Critique de « Faites mieux ! » de Jean-Luc Mélenchon

La nouvelle gauche radicale : son caractère, son programme et ses méthodes

Par Tony Saunois, secrétaire général du Comité pour une Internationale Ouvrière

Cette année, la France a été plongée dans l’une des crises politiques et sociales les plus graves depuis la fondation de la Ve République par Charles de Gaulle en 1958. Cela s’est produit après qu’un coup d’État « en douceur » a installé l’ancien chef militaire à la présidence, avec des pouvoirs très larges. Dans une pure tradition bonapartiste, cette République a concentré les pouvoirs entre les mains de la présidence au détriment de l’Assemblée nationale.

Les troubles actuels sont le produit de la crise de l’impérialisme et du capitalisme français. L’un des éléments centraux de cette crise est l’érosion de la base sociale de tous les partis traditionnels en France, tant à gauche qu’à droite. Macron, pour son second mandat, a vu son soutien et sa base s’effriter au cours des deux dernières années. Les derniers sondages lui attribuent un score ne dépassant pas 17 %, voire 7 % dans certains cas. Cette crise institutionnelle de la Ve République se manifeste dans la chute de cinq Premiers ministres en deux ans. Dans la dernière saga en date, le nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu, a démissionné quelques jours après sa nomination, pour être réintégré le vendredi suivant. Macron a fatalement convoqué des élections à l’Assemblée nationale à l’été 2024. Il s’agissait d’une tentative pour raffermir son soutien après le renforcement du Rassemblement national (RN), d’extrême droite, et du mouvement de gauche La France insoumise (LFI). Cela s’est avéré être une erreur de calcul qui s’est retournée contre lui de manière spectaculaire. La nouvelle Assemblée nationale était désespérément divisée en trois camps. Cela reflétait la polarisation massive qui s’était développée dans la société française.

Un facteur politique décisif dans cette situation est le rôle crucial joué par la gauche radicale La France Insoumise, dirigée par le dirigeant de gauche chevronné Jean-Luc Mélenchon.

LFI et Mélenchon sont très importants non seulement en France, mais aussi au niveau international. Ils sont actuellement vus comme les porte-étendards de la « nouvelle gauche » qui se développe dans certains pays, notamment par les dirigeants du nouveau parti « Your Party » en Grande-Bretagne. Un parti dont l’accouchement, extrêmement long et pénible, se fait dans la douleur à cause de la faiblesse des forces et des individus qui le dirigent.

L’importance de LFI et le rôle de Mélenchon signifient qu’il est nécessaire pour les marxistes et les couches politiquement actives de la classe ouvrière d’analyser et de saisir la nature de ce qu’ils signifient politiquement. LFI et Mélenchon sont les reflets d’importants processus se développant au sein de la nouvelle gauche radicale à l’échelle internationale.

Dans la récente traduction actualisée de son livre Faites mieux !, publié en anglais sous le titre Now the people! – Revolution in the 21st century (Maintenant le peuple – La révolution au XXIe siècle), Mélenchon expose la façon dont lui-même et LFI envisagent la nouvelle ère du capitalisme mondial. Il y présente les tâches qui, selon lui, se posent aujourd’hui, notamment le caractère, le programme et les méthodes des nouvelles forces de gauche radicale.

Ce faisant, on y voit en partie sa propre histoire politique et la tradition philosophique française, par opposition à un empirisme plus dominant dans le monde anglo-saxon. L’analyse de Mélenchon sur l’ère actuelle du capitalisme et l’avenir dystopique qu’il promet tente de donner une justification théorique au caractère de la révolution en France et ailleurs, ainsi qu’au mouvement qu’il dirige, LFI.

Les formes organisationnelles reflètent le contenu politique. Il est donc essentiel de comprendre les fondements politiques de Mélenchon et de la FI pour saisir la forme qu’elle prend. Cependant, cela va au-delà de la France et concerne d’autres pays où des mouvements d’une « nouvelle gauche » ont émergé dans le passé ou se développent actuellement. Comme il le dit, ce livre « est ma contribution à ces mouvements de résistance, où qu’ils se trouvent dans le monde globalisé d’aujourd’hui. Il expose une théorie politique ».

Il affirme à juste titre qu’il faut « comprendre pleinement avant d’agir ». Il s’appuie sur les mouvements de résistance et révolutionnaires à l’échelle mondiale, lors du « printemps arabe », en Équateur, au Venezuela, au Chili, au Sri Lanka et ailleurs. Sa conclusion est que nous sommes désormais dans une nouvelle ère de capitalisme mondial. Nous n’aurions pas de désaccord là-dessus. Quant aux conclusions à en tirer, c’est une autre histoire. Dans un résumé historique assez étendu de la société, il aborde brièvement le développement de la civilisation humaine depuis l’émergence des villes (en 1950, seulement 20 % de la population mondiale vivait dans des villes ; en 2000, on était à 80 %) et l’importance de la croissance démographique sur les changements dans le système social. Il commente l’impact des communications modernes, de l’IA et la relation entre le consumérisme capitaliste moderne et la catastrophe environnementale qui se déroule actuellement. Lui et LFI mettent fortement l’accent sur cette question brûlante. Dans cette critique, il n’est pas possible de revenir de manière adéquate sur toutes les questions qu’il soulève, qui sont toutes cruciales pour les marxistes dans cette nouvelle ère du capitalisme.

