Coup d’état fasciste, Chili 1973 : «ni perdon, ni olvido », ni pardon, ni oubli.

Manifestation du 1ermai 1973 à Santiago (Chili). Unis mais sans armes, les travailleurs chiliens subirons la violence de la dictature de Pinochet.

Manifestation du 1ermai 1973 à Santiago (Chili). « Créer un pouvoir populaire » ; unis mais sans armes, les travailleurs chiliens subirons la violence de la dictature de Pinochet.

Témoignage de Diana Ortega.

Le 11 septembre 1973, j’avais 15 ans et le lendemain je prenais ma carte aux Jeunesses Communistes.

Ce matin du 11 septembre donc, j’étais au lycée à la bibliothèque en train de finir un devoir quand l’inspectrice générale est venue nous dire qu’on devait tous partir à la maison. Sans savoir pourquoi on devait partir, j’étais contente car ça me laissait le temps de finir mon devoir.

Les élèves de Terminale géraient la vie lycéenne et notamment la défense du lycée. En effet, on faisait des gardes car dans cette période de l’Unité Populaire d’Allende au pouvoir, des commandos d’extrême droite «Patria y Libertad» voulaient prendre le lycée pour nous empêcher d’aller en cours. Quand on on est sorti dans la cour, on a fait une réunion et là, les élèves de Terminale nous ont dit ce qui se passait:

« Companeros, camarades, on va passer dans la clandestinité. Vous devez changer de nom car les fascistes arrivent avec les chars sur le palais de La Moneda et menacent de bombarder. »

On est parti à pied par groupes, vers le lieu de rendez-vous dans une commune qui s’appelle «El Bosque»où se t

rouvait la force aérienne!! Après quelques pas, à 2 ou 3 arrêts de bus, il y avait un commissariat de police. Les flics nous ont dit «Où allez vous?» et nous, on a répondu (on était gamins) «on va s’organiser pour défendre notre président». On a reçu des coups de pied aux fesses et ils nous ont dit de rentrer chez nous. Les bus ne circulaient plus, alors on a fait du stop. Le mec qui nous a pris, écoutait à la radio les marches militaires. Quand on lui a dit qu’on défendait Allende, ils nous a viré en disant «Bajen UPlientas »(à bas les unions populaires de merde). Tous ceux qui sont allés jusqu’à El Bosque, on ne les a jamais revu dont Léo, président de l’Association des élèves et membre des jeunesses Communistes.

Tous les membres de la famille, on se cherchait et c’était le plus important. Mon père travaillait dans une usine de métallurgie. Il faisait partie du Cordon (Comité )industriel de son usine «los Cerrillos». Le climat était bizarre, tout le monde marchait en silence dans les rues. On s’est réuni sur la place de mon quartier. On a écouté la radio et entendu les bombardements qui avaient commencé à 11h45. On a entendu aussi les premiers décrets des fascistes qui demandaient

aux responsables de l’Unité Populaire de se présenter spontanément car ainsi ils ne risqueraient rien! Les hélicoptères tournaient aux dessus de nos têtes mais on se demandait encore comment nous allions organiser la défense. Quand les hélicoptères sont descendus de plus en plus bas, je suis rentrée chez moi. J’étais toute seule. J’avais peur notamment pour mon père syndicaliste et militant actif du parti. Il pouvait être arrêté à tout moment. J’ai donc cherché tout le matériel qu’on pouvait avoir à la maison pour le faire disparaître. On l’a brûlé quand ma mère et mon frère sont rentrés. La nuit du 11 septembre, on n’a pas dormi à cause des feux de Bengale lancés depuis les hélicoptères sur la population des quartiers près de chez moi de La Legua et de la Victoria où il y avait des résistants Mon père est rentré une semaine plus tard car sa fabrique était encerclée par le régiment «guardia vieja». Le comité central où militait mon père a eu le temps de brûler la listes des membres et je pense que grâce à ça, il a échappé à la prison et à la mort.

Je me souviens qu’en apprenant la mort d’Allende, on a pleuré, tous dehors sur la place. Face à notre quartier populaire, de l’autre côté de la rue, il y avait des maisons avec des drapeaux chiliens sur le toit, habitées par des petits bourgeois qui se moquaient de nous les UPlientos. On ne pouvait que pleurer, on se sentait impuissant même face à eux.

Les travailleurs chiliens soutenant Allende en 1964.

