Tian’anmen 1989, la grande révolte qui fit trembler la dictature en chine.

Juin 1989 des millions de jeunes chinois ont tenté de secouer le régime bureaucra- tique et dictatorial. Face au dirigeant doté d’impressionnants pouvoirs, Deng Xiao Ping, ils ont occupé, pendant plusieurs semaines, la place Tian’anmen, rejoints par des travailleurs en grève et la population de Pékin. Tian’anmen reste encore aujourd’hui le symbole de la lutte pour démocratiser le régime, un souvenir de cauchemar pour celui-ci et pour le Parti « communiste » chinois. Tian’anmen reste un exemple de la capacité des masses et de leur courage immense à tenter de trouver elle-même un chemin vers une société plus juste. Cet épisode héroïque vient également rappeler la nécessité qu’il y a de construire un parti révolutionnaire, capable d’organiser la couche révolutionnaire la plus déterminée et permettre que la lutte soit victorieuse.

Juin 1989 des millions de jeunes chinois ont tenté de secouer le régime bureaucratique et dictatorial. Face au dirigeant doté d’impressionnants pouvoirs, Deng Xiao Ping, ils ont occupé, pendant plusieurs semaines, la place Tian’anmen, rejoints par des travailleurs en grève et la population de Pékin. Tian’anmen reste encore aujourd’hui le symbole de la lutte pour démocratiser le régime, un souvenir de cauchemar pour celui-ci et pour le Parti « communiste » chinois. Tian’anmen reste un exemple de la capacité des masses et de leur courage immense à tenter de trouver elle-même un chemin vers une société plus juste. Cet épisode héroïque vient également rappeler la nécessité qu’il y a de construire un parti révolutionnaire, capable d’organiser la couche révolutionnaire la plus déterminée et permettre que la lutte soit victorieuse.

En 1989, la Chine populaire est encore largement structurée par les acquis de la semi-révolution qui a vu le PCC prendre le pouvoir en 1949 avec à sa tête Mao Zedong. L’objectif des cadres du PCC n’était pas de construire le véritable socialisme avec un régime basé sur la démocratie ouvrière, fonctionnant au moyen de conseils dans les usines, les quartiers ou les villages. Il avait été une prise de pouvoir au nom de la classe ouvrière et du peuple, un prétendu socialisme sans la participation des travailleurs. Dans la réalité, un régime bureaucratique où la caste du PCC profitait des acquis révolutionnaires.

L’économie a été nationalisée. Des plans d’industrialisation ont été tentés. Mais le tout restait très bureaucratique. La Chine était-elle un État ouvrier déformé ? Il existait toute une série de caractéristiques d’un « État ouvrier », c’est-à-dire issu d’une révolution prolétarienne comme avait connu la Russie en 1917. Mais il s’agissait d’une copie de ce que le stalinisme avait déjà perverti en URSS. Les acquis que représentait une économie planifiée ne suffisaient pas à développer la société, sauf à coup de mesures volontaristes décidées par les bureaucrates comme le « grand bond en avant » des années 1950 qui provoqua des millions de morts.

UNE SÉRIE DE CRISES

À la mort de Mao, en 1976, la ligne adoptée devient « l’économie socialiste de marché » (les staliniens nous ont habitué depuis la thèse du « socialisme dans un seul pays » à mener des politiques contre-révolutionnaires en gardant néanmoins le mot « socialiste » dedans) : entreprises privées (dirigées par des cadres du régime), puis entreprises étrangères pouvant exploiter les travailleurs chinois… la restauration du capitalisme était engagée. La bureaucratie du PCC prétendait ainsi faire coexister deux modèles, l’un « socialiste » et l’autre capitaliste. Dans la réalité, les inégalités s’accrurent fortement, de même que la corruption et une inflation galopante. Une classe capitaliste était en train de se créer, y compris parmi les cadres du régime. Au sein du PCC, les dirigeants voulaient accélérer ce processus, tandis que le chef du gouvernement et de l’État, Deng, voulait garder un rythme plus lent.

Ce sont les étudiants, déjà très actifs durant les années 1980, qui entamèrent la contestation, profitant des funérailles d’un dirigeant du PCC, Hu Yaobang, qui avait été limogé deux années plus tôt du fait de son soutien à une démocratisation du régime.

