Le 53e Congrès de la CGT s’était tenu pendant la bataille contre la réforme des retraites. Une atmosphère combative y dominait : les 1 000 congressistes avaient voté majoritairement contre le bilan de Martinez, l’ancien secrétaire général, l’empêchant de renouveler son équipe. Une nouvelle direction s’imposa, avec Sophie Binet à sa tête. Ces trois dernières années ont accéléré le glissement un abandon total d’une orientation d’indépendance de classe.

Quand la Confédération (la direction nationale du syndicat CGT) fait l’analyse de la mobilisation de la réforme des retraites, elle dit constater une « radicalisation du pouvoir et du patronat » et qu’il aurait fallu une grève reconductible dès le 7 mars pour les contraindre de la retirer. Notre défaite serait due au « manque d’implantation dans les entreprises » et à l’incapacité des syndicats de base à lier leurs revendications professionnelles et interprofessionnelles. Ce regard, sur le mouvement contre la réforme Borne, réduit le rôle de la Confédération à celui de simple spectatrice et commentatrice. Cela aurait pourtant dû être son rôle de construire la grève reconductible, notamment en luttant pour élargir les revendications : pour l’augmentation des salaires, contre les licenciements, pour les services publics… autrement dit contre la politique de Macron et des capitalistes.
Bilan d’activité et document d’orientation hors-sol : on en a marre de prendre des défaites !
Le bilan d’activité de cette année n’a pu être écrit que par des bureaucrates complètement déconnectés de la vie quotidienne de la majorité laborieuse. Quel cynisme de se vanter que le conclave des retraites n’ait pas débouché sur une contre-réforme encore plus pourrie ! Bayrou n’avait réussi à faire passer le PLF (Projet de Loi de Finances) 2025 qu’en achetant les voix du PS avec son « conclave ». Un PLF qui comprenait plus de 40 milliards d’euros de coupes dans les services publics ! Pourtant, avec le même cynisme, la Confédération se félicite que le PLF et le PLFSS (projet de financement de la Sécurité sociale) 2026 soient devenus « supportables » par rapport au projet initial ! D’après le bilan d’activité, cette réussite serait due à son « rôle pivot » entre l’intersyndicale et le mouvement Bloquons tout. En réalité, elle a joué un rôle de frein : prise de court par cette mobilisation semi-spontanée du 10 septembre 2025, non seulement elle n’y a pas appelé, mais elle a pris soin, au contraire, d’imposer des dates de mobilisations décalées. En interne, l’appel par LFI au 10 septembre a servi de prétexte à la direction pour ne pas faire. Le mouvement s’arrêta le 2 décembre, en rejetant sur le dos des travailleurs leur prétendu manque de volonté et de combativité. Le résultat c’est des dizaines de milliards d’euros de coupes dans la Santé, l’Éducation et les territoires qui ont une incidence directe pour des millions de travailleurs et leurs familles, rendant le quotidien toujours plus galère.
Quant au document d’orientation, il ne remet à aucun moment en cause le capitalisme. Il se contente de propositions par-ci par-là, en fonction des sujets abordés. Le texte réclame « plus de pouvoir » dans les conseils d’administration des entreprises privées et des services publics, d’être « pris au sérieux » par le gouvernement et par la Commission européenne. Au nom de sa prétendue « force de proposition », la direction de la CGT porte, auprès des élus politiques, une « réindustrialisation » dans laquelle les capitalistes seraient « limités » dans leur soif de profit par des « normes » sociales et environnementales prétendument « contraignantes ». Cette réindustrialisation serait couplée à une « offre de service public » pour « motiver » les industriels à investir grâce à des « dynamiques territoriales attractives ». Bref, une politique qui laisse tout entre les mains des patrons et d’un gouvernement (et ses relais dans les régions, départements, etc.) à leur service, tout en les priant de bien vouloir faire une politique qui s’en prendrait à leurs propres intérêts. Évidemment c’est une approche entièrement erronée, car il faut nationaliser les grands groupes capitalistes et les mettre sous le contrôle et la gestion démocratiques des travailleurs. Cela permettra que les moyens de production et la production soient arrachés des mains des capitalistes et servent uniquement à la satisfaction des besoins et non plus à l’accumulation des profits.
