Syrie, le dépouillement du moyen orient sur le dos des peuples

343f9ee_qPJqw5ZunJK8Tw5HWsBGpvb-La défaite de Daesh marque un tournant qui sera encore au détriment de la population et des Kurdes. L’actualité c’est le retrait des troupes US de Syrie annoncé par Trump. Cette annonce a été vécue comme une trahison par les Kurdes. En effet, les frappes de l’armée US ont aidé les Forces Démocratiques Syriennes (FDS, en partie dirigées par les unités de défenses kurdes, les YPG-YPJ) à combattre Daesh – qui, contrairement à ce que dit Trump, n’est pas totalement vaincu. Il y a encore des poches de résistance à l’Est du pays et en Irak, ce qui permettrait à ces barbares de revenir terroriser et piller les populations.

Cela est considéré comme une erreur, y compris par des alliés Républicains de Trump, mais c’est surtout vis-à-vis de la « stabilité de la région » – c’est à dire comment faire passer le pétrole tranquillement. Si les US sont intervenus ce n’est évidemment pas pour défendre la population locale, massacrée par Bachar al Assad depuis 2011. C’est avant tout pour les affaires et ils n’auront aucun mal à laisser les Kurdes seuls face à la Turquie d’Erdoğan si leurs intérêts sont maintenus – contrairement à ce que dit la diplomatie US.

Ventes d’armes et situation tendue

La décision de Trump n’est d’ailleurs peut être pas due au hasard. Elle intervient après la vente de missiles à la Turquie, pour 3,5 milliards de dollars, qui devait les acheter à la Russie. Déjà en janvier 2018, Erdoğan avait pu envahir le canton d’Afrin, quitté par les FDS pour éviter un carnage. Jamais inquiété au niveau international alors qu’il s’agit d’une entrée sur le territoire syrien, Erdoğan veut écraser le Rojava parce que s’y est mise en place une société plus libre et plus démocratique, à l’opposé de son pouvoir dictatorial.

Mais aussi parce que l’existence d’un Kurdistan autonome syrien a un écho dans le Kurdistan turc. Le prétexte est de les présenter comme des terroristes liés au PKK en Turquie, alors qu’il a lui-même soutenu et acheté le pétrole de Daesh ! Dès l’annonce du retrait américain il a d’ailleurs commencé à faire masser des troupes à la frontière, annonçant qu’il envahirait sous peu le Rojava. Les FDS n’ont eu d’autre choix, malgré leur courage, que de faire appel aux forces du régime de Bachar al Assad pour faire respecter la frontière ; ils y ont établi une zone tampon. La situation est donc tendue. Le peuple ne veut pas de Bachar qui a massacré la population, ce qui lui a valu d’être banni de la soi disant « communauté internationale » puis des pays de la Ligue arabe. Ces derniers, qui ont pour certains financé Daesh pour renverser Bachar, veulent maintenant renouer le dialogue avec lui après leur échec. Ils comptent bien profiter cyniquement de la situation ; les dégâts sont estimés à 350 milliards d’euros et il faut bien reconstruire.

La population qui meurt de froid dans les camps de réfugiés ou dans les villes détruites sera encore perdante. Les Kurdes sont aussi en mauvaise posture car « l’aide » des forces du régime (avec lesquelles les FDS sont en trêve depuis la guerre contre Daesh) pourrait très bien aussi se retourner contre eux. Il n’y a aucune solution pour les Kurdes et les autres peuples de la région sous le capitalisme, car toutes les puissances ne cherchent qu’à exercer leur influence économique et militaire.

Seule une lutte commune des peuples et des travailleurs de la région contre tous ces ennemis communs offre une voie d’avenir, d’autant plus avec la menace d’une guerre décidée par Erdoğan contre le Rojava.

Par Louis Matthias

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