Forces états-uniennes et impérialistes hors d’Amérique centrale, du Sud et des Caraïbes !

L’impérialisme US, dirigé par Donald Trump, a initié une concentration militaire inédite depuis des décennies dans les Caraïbes. Le déploiement de la force de frappe aéronavale USS Gerald R. Ford, comprenant le plus grand porte-avion US, un sous-marin nucléaire et 10 000 soldats, est un avertissement clair : Trump et l’impérialisme US sont sérieux. Normalement, dans les Caraïbes, les US stationnent 2 vaisseaux. Actuellement, ils en ont 10. Sous prétexte de frapper les narcotrafiquants, plus de 20 bateaux ont été bombardés, tuant 80 personnes, alors même que la plupart de la drogue importée aux US ne vient ni ne passe par le Venezuela.
Les US, dans un acte de piraterie impérialiste, viennent de capturer un pétrolier. Quand on lui a demandé ce qu’il comptait en faire, Trump a répondu « J’imagine qu’on va le garder ». Mais les US n’ont pas que ce pétrolier, apparemment à destination de Cuba, dans le viseur. Trump et les barons du pétrole qui le soutiennent veulent l’accès aux plus importantes réserves de pétrole au monde, celles du Venezuela.
Le Venezuela possède 20 % des réserves mondiales de pétrole avec 303 milliards de barils. De plus, la plupart des raffineries pétrolières US sont faites pour traiter du « pétrole brut lourd », que les US obtiennent uniquement de la Russie, du Canada et du Venezuela. S’ils arrivent à mettre la main dessus, c’est la promesse d’un approvisionnement sécurisé et des bénéfices estimés à mille milliards de dollars pour les entreprises US.
Au-delà de la concentration navale et en préparation pour l’intensification des opérations, la base militaire de Puerto Rico qui avait fermé en 2004 suite à des manifestations de masse, a été rouverte. Des milliers de soldats, de véhicules de débarquement amphibiens, des tanks et avions de guerre US sont acheminés sur cette base.
Puerto Rico, la dernière colonie US ayant été capturée en 1898, est, historiquement, une base cruciale et un terrain d’entraînement pour l’armée US. C’était sur l’île puerto ricaine de Vieques, dont ont été chassées et massacrées des milliers de personnes indigènes, que le napalm, « l’agent orange » et d’autres armes de meurtre de masse ont été testées avant d’être déployées dans la guerre du Vietnam.
Étant proche de Cuba et à 100km du Venezuela, Puerto Rico est militairement et historiquement stratégique pour les États-Unis. Les bases militaires fermées ont été rouvertes, à la consternation générale sur l’île.
Trump prétend agir ainsi pour frapper les narcotrafiquants. En termes de narcotrafic, le Venezuela est un relativement petit joueur. L’un des vrais objectifs de Trump est un changement de régime afin de mette la main sur le profitable or noir, pilier de l’économie du pétro-Etat vénézuélien. Des facteurs géopolitiques font aussi partie du calcul de Trump dans son objectif de changement de régime. Par ailleurs, il avertit les puissances rivales que sont la Chine et la Russie de ne pas remettre en question l’influence US sur les Amériques. Poutine soutient Maduro et les deux régimes ont des relations commerciales notamment en pétrole.
Cela fait longtemps que l’impérialisme américain veut renverser le gouvernement vénézuélien, depuis l’élection d’Hugo Chavez en 1998. En 2002, la tentative de coup d’État militaire contre ce populiste de gauche radical s’est retourné contre ses instigateurs, alors que des millions de personnes sont descendues dans la rue, ont battu le coup et remis Chavez à la présidence. L’explosion sociale de masse qui suivit poussa ce radical, armé de bonnes intentions, plus à gauche, en nationalisant partiellement l’économie, parlant de « socialisme du XXIè siècle » tout en utilisant les revenus du pétrole pour introduire des réformes sociales de grande ampleur.
Élection après élection, Chavez reportait des victoires sans appel. Un mouvement révolutionnaire se développait. Très populaire, le régime et les réformes de Chavez ont pourtant emmené la révolution dans l’impasse, comme le CIO avait analysé à l’époque, avec un gouvernement fonctionnant bien trop souvent de manière bureaucratique par le haut, de la corruption, une absence de contrôle et de gestion démocratique ouvrière et fondamentalement, pas de rupture avec le capitalisme. La chute des prix du pétrole a eu un effet dévastateur, causant stagnation et déclin économique. En 2013, Chavez mourut et Nicolas Maduro le remplaça.
Avec le processus révolutionnaire en recul, l’impérialisme US a imposé d’écrasantes sanctions, notamment sous Obama, et un blocus économique ayant été renforcé sous Trump 1 et 2 avec l’objectif de forcer un changement de régime. Au même moment, Maduro n’a pas continué les mesures radicales de Chavez qui s’en prenaient au capitalisme. Au contraire, il a pris la direction opposée.
