Déclaration du Comité pour une Internationale Ouvrière (dont la Gauche Révolutionnaire est la section française), parue le 4 mars sur socialistwolrd.net.
Les chiens de guerre sont à nouveau lâchés sur l’Iran par les régimes voyou de Trump et Netanyahu, qui ont ouvert les « portes de l’Enfer » sur les masses au Moyen-Orient. La guerre génocidaire contre le peuple palestinien, l’augmentation de la répression et l’annexion de facto de la Cisjordanie ont été intensifiées par la guerre qui fait rage contre l’Iran. Cette situation touche maintenant les pays du Golfe et l’ensemble du Moyen-Orient.
Les manifestations de masse en Iran au début de l’année contre le régime théocratique brutal ont été violemment écrasées par la dictature. Témoignant d’un courage héroïque, d’autres manifestations ont eu lieu à nouveau dans les universités. Puis Trump, ayant assemblé une armada avec l’armée israélienne, a lancé un bombardement aérien, après avoir fait traîner les négociations de paix avec le régime iranien, comme l’an passé. En parallèle, ils se préparaient à lancer une offensive militaire. Et quel était le motif ?
Ils n’ont pas grand-chose à faire des droits démocratiques, et vraiment rien à faire du tout de la souffrance du peuple iranien. Derrière cette action militaire, l’objectif est clair : amener un changement de régime en Iran pour en former un plus malléable. Tandis que la guerre s’est étendue, le régime israélien a relancé ses attaques et à nouveau envoyé ses troupes au Liban.
La véritable motivation des régimes de Trump et Netanyahu est de reconfigurer le Moyen-Orient. Netanyahu affiche depuis longtemps son ambition d’un « Eretz Yisraël », (un grand Israël), en expulsant les masses palestiniennes tout en sécurisant un changement de régime en Iran. Ça, combiné à l’objectif de collaborer avec des régimes conciliants et d’autres États du Golfe, a pour but d’établir une région sécurisée pour les intérêts impérialistes des États-Unis. Ce faisant, le challenge croissant de la Chine à l’impérialisme US serait affaibli.
Trump et Netanyahu semblent imaginer qu’ils peuvent répéter ce qu’ils ont fait au Venezuela quand Maduro a été kidnappé. Donc décapiter la principale figure pour travailler avec un régime plus accommodant – dans le cas du Venezuela, il s’agit de sections du régime bolivarien – prêt à capituler face à Trump et aux exigences impérialistes des US.
Sauf que l’Iran n’est pas le Venezuela. Le meurtre du guide suprême Ali Khamenei et d’autres dirigeants majeurs du régime n’ont pas, pour le moment, amené à son effondrement ou à des changements d’allégeance parmi des sections du régime, comme au Venezuela. Le meurtre de Khamenei a fait de lui un martyr – élément central de l’islam chiite – aux yeux des soutiens au régime iranien et dans de larges pans du monde musulman.
Les deux bourreaux pensent pouvoir imposer un changement de régime en tirant des missiles et faisant pleuvoir des bombes sur l’Iran. Certains mettent en avant Reza Pahlavi, le fils de l’ancien Shah, pour diriger le nouveau régime. Mais il y a une grande hostilité en Iran contre l’ancien régime du Shah, qui a été renversé en 1979.
Trump a appelé les masses iraniennes à se soulever tout en lançant des missiles sur les villes du pays. Ce que Trump voulait, c’était que la population iranienne serve de chair à canon avant de la mettre à l’écart. Pendant une guerre régionale, ce scénario est très improbable. Aucun régime dans toute l’Histoire n’a été renversé uniquement par des bombardements aériens. Le régime ne tombant pas par les frappes aériennes, Trump n’a pas écarté l’idée d’envoyer des troupes au sol. Un tel développement aggraverait la crise et aurait des conséquences explosives aux US.
Oubliant les expériences catastrophiques de l’Irak et de Libye, où l’impérialisme occidental est intervenu pour renverser les régimes en place, les US n’ont aucune alternative, aucun plan pour après la chute du régime. L’Irak comme la Libye ont été plongés dans des conflits sectaires et ethniques, et sont devenus des États défaillants. Si le régime iranien implosait, ce qui est une possibilité, le désastre pourrait être similaire, donc le carnage encore plus grand. Les bouleversements et les conflits se répercuteraient encore plus largement au Moyen-Orient.
Cet assaut sera vu comme une attaque sur le monde musulman, et malgré le caractère réactionnaire du régime iranien, cela alimentera l’anti-impérialisme dans une grande partie du « Sud global ». Ça peut aussi amener la forte possibilité d’une résurgence des organisations fondamentalistes musulmanes et à des attaques terroristes internationalement, ce qui approfondirait les divisions ethniques et religieuses dans certains pays.

Une crise à plusieurs facettes
Le bombardement continu par l’impérialisme US et le régime israélien, puis les contre-attaques par l’État iranien sur les forces US dans les pays du Golfe et d’autres, ont plongé le capitalisme mondial dans une crise à plusieurs facettes. La menace d’une crise économique majeure pèse, augmentant les prix du pétrole et du gaz. À un moment, le prix du gaz liquide naturel a augmenté de 50 % suite à la fermeture des installations énergétiques au Qatar, à Ras Laffan et Mesaieed.
