La guerre lancée par l’axe Trump/Netanyahu a plongé le monde dans une turbulence telle qu’on n’en avait pas connue depuis les chocs pétroliers de 1973. On fait face à une guerre qui veut recalibrer les relations internationales au Moyen-Orient ; d’une part en faveur d’Israël et d’autre part pour les intérêts géostratégiques de l’impérialisme US.
Par Tony Saunois, secrétaire du Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO/CWI), organisation internationale de la Gauche Révolutionnaire. Publié le 19 mars 2026 sur socialistworld.net

Dans la suite de la guerre génocidaire contre le peuple palestinien et le massacre à Gaza et en Cisjordanie, la guerre sur l’Iran a déchaîné de nouvelles horreurs sur les peuples du Moyen-Orient, en particulier en Iran et au Liban. Un million de personnes ont été déplacées au Liban, environ trois millions en Iran ; sans compter des milliers de morts. Le régime israélien dévoile son approche quand il publie des ordres d’évacuation pour certaines zones du Liban, soulignant clairement que les chrétiens peuvent rester alors que les musulmans doivent partir.
L’Iran a été la cible de bombardements apocalyptiques, de plus de trois fois l’ampleur de ceux qui avaient été déchaînées sur l’Irak en 2003 avec l’opération « choc et effroi ». Israël a envahi le Liban du sud et occupe 10 % du pays. C’est une partie de l’objectif de Netanyahu d’établir un « Grand Israël ». C’est dans la droite lignée de l’objectif affiché par son parti, le Likud, d’établir la seule « souveraineté d’Israël », « de la mer au Jourdain ».
Dans les dernières décennies, les États du Golfe, aux régimes dictatoriaux et féodaux, ont pu devenir le refuge des élites à travers le monde. Mais ceux-ci ont été grandement destabilisés par la guerre. Le Bahreïn est menacé d’une grave crise, et d’autres États du golfe de déstabilisation encore plus grande. Cela peut donner lieu à l’éclatement de mouvements et de luttes. Cela a déjà commencé au Bahreïn, juste après le début de cette guerre-ci, amenant le régime à interdire toutes les manifestations et à mener de nombreuses arrestations. De manière significative, les forces armées saoudiennes ont été dépêchées au Bahreïn pour réprimer la lutte de sa large population chiite.
Le secteur mondial de l’énergie en mode « gestion de crise »
L’approvisionnement mondial en énergie a été mis en mode « gestion de crise » surtout avec la fermeture du détroit d’Ormuz. Cela menace d’avoir des conséquences dévastatrices sur l’économie mondiale et l’économie asiatique, qui va probablement entrer en récession si la guerre continue, ce qui semble probable. Cela a permis à Poutine de faire du business sur l’augmentation des prix du pétrole et du gaz, approvisionnant sa machine de guerre et l’économie russe. La position de Poutine sur le champ de bataille s’en trouve aussi renforcée, vu que du point de vue militaire, les États-Unis sont concentrés sur le Moyen-Orient. Et selon le dirigeant ukrainien Zelensky, Trump n’est guère occupé à pousser aux négociations Ukraine-Russie.
Les relations géopoliques ont explosé en des conflits et affrontements encore plus intenses. Le clash entre les forces capitalistes européennes et les US est aussi devenu plus polarisé. La Chine en ressort renforcée mondialement. L’impérialisme US se retrouve plus isolé et affaibli à cause de la guerre. La crise politique et la polarisation s’accentuent, surtout aux États-Unis, où le régime de Trump est en maintenant en crise.
Aveuglés par la facilité avec laquelle l’impérialisme US a kidnappé le président vénézuélien Nicolás Maduro en janvier de cette année, Trump et Netanyahu imaginaient qu’un bombardement aérien et l’assassinat de quelques dirigeants iraniens seraient suffisants pour faire imploser le régime iranien en quelques jours. En répétant les bourdes des interventions militaires en Irak et en Libye, ni Trump ni Netanyahu n’avaient de plan pour la suite.