Dans la nuit du 21 au 22 avril 1989 à Pékin, 100 000 étudiants convergent vers la place Tian’anmen a n d’obtenir le droit de participer aux funérailles de Yaobang. Très vite, ils développent des revendications et des discussions sur les changements à apporter au pays : plus de démocratie, moins d’inégalités et de corruption, de la transparence dans le fonctionnement des administrations.

Le mouvement s’étend dans de nombreuses villes, faisant rapidement face à une très grande hostilité des responsables locaux du régime ou du parti. Dans les villes de province, les ouvriers se mêlent aux étudiants et protestent contre le chômage et les bas salaires. Le gouvernement tente d’étouffer la contestation en censurant les journaux et en encadrant les places, mais la commémoration du 4 mai (anniversaire de la lutte contre la tentative de colonisation japonaise du 4 mai 1918) verra au contraire les manifestations prendre de l’ampleur partout, notamment dans les grandes villes comme Shanghai.

La place Tian’anmen est occupée jour et nuit, les lycéens font grève et viennent soutenir la lutte. Chaque jour, c’est l’Internationale qui est chantée. Il y a très peu de slogans en faveur du capitalisme, mais bien plus souvent pour une société plus juste et égalitaire.

RÉPRESSION

Le secrétaire du PCC soutient en partie les revendications étudiantes, tandis que Deng craint l’instabilité que cela va créer ; car si le mouvement triomphe, beaucoup de bureaucrates du régime risquent de perdre leurs prérogatives.

Une première tentative de répression, en faisant encercler la place par l’armée, se solde par un échec. Les soldats fraternisent avec les manifestants, et partagent leurs colères. De même, de nombreux travailleurs soutiennent la lutte. Les assemblées élisaient des représentants, votaient chaque soir : rester ou partir, rencontrer ou non les officiels, et toute une série de slogans et revendications. La vie politique en Chine, malgré la machine bureaucratique de l’État et du parti, a toujours conservé une certaine vitalité.

Mais le mouvement est resté sur la place Tian’anmen et quelques autres villes. Et même souvent, des étudiants et travailleurs d’autres villes venaient relayer ceux de Pékin.

Il manquait une véritable coordination des lieux de lutte, basée sur l’élection de comités, et surtout leur extension dans les usines. L’occupation de la place fournissait une tête au mouvement, mais non une direction qui aurait pu élaborer un programme de révolution politique et le faire connaître à travers toute la Chine. Les leaders étudiants étaient pour certains issus de milieux plus favorisés et se concentraient sur les libertés individuelles quand il aurait fallu avoir un programme complet, notamment pour l’amélioration du sort des travailleurs et des paysans. D’autant que l’agitation a touché plus de 400 villes. Cette direction révolutionnaire a fait défaut et cela a empêché de comprendre les manœuvres en cours aux sommets du PCC et de l’État. Certains espéraient que la fraction favorable au mouvement dans le PCC allait remporter le morceau.

Deng et d’autres dirigeants nirent par décider d’écraser Tian’anmen, au moyen de troupes issues du fin fond de la Chine. Le 4 juin, ils donnèrent l’assaut, avec 200 000 soldats mobilisés. L’électricité fut coupée dans Pékin. Dans le noir, les chars dévastèrent la place tandis que des habitants tentaient de secourir les étudiants et que des combats avaient lieu. Il y aura 7 000 à 10 000 morts.

VERS LE CAPITALISME EN CHINE

Les protestations internationales ne durèrent pas longtemps. La reprise en main par Deng, avec la garantie d’une transition maîtrisée vers le capitalisme fera les a aires des multinationales. La ligne stalinienne de « l’économie socialiste de marché » a abouti à son objectif. Aujourd’hui, la Chine est globalement devenue capitaliste, même si le secteur public reste encore important.

Tian’anmen est encore aujourd’hui une frayeur pour le régime chinois. Pour nous, c’est un sujet d’admiration du courage et de la détermination des masses, et la confirmation que des situations révolutionnaires sont possibles même dans les situations les plus dures, et qu’il faut construire ce qu’il a manqué en Chine en 1989 : un parti révolutionnaire capable de comprendre les tâches et mettre en avant le programme nécessaire pour que de tels mouvements de masse voient la victoire de la classe ouvrière et du socialisme.

Par Alex Rouillard

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