Le Super El Niño et les multinationales

Le phénomène climatique océanique de super El Niño, qui se développe depuis quelques mois dans l’Océan Pacifique, inquiète à juste raison. Il devrait atteindre son maximum à partir de l’automne et du début de l’hiver (pour l’hémisphère nord).

Les précédents ont entraîné dans l’hémisphère sud des calamités météorologiques et humaines : vagues de chaleurs, sécheresse, méga-incendies pour certaines régions (Asie du Sud-est, Australie, Afrique australe) de cet hémisphère entraînant des dégâts sur les récoltes agricoles et accroissant l’insécurité alimentaire, famine et appauvrissement ou au contraire des pluies diluviennes dans d’autres régions (Ouest de l’Amérique du sud, Sud de l’Amérique du nord, Afrique orientale).

Si l’Europe est moins touchée directement par Super El Niño, nous le serons par la hausse des prix de certaines denrées venant de ces régions comme le café, le chocolat, le sucre de canne, le riz, les fruits exotiques… mais aussi sur le blé, augmentant un peu plus l’inflation.

Le risque d’insécurité alimentaire mondiale grandit

Le capitalisme n’a pas pour but de satisfaire les besoins sociaux des populations. Et ne remplira nullement un rôle d’amortissement face à l’insécurité alimentaire mondiale (surtout dans l’hémisphère sud). Prenons un exemple : une part des réserves mondiales de blé est détenue par des États. Et entre 75 % et 90 % se trouve dans les mains de 4 grands groupes capitalistes (Archer Daniels Midland (ADM), Bunge, Cargill, Louis Dreyfus Company). Ainsi ils possèdent les infrastructures et donc contrôlent sur les flux de blé dans le monde entier.

Ces groupes ne détaillent pas toujours publiquement les marges exactes spécifiquement liées au blé qu’ils se font, mais les rapports financiers et les analyses globales montrent qu’ils engrangent des profits massifs lors des chocs d’approvisionnement. Par exemple, lors de la crise alimentaire mondiale et des perturbations climatiques et géopolitiques de 2022, Cargill a enregistré un chiffre d’affaires record de 165 milliards de dollars (soit +22 % par rapport à 2021) et des hausses nettes de marges, tandis qu’ADM a atteint les profits les plus élevés de son histoire.

La production et le commerce de denrées alimentaires ne devraient pas être laissés dans les mains des groupes capitalistes. Socialisons la production, la transformation et la distribution alimentaire !

Article paru dans L’Égalité n°236 par Yann Venier