France Insoumise: il est nécessaire de passer d’un « mouvement électoral » à une force politique de masse et de lutte

imagesCette société n’est pas démocratique. Tout a été mis en place, depuis la fonction même de président de la république (intouchable et incontrôlable) en passant par l’existence du Sénat qui est constitué de gens qui s’élisent entre eux, jusqu’aux Départements, Régions ou Mairies et communauté d’agglomérations qui prennent leurs décisions souvent en lien avec les antennes locales des multinationales (grands projets inutiles, services publics délégués au privé, urbanisation au service d’une minorité de la population)… Et cela sans parler d’une justice qui est à cinq vitesses. C’est tout le système qui est fait pour empêcher un changement de fond. C’est pour cela que le slogan d’en finir avec cette 5ème République corrompue est non seulement juste mais nécessaire : aucune politique réellement en faveur de la majorité de la population n’est possible tant que ce système qui protège une minorité restera en place, que ce soit du point de vue économique ou juridique.

Article publié dans l’Egalité numéro 181
Que cela s’appelle 6ème République ou nouvelle constitution n’est pas le plus important. On voudrait surtout que ce soit la dernière république, celle qui aura renversé le capitalisme, mis fin à la misère et au chômage. C’est donc une bonne chose que la campagne de Mélenchon mette en avant cette nécessité de rompre avec cette fausse démocratie mais ça ne saurait être suffisant. Le vrai pouvoir, ce ne sont pas les élus qui l’ont mais bien les groupes d’actionnaires, les banquiers, les multinationales…

Cette situation ne va pas s’arrêter avec une simple élection. Or c’est bien là qu’est l’urgence : on ne peut pas parler de démocratie si on continue tous les matins à devoir travailler pour enrichir les capitalistes sans décider du bien fondé de notre travail et de sa forme d’organisation et des conditions dans lesquelles on l’effectue.

C’est pour cela que le mouvement «France insoumise» a de sérieuses limites pour le moment. D’une part, si Mélenchon gagne l’élection (et les législatives qui suivent), le monde ne va pas s’arrêter de tourner. Il faudra donc prendre des mesures radicales même si un processus d’écriture d’une nouvelle constitution se mettait en place. Et pour l’instant, le programme est encore assez faible. Pour ne prendre qu’un exemple : «créer un pôle public bancaire» ne peut suffire si l’essentiel du crédit reste aux mains des grands groupes financiers. Il faudra nationaliser l’ensemble de ce secteur (assurances, banques d’entreprise et groupes immobiliers inclus) pour créer un organisme de crédit unique qui permettra de financer à taux très faibles les investissements sociaux et économiques et les prêts individuels. Et on peut également décliner ce constat quant à la production elle même : il n’y aura pas de production écologique et garantissant les droits des travailleurs tant que ce sera le profit qui déterminera cette production.

De même, on ne peut penser écrire une nouvelle constitution si au bout du compte c’est pour se retrouver avec la même situation qu’actuellement : cela n’intéressera ni ceux qui espèrent que leur situation va changer avec une victoire ni ceux qui penchent plutôt pour l’abstention (souvent par dégoût pour ce système pourri) mais qui pourraient entrer dans la discussion. Enfin, et cela s’est vu dans toutes les victoires électorales de la «gauche » quand elle défendait encore une idée du socialisme, les capitalistes ne resteront pas inactifs : menaces de fermetures d’entreprises, fuite de capitaux, et même pire dans certains pays. C’est pour cela qu’il y a un enjeu fondamental à ce que les millions de personnes qui regardent vers Mélenchon puissent s’organiser dans une nouvelle force politique. La campagne, les groupes militants, devront s’orienter vers les luttes, les entreprises, les quartiers, la jeunesse,… Saisir les occasions de discuter des revendications et des slogans, depuis les salaires jusqu’à la dénonciation du capitalisme, et mettre cela au cœur de l’activé.

C’est ainsi que non seulement le score électoral pourra encore s’améliorer mais également que pourront être faits les premiers pas vers une force politique, un nouveau parti démocratique, défendant réellement les intérêts de l’immense majorités face aux partis au service du capitalisme.

Et si Mélenchon ne gagne pas, alors la tâche sera de préparer la résistance face au nouveau gouvernement qui sera très offensif comme l’ont déjà annoncé les divers programmes du PS, du FN ou de la droite. Dans les deux cas, l’enjeu est en fait le même. Avancer vers une nouvelle force politique de masse et de lutte, appelant les travailleurs, les jeunes, les couches populaires, homme ou femme, quelles que soient les cultures et les origines, à s’organiser pour défendre ensemble nos revendications contre les menées des capitalistes et de leurs valets, dans l’objectif d’en finir avec le capitalisme.

Par A.R.

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