Du fait des sanctions internationales, le Venezuela n’a pu vendre que 4 milliards de barils de pétrole sur ses 303 milliards de réserve. Le Venezuela possède 161 tonnes d’or, dont une bonne partie bloquée à la Banque d’Angleterre, vu que les avoirs du pays ont été gelés par les puissances impérialistes. Les pénuries dues au manque d’importations ont un effet dévastateur. Elles ont aggravé une crise produite par la corruption, la mauvaise gestion, le manque d’investissements, entre autres. Le Venezuela n’est pas riche qu’en pétrole. Il dispose de 80 % des réserves de gaz naturel d’Amérique Latine mais ne compte que pour 18 % de ce qui est utilisé, à cause du manque d’infrastructures et de la corruption.
L’hyperinflation et les pénuries ont produit un effondrement social dévastateur. Entre 2014 et 2021, le PIB a chuté de 75 %. La situation sociale catastrophique a mené à une chute spectaculaire du soutien au régime. Depuis 2013, plus de 8 millions de personnes (sur une population estimée à 28 millions) ont fui le pays dans ce qui constitue l’une des plus grosses crises de réfugiés et de migration.
Une telle impasse produit une importante opposition au régime de Maduro, qui est plus corrompu et autoritaire que celui de Chavez. Le régime a aussi réprimé des voix critiques à gauche, qui ne soutiennent pas l’impérialisme US. Selon certains rapports, Maduro aurait l’équivalent de 700 millions de dollars d’avoir gelés aux US. Cependant, la haine contre les riches, contre l’opposition de droite et l’héritage du processus révolutionnaire (même si il a fini par stagner et décliner) signifie que Maduro dispose toujours d’une base importante de soutien. Ce qui risque de se renforcer avec les menaces de Trump et la peur d’une intervention US.
L’opposition de droite au Venezuela
Si l’opposition de droite arrive au pouvoir, cette classe dominante thatchériste vicieuse sera sans pitié dans sa vengeance, ses mesures et sa répression anti-ouvrières. Elle n’offre aucune solution à la classe ouvrière et aux pauvres. L’opposition de droite a un programme de collaboration avec l’impérialisme et d’enrichissement continuel de la riche et puissante classe dominante vénézuélienne.
L’hypocrisie puante du capitalisme occidental donnant le prix Nobel de la paix à la dirigeante de cette opposition, Maria Corina Machado, s’est faite sentir à Oslo et dans le monde. La même Machado a appelé à un coup d’État pour renverser le régime de Maduro. La même Machado refuse de condamner le bombardement par les US de bateaux dans les Caraïbes ou de condamner Trump pour ses attaques racistes contre les Latinos aux US, notamment la déportation de Vénézuéliens vers des prisons du Salvador.
Trump vise clairement un changement de régime. La concentration de forces militaires menaçant le Venezuela va agiter le fort sentiment anti-impérialiste qui existe en Amérique Latine. Cela aura un effet polarisant massif. Il est à noter que les présidents de droite d’Argentine, d’Équateur, du Panama et du Paraguay sont allés à Oslo. D’autres comme Lula au Brésil ou Boric au Chili n’y sont pas allés, reflétant la pression contre l’impérialisme US qui existe parmi les masses de la région.
À ce stade, l’impérialisme américain n’a pas amassé assez de forces pour une invasion au sol, qui est improbable même si elle n’est pas à exclure. Cela risquerait de provoquer un mouvement de masse en Amérique Latine et une guerre qui ferait écho à celle du Vietnam. Trump peut aussi espérer que rassembler une menace militaire suffirait à provoquer une scission et une révolte d’une section l’armée vénézuélienne. Cela dépend dans la situation dans l’armée vénézuélienne, qui n’est pas claire. Une invasion terrestre provoquerait une grosse réaction dans la base de Trump aux US, qui, généralement, est contre de nouvelles interventions états-uniennes. Cependant, des bombardements, attaques de drones, assassinats et enlèvements – notamment de Maduro – ne sont pas exclus et sont même plus probables, comme l’impérialisme US en a déjà conduits au Panama par le passé. Il y avait kidnappé « l’homme fort » Noriega. Des membres du gouvernement de Saddam Hussein en Irak avaient aussi été kidnappés.
Le CIO condamne et s’oppose à toute intervention impérialiste US au Venezuela ou ailleurs. Il ne peut y avoir aucun soutien à l’opposition réactionnaire de droite au Venezuela. Le défi auquel fait face la classe ouvrière vénézuélienne est celui de trouver une voie pour combattre l’agression impérialiste, s’opposer à la droite capitaliste et d’établir un gouvernement réellement démocratique et socialiste des travailleurs et des pauvres. Un tel gouvernement, faisant appel aux masses d’Amérique Latine et des États-Unis pour obtenir soutien et solidarité, peut offrir une solution à la catastrophe touchant la société vénézuélienne.
