
Macron entre dans sa dixième année à la présidence. La question pour la bourgeoisie est de savoir qui va prendre la suite. Cela va bien au-delà de trouver qui sera le meilleur agent possible. La crise politique est profonde et leur personnel politique rejeté. La bourgeoisie cherche une voie qui pourrait lui offrir un peu moins d’instabilité.
Une équation impossible
Depuis la fin du règne de Sarkozy, LR (et avant l’UMP) n’arrive plus à s’imposer comme le premier prétendant au pouvoir. Il faut dire que les privatisations des services publics, les offensives contre les droits des travailleurs ainsi que les magouilles mafieuses et les affaires judiciaires ont dégoûté durablement.
Le PS, sous Hollande en particulier, s’est aussi grillé.
La bourgeoisie française se retrouve dans une situation où ses deux partis historiques ne peuvent plus faire l’affaire. C’est là qu’arrive l’aventurier politique : Macron. Mais à leur tour, Macron et ses soutiens sont très largement haïs.
De nouveau – et désormais, c’est permanent – la bourgeoisie doit trouver une alternative pour faire ses attaques, si possible sans trop d’instabilité politique. Des macronistes se positionnent déjà en héritiers légitimes, comme Gabriel Attal qui, selon lui-même, est « l’après-Macron », manifestement avec la grosse tête qui va avec. À droite, Retailleau, président de LR, ne fait pas plus envie.
Le RN de Bardella se rêve en future mégadroite
Une partie des électeurs de la droite « traditionnelle » sont partis vers le vote RN voire Reconquête. La situation se polarise et, à gauche, LFI attire celles et ceux qui n’en peuvent plus des attaques des capitalistes et qui cherchent une force politique qui leur résiste.
Une partie de la droite, Wauquiez en tête, ouvre la porte à une recomposition avec le RN, avec le « Tout sauf LFI » comme étendard. Il propose une primaire de « Retailleau à Sarah Knafo », c’est-à-dire de la droite de la droite. Sarkozy, qui garde une influence, a déclaré que le courant de Bardella lui « fait penser au RPR [ex-UMP] au temps de Chirac », avec un « discours pas très différent ».
Au RN même, il y a de fortes batailles politiques. Pendant des années, Le Pen a fait campagne auprès des couches populaires sur ce qu’elle appelait « l’UMPS » (l’UMP et le PS), ce qui a eu un écho amplifié par le vide politique à gauche en l’absence d’un parti qui défende les intérêts des travailleurs. Or, la ligne portée par Bardella est différente : il parle de reconstruire une droite « orléaniste » en France, c’est à dire une droite bourgeoise, libérale, autoritaire, intégrant volontiers les courants les plus réactionnaires et fachos. Bardella est plus tourné vers le principe « d’union des droites ». On retrouve un élément qui fut à la base du Front national : la main-basse de Jean-Marie Le Pen sur l’extrême droite française.
Cette perspective divise toujours les rangs de LR. Bertrand (qui continue de laisser entendre qu’il est candidat aux présidentielles, sans le soutien de la direction de LR), Pécresse, Copé et d’autres fustigent l’idée d’un rapprochement officiel, en invoquant la ligne de Chirac et du pseudo « cordon sanitaire » contre le FN, tout comme Édouard Philippe.
La crise de la représentation politique de la bourgeoisie est profonde. Elle va de pair avec la crise capitaliste. La classe dirigeante a terriblement peur d’une révolte des travailleurs et de la jeunesse et surtout, surtout, qu’on s’organise politiquement dans un parti à nous. C’est ainsi qu’on pourra s’unir, balayer les politiciens bourgeois et leur arracher des mains le pouvoir, pour enfin faire la politique nous-mêmes.
Article paru dans L’Égalité n°232 (janvier-février 2026), par Y.B.
