Le gouvernement Lecornu va-t-il tenir encore longtemps ?

S’il a réussi à faire passer le budget de la Sécurité sociale avec le soutien actif du PS et de la droite, le gouvernement de Macron reste fragile et minoritaire. Alors le Premier ministre Lecornu négocie d’arrache-pied avec les différents partis de l’Assemblée nationale et du Sénat – du moins ceux jouant le rôle de béquille pour le gouvernement – qui cherchent à sortir de cette impasse politique (et institutionnelle) dans laquelle la dissolution de 2024 les a mis.

Ces partis jouent le jeu, vont à la soupe, car ils y ont un intérêt : sauver les fesses du système et répondre aux injonctions de leurs mandants capitalistes, selon des modalités et des rythmes plus ou moins frontaux. Mais au final, ce qu’ils proposent revient toujours à s’en prendre à la classe ouvrière, à la protection sociale et aux services publics.

Pourtant, du PS aux Républicains et au-delà, la volonté existe, plus ou moins claire et affichée, de sauver la peau du gouvernement Lecornu pour ne pas approfondir la crise politique de représentation de la bourgeoisie qui s’approfondit quand même déjà. Tous ces partis, le PS en premier lieu, après une tentative de nous faire oublier la mandature Hollande avec un discours gauchisé de Faure, incarnent l’assurance-vie du capitalisme en crise. Une nouvelle preuve – s’il en fallait encore une ! – que ce parti est devenu un parti bourgeois comme les autres partis de droite. Nous n’avons rien à faire avec eux, dans la rue ou dans les urnes.

Mais il n’est pas évident, voire peu probable, qu’il puisse trouver des compromis nécessaires dans une alliance impossible entre le PS et la droite, afin de faire adopter le budget de l’Etat sans recourir aux outils antidémocratiques de la Constitution (49.3 ou ordonnances). D’ailleurs, les appels du pied des pontes du PS, de certains écologistes et de la droite pour que Lecornu revienne sur sa promesse de ne pas utiliser le 49.3 se multiplient. Il y sera peut-être contraint s’il veut sauver son gouvernement et sa politique et offrirait la possibilité de sortie (dés)honorable au PS, qui pourrait alors s’abstenir lors du vote de confiance.

La colère est grande face à la dégradation continuelle des conditions de vie et de travail : vie chère et inflation, licenciement et chômage, pauvreté, mal-logement, etc. Ce budget de guerre sociale qui va s’en prendre à la classe ouvrière, aux services publics et aux collectivités territoriales, afin de continuer de faire des cadeaux aux capitalistes, va accentuer encore cette dégradation et la colère contre ce gouvernement. Colère qui cherche déjà et continuera de chercher, à un moment ou à un autre, un moyen de s’exprimer comme lors de la rentrée de septembre, pour tenter de mettre un coup d’arrêt à toute cette politique antisociale. Le passage en force de Lecornu avec la bénédiction du PS et de la droite pourrait attiser cette colère.

Yann Venier
Article tiré de L’Égalité n°232 (janvier-février 2026)