Une fois de plus, les peuples du Moyen-Orient font face aux horreurs d’une nouvelle guerre, avec son cortège de victimes humaines et de destructions matérielles. On dénombre déjà 85 morts, principalement des écolières, tués lors d’une frappe contre une école à Minab.
Par Robert Bechert, du Secrétariat International du CIO (Comité pour une Internationale Ouvrière, l’organisation internationale de la Gauche Révolutionnaire). Publié le 28/02/2026 sur socialistworld.net

Cette attaque conjointe US-Israël est différente de celle menée contre l’Iran en juin dernier. Cette fois-ci, l’objectif affiché est clairement un « changement de régime ». Israël et les États-Unis affirment désormais qu’Ali Khamenei a été tué. Le conflit s’intensifie ; des analyses et des mises à jour seront publiées sur le site de notre Internationale, socialistworld.net, ainsi que sur le site de la Gauche révolutionnaire. Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière menée à ce jour contre l’Iran.
Mais cela n’a rien à voir avec la liberté et les droits démocratiques. Comment cela pourrait-il être le cas ? Parmi les plus proches alliés des États-Unis, certains comme l’Arabie saoudite ne font même pas semblant d’être démocratiques, n’organisant que de fausses élections.
Dans son adresse à la nation US, Trump justifie le déclenchement de cette guerre en affirmant que « le régime iranien (…) mène une campagne sans fin de bain de sang et de meurtres de masse ». Mais l’armée israélienne, alliée des États-Unis dans cette nouvelle guerre, mène elle-même une « campagne de bain de sang et de meurtres de masse » qui a déjà fait plus de 70 000 morts à Gaza en représailles aux plus de 1 200 morts du raid du 7 octobre 2023 contre Israël. Pourtant, les gouvernements US, Biden comme Trump, ne condamnent pas ces morts à Gaza et continuent, à l’instar d’autres puissances occidentales, à armer Israël.
L’objectif de Trump est à la fois personnel – il veut revendiquer la victoire sur la République islamique et redresser sa popularité en baisse – et stratégique, puisqu’il s’agit de consolider l’influence et la puissance de l’impérialisme US au Moyen-Orient. Trump fait probablement le pari que des attaques militaires massives suffiront à diviser le pouvoir iranien et, conjuguées à des manifestations de masse, à provoquer la chute du régime ou à contraindre certains de ses éléments à faire de gros compromis. Cependant, face à cette menace existentielle, nombreux au sein du régime iranien sont susceptibles de tout faire pour rester au pouvoir.
Avant même le début de cette guerre, certains pays et stratèges capitalistes craignaient que celle-ci puisse déstabiliser l’Iran, voire le Moyen-Orient et peut-être d’autres régions. C’est pourquoi certains régimes voisins, comme l’Arabie saoudite, redoutent les répercussions plus larges de la guerre, y compris dans leur propre pays. L’effondrement du régime iranien pourrait créer un vide dans ce vaste pays de plus de 91 millions d’habitants, de composition multiculturelle et multiethnique, et amener de nouvelles guerres civiles comme en Irak, voire déstabiliser plus largement la région entière.
Tentant de limiter les conséquences de cette nouvelle guerre, dès le premier jour, Israël a bombardé le sud du Liban – un avertissement clair de ne pas s’impliquer dans le conflit en cours. Quelques jours seulement avant ce bombardement, le ministre libanais des Affaires étrangères déplorait que le Liban ait « reçu des signes indiquant qu’Israël pourrait frapper les infrastructures civiles, y compris l’aéroport » de Beyrouth.
Cette attaque unilatérale contre l’Iran risque d’exacerber les tensions entre les puissances occidentales et les alliés de l’Iran que sont la Russie et la Chine. De ce fait, une trêve rapide en Ukraine semble désormais moins probable, tandis que le risque de futurs affrontements militaires impliquant la Chine et Taïwan s’accroît.
À l’heure actuelle, l’ampleur de ce conflit reste incertaine. Malgré les lourds dégâts infligés aux ressources militaires iraniennes lors de la guerre de l’année dernière et l’impact considérable des récentes offensives israéliennes contre les alliés et relais de l’Iran dans la région, il existe des craintes que la guerre ait des répercussions potentiellement considérables sur le pétrole et le transport maritime. L’Iran a déjà décrété la fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel se fait environ un cinquième du transit mondial du pétrole et du gaz. Une situation pouvant entraîner une flambée mondiale de l’inflation et un choc économique plus vaste.