Une condamnation cinglante de la société capitaliste

Comme on pouvait s’y attendre, Mélenchon utilise des éléments qui condamnent de manière cinglante la société capitaliste, en particulier ses effets sur l’existence et la vie humaines, et la polarisation qu’elle cause à l’échelle mondiale. Pendant la pandémie de COVID-19, un nouveau milliardaire a été créé toutes les 36 heures, tandis qu’un million de personnes supplémentaires ont sombré dans la pauvreté. 26 milliardaires possèdent autant de richesses que 4 milliards de personnes ! Les conséquences du capitalisme moderne sur tous les aspects de la vie constituent une critique cinglante de ce système social. 250 millions de personnes sont au bord de la famine. 12 000 décès par an sont dus à la pollution sonore. L’explosion du travail de nuit, souvent liée au système de production « juste à temps », entraîne une diminution du temps de sommeil pour des millions de travailleurs. En France, 4 millions de salariés travaillent la nuit, soit un salarié sur cinq, deux fois plus qu’en 1990. Cela augmente les risques pour les travailleurs de contracter de multiples maladies, depuis les cancers jusqu’aux maladies cardiaques. 12 millions de personnes en France ne peuvent pas chauffer correctement leur logement. Plus de 2 000 personnes meurent dans la rue chaque année en France. Aux États-Unis, en 2023, 1 million de personnes se sont retrouvées sans domicile pour la première fois. Aux États-Unis, le taux de suicide chez les infirmières est deux fois plus élevé que le taux national moyen à cause du stress et des pressions au travail. À l’échelle mondiale, 9 millions de décès par an sont dus à la pollution de l’air. On peut en conclure, comme lui, que « le capitalisme n’est pas viable ».

Les données dont il se sert concernant les crises climatiques et environnementales sont apocalyptiques. D’ici 2030, 50 % de la population mondiale vivra dans des régions confrontées à des pénuries d’eau. Deux milliards de personnes n’ont déjà pas d’accès sûr à l’eau potable. Six milliards de personnes ont accès au téléphone portable, mais seulement 4,5 milliards à des toilettes. En France, 2 millions de personnes ont des difficultés à accéder à l’eau potable, dû à l’augmentation des factures. Les guerres de l’eau, les migrations massives de millions de personnes sont toutes prêtes à se multiplier.

Mélenchon pose la nécessité d’une révolution. Cependant, il y a de nombreux trous dans sa raquette. Il n’explique pas quel caractère social la révolution devra avoir pour remplacer le capitalisme. Et surtout, il minimise le rôle central de la classe ouvrière dans la révolution ou quel caractère elle doit prendre pour battre et remplacer le capitalisme. Il affirme à tort que la lutte entre « les prolétaires et les bourgeois a été menée ». Sous-entendant ainsi que cette lutte est finie. Historiquement, elle a été menée, elle continue de l’être, mais elle n’a pas atteint sa conclusion.

Aujourd’hui, affirme-t-il, c’est l’ère du « peuple ». Cela conduit ou a conduit à des révolutions « citoyennes ». La lutte est entre « eux et nous ». En cela, il revient à la terminologie de la révolution démocratique bourgeoise de 1789 en France. Il est révélateur qu’il se vante de citer l’un de ses héros, Maximilien Robespierre (dirigeant des Jacobins pendant la révolution bourgeoise), plutôt que de puiser chez d’autres comme Gracchus Babeuf ou la Conspiration des Égaux (1796) et leur tentative de soulèvement plébéien contre la bourgeoisie montante. Il cite le discours de Robespierre au Club des Jacobins en 1792 : « Je suis du peuple, je n’ai jamais été que de là, je ne veux être que cela ; je méprise quiconque a la prétention d’être quelque chose de plus. »

Il a fait cela après avoir été félicité par quelqu’un dans le métro parisien parce qu’il s’y trouvait. Dans sa seule référence au socialisme dans le livre, il affirme que la révolution « citoyenne » « ce n’est pas l’ancienne révolution socialiste dont on n’oserait prononcer le nom pour ne pas effrayer. ». Il concède toutefois que certaines des questions et des tâches des révolutions « citoyennes » d’aujourd’hui sont les mêmes.

