
Dans la France du XXIe siècle, sous couvert « d’insertion » et « d’accompagnement social », des milliers de personnes handicapées subissent une forme moderne d’exploitation. Les Établissements et Services d’Aide par le Travail (ESAT), présentés comme des lieux de solidarité et d’émancipation, sont en réalité des ateliers de surexploitation institutionnalisée.
Beaucoup de travailleurs en ESAT sont hébergés dans des foyers médico-sociaux où leur quotidien est encadré par des travailleurs sociaux. Mais une règle brutale s’impose : la condition pour garder son logement est de travailler. Celles et ceux qui ne peuvent plus, ou qui partent à la retraite, se retrouvent contraints de quitter leur logement, leur tissu social, leurs accompagnants, leurs proches. Autrement dit : pas de travail, pas de toit. Cette dépendance, qui enferme les personnes dans un rapport de chantage permanent, révèle la violence du système capitaliste : le profit au détriment de l’humain et de ses droits.
Dans ces établissements, le travail proposé relève le plus souvent de la tâche répétitive : espaces verts, lingerie, conditionnement alimentaire, parfois jusqu’à éplucher de l’ail sept heures par jour. Rien n’est pensé pour l’épanouissement, tout est conçu pour produire à bas coût. La répartition des postes est bien souvent genrée : les hommes aux espaces verts, les femmes à la lingerie. Un double système d’oppression, sexiste et validiste, se met en place sous l’œil complaisant des directions et des entreprises.
Les travailleurs d’ESAT touchent bien souvent le minimum : 55,7 % du SMIC. Les acteurs du système osent présenter cela comme un « salaire protégé », alors qu’il ne s’agit que d’un habillage juridique d’une réalité simple : du travail payé à prix cassé. Les entreprises s’en frottent les mains, ravies d’obtenir une main-d’œuvre bon marché, et se gargarisent de « faire travailler des handicapés » comme si c’était une grande action humaniste. Elles transforment l’exploitation en vitrine morale, exhibant cette surexploitation comme une preuve de leur vertu. La vérité est claire : les personnes handicapées servent de réservoir de travail sous-payé.
Officiellement, on parle d’« insertion professionnelle ». Mais la réalité est implacable : seuls 1 % des travailleurs d’ESAT accèdent un jour à un emploi en milieu dit « ordinaire ». Autrement dit, pour 99 % d’entre eux, la promesse d’émancipation est un mirage. Leur vie de travailleur en ESAT se résume à n’avoir jamais le choix, à être exploités jusqu’à la retraite (ou leur limite), puis à perdre leur logement.
Cette situation n’est pas une anomalie isolée : elle est le produit direct de la logique capitaliste, qui transforme toute force de travail, y compris celle des plus fragiles, en marchandise. Sous le masque de la bienveillance, l’État, les structures médico-sociales et les entreprises organisent une ségrégation sociale et économique des travailleurs handicapés. On les maintient dans la dépendance, on les prive de droits, on justifie leur surexploitation par de beaux discours sur « l’inclusion ».
La Gauche Révolutionnaire se bat pour la fermeture des ESAT et l’inclusion des personnes avec handicap directement dans les entreprises, avec des postes adaptés. Ce sont des travailleurs à part entière dont les besoins spécifiques doivent être défendues par les organisations de la classe ouvrière (syndicats et partis politiques). Assez de cette société qui isole les individus et exploite nos fragilités pour faire du profit ! Dans le programme que nous portons, en luttant pour le socialisme, le travail doit être partagé entre tous afin de permettre à chacun de participer à la société en fonction de ses capacités et de vivre correctement, avec un salaire décent. Les personnes avec handicap doivent pouvoir bénéficier d‘un logement adapté à leurs besoins et un accompagnement inconditionnel.
Par Gigi