Mais l’Iran n’est pas le Venezuela. Le régime a toujours une base sociale significative malgré une opposition massive. Il a des forces militaires puissantes dans la Garde Révolutionnaire Iranienne, dirigée par l’idéologie et ayant ses propres intérêts économiques massifs. Le régime s’est préparé à une telle attaque pendant des décennies. Il a mis en place une structure partiellement décentralisée, conçue pour faire face à la « décapitation » de certains de ses dirigeants nationaux principaux.
La politique d’assassinat des dirigeants principaux par Netanyahu et Trump dans les infrastructures politiques et militaires aggrave le problème pour Israël et les États-Unis. Ceux qui remplacent les dirigeants iraniens tués, au niveau régional ou local, sont souvent plus déterminés et motivés par l’idéologie, rendant le conflit encore plus instable. L’assassinat de dirigeants du Hamas et du Hezbollah par Israël dans le passé n’a pas détruit ces organisations. Israël tente de prendre le contrôle de tout le sud du fleuve Litani, et a détruit les ponts qui le traversent.
Trois semaines de guerre ont révélé les limites de la puissance impérialiste des États-Unis, ainsi que de sa puissance militaire. Symboliquement, le porte-avion USS General Ford a dû se replier en Grèce suite à un incendie et à une défaillance de son système de canalisations.
La puissance de feu n’est pas suffisante à elle seule pour provoquer un changement de régime. Comme le disait le général allemand Helmuth von Moltke en 1870, « Aucun plan ne survit au premier affrontement avec l’ennemi. », une leçon que Trump et Netanyahu apprennent à leurs dépens. Le prix de leurs actions est cependant payé par les masses du Moyen-Orient. Chose incroyable, d’après les médias, quand le risque de fermeture du détroit d’Ormuz a été soulevé par les conseillers de Trump, il l’a écarté, disant que l’armée devrait se charger du problème. Pourtant, et c’est très clair aujourd’hui, ce n’est pas si simple. Les demandes de Trump aux forces de l’OTAN d’escorter les tankers à travers le détroit n’ont été suivies par aucune puissance capitaliste occidentale. Michel Yakovleff, général français triplement étoilé à la retraite, a comparé le fait de participer à une opération militaire sur l’Iran à l’achat d’un billet à prix réduit pour embarquer sur le Titanic après qu’il ait percuté l’iceberg.
Les attaques israéliennes sur les South Pars, gisements iraniens partagés avec le Qatar, ont entrainé une escalade de la guerre. En réponse, l’Iran a touché la plus grande usine de gaz naturel liquéfié du Qatar. D’après les commentateurs, cela a entraîné de gros dégâts qui prendront des mois à être réparés. Ces événements ont fait flamber les prix de l’essence dans le monde, ce qui entraînera une augmentation de l’inflation dans la plupart des pays. Cela fait suite aux attaques des US sur les installations militaires de l’île iranienne Kharg. Trump a, jusque là, évité d’attaquer les raffineries elles-mêmes. Pourtant son régime cherche à en prendre le contrôle et a mobilisé de nouvelles troupes pour y accéder.
L’échec de l’attaque de Trump risque de l’amener à déployer des troupes au sol dans le cadre d’opérations spéciales afin de s’emparer de la raffinerie de l’île Kharg. Même chose pour l’uranium iranien. De telles opérations sont semées d’embûches. Pourtant, le régime de Trump pourrait tenter de telles opérations. Une fois au sol, de nouveaux affrontements ou interventions ne pourront pas être exclus. Trump ne peut pas simplement se retirer et laisser intact son prestige ou celui de l’impérialisme US.
Les problèmes que rencontrent de telles opérations sont illustrés au sud du Liban, où les troupes israéliennes sont impliquées dans des affrontements armés avec les forces du Hezbollah. Des semaines de bombardements intensifs par Israël n’ont pas délogé les combattants du Hezbollah dans la ville de Khiam ou ailleurs. Israël a réuni quatre brigades et des colonnes de tanks en vue d’une invasion terrestre du Liban.
