Quel ennemi est Macron ?

P3_GJLaREM est un parti politique déclaré le 6 avril 2016, un parti politique tout neuf donc. Il a vite séduit, et principalement des membres de la classe moyenne haute, citadins. Ils voyaient dans ce mouvement et à travers Emmanuel Macron un parti qui ne suivait pas la ligne traditionnelle de la droite et du PS, et aurait eu des méthodes démocratiques, avec une possibilité de « réformer la France ». Au final, ses propres membres se sont plaints du manque de démocratie et du culte de personnalité dans ce parti. Quant à « réformer », il s’agit d’un véritable saccage du pays.

Les partis traditionnels ont été massivement discrédités par leurs politiques antisociales. Le PS sous le mandat de François Hollande a continué la politique de casse des services publics et des droits des travailleurs, comme Sarkozy avant lui. La droite classique ne rassem- blait pas, d’autant plus que François Fillon, qui promettait un programme pire encore que celui de Macron, a vu sa campagne secouée par une série de scandales. La bourgeoisie avait besoin d’une roue de secours. Macron n’avait
pas particulièrement de casseroles derrière lui et même s’il avait été ministre de Hollande (et principal artisan de la loi « travail ») il était indépendant du PS. Cela s’est vu à ceux qui ont nancé sa campagne présidentielle : la moitié des dons était de plus de 5 000 euros.

Un président des riches

Ni Emmanuel Macron ni LaREM n’ont jamais été une opportunité ni pour la démocratie, ni pour « réformer le pays », et encore moins pour les travailleurs et les jeunes. Une partie de la grande bourgeoisie hésitait car ce président n’avait justement pas de vrai soutien dans la population ni de parti pour relayer sa politique. Seuls 16 % de ses électeurs du second tour ont voté pour lui par accord avec son programme. Il a été obligé de rechercher son personnel auprès de politiciens de droite comme du PS et du centre, avec le risque d’instabilité gouvernementale. Néanmoins, les grands médias eux l’ont largement soutenu. Son programme capitaliste, libéral, disant chercher à « donner plus de liberté aux entreprises », autrement dit à encore plus exploiter les travailleurs, a le soutien des grands patrons des médias.

Comme nous l’écrivions en mai 2017 dans l’Égalité au lendemain de son élection, « les conditions s’assemblent pour une révolte majeure ». Très vite la politique très agressive contre les travailleurs et les plus modestes a créé une base croissante pour l’expression d’un mécontentement qui s’est retrouvé pour le moment incarné dans le mouvement des gilets jaunes. Et on a pu voir au plus fort de cette crise, en décembre 2018, comment Macron a dû finalement calmer ses ambitions, reculer un peu, et surtout chercher dans la droite traditionnelle le soutien qu’il lui manquait et ce sous la pression des grands capitalistes qui lui demandaient de calmer le jeu.

Et l’autre moyen est un autoritarisme plus agressif encore que celui de Sarkozy, s’appuyant sur une violence poli- cière rarement vue.

Ce gouvernement est bancal et fragile : différents scandales l’ont secoué, comme l’affaire Benalla, les départs de

Hulot, de Collomb… Aux élections européennes, c’est finalement l’électorat de droite qui a été soutenir Macron mais sans marque d’adhésion enthousiaste à son programme. Sa candidate, Loiseau, était même considérée par le Medef lui-même comme la plus mauvaise des têtes de liste aux européennes.

Des jours comptés ?

Macron a lancé une attaque contre les chômeurs pour faire encore des coupes budgétaires sur le dos des plus modestes, alors que la première fortune de France, Bernard Arnault, s’envole à plus de 77 milliards d’euros. Mais il n’est pas sûr que cette attaque ne soit pas la dernière : sa volonté de casser les retraites peut rencontrer une résistance massive des travailleurs.

Avec toutes ces attaques et les réactions qui suivent, la bourgeoisie, elle, ne souhaite pas forcément continuer à suivre ce parti. Pour que tout roule pour eux, il faudrait que cette politique pour les riches continue, mais en étant menée de manière à limiter les réactions. Or le personnage aventuriste de Macron et la faiblesse de son assise politique ne donne pas de garantie à cela. D’un autre côté, la bourgeoisie est en crise de représentation politique car ses partis (PS et droite) n’ont pas de soutien dans la population. Insoluble pour le moment, cette situation va générer de nouvelles crises politiques, comme en décembre dernier. Et l’utilisation de méthodes aux tendances bonapartistes comme un De Gaulle avant lui : et c’est un Mai 68 qui en découla…

Par Lucie Mendes

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