Force est de constater qu’en face de toutes les attaques menées et la succession de gouvernements macronistes pourtant très fragiles, il n’y a pas eu d’offensive générale organisée par les organisations syndicales. Certes la colère des jeunes et des travailleurs ne cesse d’augmenter mais rien n’a été proposé par les directions syndicales pour reprendre la main sur les sbires du capitalisme.
Pendant la canicule, Binet (CGT) a ainsi exigé des seuils de température, et un chômage indemnisé à 100 %, certes, mais sans préciser que ce serait au patronat de le financer, donc ce serait par un financement de l’État et donc de la collectivité. Donc on finance nos propres salaires ! De même, alors que Lecornu a produit un budget d’austérité et que le budget de l’armée continue d’augmenter, les directions syndicales ont appuyé de tout leur poids sur le frein au nom de la stabilité et de la nécessité de ne pas plonger le pays dans le chaos. Rien à part quelques miettes n’a été obtenu ; peu de grèves sectorielles, quelques journées en pointillé tout au plus, aucune grève interprofessionnelle.
La double nature des syndicats
La bureaucratie syndicale tire son statut et ses ressources du fameux « dialogue social » que promeuvent gouvernement, patronat et bureaucrates. On touche là une caractéristique d’un syndicat, à savoir sa double nature, partagé entre une base sincère et combative voulant défendre les intérêts de la classe ouvrière et une direction cherchant avant tout à calmer la base tout en obtenant quelques miettes pour justifier son existence et ses privilèges ; leur axe est donc la négociation plutôt que la lutte.
Le 54e congrès CGT
En juin, la CGT avait son congrès. Les syndicalistes les plus combatifs n’ont pas eu l’espace qu’ils animent pourtant dans la CGT, tant la direction confédérale a manœuvré ces dernières années pour empêcher l’expression d’oppositions.
Résultat : un rapport d’activité hors sol, se vantant de victoires imaginaires, une ligne qui confirme l’accélération de la cogestion au détriment de l’indépendance de classe. Comme conséquence de cette approche, les pratiques bureaucratiques et antidémocratiques y ont été la règle, comme le refus du vote au prorata des mandats des syndicats (le nombre de syndiqués que tu représentes) et l’imposition d’un vote global pour ou contre.
De même, la direction cherche à imposer de manière descendante une « maison commune » avec la FSU avec les seuls arguments de la taille et des préoccupations communes, en omettant volontairement la question de comment faire l’unité, la construction des luttes en lien avec le programme revendicatif.
Lutter pour un syndicalisme combatif
Pour autant, ce serait une erreur de ne pas construire ces syndicats au prétexte qu’ils sont dominés par une bureaucratie qui ne défend pas sans compromission les intérêts des travailleurs. Les syndicats sont l’organisation de base de la classe ouvrière. Beaucoup de militants sincères ont une relation de loyauté avec leur syndicat et utilisent l’outil pour défendre les droits des travailleurs dans le lieu de travail. Il s’agit d’en faire un outil offensif de lutte contre l’exploitation capitaliste.
Ce que font les militants de la gauche révolutionnaire :
Nous construisons les syndicats pour qu’ils aient un programme offensif et constructif. Pour cela il faut démontrer que seul un programme socialiste peut challenger l’idéologie dominante pro patronale, et la combattre y compris au sein des syndicats. Et ça ne se fait pas par des coups de force, mais par un travail patient de construction qui commence par recruter le plus possible de travailleurs. Nous sommes pour la construction d’une vraie opposition et d’un courant socialiste en leur sein, autour de revendications transitoires amenant la nécessité de rompre avec le capitalisme et pour une véritable démocratie ouvrière.
Quand Binet est venue soutenir les salariés de Legrand près de Rouen qui subissent une délocalisation, elle n’a parlé que d’interpeller gouvernement pour demander une réindustrialisation. Ce qui laisse croire que ce gouvernement peut obtenir (et souhaiterait) d’un groupe du CAC 40 un renoncement aux délocalisations et que, d’autre part, le levier d’un syndicat est la négociation juridique avec gouvernement et patronat et non la lutte. Au contraire, le mot d’ordre de nationalisation sous contrôle et gestion ouvrière, sans indemnisation est la réponse pour lutter. C’est dans ce sens que les militants de la Gauche révolutionnaire sont membres de différents syndicats et les construisent.
Article paru dans L’Égalité n°235