Bien sûr, Trump et les États-Unis parleront de démocratie. Mais c’est de l’hypocrisie, non seulement dans la situation actuelle, mais dans l’histoire de l’Iran. En 1953, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont collaboré pour faire éclater un coup d’État en Iran, renversant le gouvernement démocratiquement élu de Mossadegh, qui avait nationalisé l’industrie pétrolière. Ce coup d’État remit sur le trône Mohammad Reza Pahlavi, exilé depuis 1951. Son père avait pris le pouvoir en 1925 après un coup d’État militaire en 1921.
De même pour les propos de Trump sur la « poursuite malveillante de l’arme nucléaire » par l’Iran. Les États-Unis et les autres puissances occidentales n’ont jamais rien dit sur les armes nucléaires non déclarées d’Israël, ou sur la répression sévère contre les Israéliens qui divulguent des informations à ce sujet. Dans un monde dominé par la concurrence et la rivalité capitalistes, les classes capitalistes font du deux poids deux mesures : un pour leurs alliés et un autre pour leurs adversaires.
Parmi les Iraniens, inévitablement, on retrouve la crainte de savoir qui souffrira, combien de civils seront tués ou blessés, comme avec les bombardements US-Israël de l’année dernière.
Il est possible que certains Iraniens accueillent favorablement une éviction « chirurgicale » des plus hauts dirigeants du régime par les États-Unis. Mais quel genre de régime Trump chercherait-il à imposer ? Regardons sa propre aux administration aux États-Unis mêmes, qui a été jusqu’à refusé de mettre en question le meurtre de deux citoyens US qui s’opposaient à l’offensive anti-migrants de l’ICE, en janvier à Minneapolis.
Tant que la guerre se poursuit, les dirigeants de la République islamique sont susceptibles d’utiliser certains éléments de la rhétorique « révolutionnaire » pour défendre leur régime, une pratique qu’ils ont toujours utilisée, qualifiant toute opposition d’« anti-islamique », de « contre-révolutionnaire », ou des deux. Cependant, s’opposer à une intervention des puissances impérialistes comme les États-Unis ne signifie pas soutenir le régime iranien actuel, qui est dictatorial, répressif, exploiteur et pro-capitaliste.
S’opposer à une intervention des puissances impérialistes comme les États-Unis ne signifie pas soutenir le régime iranien actuel, qui est dictatorial, répressif, exploiteur et pro-capitaliste.
Le régime iranien prétend défendre la révolution de 1979 alors qu’en réalité, l’instauration de la République islamique était contre-révolutionnaire. Elle a étouffé l’idée, alors largement répandue, de renverser un pouvoir corrompu, de mettre fin à la répression et d’obtenir des droits démocratiques. Au départ, la plupart des Iraniens ne voyaient pas clairement ce que les aspirants-dirigeants proches de Khomeiny entendaient par « République islamique ». Mais parmi les jeunes, les ouvriers et les pauvres, une « République islamique » était souvent perçue simplement comme une « république des pauvres ». Ce n’est pas ce qu’elle s’est avérée être. Une nouvelle élite est arrivée au pouvoir. Cette semaine encore, le journal britannique The Guardian publiait un article sur le nombre d’enfants de cette élite vivant dans les pays occidentaux.
En prévision d’un possible effondrement du régime, des efforts sont déployés pour promouvoir comme futur dirigeant Reza Pahlavi, le fils de Mohammad Reza Pahlavi. Ses plus fervents partisans estiment qu’il a le « droit » au trône, même si son grand-père n’est devenu roi qu’en renversant Ahmad Chah de la dynastie Qajar. Avant même le début des manifestations à la fin de l’année dernière, les monarchistes proclamaient modestement Reza Pahlavi « Chef du soulèvement national ».
Cependant, ils ne sont pas pro-démocratie. Lors du récent mouvement en Iran, l’un des slogans des monarchistes était : « Mort aux trois corrompus : les mollahs, les gauchistes, les moudjahiddines », amalgamant les dirigeants du régime, les socialistes et les combattants anti-régime de l’OMPI (Organisation des moudjahiddines du peuple iranien), qui sont désormais soutenus depuis les États-Unis. Sur le plan international, à Francfort, en Allemagne, des monarchistes iraniens ont attaqué des manifestants de gauche iraniens lors d’une récente manifestation contre le régime. À Vienne, en Autriche, des monarchistes iraniens ont exigé que tous les restaurants persans arborent le drapeau monarchiste et affichent des portraits de Reza Pahlavi.
