Présidentielle 2017 : Demandez le programme… ou pas !

programme-en-2-motsCe ne sont pas les candidats qui manquent pour la prochaine élection présidentielle (une quarantaine, en comptant les primaires) mais côté programme, les travailleurs et la jeunesse sont systématiquement perdants. Pendant ce temps, le FN espère bien récupérer une partie du mécontentement contre les partis traditionnels mais il y ressemble de plus en plus. Tous ces partis sont traversés par des ruptures et des crises internes, qui sont l’écho de la crise politique que traverse le pays.

Des combats de coqs

Chez Les Républicains, l’heure est aux luttes de petits chefs. Juppé, Sarkozy, Fillon et Lemaire, les principaux candidats à la primaire ont des programmes très semblables : recul de l’âge de départ à la retraite, baisse des cotisations patronales, suppressions massives de postes de fonctionnaires, réforme fiscale en faveur des plus riches, et évidemment la démagogique « lutte contre l’immigration » … Sarkozy promet de tous nous mettre au Smic en supprimant les cotisations patronales sur ces salaires, Lemaire promet au patronat de pouvoir multiplier les CDD à l’infini, Juppé lui annonce des mesures pour faciliter les licenciements, et Fillon promet de supprimer la durée légale du temps de travail.

La polémique de l’été sur le burkini a permis de confirmer, pour ceux qui en doutaient encore, qu’il sont aussi raccords sur une politique raciste et islamophobe, prêts à toutes les polémiques débiles pour soit encourager le racisme, soit le flatter. Ils ont juste de petites différences de méthode, Sarkozy et Lemaire étant clairement les plus agressifs. La violence de la campagne des primaires à droite laisse songeur sur leur capacité à se rassembler au soir de la primaire, et des scissions ne sont pas à exclure.

La fin de la mutation du PS

Au PS, le mandat de Hollande a été marqué d’une part par l’impopularité de son gouvernement mais aussi par les divisions internes au parti. Il aborde donc cette élection extrêmement divisé. Hollande a un bilan : une vaste politique au service des grands patrons (lois Macron, CICE, loi Travail, expulsions, répression…) et il ne trouve pas grand monde même au sein de son parti pour le défendre. Sa remarque sur la hausse du chômage sous son quinquennat en dit long : «je n’ai pas eu de bol» dit-il. Les chômeurs si ? La gauche du PS, elle, a brillé par son inconséquence, démontrée par son refus de s’opposer concrètement et de façon décisive au gouvernement (notamment contre le passage en force de la loi Travail par le 49-3).

Aujourd’hui Hamon et Montebourg peuvent dire ce qu’ils veulent, ils n’ont jamais été là quand les travailleurs avaient besoin d’eux. Par ailleurs, les nombreuses déclarations de Valls contre les « frondeurs », l’abandon du mot socialisme, ses déclarations d’amour à «l’entreprise» (où il n’a jamais mis les pieds) permettent de penser qu’il se prépare à pousser à une rupture du PS avec son aile « gauche » pour ancrer le parti de façon plus claire comme un parti libéral (mais de «gauche du milieu» !), comme ses homologues européens (lui ouvrant ainsi la voie pour 2022 !).

Une crise politique qui profite au FN ?

Le FN est toujours crédité de 25 à 30% au 1er tour de l’élection présidentielle. Le risque est grand qu’il soit à nouveau présent au 2è tour. Après plusieurs années de discours axés sur les questions sociales pour convaincre les travailleurs (ce qui explique en partie les scores aux dernières élections) le parti de Marine Le Pen revient petit à petit sur un programme économique exclusivement libéral : elle ne défend plus les hausses de salaires ni la retraites à 60 ans. Tout comme la droite, ils ont eu du mal à s’opposer à la loi Travail tant elle va dans le sens de ce que veut le patronat et correspond à la logique actuelle du capitalisme, mais devant le rejet massif ils ont fini par se taire, tant ces questions créent des remous au sein même du FN entre les différents courants.

En fait, le FN est en état d’extrême tension. Une partie se veut compatible avec les institutions, le Medef, et évite de critiquer les travailleurs en lutte. Une autre veut rester dans les traces de Jean Marie : contre les syndicats, pour l’interdiction du droit de grève dans certains secteurs, pour les privatisations… Pour l’instant, l’appétit électoraliste de ceux qui désormais sont des politiciens ayant deux mandats d’élus (exit le non cumul prôné par le FN), fait qu’ils patientent tous jusqu’aux élections de 2017 et l’espoir qu’un fort score de Marine ouvre des possibilités de sièges de députés… le peuple ? seulement si ça permet de faire carrière.

En réalité, c’est bien l’absence d’opposition déterminée au capitalisme et à cette société divisée en classes qui permet au FN d’obtenir de forts scores électoraux.

Mais tous sont divisés et ne résisteraient pas à une véritable force politique de lutte à gauche du PS.

Par Virginie Prégny

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