Il n’exclut pas la classe ouvrière, ni ne nie son existence, mais la considère comme une composante du « peuple » parmi d’autres. Le fait que la composition de la classe ouvrière ait changé est au cœur des conclusions qu’il tire. Il souligne la croissance du « précariat » et le fait que la classe ouvrière s’est « pulvérisée ». Il en conclut donc qu’elle constitue « le peuple » et en tire des conclusions erronées.

À première vue, cela peut sembler correct, vu la concentration massive de la richesse et du pouvoir entre les mains des 1 % par, opposition au reste de la société, de la croissance du précariat et de l’exploitation accrue de larges couches de la petite bourgeoisie. Pourtant, « le peuple » n’est pas un groupe homogène. Il comprend de nombreuses couches et classes diverses.

La question est de savoir quelle classe au sein du « peuple » peut jouer le rôle décisif et moteur pour renverser le capitalisme, faire avancer la société et établir un système social alternatif : le socialisme. C’est la classe ouvrière, avec sa cohésion et sa conscience de classe collective. C’est le cas même lorsqu’elle est minoritaire dans la population, comme elle l’était lors de la Révolution russe. C’est la classe ouvrière, avec le soutien des autres exploités par le capitalisme, qui peut jouer ce rôle.

Derrière l’idée de Mélenchon, il y a la question cruciale de l’affaiblissement du prolétariat industriel traditionnel et des changements dans la composition changeante de la classe ouvrière, en particulier en Europe, en Amérique latine et aux États-Unis. Il ne fait pas de commentaire sur l’explosion de la croissance de la classe ouvrière industrielle dans d’autres régions du monde, telles que certaines parties de l’Asie, en particulier la Chine, l’Inde, l’Indonésie et quelques autres pays.

Ce sont des questions cruciales, que les marxistes doivent traiter à l’ère actuelle. Il est indéniable qu’il y a une désindustrialisation dans la plupart des pays d’Europe, aux États-Unis et en Amérique latine et que par conséquent, elle a affaibli le prolétariat industriel traditionnel, et de façon importante dans certains pays. On voit également la croissance du précariat et l’émergence de couches semi-ouvrières issues d’anciennes sections petites-bourgeoises de la société. Cela a eu un impact sur la situation politique et les organisations de la classe ouvrière, en particulier les syndicats.

À cela s’ajoutent les effets de l’effondrement des anciens États staliniens, qui a entraîné un recul de la conscience politique de la classe ouvrière et l’effondrement idéologique de la « gauche ». À l’exception d’une petite minorité, l’idée du socialisme comme système social alternatif au capitalisme est largement absente.

Cela s’est produit précisément au moment où le capitalisme est entré dans une nouvelle ère de crise intense et de polarisation, dans sa lente agonie. Nous avons traversé une période où les classes dirigeantes se sentaient incontestées. C’est en train de changer, comme l’ont montré des luttes et soulèvements récents. Les classes dirigeantes d’aujourd’hui sont terrifiées par tout ce qui peut venir les contester depuis la gauche. Même une gauche relativement modérée comme celle qui existe actuellement. Elles craignent le potentiel qu’aurait un mouvement de masse en soutien derrière, qui peut menacer leurs intérêts et, à terme, leur existence. Elles font donc tout ce qui leur est possible pour tenter de discréditer et de battre les forces de gauche même modérées, par crainte de ce qu’elles pourraient déclencher.

« L’ère du peuple »

Une situation explosive mais complexe existe à l’échelle mondiale. Cependant, ce que Mélenchon ne mentionne pas dans sa théorie de « l’ère du peuple », c’est qu’alors que le prolétariat industriel traditionnel s’est affaibli, un processus rapide de prolétarisation de larges pans de la classe moyenne et de la petite bourgeoisie s’est également produit. On le voit dans le recours de telles couches à des grèves et à d’autres formes de lutte qui étaient auparavant l’apanage de la classe ouvrière traditionnelle en général.

Cependant, ce processus est toujours en cours. Ces couches nouvellement formées de la classe ouvrière ou semi-ouvrières doivent encore se développer pleinement et adopter la conscience de classe collective et les méthodes de lutte de la classe ouvrière. C’est de cela qu’une conscience politique socialiste pourra se développer. L’émergence de ces couches pose des défis importants au mouvement ouvrier, en particulier aux syndicats, sur la manière de les organiser. Elle pose avant tout la nécessité de transformer les syndicats en organisations de lutte militantes.

En même temps, les sections de la classe ouvrière traditionnelle qui restent, bien qu’affaiblies, peuvent toujours jouer un rôle décisif. Elles restent une force au potentiel très puissant, même en moindre nombre. C’est le cas, par exemple, des secteurs des transports, de la santé, des services publics et de certaines industries qui existent encore dans certains pays.

Les nouvelles couches de la classe ouvrière, le précariat et d’autres couches semi-prolétarisées (très nombreux dans les grandes villes comme Londres ou Paris) possèdent à ce stade un certain caractère plébéien, par exemple parmi les « auto-entrepreneurs ». De nouveaux défis se posent sur comment organiser ces couches. Le caractère de ces sections de la société se reflète sur le plan politique.

