, il ne faut pas se leurrer sur l’impérialisme chinois, russe ou australien qui seraient de prétendus alliés. Au contraire, ils poursuivront la même logique : celle de rechercher le profit en exploitant les travailleurs et les ressources.

D’autre part, l’indépendance ne changera la situation pour la jeunesse et la classe ouvrière que si elle est liée à la lutte contre le capitalisme. La seule solution pour la libération du peuple kanak et autres travailleurs de l’archipel sera d’affronter les capitalistes et leur système, qui se servent de la colonisation pour faire du profit. Les forces impérialistes ne voient en la Kanaky qu’une mine de nickel et des terres dans une zone stratégique, pas l’intérêt des habitants.

Une réelle autodétermination des peuples se fera en se battant pour une société débarrassée du capitalisme et de l’exploitation, une société socialiste !

Version longue de l’article paru dans L’Égalité n°233 (avril-mai 2026), par Elémiah