Les travailleurs chiliens soutenant Allende en 1964.

Même si on était jeunes, on était très marqué politiquement, droite ou gauche. C’était une période d’affrontement avec la bourgeoisie (les Momies comme on les appelait).

Le 11 septembre 1973, c’était la fin de l’époque la plus belle de ma vie. J’ai pu aller au Théâtre Municipal pour la première fois voir une pièce de théâtre. Les travailleurs pouvaient aller suivre des cours le soir à l’université. Les bus pour aller à l’école étaient gratuits. Qu’est-ce qu’on a pu rire dans ces bus! Chaque enfant avait droit à un demi litre de lait..

Le 11 septembre, ils nous ont volé : la sécurité sociale, la santé publique, l’éducation gratuite, le cuivre nationalisé sans rachat le 11 juillet 1971… et tout ça dans les premiers jours de la dictature!

40 ans après ça reste pour moi comme si c’était aujourd’hui. J’entends les bruits des chars, des coups de matraques, des portes défoncées dans les maisons, les cris des gens sortis tout nus dans la rue au petit matin, les pleurs des femmes et des enfants et la peur au ventre qui nous envahissait et qui est toujours là.

40 ans après, ceux qui ont torturé, demandent pardon mais les familles des disparus et bon nombre de gens répondent: «ni perdon, ni olvido », ni pardon, ni oubli.

40 ans après, je suis convaincue que ce serait un bel hommage à rendre à tous les morts et tout le peuple qui souffre de leur rendre ce qui leur a été volé et que la démocratie bourgeoise ne leur a pas rendu

Cet hommage sera celui des luttes actuelles des travailleurs qui se battent pour reprendre tout ce qui été volé et veulent construire une société que j’avais rêvée et dégustée quand j’avais 15 ans.

Diana Ortega

11 septembre 2013

Syrie : NON à toute intervention impérialiste !

nonguerresyrieLa Russie fait une proposition concernant les armes chimiques.

 Alors que le sommet du G20 qui se tenait en Russie prenait fin, les diverses puissances capitalistes internationales étaient divisées en deux camps opposés concernant l’opportunité de lancer une attaque militaire en Syrie. Pendant ce temps, la volonté guerrière d’Obama rencontrait une forte opposition au sein des deux principaux partis politiques américains.

Aux USA, les membres du Sénat et de la Chambre des représentants étaient sous la forte pression de l’opinion publique, largement opposée à une intervention militaire. Il était bien incertain qu’Obama puisse obtenir l’approbation qu’il souhaitait. Les dirigeants du parti Républicain étaient divisés entre un ‘‘réalisme prudent’’ à l’instar du sénateur Rand Paul et l’interventionnisme agressif de l’ancien candidat républicain à l’élection présidentielle John McCain.

Les Démocrates, quant à eux, désirent éviter d’endommager la réputation d’Obama en votant contre lui, mais nombreux sont ceux qui craignent les conséquences qu’auraient un ‘‘oui’’. Pour Obama, perdre cette consultation constituerait un puissant coup porté à son prestige, à l’image de ce qu’a subi David Cameron face au refus du Parlement britannique. Voilà ce qui explique le changement d’attitude du gouvernement américain, vers d’éventuelles négociations concernant une supervision internationale des stocks d’armes chimiques syriens.

Face à une défaite possible au Congrès américain, il semble bien qu’Obama ait reçu une bouée de sauvetage politique inattendue de la part de son homologue russe Vladimir Poutine. Poutine a proposé que le régime syrien place ses armes chimiques sous la supervision des Nations Unies afin d’éviter les frappes aériennes sous commandement américain contre les bases militaires du régime syrien.

Une agression impérialiste n’est toutefois pas encore définitivement hors de vue. Tôt ou tard, en fonction des événements, il n’est pas exclu que David Cameron fasse par exemple son retour sur cette question en obtenant le soutien de dirigeant travailliste indécis Ed Miliband, dans l’opposition. La campagne anti-guerre doit être maintenue, avec l’implication de syndicalistes, de militants marxistes et autres. Il reste toujours d’actualité de clamer haut et fort : non à toute intervention impérialiste en Syrie ! Mais il faut aller plus loin.