La tentative lancée par Trump et Netanyahu d’attaquer l’Iran a profondément développé la polarisation aux États-Unis et amené une crise pour Trump dans son pays. La démission du principal conseiller en sécurité de Trump, Joe Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme (NCTC), à cause de la guerre sur l’Iran, illustre les divisions qui se creusent au sein du régime de Trump. Kent est d’extrême droite, avec un passif antisémite. Pourtant, avec d’autres dirigeants majeurs des Make America Great Again (MAGA, soutiens de Trump), comme Tucker Carlson, il s’oppose à la guerre de Trump sur l’Iran.
Trump a gagné l’élection présidentielle en promettant la fin des guerres des États-Unis à l’étranger. Déclencher la guerre sur l’Iran a affaibli une partie du soutien de Trump aux États-Unis. L’opposition à la guerre est écrasante. Pour la première fois, l’impérialisme US s’est lancée dans une guerre alors qu’une majorité de la population s’y oppose dès le début. Trump est menacé de perdre énormément aux élections de mi-mandat en novembre.
Les tendances bonapartistes de Trump
Le régime de Trump a de plus en plus adopté des méthodes bonapartistes. Il concentre de plus en plus de pouvoir sur la présidence. Trump a signé 225 ordres exécutifs lors des 14 premiers mois de son mandat, alors que le Congrès n’a ratifié que 49 lois. En comparaison, Biden en a signé 162 et Obama 276, durant leur temps de présidence. D’autres mesures apportées par Trump et les États dirigés par les Républicains sont des attaques sur les droits démocratiques et des redécoupages de circonscriptions qui les arrangent. L’institut suédois V-Dem, qui mesure la démocratie, a conclu que les États-Unis sont en effondrement démocratique de haute magnitude. Il défend que les États-Unis « se dirigent plus vite vers l’autocratie que la Hongrie ou la Turquie ».
Les contre-pouvoirs ont été affaiblis ou, dans certains cas, marginalisés. Par peur des élections de mi-mandat de novembre, Trump a même émis l’idée d’annuler les élections, avant de dire, plus tard, que c’était une blague. Pourtant, cela révèle son état d’esprit. Trump n’a pas de levier légal pour annuler les élections, mais risque de faire quelque chose « illégalement ». Il a déjà émis l’idée de « nationaliser » l’élection, donc d’en donner le contrôle au gouvernement fédéral. À certains endroits des États-Unis, les machines de comptage ont déjà été embarquées pour « examen ». Le terrain est en préparé par le régime pour bouleverser, déstabiliser ou contester les résultats. Le déploiement de la police ICE ou d’autres forces sur les bureaux de vote pour intimider les votants est aussi sur la table.
Ça ne veut pas dire que le régime de Trump s’en sortira avec tout ça. Le mouvement de masse apparu à Minneapolis contre le déploiement de l’ICE a illustré les conflits qui peuvent émerger. En revanche, cela signifie qu’un sérieux champ de bataille politique et social se dessine aux États-Unis pour 2026. La guerre sur l’Iran l’a grandement intensifié.
Si la crise de la guerre d’Iran empire, le bouleversement croissant aux États-Unis et les divisions qui se profilent au sein des Républicains et des MAGA signifient qu’il pourra y avoir des tentatives de destituer Trump. Cela pourrait inclure une tentative d’impeachment basée sur le 25e Amendement de la Constitution. Cela requiert que le Vice-président et une majorité du Cabinet déclarent le Président incapable de diriger, en lui ôtant ses pouvoirs et devoirs. Cela semble improbable pour le moment, mais un tel développement ne peut pas être exclu, surtout avec le développement de la crise mondiale découlant de la guerre sur l’Iran.
L’évolution de la guerre contre l’Iran est incertaine. Cependant, il est sûr que le Moyen-Orient sera plus instable et que de nouveaux conflits et soulèvements prendront place. Cette guerre reflète l’entrée du capitalisme dans une nouvelle ère. Une ère de rivalités impérialistes et de guerres accrues. Un système socialiste est la seule voie pour mettre fin au cauchemar des masses. Le défi est maintenant de construire un mouvement capable d’atteindre ce but.
