Diomaye Faye, le Président du Sénégal, a démis Sonko de son poste de Premier ministre fin mai 2026. Le duo avait remporté les dernières élections avec leur parti le PASTEF (les patriotes), avec un appui assez important de la jeunesse et les promesses de plus de services publics, de mettre fin à la corruption…
Réforme constitutionnelle sur fond de rapport de forces
Depuis deux mois, le divorce est acté. Sonko est président de l’Assemblée nationale, et a été réélu président de PASTEF début juin. Il a mené et gagné à l’Assemblée une réforme constitutionnelle qui réduit le pouvoir présidentiel et renforce l’assemblée. Les députés de PASTEF y sont majoritaires.
Quant à Diomaye Faye, il est toujours Président de la république et a choisi comme nouveau Premier ministre Al Aminou Lô, qui vient de l’ancien gouvernement et de la tradition de la Banque centrale. C’est un soutien du franc CFA.
Dette abyssale, jeunes et travailleurs sous tensions
La situation économique est préoccupante. La dette publique atteint 132 % du PIB. Le Sénégal est ainsi l’un des pays les plus endettés d’Afrique. Les projets sont à l’arrêt, il y a des ouvriers au chômage, surtout dans le secteur du BTP. La question de la dette est centrale et deux lignes sont défendues au niveau du pouvoir.
Sonko dit que le Sénégal ne devrait pas se plier aux conditions extérieures, notamment celles dictées par le FMI (Fonds monétaire international), en visite officielle très récemment à Dakar. Il dit vouloir gérer le fardeau de la dette avec des réductions et des contrôles des dépenses à l’intérieur. Ce qui est très dur pour la population.
Diomaye Faye a l’air d’être plus ouvert au FMI, comme l’indique son choix de Premier ministre, et à une forme de restructuration préventive de la dette. L’argument, bien sûr fallacieux, serait d’éviter le défaut de paiement et la faillite de l’économie en faisant des coupes maintenant.
Une colère latente
Les travailleurs et le jeunes au Sénégal se souviennent tristement de la dernière restructuration de la dette en 2014. Des enfants qui meurent de faim, du jamais vu, une hausse des prix des denrées sur fond de spéculation sans limite. Et des coupes budgétaires qui signifiaient 80 et 100 enfants par classe, des coupures d’électricité plusieurs fois par jour et des privatisations. Ils n’en veulent pas !
En février 2026, les étudiants de l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar étaient ainsi mobilisés face au non-versement des bourses, avec des manifestations et une répression forte. La répression très médiatisée des homosexuels peut, pour un temps, détournerl’attention. Mais la crise sociale et politique est profonde. Et les prochaines présidentielles n’ont lieu qu’en 2029.
La situation sociale est explosive. Pour empêcher la population de payer la crise, il faut une mobilisation de masse contre les plans du FMI, pour refuser de payer la dette, et ses intérêts.
• Annulation pure et simple de la dette, sans indemnités, ni rachat !
• Nationalisation des principaux secteurs de l’économie sous le contrôle et la gestion des travailleurs eux-mêmes !
Par Leïla Messaoudi
Article paru dans L’Égalité n°235