Maintenant, le détroit d’Ormuz a été fermé au fret maritime. Trois cargos pétroliers (tankers) ont été touchés. C’est potentiellement désastreux pour le capitalisme mondial, car 20 % du pétrole brut transite par le détroit. Si la guerre venait à durer, l’impact serait mondial. Ce sera potentiellement dévastateur pour l’Asie, car 82 à 84 % de l’approvisionnement en pétrole passant par le détroit est destiné à ses marchés, particulièrement la Chine et l’Inde. Cela peut donc pousser l’Inde et d’autres à la récession, ce qui aurait des répercussions jusqu’en Europe et ailleurs. Plusieurs pays de l’Union européenne ont déjà commencé à se tourner vers l’Asie pour les échanges commerciaux, en quête d’indépendance vis-à-vis des États-Unis de Trump. En conséquence, la Chine ferait actuellement pression sur l’Iran pour demander la réouverture du détroit d’Ormuz, et exige que les US, Israël et l’Iran cessent les attaques. La Chine dépend de l’Iran pour 13 % de ses importations de pétrole brut. Au total, 33 % du pétrole de la Chine et 25 % de ses importations en gaz passent par le détroit d’Ormuz. Perdre cet approvisionnement pourrait pousser la Chine à se rapprocher de Poutine, surtout pour sécuriser les réserves de pétrole. Le pétrole brut de Russie représente déjà 20 % des importations de pétrole en Chine. Avec ce conflit, la Chine peut renforcer sa position internationalement, surtout dans certains endroits du Sud.
L’assaut militaire par Trump et Netanyahu a provoqué de nouvelles divisions et conflits entre les classes dominantes. Il a aussi entraîné une division polarisante dans les pays mêmes. Aux États-Unis, cela va grandement pousser la polarisation et la division qui secouent la société. De larges sections de la classe dominante sont maintenant en conflit avec le régime voyou de Trump. Une partie de la base MAGA (« Make America great again ») de Trump se révolte, car sa campagne présidentielle promettait la fin des interventions US à l’étranger. Les sondages aux États-Unis indiquent que seuls 27 % de la population soutiennent l’attaque sur l’Iran. Dans la suite du mouvement de masse à Minneapolis contre le déploiement brutal de milliers d’officiers de l’ICE (une organisation d’État paramilitaire aux méthodes répressives fascistes), mobilisation qui a forcé Trump à les retirer, la crise politique et sociale aux US est à un tournant.
Les conflits dans ce monde multipolaire sont aggravés et intensifiés, en conséquence du lancement de la guerre contre l’Iran. En Europe, l’Union européenne est divisée sur la position à adopter. Starmer, le Premier ministre de Grande-Bretagne, a d’abord refusé que les forces US utilisent les bases militaires britanniques. Puis il a retourné sa veste et accepté. Même si cela n’a pas épargné Starmer d’une claque de Trump, qui l’a qualifié de « déception », en ajoutant qu’il n’avait pas affaire à un « Churchill ».
Le chancelier allemand Merz a déclaré que le droit international était à présent « dépassé ». D’autres comme le Premier ministre espagnol Sanchez se sont opposés à la guerre et ont refusé aux États-Unis d’utiliser les bases militaires espagnoles. Trump a répondu en déclarant un blocage de tous les échanges commerciaux avec l’Espagne.
Le fait que Macron, Starmer et Merz aient produit leur propre déclaration le 28 février, sans se positionner sur les attaques US/Israéliennes, sans le reste de l’Union européenne, révèle les divisions qui se creusent. Illustrant les rivalités entre intérêts nationaux, le chancelier allemand Merz, juste avant d’aller rencontrer Trump à Washington, a déclaré que « les règles internationales ont un effet relativement faible – surtout quand les violations sont sans conséquences. » Malgré un sondage en Allemagne montrant que seuls 29 % des Allemands soutiennent les attaques US/israéliennes, Merz a ajouté : « Ce n’est pas le moment de faire la leçon à nos partenaires et alliés. »
La fracture grandissante entre les États-Unis et l’Europe et l’accroissement de la militarisation sont illustrées par la France qui offre aux autres pays européens de se réfugier sous son « parapluie nucléaire ». Il y a des rapports de négociations sur des « moyens nucléaires » français déployés aux Pays-Bas, en Allemagne et en Pologne. Si ça se concrétise, les antagonismes avec Poutine en Russie s’en verront largement intensifiés.
Le rôle de la Chine
L’opposition des États-Unis à l’influence grandissante de la Chine est maintenant un élément crucial des relations inter-impérialistes mondiales. L’Iran a été un élément essentiel dans la stratégie géopolitique chinoise. Au-delà du pétrole et du gaz transitant par le détroit d’Ormuz, l’Iran est l’un des trois « ponts terrestres » vers l’Europe, faisant partie de la « Nouvelle route de la soie », incluant une ligne ferroviaire directe entre Téhéran et Xi’an, inaugurée en mai 2025. La Chine sera affectée par l’affirmation des États-Unis selon laquelle les opérations navales iraniennes auraient été détruites, bloquant sa capacité à contrôler le transit marchand maritime.