Simplement s’opposer à l’intervention impérialiste est insuffisant, cela laisse la porte ouverte à un soutien au dictateur Assad. Pire, certains vont jusqu’à défendre l’idée erronée selon laquelle ‘‘les ennemis de nos ennemis sont nos amis’’. Il n’est pas non plus possible de prendre parti pour le camp des rebelles, liés soit à l’islam politique réactionnaire, soit à d’anciens dirigeants du régime. Chacune de ces forces défend des intérêts liés à l’exploitation et à l’oppression des masses. Notre seul camp, c’est celui de notre classe, celle des travailleurs, des jeunes, des opprimés ! Nous devons encourager son auto-organisation !
Cette tâche est immense, mais la Syrie n’est pas isolée du reste du monde : les processus révolutionnaires sont contagieux et avancent par vagues. Les luttes de masse en Tunisie et en Egypte s’orientent vers la chute du système lui-même et pas seulement vers celle d’un gouvernement capitaliste autoritaire qui sera remplacé par un autre. La construction d’un rapport de forces vers un régime basé sur la satisfaction des besoins des masses aura ses répercussions sur la Syrie et ailleurs. L’élément crucial sera la construction d’instruments de lutte (comités, syndicat et parti) afin d’unir et de défendre les travailleurs et les pauvres par-delà leur religion ou leur ethnie.

La machine de propagande est lancée

Dans sa tentative de gagner un soutien aux Etats-Unis, la machine de propagande d’Obama a été utilisée à plein régime, notamment en utilisant des vidéos d’images de victimes d’attaques de gaz chimiques réunies par l’opposition syrienne et la CIA. Ces images sont horribles, mais la question de savoir qui est véritablement responsable de ces actes reste en suspend, qu’il s’agisse de Bachar Al-Assad, de commandants militaires agissant sans son approbation (comme le rapporte le journal allemand Bild, en affirmant se baser sur des écoutes de l’armée allemande) ou des forces d’opposition.

De toute manière, la possibilité d’une attaque occidentale n’est pas fondamentalement basée sur l’emploi d’armes chimiques. Dans une lettre publiée par le Times le 5 septembre dernier, Lord Lamont (ancien ministre conservateur de Margareth Thatcher et de John Major) a rappelé qu’en 1988, l’Occident a fermé les yeux lorsque Saddam Hussein a utilisé du gaz moutarde et du gaz sarin contre les troupes iraniennes, tuant ainsi 20.000 personnes. Il a ajouté : ‘‘Un récent article paru dans le magazine US Foreign Policy a affirmé que les responsables américains qui ont donné connaissance à l’Irak des mouvements de troupes iraniennes savaient que des armes chimiques seraient utilisées contre eux.’’

Aucun missile américain n’empêchera que de armes chimiques soient à nouveau utilisées, ne tombent dans les mains de terroristes ou soient cachées ailleurs. Une attaque américaine ne constituerait rien d’autre qu’un acte sanglant destiné à défendre le prestige de la classe dirigeante américaine aux Etats-Unis et dans le monde et à protéger ses intérêts au Moyen-Orient, après qu’Obama ait imprudemment déclaré que l’utilisation d’armes chimiques serait une ‘‘ligne rouge’’.

D’autres répercussions seraient inévitables, comme de possibles attaques contre des bases américaines dans la région, des tirs de roquettes contre Israël, des attentats terroristes aux États-Unis et dans ses pays alliés ou encore une perturbation de l’approvisionnement en pétrole. Les tirs de missiles américains renforceraient également la perspective d’une escalade du conflit syrien et de sa propagation dans les pays voisins. Il y aurait également plus de réfugiés, alors que leur nombre atteint déjà le total phénoménal de six millions de personnes, à l’intérieur et à l’extérieur de la Syrie.

Toute l’ironie du sort est que la population syrienne pourrait bien plus courir le risque d’être victime d’armes chimiques dans le cas de frappes américaines. Il a ainsi été prouvé que les frappes aériennes américaines contre les usines d’armes chimiques de Saddam Hussein lors de la guerre du Golfe de 1991 n’ont pas détruit le gaz sarin mortel qui était visé, mais l’ont simplement répandu jusqu’à 600 km des bases militaires détruites.

