Inde : que faire après la révolte des cafards ?

Extrait d’une discussion avec Youvraj, camarade de New Socialist Alternative, section indienne du CIO. 

En Inde, derrière les chiffres de croissance vantés par le gouvernement de Modi, la réalité est tout autre. L’économie se développe rapidement, mais cela ne signifie ni emplois décents ni hausse des salaires pour la majorité classe ouvrière. Le capitalisme indien combine ainsi une économie moderne et dynamique avec des formes de travail et des conditions sociales profondément arriérées. Cette contradiction nourrit une colère grandissante parmi les travailleurs et la jeunesse.

C’est dans ce contexte qu’a éclaté le mouvement des « Cafards ». À l’origine, une série de scandales autour d’examens nationaux : des millions de jeunes ayant travaillé pendant des années pour réussir leurs études se sont retrouvés confrontés à des annulations, des fraudes et des résultats contestés. À cela s’est ajoutée l’humiliation venue des institutions elles-mêmes. La colère a explosé.

Parti d’une mobilisation autour de l’éducation, l Le mouvement a rapidement pris une dimension politique et attiré différentes couches de la population. D des travailleurs qui ont rejoint les manifestations. Notre syndicat a organisé deux mobilisations et appelé les autres syndicats à faire de même. Mais les directions syndicales n’ont pas appelé à une grève générale. Pourtant, c’est précisément la force collective de la classe ouvrière qui peut permettre de bloquer les attaques du gouvernement.

Il faut aussi caractériser correctement le régime de Modi. Nous ne le définissons pas comme fasciste. Le fascisme est un mouvement de masse réactionnaire qui sert de base sociale à un régime. Le régime de Modi est aujourd’hui un régime autoritaire de droite, qui s’appuie sur l’appareil d’État, les institutions et l’alliance de différentes fractions de la bourgeoisie, notamment régionales. Cette distinction est essentielle pour comprendre les possibilités de lutte.

Notre tâche est donc de contribuer à organiser la colère. Avec la campagne des « trois R » — Résister à la tyrannie, Reconquérir la démocratie, Reconstruire — nous cherchons à maintenir la mobilisation et à ouvrir une discussion sur ses causes profondes. Car la démocratie ne peut être réellement conquise sans remettre en cause le pouvoir économique de la bourgeoisie.

La prochaine vague de luttes viendra. La question est de savoir si les forces révolutionnaires seront prêtes à la saisir. Nous devons construire dès aujourd’hui une organisation capable de transformer la colère en conscience tout en construisant la lutte, pour avancer vers la transformation révolutionnaire de la société.