La Chine et la Russie, pour leurs propres raisons, se sont tous deux opposés fermement aux actions de Trump. Il y a eu un renforcement des liens marchands, des chaînes d’approvisionnement, et de l’interdépendance économique entre la Chine et l’Asie, l’Amérique latine, l’Afrique, et des parties de l’Europe. Un affrontement pour la domination des voies d’approvisionnement se développe. C’est une des raisons majeures de la tentative de Trump de s’approprier le Groenland, pour contrôler les routes maritimes.
L’apparition d’une alliance commerciale renforcée entre les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) reflète la transformation des rapports de force internationaux. Cette alliance s’affirme plus comme un challenge à la domination impérialiste US. Beaucoup de divisions et de contradictions internes, un manque de positions cohérentes sur de nombreux sujets, existent au sein de ce bloc. Cependant, il constitue bien une partie du challenge croissant à l’impérialisme US. Trump, à travers ses droits de douane et autres mesures, aimerait briser les BRICS, et d’autres blocs qui pourraient émerger. Cependant, ses droits de douane et autres mesures punitives ne suffiront pas à empêcher la transformation mondiale des rapports de force.
La guerre en Iran met en lumière ces changements, et elle en fait partie. Il y a maintenant des guerres majeures – au Moyen-Orient, en Europe/Ukraine ; et d’autres conflits importants, comme entre le Pakistan et l’Afghanistan en Asie, et au Soudan en Afrique. La guerre de Poutine en Ukraine est partie pour durer.
Il y a une peur compréhensible, notamment parmi les jeunes, que le monde devienne dangereusement violent et que se profile, peut-être, une Troisième Guerre mondiale. Cependant, une guerre moderne impliquant un conflit militaire total entre les grandes puissances impérialistes mènerait probablement à un Armageddon nucléaire. La classe ouvrière, les pauvres et le capitalisme lui-même s’en verraient anéantis. Ce cauchemar ne se profile pas encore aujourd’hui. Pour que cela ait lieu, il faudrait que la classe ouvrière soit complètement écrasée, et que des dictatures militaires bonapartistes arrivent au pouvoir dans au moins quelques uns des plus grands pays impérialistes. Nous n’en sommes pas là.
Cependant, comme nous l’avons vu, les régimes voyous et les conflits entre puissances capitalistes amèneront des conflits majeurs et des guerres dans ce nouvel âge de conflits inter-impérialistes et nationaux. Les manœuvres militaires entreprises par le régime chinois après que Trump a déchaîné son attaque sur l’Iran en mars faisaient office d’avertissement. Si la Chine s’estime acculée, elle pourrait intervenir pour défendre ses intérêts stratégiques.
Une alternative socialiste aux guerres impérialistes et capitalistes
Les horreurs qui se déroulent dans le monde sont impossibles à résoudre tant que le capitalisme et l’impérialisme existeront. La classe ouvrière peut apporter la solution, en mettant fin au système social qu’est le capitalisme. Les masses du Moyen-Orient et internationalement ne peuvent avoir aucune confiance en l’impérialisme ni en aucun des régimes féodaux, capitalistes et réactionnaires de la région. Des leçons doivent être tirées de l’expérience de 2011, quand des dictatures du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ont été renversées par les masses, puis ont fini par être remplacées par de nouvelles dictatures. La classe ouvrière, à travers ses organisations, qui doivent être relancées et reconstruites autant que nécessaire, doit mener la lutte contre toutes les guerres impérialistes et capitalistes et les politiciens capitalistes.
Nous défendons :
- Pour des manifestations de masse contre les guerres et interventions capitalistes et impérialistes. Les syndicats et organisations de travailleurs doivent appeler à des manifestations en solidarité avec les masses du Moyen-Orient et en opposition à la guerre.
- Les syndicats doivent préparer des grèves et autres actions.
- Halte aux bombardements, stop au bain de sang dans la région ! Halte à la guerre ! Pas de guerre pour le pétrole !
- Toutes les forces impérialistes hors du Moyen-Orient. Pour la construction d’un mouvement de masse des travailleurs et des pauvres en Iran, pour un gouvernement des travailleurs et des pauvres qui défend les droits démocratiques et rompt avec le capitalisme. À bas le gouvernement meurtrier de Netanyahu ! Aucune confiance en l’impérialisme ou n’importe quel régime réactionnaire de la région !
- Pour une lutte unifiée pour établir une confédération volontaire socialiste et démocratique du Moyen-Orient, qui défende les droits démocratiques et nationaux de tous les peuples du Moyen-Orient. Pour l’unité des travailleurs au Moyen-Orient et internationalement, dans la lutte contre nos ennemis communs : le capitalisme et l’impérialisme. Pour le socialisme, contre la barbarie capitaliste et impérialiste !