Les masses voient à travers les projets des gouvernements

Ce qui se cache réellement derrière ‘‘l’humanitarisme’’ affiché par les gouvernements occidentaux afin de s’assurer le soutien de leur opinion publique est visible aux yeux de la majorité de la population des divers pays. Le soutien indéfectible des impérialistes occidentaux aux élites dirigeantes arabes répressives et dictatoriales ; le massacre de civils irakiens ; le soutien aux assauts du régime israélien contre Gaza ; l’assassinat de civils par des drones américains au Pakistan, en Afghanistan et au Yémen ; leur acceptation de la répression de l’armée en Egypte et beaucoup d’autres exemples illustrent que ces puissances savent soutenir une infâme brutalité lorsque cela leur convient.

Pour éviter de subir des pertes humaines et de s’embourber dans une intervention prolongée, les éventuelles frappes américaines prendraient très probablement la forme de missiles tirés à distance plutôt que de bombardements aériens. Cela endommagerait inévitablement les forces armées d’Assad, mais la Russie peut toujours le ravitailler, et sa supériorité militaire sur l’opposition syrienne pourrait être maintenue. Bachar Al-Assad profiterait en outre du ‘‘statut de victime’’, en particulier parmi sa base de soutien syrienne, russe et chinoise.

La guerre civile en Syrie a engendré une dynamique horrible de régulières atrocités, et ce des deux côtés. En laissant faire le régime vicieux d’Al-Assad et les capitalistes en herbe de l’opposition (et ses nombreuses nuances de division et de sectarisme), la guerre est susceptible de perdurer jusqu’à ce que les deux côtés aient utilisé jusqu’au bout leurs capacités militaires.

Beaucoup de puissances capitalistes étrangères se sont mêlées de ce conflit avec leurs prétendues ‘‘solutions’’ qui, toutes, illustrent leur faillite à offrir une solution capable de mettre un terme au cauchemar des masses syriennes.

Seule la construction d’organisations non-sectaires basées sur la force des travailleurs, démocratiquement gérées et coordonnées les unes les autres peut montrer une voie de sortie qui ne soit pas un cul-de-sac. Ces instruments de lutte auraient également besoin d’organiser une résistance armée des masses tant contre les forces du régime d’Al-Assad que contre toutes les milices dirigées par des forces réactionnaires motivées par le profit personnel, la division religieuse ou ethnique, et la vengeance.

Cette unité des travailleurs pourrait se développer grâce à l’attraction d’un programme de rupture anticapitaliste et socialiste posant clairement la question de la propriété collective des secteurs-clés de l’économie, dans le cadre d’une planification économique démocratiquement élaborée et visant à éliminer l’exploitation et la pauvreté.

Judy Beishon, Socialist Party (CIO-Angleterre et Pays de Galles)

Hollande-Ayrault : une politique pour les capitalistes!

Passation de pouvoir entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, à l’Élysée le 15 mai 2012. C'est bien plus que les clésdel'Elysée que Hollande a récupéré,il a aussi gardé la politique économique et sociale anti ouvrière et anti-jeunes de la droite "décomplexée"(AP/Thibault Camus)

Passation de pouvoir entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, à l’Élysée le 15 mai 2012. C’est bien plus que les clés de l’Elysée que Hollande a récupéré, il a aussi gardé la politique économique et sociale anti-ouvrière et anti-jeunes de la droite « décomplexée »(photo : AP/Thibault Camus)

Hollande et son gouvernement engagent les hostilités. Après le pacte de compétitivité, cadeau supplémentaire de 30 milliards d’euros à la bourgeoisie sous forme de crédit d’impôt et partiellement financés par une hausse de 10 milliards d’euros de la TVA, et les diverses reculades face aux patrons (patrons pigeons, Mittal), le gouvernement a définitivement montré le camp qu’il défend : celui des capitalistes. Les multiples attaques qui sont en cours ou qui sont annoncées font froid dans le dos !

La galerie des horreurs sociales

L’accord national interprofessionnel (ANI) signé par le MEDEF et certains syndicats avec la complicité clairement affichée du gouvernement, s’il est transposé en loi sera une véritable régression sociale qui accentuera la précarité et la flexibilité du travail (cf. article du numéro 159 à lire sur notre site).

Le gouvernement a décidé d’une nouvelle réforme des retraites. Si rien de précis n’est annoncé, puisque les discussions débutent seulement, il y a fort à parier que la durée de cotisation sera à l’ordre du jour. C’est une nouvelle attaque contre notre droit à la retraite qui s’ajouterait à la casse généralisée de la sécu. De plus en plus d’argent part vers l’assurance privée en général (dans l’ANI aussi ce serait un cadeau de plusieurs milliards grâce à la complémentaire santé) mais en plus le patronat veut réduire les pensions des complémentaires AGIRC-ARCCO de 5% !