La nouvelle « gauche radicale » qui a émergé, par exemple dans PODEMOS en Espagne, Syriza en Grèce, LFI en France ou avec les « Corbynistes » en Grande-Bretagne, tend a être dominée par ces couches et certaines sections de la petite-bourgeoisie. Conjugué au caractère de la direction de ces mouvements, la majorité desquelles avait connu un effondrement idéologique et abandoné la lutte pour le socialisme, se reflète dans le programme et les méthodes d’organisation de ces mouvements. Jusqu’alors, dans l’ensemble, ils n’impliquent pas activement les larges couches de la classe ouvrière organisée.

Ces mouvements sont extrêmement significatifs et importants. Mais il est essentiel de reconnaître leurs limites et leur caractère. Ils peuvent faire partie du processus de reconstruction des organisations politiques de la classe ouvrière, mais ils sont inachevés et leur évolution a été et reste incertaine. Certains, comme PODEMOS ou Syriza, ont en fait été absorbés jusqu’à devenir des gestionnaires du capitalisme.

Le développement de ces organisations est extrêmement significatif et reflète une polarisation et une colère croissantes dans la société. Un sentiment d’hostilité envers l’élite, les oligarques, le néolibéralisme et parfois le capitalisme lui-même existe dans de nombreux pays. Une colère brûlante face à l’état du monde se traduit par une haine de l’élite dirigeante dans de nombreux pays. Pourtant, jusqu’à présent, ces organisations expriment surtout des idées populistes de gauche radicales. Sur le plan organisationnel, elles ont davantage pris la forme de « mouvements » que de partis. On n’a pas encore des partis de masse des travailleurs avec un programme socialiste. Elles reflètent le caractère social des militants et de leurs dirigeants. Mélenchon est clair là-dessus : il s’oppose à un « parti ». Il défend la construction d’un « mouvement » plus flou, plus amorphe. Ce n’est pas totalement nouveau en France ou d’autres pays. L’idée que le mouvement de masse est tout a déjà existé par le passé dans certaines couches sociales. Le mouvement serait tout-puissant ; le programme et l’organisation pour lutter pour l’appliquer sont donc balayés, considérés secondaires.

L’idée d’un mouvement plutôt que d’un parti peut sembler très démocratique et est souvent une réaction à la décadence des anciennes organisations, notamment leur manque de démocratie, leur carriérisme, leur corruption et leur capitulation devant l’ordre capitaliste. Mais les mouvements sans structures démocratiques réelles, pas juste des référendums occasionnels, peuvent en fait donner au « leader » ou à la direction des pouvoirs illimités si les membres de la base du « mouvement » n’ont aucun moyen de débattre et de décider démocratiquement tout en contrôlant ce qui est réellement fait. Les contributions et votes en ligne ne peuvent pas se substituer à un véritable débat et aux discussions en réunion, où un échange complet d’idées peut avoir lieu.

Ces tendances s’inscrivent dans la période récente, jusqu’à dominée idéologiquement par le populisme, tant à gauche qu’à droite. Mélenchon s’en fait l’écho dans son livre. Grâce à l’expérience de lutte – sur les lieux de travail, socialement et politiquement – cela va changer. Potentiellement très rapidement. Cependant, on ne tronque pas les processus historiques, il n’y a pas de raccourcis. En particulier en politique révolutionnaire.

Le processus politique actuel en France a de nombreuses leçons pour la situation internationale, qui se voient dans les idées de Mélenchon. Les récentes manifestations de masses et grèves contre le gouvernement, auxquelles des millions de personnes ont participé, montrent que le régime de Macron n’a que peu voire pas de base sociale sur laquelle s’appuyer. La polarisation dans la société française a son écho à l’Assemblée nationale, paralysée. Celle-ci est actuellement divisée en trois, entre l’extrême droite avec le RN, la gauche dirigée par LFI et les divers soutiens à Macron et sa présidence de plus en plus bancale. Le nouveau gouvernement a dû repousser la réforme des retraites de Macron et n’a survécu à un vote de confiance qu’à cause du soutien du PS, dont une section sert de béquille à ce gouvernement fragile. Reste à voir combien de temps cela tiendra. Nous ne sommes pas étonnés que nombre de commentateurs concluent à présent que la France est « ingouvernable ». En d’autres termes, la démocratie bourgeoise n’est plus apte à fournir un gouvernement stable et fiable à la classe dirigeante. C’est constituant d’un processus révolutionnaire.

La menace du Rassemblement National

La crise politique actuelle est la culmination d’un processus en cours, similaire à ce qu’il se passe dans de nombreux autres pays. En France, d’une certaine manière, il a commencé au début du siècle. On en a vu les premiers éléments en 2002, alors que Jean-Marie Le Pen, dirigeant du FN, a atteint le second tour de l’élection présidentielle. Il a subi une défaite écrasante, des millions de personnes allant voter, se pinçant le nez, pour le bourgeois Chirac pour battre Le Pen. Chirac a gagné avec 82 % des voix.