Tout ceci constituent un avertissement, laissant voir comment ils se comporteraient non seulement envers la gauche et les mouvements ouvriers, mais aussi face à l’opposition de minorités nationales, qui représentent près de 40 % de la population iranienne. Compte tenu de cela, et du lourd héritage du régime monarchiste dictatorial finalement renversé en 1979, la possibilité d’une restauration de la monarchie est discutable. Trump lui-même s’est montré sceptique quant à savoir si un tel régime serait soutenu. Il est possible qu’une combinaison d’éléments dissidents au sein du régime et de certains opposants forme un gouvernement de coalition en cas d’effondrement du pouvoir.
Mais un tel gouvernement reposerait clairement sur le maintien du capitalisme. Pour cette raison, les organisations ouvrières ne devraient pas y participer. Dans presque toutes les révolutions, ces gouvernements de coalition entre les classes agissent pour retenir le mouvement, pour empêcher toute remise en cause du capitalisme. Mais c’est là la clé d’une véritable transformation de l’Iran, qui en finisse avec la dictature et la répression, qui défende les droits démocratiques et en finisse avec l’oppression des femmes et des minorités nationales et, simultanément, rompe avec le capitalisme en commençant la reconstruction socialiste du pays.
L’orientation du CIO (Comité pour une Internationale ouvrière) est de contribuer à la construction d’organisations ouvrières indépendantes qui s’opposeront à la fois à l’oppression et au capitalisme.
Nous défendons une opposition socialiste révolutionnaire à l’intervention impérialiste, à la République islamique et à son simple remplacement par un autre régime capitaliste. Cette position, essentiellement pour un gouvernement ouvrier, est la base sur laquelle nous luttons à la fois pour des campagnes sur les questions immédiates (comme les droits démocratiques, la fin de la répression, les revendications économiques et sociales) et pour faire grandir l’idée d’une révolution socialiste.
Sur cette base, nous nous opposons aux forces qui se contentent de s’opposer aux nouvelles attaques menées par les États-Unis contre l’Iran et qui ne disent rien ou presque sur le caractère dictatorial du régime iranien. Une telle approche sert en réalité les intérêts des impérialistes et des capitalistes iraniens, qui souhaitent maintenir le capitalisme en Iran.
Il est urgent de mobiliser la jeunesse et la classe ouvrière pour construire un vaste mouvement anti-guerre contre le militarisme et la prolifération nucléaire, et de tisser des liens de solidarité avec la jeunesse et la classe ouvrière iraniennes, notamment avec ses organisations authentiques comme le syndicat semi-légal des chauffeurs de bus à Téhéran.
Cette guerre, menée de surcroît par les États-Unis et Israël, renforcera la conscience anti-impérialiste et, selon son déroulement, pourrait affaiblir davantage Trump et Netanyahu aux États-Unis et en Israël. Parallèlement, cette attaque peut être perçue comme une nouvelle agression contre le monde musulman et alimenter ainsi une certaine résurgence de l’intégrisme islamique et de nouveaux attentats terroristes.
L’opposition à la guerre peut rassembler différentes forces politiques, et le CIO lutte pour que le mouvement ouvrier clarifie son programme et avec quelles forces il s’allie. Par exemple, les marxistes et d’autres nous opposerions à toute tentative de restauration de la monarchie iranienne, tout en luttant pour un gouvernement ouvrier, et pas un gouvernement pro-capitaliste.
Face à une attaque impérialiste, nous affirmons que la réelle défense réside dans le renversement de la République islamique et l’instauration d’un gouvernement ouvrier prêt à mener une guerre révolutionnaire si nécessaire, tout en amorçant la transformation socialiste de l’Iran. Un tel gouvernement pourrait révéler les véritables intentions des puissances capitalistes étrangères, lutter contre les guerres impérialistes et appeler à un mouvement international des travailleurs et des pauvres dans leurs pays respectifs contre la répression, la domination des riches et le capitalisme lui-même.
Cela peut paraître lointain, mais l’expérience et la lutte peuvent construire des mouvements qui comprennent que la seule issue à cette série apparemment sans fin de crises, de bouleversements, d’oppression, de dégradation environnementale et de guerres est la transformation socialiste de la société.