Comme si la protection sociale n’était pas assez attaquée, le gouvernement Hollande-Ayrault a décidé de s’en prendre aux allocations familiales. Il veut les conditionner aux ressources, mettre un plafond maximum et les rendre imposables ! Cela représenterait une perte de 800 millions d’euros pour les familles.

Le taux de croissance étant revu à la baisse pour 2013 et 2014, il faut s’attendre à de nouvelles coupes budgétaires dans les services publics avec ce que cela veut dire en termes de restrictions des effectifs, de surcharge de travail et de stagnation des salaires, et les conséquences de dégradations des services rendus pour les usagers. Et ceci sans compter sur la dégradation des services publics dépendant des collectivités territoriales qui voient le financement se réduire ((postes en moins chez les travailleurs sociaux, augmentation du prix des cantines et des transports etc). Et Sûrement une hausse un peu plus forte des impôts locaux à la clé.

Pourquoi cette politique d’un gouvernement qui se dit de gauche ?

Les dizaines de milliards de cadeaux au patronat, l’ANI, les licenciements massifs, les coupes sombres dans les budgets publics sont différentes facettes de la même politique d’austérité. Cette politique tend à la fois à faire payer la crise aux travailleurs, travailleuses et à leur famille et à permettre de rompre avec la baisse de profitabilité des entreprises afin qu’elles puissent continuer à enrichir les actionnaires et les circuits spéculatifs, seul secteur à offrir encore aujourd’hui une rentabilité suffisante aux yeux des capitalistes.

Ces politiques ne sont que la continuation des politiques libérales menées depuis des décennies qui se sont accélérées à partir des années 90 alors que le mouvement ouvrier organisé refluait avec l’éloignement de la perspective de transformation socialiste de la société. Elles sont responsables de la crise et ne feront qu’aggraver la situation économique et sociale.

Les capitalistes sont devant une contradiction insoluble pour eux : la baisse du taux de profit due à l’accroissement de la concurrence entre eux dans le cadre de la mondialisation les pousse à baisser la masse salariale (baisse des salaires, licenciements). Mais ce faisant, ils réduisent la capacité des travailleurs à consommer et donc leur possibilité à réaliser plus de profits.

Cependant, le gouvernement est sur le fil du rasoir, car, contrairement aux différents gouvernements Sarkozy, les liens historiques qui le rattachent encore un peu aux ouvriers et aux classes populaires, qui l’ont mis au pouvoir en mai dernier, entravent quelque peu sa capacité à mener la politique voulue par la bourgeoisie sans subir la colère et la pression de ces couches populaires.

.Par Yann Venier
Paru dans l’Égalité n°160 (mai-juin 2013)

Pour les emplois, les salaires et les retraites : Tous en grève et manif le 10 septembre !

Affiche de Mai 68

Affiche de Mai 68

Un an et demi de Hollande et Ayrault, et on cherche encore le changement par rapport à Sarkozy. Ils nous abreuvent des mêmes phrases sur la fin de la crise qui serait pour demain ou le recul du chômage. En réalité, non seulement cela ne s’est pas arrangé mais c’est même pire.

 Hausse du chômage et fermetures d’entreprises.

Peugeot, Arcelor, Petroplus… demain Goodyear, Kem One etc. ?… La liste est longue de ces très grosses entreprises qui brassent des dizaines de milliards mais qui ferment des sites industriels, sans parler des licenciements et suppressions d’emplois (Renault, Air France…). Alors qu’il pouvait nationaliser certaines entreprises, Hollande n’a rien fait. Dans les services publics, les coupes budgétaires continuent, avec la dégradation des conditions de travail qui va avec et les suppressions d’emplois : santé, services municipaux…Et tout ca, sans parler de la hausse du prix de l’électricité et de la nourriture.

 Réforme des retraites Sarkozy-Fillon-Hollande ?