C’était un avertissement. Quand sa fille Marine Le Pen, dirigeante du FN renommé en RN, a atteint le second tour en 2022, elle a gagné 41 % des voix !

Mais les élections de 2002 ont aussi été marquées par un autre aspect du même processus. Les partis traditionnel de la gauche française, le PS, parti bourgeois, et le Parti Communiste Français, ont été humiliés. Le PS agrégeant 16,8 % des voix et le PCF 3,37 % ! Il faut se rappeler que ces partis étaient les deux piliers solides de la gauche en France depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Jusqu’à la fin des années 1970, le PCF gagnait entre 20 et 25 % des voix. En 1980, il comptait encore 500 000 membres.

Ses méthodes et son programme rigides et staliniennes ont permis au PS, après un lifting en 1969, de se développer pour devenir le plus gros des deux. À la fin des années 1970, le PS dirigé par François Mitterrand, avait fait un tournant à gauche, formant l’ « union de la gauche » avec le PCF. Cette alliance arrive au pouvoir en 1981, avec l’élection de Mitterrand à la présidence, sur un programme de gauche réformiste. Entre autres choses, il promettait de prendre en main de larges pans de l’économie et une « rupture avec le capitalisme ». Ladite rupture avec le capitalisme n’est jamais venue. Confronté à une fuite des capitaux, à des attaques des marchés d’actions et d’une campagne furieuse de la bourgeoisie française, le gouvernement capitule. Il déclare une « parenthèse », une « pause » temporaire dans ses réformes radicales. Mais le « temporaire » devient permanent ; le programme réformiste de gauche est abandonné. Bien que réélu en 1988, Mitterrand retourne à l’Élysée avec un programme bien moins radical. Marchant dans les pas de cette trahison, le PS et le PCF continuent leur droitisation. Leur base de soutien historique s’érode.

Le processus de bourgeoisification des anciens partis ouvriers-bourgeois comme le PS a été rapide, d’autant plus avec la chute des anciens États staliniens de 1991-1992. Cela a fini par amener l’effondrement du PS et du PCF comme principaux partis de la gauche française.

Les élections de 2002 n’ont pas été marquées uniquement par l’arrivée du FN au second tour. Elles ont aussi montré la soif d’alternative radicale, socialiste, à la gauche du PS et du PCF. Alors que le PS n’obtient qu’un piètre 16 %, les autres partis de gauche et écolo, combinent 29 % des voix, dont 5,7 % pour Arlette Laguiller, candidate trotskyste de Lutte Ouvrière, et 4,25 % pour Olivier Besancenot, candidat de la Ligue Communiste Révolutionnaire, section française du Secrétariat Unifié (ex IVe Internationale). Pourtant, ces forces sont incapables de capitaliser sur cette opportunité, dû à une combinaison de gauchisme et d’opportunisme dans une situation mondiale complexe.

Les partis traditionnels de gauche comme de droite, voient leur base sociale s’éroder, ouvrant la voie à un vide politique et à un gouffre social massifs ; la situation économique étant celle d’une désindustrialisation et de destructions de villes entières, particulièrement dans le Nord, autrefois un bastion du PCF.

Le FN, ravalé en RN, a pu profiter du vide, en appelant à des couches parmi les plus opprimées de la classe ouvrière française, usant souvent d’une rhétorique normalement utilisée par la gauche, et nourrissant le racisme. L’anéantissement du PS se confirme aux élections de 2017. Son candidat présidentiel ne gagne que 6 % des voix. En 2022, le score baisse encore, à un humiliant 2 % ! Macron, capitalisant sur la situation, gagne 66 % des voix contre Le Pen au second tour de 2017. Aujourd’hui, la popularité de Macron est entre 7 et 17 % !

La FI a aussi profité de l’effondrement du PS et de la gauche française traditionnel. Mélenchon entre en scène. Né à Tanger, dans le Maroc actuel, en 1951, il est de descendance espagnole et sicilienne. Il déménage en France en 1962. Il y rejoint un groupe trotskyste, l’Organisation Communiste Internationaliste, dirigée par Pierre Lambert. Ce groupe mène un « entrisme profond » au sein du PS, cachant généralement sa politique marxiste. Une partie de ce groupe est maintenant dans la France insoumise. Mélenchon maintient des liens avec les organisations héritières de l’OCI, assistant à un de leurs congrès récemment. Mais cela ne veut pas dire qu’aujourd’hui, Mélenchon parle de « socialisme ». Quand il rejoint le PS, il s’associe à l’aile mitterrandienne du parti. Quand le parti se droitise par la suite, Mélenchon finit par scissionner et former le Partie de Gauche (PG) en 2009, suite à la crise financière mondiale de 2008.

