Non à l’accord capitaliste UE-Mercosur !

L’actualité de ces dernières semaines a été marquée par les mobilisations d’agriculteurs et les batailles au Parlement européen concernant l’accord commercial entre l’Union Européenne (UE) et le Mercosur, cette zone économique de marché commun qui représente 82,3 % du PIB total de l’Amérique du Sud.

Manifestation contre le traité UE-Mercosur organisée par la Confédération paysanne à Paris le 6 décembre 2024

C’est quoi cet accord UE-Mercosur ?

Il s’agit principalement d’un accord commercial de libre-échange signé en 2019 entre l’UE et le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay. Bien que signé, cet accord n’a jamais été ratifié. C’est une nouvelle version du texte (avec la Bolivie nouvellement intégrée) qui a été officialisée le 7 décembre dernier par la présidente de l’UE Ursula von der Leyen. Chacun des 27 pays membres de l’UE va désormais devoir voter pour l’approuver ou pas.

Cet accord prévoit d’éliminer jusqu’à 90 % des droits de douane entre les deux zones, et pourrait ainsi de venir l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde. L’Amérique latine exporterait ainsi des productions agricoles (soja, viande, riz, sucre…) et des minerais (fer, aluminium, cuivre, nickel, cobalt, lithium…). L’UE, quant à elle, se verrait ouvrir de nouveaux marchés, notamment pour les secteurs automobile, chimique et pharmaceutique.

Les capitalistes européens divisés

Les discussions autour de cet accord ont entraîné de vives tensions au sein de l’UE. Les capitalistes et leurs gouvernements dans chaque pays défendent leurs propres intérêts nationaux avant tout. D’autant plus que la réélection de Trump avec ses droits de douane fait craindre aux capitalistes européens la perte de marchés aux Etats-Unis.

Pour l’Espagne et l’Allemagne, l’accord avec le Mercosur représente « une opportunité majeure ». La réalité, c’est qu’ils en ont besoin pour donner un peu de débouchés à leurs industries, en grande difficulté. Cela correspond pour eux à un marché de 780 millions de consommateurs avec des échanges annuels estimés à environ 45 milliards d’euros.

Mais la France, la Pologne et l’Autriche s’y opposent, pour « protéger le secteur agricole » qui subirait une « concurrence déloyale ». Un argument qui ne vaut que quand ça les arrange…

Comme pour la guerre en Ukraine ou encore la gestion de la crise COVID, on voit une fois encore que l’UE se divise en fonction des intérêts de la classe capitaliste de chaque pays. La fragilité et la nature capitaliste de ce qu’est l’UE sont exposées au grand jour.

Et les intérêts des travailleurs et des populations ?

Le principal argument mis en avant par les agriculteurs et les médias français contre cet accord est l’incompatibilité des normes de production. En effet, nous refusons de devoir manger de la viande gavée d’antibiotiques et d’hormones de croissance ! Les conséquences nocives de ces produits sur la santé sont désormais reconnues. Ils ne devraient donc être autorisés nulle part, en UE comme dans le reste du monde. Sauf que les multinationales de la chimie et de la pharmaceutique qui les fabriquent ne veulent pas perdre leurs marchés, tout comme les capitalistes de l’agro-industrie qui amassent les profits. Leurs profits passent avant la souffrance animale engendrée, avant la santé des travailleurs du secteur et des consommateurs.

Sous le capitalisme, les entreprises ne peuvent pas tenir sans maintenir un certain niveau de profits, c’est pourquoi elles doivent sans arrêt chercher de nouveaux marchés, exploiter les travailleurs au maximum et s’attaquer aux « normes » tant décriées qui sont pourtant des acquis des luttes pour protéger la santé des gens et aussi le bien-être des animaux… En ce sens, l’accord UE-Mercosur n’est qu’un moyen pour les capitalistes à la tête de certaines multinationales de s’enrichir davantage. Et cela ne plaît pas à d’autres capitalistes, comme les milliardaires à la tête de la FNSEA, qui y perdraient. Il n’y a pas à chercher plus loin pour comprendre l’opposition de cette organisation patronale et du gouvernement français à l’accord.

Nous sommes bien sûr contre l’accord UE-Mercosur mais aussi contre la mainmise des capitalistes sur la production agricole, car sous le capitalisme, elle n’est jamais faite pour respecter ni la terre, ni les animaux, ni pour satisfaire les besoins alimentaires de la population mais juste pour faire des profits. Il n’y a qu’avec une économie socialiste, libérée de la dictature du profit par la mise en propriété publique et la gestion démocratique des ressources et des moyens de production, par les travailleurs eux-mêmes, que nous pourrons décider et planifier la production pour satisfaire les besoins de tous, y compris en matière d’alimentation, de santé et d’environnement.