Cordée solidaire près de Briançon

Cordée solidaire dans les Alpes, décembre 2017

Cordée solidaire dans les Alpes, décembre 2017

Le dimanche 17 décembre, près de 130 professionnels de la montagne organisaient une « cordée solidaire ». Partant de Névache, un village isolé près de Briançon, plus de 300 personnes regroupées sous la banderole « SOS Alpes solidaires » rejoignaient le col de l’Échelle situé à 1762 mètres d’altitude, lieu de passage depuis l’Italie voisine de plus de 1500 migrants cette année.

Chasse aux migrants et répression de la solidarité

La cordée solidaire était surtout l’occasion pour les professionnels, les associations d’aide aux migrants et les bénévoles de tirer la sonnette d’alarme. Les 130 professionnels ont envoyé une pétition à Macron et son gouvernement, leur demandant d’en finir avec la politique de chasse aux migrants. En effet, pour échapper aux pièges tendus par la police et les reconduites à la frontière, les migrants, souvent très mal équipés, doivent sortir de la route (fermée à cette époque) et s’engager sur des terrains en neige plus profonde encore, soumis aux avalanches, aux chutes de pierres, où ils peuvent se perdre, d’autant plus  quand les panneaux indicateurs sont retirés… Un professionnel confiait d’ailleurs sa crainte de retrouver des morts au printemps.

La pétition demande aussi, comme en mer, d’appliquer la notion d’assistance à personne en danger car la répression menace ceux qui portent assistance aux migrants. Les voitures venant de Névache pour Briançon sont régulièrement contrôlées par la police ou la gendarmerie.

La réponse du gouvernement suite à cette cordée est claire : augmenter les effectifs des forces de l’ordre pour, dit-il, assurer la sécurité des migrants. Seulement, sur le terrain, la chasse des migrants par les flics continue et des mineurs sont eux aussi reconduits à la frontière, en pleine montagne et en hiver.

Solutions d’accueil et d’hébergement dérisoires

A Briançon, deux centres d’accueil ont été ouverts par la mairie mais leurs capacités sont très en-deçà des besoins, et surtout sans personnel. Ce sont les associations d’aide aux migrants et leurs bénévoles qui s’occupent de toute la gestion de ces structures et bien-sûr de l’aide tant matérielle (hébergement, repas) que logistique (transport), administrative ou sanitaire. Aucun moyen humain et professionnel n’a été fourni et pendant ce temps l’État et le Conseil départemental se renvoient la balle des responsabilités.

Le Maire, conseiller départemental PS, est dans son rôle. Il a fourni les bâtiments d’accueil et demande maintenant à l’État d’organiser la répartition des migrants sur le territoire sachant que lors du démantèlement de la jungle de Calais, Briançon avait accueilli 30 migrants.

Des équipes à bout

Que ce soient les professionnels ou les bénévoles qui secourent, qui guident ou assistent les migrants en montagne ou bien les membres des associations d’aide aux migrants, tous sont à bout et inquiets avec l’hiver qui s’est installé et l’arrivée de migrants qui ne faiblit pas. Les professionnels font appel au gouvernement pour plus de moyens, les associations dénoncent un gouvernement qui les oblige à gérer la misère et font appel aux ONG. Les bénévoles sont fatigués, parfois découragés, souvent appauvris car la solidarité à un coût et interpelle la population pour augmenter le nombre de bénévoles.

Tous demandent de l’aide car ils savent qu’il est impossible de gérer de grands mouvements de population seuls. Et ils ont raison. Il faut à ce sujet une vraie politique de gestion des flux migratoires, par un accueil humain et solidaire, d’autant qu’avec le réchauffement climatique, ceux-ci vont s’intensifier. Il faut mettre de l’argent là où les populations en ont besoin et prévenir ainsi les grands drames humanitaires comme c’est toujours le cas en Méditerranée.

Or, force est de constater que le gouvernement Macron n’a pas plus d’humanité que les gouvernements précédents. Il gère ce mouvement de population comme une crise migratoire et maintient les mêmes politiques menées précédemment au Moyen-Orient, alors qu’elles sont à l’origine de ces déplacements de population.

Sylvain Bled

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