Mélenchon a tiré la conclusion que la social-démocratie était finie historiquement, et finalement, il lance la France insoumise (LFI) en 2016. Ayant lancé le Parti de Gauche, Mélenchon se met en retrait au lancement de la FI. Il insiste sur le fait que la FI n’est pas un parti mais un « mouvement », reflétant la nouvelle « ère du peuple » et des révolutions « citoyennes ». Il s’inspire des expériences non seulement de Podemos en Espagne mais aussi des mouvements en Amérique Latine, particulièrement l’Équateur et le Venezuela – au stade du début du processus révolutionnaire de la « Révolution bolivarienne » de Hugo Chávez plus que dans la période suivant la tentative de coup d’État de 2002 où Chávez adopte une rhétorique « socialiste ».

Mélenchon considère que ces mouvements révolutionnaires mais aussi d’autres, comme le « Printemps arabe » et les révoltes de masse qui ont eu lieu ces dernières années au Chili, au Sri Lanka et ailleurs, font partie du processus des « révolutions citoyennes ».

Il a raison de tirer inspiration de ces mouvements comme illustrant le potentiel révolutionnaire qui existe en cette nouvelle ère du capitalisme. Néanmoins, Mélenchon n’en tire pas de conclusions. Ces mouvements de masse font juste office de modèles, en suspens, de nouvelles « révolutions citoyennes ». Il ne dit pas pourquoi tous ces mouvements se sont pris un mur ou des défaites ; c’est significatif.

Une approche rigide et étapiste des processus révolutionnaires

Mélenchon divise le processus révolutionnaire en trois étapes, qu’il sépare de façon rigide. La « destituante », l’« instituante » et enfin, la « constituante ». La « destituante » renverse le vieil ordre. L’« instituante » établit « le peuple » comme principal acteur, et finalement, la « constituante » crée de nouvelles institutions pour régner. La phase « constituante » de la révolution, selon Mélenchon, découle du processus « destituant » et finit par appeler à une assemblée constituante.

Les soulèvements révolutionnaires de masse auxquels Mélenchon se réfère, toutes les révolutions, en somme, passent effectivement par différentes phases. Néanmoins, un processus révolutionnaire ne saurait les séparer, mécaniquement, de façon rigide. Chacune fait partie d’un processus. Quoi qu’il en soit, la question brûlante est celle-ci : un pouvoir alternatif est-il construit pour remplacer la machine d’État qui assurait la domination de la classe dirigeante ? Comment en finir avec le système capitaliste et quel système social le remplacera, voilà les questions centrales. Quel est l’objectif de Mélenchon, une « révolution citoyenne » de quoi et pour quoi ? Pour réussir à en finir avec la domination capitaliste, il faut un programme socialiste révolutionnaire, une organisation et un parti pour défendre les étapes concrètes nécessaires pour atteindre cet objectif.

C’était ce qu’il manquait dans les révolutions « citoyennes » dont Mélenchon s’inspire ; c’est ce qui explique pourquoi elles ont échoué et pourquoi l’ordre capitaliste est resté au pouvoir. Mélenchon insiste beaucoup sur un aspect de ces mouvements : l’émergence d’assemblées dans les quartiers ou les communes. Implicitement, il voit ces assemblées comme un pouvoir alternatif émergeant. Dans certains pays comme le Soudan durant le mouvement révolutionnaire qui a commencé en 2019, des comités ont bel et bien été établis, mais ils n’ont pas tissé de liens entre eux pour établir la base d’un véritable gouvernement des travailleurs et des pauvres. Dans d’autres mouvements de masse récents au Sri Lanka, au Chili et ailleurs, on a vu des rassemblements de quartiers ou de manifestants, mais ils ne se sont pas développés. Mélenchon inclut le mouvement des gilets jaunes dans la même catégorie.

Ces éléments sont très significatifs. Mais ils étaient aussi très déstructurés, sans réelle forme, sans programme ni structures démocratiques claires. En soi, ils se sont essoufflés et dissous. Ceux qui y jouaient le rôle le plus militant étaient mis à l’écart. On n’avait pas là la base d’un pouvoir d’État alternatif qui pouvait affronter et remplacer l’État actuel des classes capitalistes.

On ne peut faire aucune comparaison avec les soviets en Russie révolutionnaire en 1917 ou les « Cordones Industriales » au Chili en 1972-1973. Là, on avait des conseils de travailleurs, élus et révocables. C’étaient des organes de lutte, et la base pour construire un nouvel État. Mélenchon mélange deux formes d’organisation (ou plus exactement une absence d’organisation dans l’un des cas) pour les brouiller en une. À travers cette argumentation, Mélenchon révèle à quel point il est détaché de ces événements, les romantisant ; une erreur fatale pour un révolutionnaire. Le CIO a analysé en détail ces événements, auxquels nous avons participé (voir nos articles sur les Gilets jaunes, le Chili et le Sri Lanka sur www.gaucherevolutionnaire.fr et www.socialistworld.net, en anglais).