Après 20 ans de défaites dans les journées de grèves interprofessionnelles (même si certaines ont été partielles : nous avons réussi à bloquer la retraite à points, par exemple), la direction bureaucratique de Binet reprend à son compte que les journées « saute-mouton » – dont elle a usé et abusé – ne « servent à rien », mais ne propose rien pour construire le rapport de force. Elle en vient à reprendre à son compte les phrases des gauchistes en disant que « la base » doit dépasser « le sommet » (ce qui est complètement hors-sol), assumant ainsi de pas construire la lutte contre les attaques des capitalistes. Les syndicats de base seraient donc censés se débrouiller dans leur coin pour construire la riposte face à ce pouvoir qui ne lâche rien. Et ce, alors que les moyens des Unions locales sont en baisse, et que les militants qui luttent pour un syndicalisme combatif, de classe, contre les capitalistes sont marginalisés.
Pour une CGT combative au service de la lutte de notre classe
Ce 54e Congrès aurait pu être une occasion de débattre d’une ligne combative. La CGT peut devenir une organisation qui mène la lutte de classe contre la bourgeoisie et ses représentants politique. Pour ça, pas de faux-semblants. La répression est déjà forte avec des milliers de syndicalistes réprimés par le patronat et/ou mis en examen par une justice de classe. Pour une petite phrase mal placée, les plaintes fusent, Sophie Binet est poursuivie par Tefal pour trois fois rien. La direction confédérale cherche à devenir un partenaire pour le gouvernement et le patronat mais c’est l’inverse qu’il faut. Il reste à Macron moins d’un an au pouvoir mais nous savons qu’il peut mener de très lourdes attaques d’ici-là. Assez de payer la crise des capitalistes !
C’est le débat que peuvent porter dès maintenant les syndicalistes et travailleurs combatifs, celles et ceux qui veulent construire la riposte. Être à la hauteur des enjeux, c’est la volonté d’inscrire la grève et d’un plan de mobilisation dès la rentrée et le congrès doit s’engager dans une volonté forte de bloquer la politique de Macron. Il faudrait que les congressistes mettent au vote la question de la grève et qu’ils s’engagent à organiser des AG pendant tout le mois de juin, dans un maximum de lieux de travail, même s’il n’y existe pas (encore) de syndicat CGT, d’ailleurs, pour permettre aux travailleurs de prendre une place active dans sa construction. Les mots d’ordres doivent être à minima l’augmentation générale des salaires en fonction des prix (l’échelle mobile), des moyens à la hauteur des besoins pour les services publics, zéro licenciement et pour la nationalisation sans compensation des boites qui suppriment des emplois, le blocage des prix et la baisse du temps de travail pour lutter contre le chômage.
Contre le capitalisme, luttons pour le socialisme !
Cela doit s’accompagner d’un vrai débat politique de fond. Si la CGT (et d’autres) ont pu être plus combatifs comme par exemple lors des grèves ouvrières des années 2010 contre les licenciements, c’est que des dizaines syndicalistes menaient leur activité sur des bases politiques, contre le capitalisme, en disant : notre lutte est celle de tous les travailleurs contre les capitalistes et leurs intérêts, contre ce système qui ne marche que pour le fric.

À la Gauche Révolutionnaire, nous militons pour une société socialiste qui sera dirigée par les travailleurs et plus par les capitalistes. L’idée que les travailleurs puissent gagner des avancées notables alors que le capitalisme mène une lutte de plus en plus acharnée contre nous est une chimère. Nous avons besoin de construire un courant pour le socialisme des syndicalistes combatifs, pour une CGT qui soit un vrai outil, utile pour les travailleurs. Venez discuter et batailler avec nous, pour une plateforme revendicative combative et un fonctionnement ouvert et démocratique afin de reconstruire un syndicalisme de combat. C’est une lutte qui est aussi politique : celle pour que les travailleuses et travailleurs s’organisent et défendent leurs propres intérêts, par la lutte collective, en toute indépendance des capitalistes et leur gouvernement, avec le socialisme comme perspective.
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