Dans les mouvements révolutionnaires qui ont éclaté au Chili, au Sri Lanka et ailleurs au cours des récentes décennies, la classe ouvrière était présente, mais pas comme force collective, organisée et consciente, dirigeant ces soulèvements révolutionnaires. Ces mouvements était interclassistes, souvent dominés par des couches semi-prolétariennes ou petites-bourgeoises, souvent avec un caractère plébéien et populiste. Cela s’est vu dans les formes d’organisation et dans le programme qu’ils ont adoptés. Bien entendu, c’était variable selon les pays. Dans certains pays, les syndicats ont jour un rôle décisif, par exemple en Équateur ou en Tunisie. Mais le caractère de ces mouvement, l’absence d’organisation et de programme politique clair sont autant d’éléments importants qu’ils ont en commun. L’échec à surmonter ces obstacles a conduit ces mouvements dans l’impasse ou à l’échec.

Dû au changement dans la composition de la classe ouvrière dans de nombreux pays, à la désindustrialisation et l’absence des usines gigantesques sur lesquelles les soviets ou les « Cordones » s’étaient basées, il est improbable que ces formes d’organisations se répètent exactement de la même manière dans de nombreux pays. D’autres formes d’organisations de masse devront pourtant émerger et être construites pour pouvoir jouer le même rôle.

Des comités de lutte élus dans les lieux de travail, se coordonnant avec des organisations de quartier ou locales, structurés, avec des délégués élus et révocables, seront nécessaires. De tels comités, mais aussi un programme socialiste révolutionnaire et un parti de la classe ouvrière et des masses pauvres, seront essentiels pour assurer le succès de n’importe quel mouvement révolutionnaire et pour renverser les régimes capitalistes.

Les mouvements sociaux dans les villes sont une composante cruciale dans le monde néocolonial aujourd’hui. Le fait de les lier à la classe ouvrière est une tâche importante. L’explosion de la population urbaine a amené avec elle l’explosion d’une armée de pauvres dans les villes, vendeurs de rue et autres. C’est un élément présent dans de nombreux pays industriels, quoique sous une forme différente, par exemple comme on l’a vu dans le mouvement contre les expulsions locatives en Espagne.

Cependant, les structures de ces organes de luttes ne sont pas suffisantes. Un parti de la classe ouvrière et des pauvres est une nécessité, pour défendre la perspective d’une révolution socialiste et les étapes pour y arriver, en opposition aux courants confus et pro-capitalistes qui rejettent un tel objectif. La défense d’un système social alternatif, le socialisme, est une nécessité, tout comme lui donner un contenu pour affronter la domination capitaliste. Malheureusement, Mélenchon ne le fait pas.

C’est l’une des leçons cruciales à retenir des soulèvements révolutionnaires du passé. Les leçons de la Commune de Paris de 1871 sont potentiellement instructives par rapport à ce qui peut émerger dans la période actuelle. Mélenchon en réfère à 1789 et aux « sections » des Sans-culottes parisiens de 1792. Mais il nie toute référence à l’expérience de 1871, alors qu’un État alternatif y a pourtant pris brièvement le pouvoir. Dans son livre, Mélenchon trace un parallèle entre les assemblées de quartiers, les sections des Sans-culottes de 1792 et les soviets. Mais ils sont tous différents tant dans leur composition que dans leur rôle et leur potentiel.

Le caractère informe du concept du « mouvement » au lieu d’un parti a été clairement exprimé par Mélenchon par rapport à la FI, qu’il a qualifiée de mouvement « gazeux ». Cela découle de son idée de « l’ère du peuple » et des « révolutions citoyenne ».

La crise actuelle en France a conduit la France insoumise a appeler à la fin de la Ve République et à la formation d’une VIe. Mélenchon a repris l’une des revendications des gilets jaunes, la fin des « excès monarchiques » de la présidence pour donner davantage de pouvoir à l’Assemblée nationale, où les « citoyens » pourraient proposer leurs propre referendums. La France a eu 15 Constitutions depuis 1789. La revendication de la fin de la Ve République doit nécessairement être liée à l’idée d’un nouveau système sociale : le socialisme ; pas un simple changement de Constitution bourgeoise. Quelque chose que la FI et Mélenchon ne défendent pas clairement malgré leurs dénonciations cinglantes du capitalisme.

Consumérisme et « croissance économique sans fin »

L’une de ses attaques sur le capitalisme est axée sur la question de la croissance économique. Il dénonce la social-démocratie pour avoir capitulé à l’idée du consumérisme et de la croissance économique sans fin. La « nouvelle gauche » à l’échelle internationale exprime elle aussi, de différentes manières, cette idée de « décroissance ». Mélenchon dit, à juste titre, que sous le capitalisme, une croissance et un consumérisme débridés sont incompatible avec le maintien de l’écosystème du monde. Il donne d’éclairants exemples du gâchis inhérent à la production capitaliste. Une télévision dans les années 1980 pouvait fonctionner, en moyenne, 11 ans. Aujourd’hui, c’est seulement 6. La durée de vie d’un PC a été réduite de 66 %, de 10 ans en 1990 à un piètre 3 ans aujourd’hui.

Mélenchon dénonce sans ménagement les ravages de l’industrie alimentaire. En France, chaque année, 50 millions de poussins et 20 millions de canetons femelles sont jugés inutile à des fins de production. Ils sont broyés vivants, dès la naissance.

Mais on voit qu’entre les lignes, son argumentation contre la croissance et le consumérisme capitalistes défend les idées de décroissance ou zéro croissance pour protéger l’environnement. Avec un plan de production socialiste démocratique, le gâchis et le consumérisme capitalistes seront éliminés. La croissance planifiée, en harmonie avec l’écosystème de la Terre, ne sera pas seulement entièrement possible mais nécessaire.

Dans l’analyse de Mélenchon, il y a une chose qui est historiquement erronée : son affirmation selon laquelle les bonds démographiques amènent des changements sociaux ou systémiques. La croissance de la population humaine accélère de façon spectaculaire. Il a fallu 300 000 ans pour que le nombre d’êtres humains atteigne 1 milliard, à l’aune de la révolution industrielle, vers 1820. Cent ans plus tard, nous étions 2 milliards de plus. Le deuxième milliard est arrivé 3 000 fois plus vite que le premier. Aujourd’hui, un milliard supplémentaire arrive en une douzaine d’années. On estime que la population déclinera après 2100 ; trop tard, conclut-il.

Mais la question n’est pas seulement la taille de l’humanité mais celle du système social. Mélenchon prétend que chaque fois que la population double, on voit la « condition humaine » changer, ou plutôt ses conditions et son système sociaux. Il y a une part de vérité là-dedans. Une croissance démographique rapide est un facteur contribuant aux processus de modifications des conditions sociales et même de système. Néanmoins, ce n’est pas le seul facteur. Et l’inverse peut aussi être vrai : une modification ou un développement du système social peut progressivement mener à une croissance démographique. De même, un déclin démographique peut aussi aboutir à un changement social. Ainsi, la Peste noire en Europe entre 1346 et 1353 a décimé environ 50 millions de personnes, quasiment la moitié de la population européenne de l’époque. Le féodalisme s’en est retrouvé changé et affaibli. Les conditions de vie de la paysannerie se sont améliorées, dû à une pénurie massive de main d’œuvre. Les modifications du féodalisme, à cette époque, ont aidé à paver la voie au développement primitif du capitalisme par la suite.

Après une critique dévastatrice du capitalisme, quelle est finalement la conclusion de Mélenchon ? Il appelle à rompre avec l’ordre mondial actuel, à « une bifurcation du cours de l’histoire sans enfermer le futur dans un modèle figé ». Il en appelle à la « vertu », basée sur l’égalité. Comment ? Sa réponse : la « créolisation ». Un terme originaire des Caraïbes, où les contacts entre différents groupes ont amené la formation de nouvelles langues. Par « créolisation », il entend un processus par lequel les cultures, les langues et les peuples se mélangent pour créer quelque chose de nouveau. « La créolisation est l’avenir de l’humanité », conclut Mélenchon.

Mais pour atteindre cela, il faut un système social alternatif au capitalisme : le socialisme. Le capitalisme ne peut offrir aucun futur à la société. Aujourd’hui, il l’emmène même en arrière, produisant de forts éléments de désintégration et de dégénérescence sociales. Tout nouveau parti de gauche doit incorporer l’idée du socialisme dans ses objectifs et son programme. Mais avoir le socialisme dans ses statuts est insuffisant. Ce qui est essentiel c’est d’expliquer ce que c’est et de lutter pour.

Die Linke (le Parti de gauche) en Allemagne a bien le socialisme dans ses objectifs, mais ne fait ni campagne pour, ni n’explique ce que cela veut dire. Il est bien possible qu’en Grande-Bretagne, le nouveau « Your Party », quand il sera finalement lancé, aura aussi une référence au « socialisme » dans ses objectifs. Pour réussir, il doit aller plus loin, expliquer ce que c’est, lier cette perspective à celle des revendications quotidiennes et besoins de la classe ouvrière, expliquer le programme nécessaire pour le mettre en place. Pour mettre en place le socialisme, il est essentiel de comprendre pleinement le rôle de la classe ouvrière et des autres classes dans la société ; quelles méthodes de lutte, quel programme et quelle organisation il faut. Malgré le rôle central et décisif que la France insoumise joue aujourd’hui, malheureusement, Mélenchon manque de clarté sur ces questions déterminantes, comme le démontre son livre et ce malgré l’importance des questions qu’il soulève.