2 années de plus, c’est ce que devront travailler ceux nés après 1973. 43 annuités pour toucher une retraite, vu le taux de chômage notamment des jeunes, c’est la retraite à 68 ans dans les faits ! Et pour financer, retraités et cotisations sociales mis à contribution, et des entreprises qui se font promettre des déductions fiscales en échange d’une hausse très légère de leur contribution. Rien qui touche à leurs dizaines de milliards de profits ! Pourtant, le déficit des retraites, c’est 20 milliards prévus en 2020. La fortune de Bettencourt, propriétaire de L’Oréal suffirait à elle seule à combler ce déficit organisé. Une seule personne qui a accumulé une telle richesse sur le dos des travailleurs. Quant aux aides aux entreprises, c’est 200 milliards, largement de quoi régler tous les «déficits» et même créer des dizaines de milliers d’emploi. Voilà ce que ferait un vrai gouvernement de gauche au service de la population, des travailleurs et des jeunes.

 Il faut une opposition de gauche à Hollande-Ayrault

Le Ps et les Verts ne sont pas dans notre camp même si on peut trouver qu’ils sont moins pires que l’UMP. Ce qu’il faut, c’est une véritable opposition de gauche, qui combatte cette politique et ne se contente pas d’espérer infléchir la politique du PS. Le FdG de Melenchon aurait déjà pu lancer la construction d’une telle opposition au lieu de se déchirer sur leurs tactiques aux élections municipales. Il faut une vraie opposition de gauche qui défende un emploi pour tous en prenant sur les riches, qui refuse les politiques d’austérité et appelle à la lutte contre les mesures d’Ayrault-Hollande.

Le 10 septembre, tous en manif, tous en grève !

Afficher Préparation du 10 septembre 2013, CGT sur une carte plus grande

Le 10 septembre, il y a une journée d’action et de grèves pour l’emploi, les salaires et la défense des retraites. Quelque soit notre secteur ou l’attaque qu’on combat, utilisons cette journée ! Elle doit être un point d’appui pour tous ceux et celles qui veulent résister, aller dans le sens de construire une véritable lutte d’ensemble et défendre le projet d’une véritable opposition de gauche à ce gouvernement. Au delà, il nous faut une riposte pour cesser de subir les sales coups du gouvernement et des patrons. Les directions syndicales devraient appeler à une véritable journée de grève durant laquelle tous et toutes, jeunes, travailleurs, chômeurs, retraités, nous organiserions le blocage de l’économie, une grève totale à laquelle chacun saurait pourquoi il participe.

Hollande ou Sarkozy, les capitalistes ont tous les moyens pour continuer de nous faire payer la crise et exploiter davantage de travailleurs et de jeunes. Ça suffit !

– Pour de vrais emplois avec de vrais salaires !

– Non à la poursuite de la casse des retraites !

– Non aux fermetures de sites et aux plans sociaux : zéro licenciement !

– Nationalisation des grandes entreprises qui licencient sous la gestion et le contrôle des travailleurs et de la population

C’est en luttant tous ensemble autour de telles revendications qu’on s’en prendra vraiment aux racines des problèmes : les profits d’une poignée de capitalistes faits sur le travail de la majorité de la population et qu’on pourra construire une société débarrassée de l’exploitation, une société véritablement socialiste. N’hésitez pas à nous contacter pour des questions ou pour discuter.

Version PDF

www.gaucherevolutionnaire.fr/ email : grcontact@hotmail.com

Tunisie : Grandes manœuvres au sommet, profonde méfiance parmi les masses

La mobilisation se maintient pour exiger le départ de Ennahda

La mobilisation se maintient pour exiger le départ de Ennahda

L’alliance du Front populaire avec « Nidaa Tounes » provoque du remous dans la gauche.

Dans la foulée de l’assassinat politique du dirigeant de gauche nassérien Mohamed Brahmi, le 25 Juillet, une cascade de protestations a traversé tous les coins de la Tunisie. Une grève générale massive a secoué le pays le vendredi 26, et un ‘sit-in’ permanent a eu lieu depuis en face de l’édifice de l’Assemblée Nationale Constituante, à la place du Bardo à Tunis, rejoint par la suite par de nombreux manifestants venus des régions de l’intérieur pour marcher sur la capitale, déterminés à en découdre avec le pouvoir en place.

Le 6 août, la plus grande manifestation anti-gouvernementale depuis le meurtre de Brahmi a eu lieu, les estimations les plus sérieuses faisant état de plus de 450.000 manifestants. Le mouvement ‘Tamarrod’ (‘Rébellion’) affirme avoir recueilli plus de 1,7 million de signatures (à peu près 10% de la population) en faveur de la destitution du gouvernement de la ‘Troika’, dirigé par les islamistes d’Ennahda. Et dans les régions pauvres de l’intérieur du pays, les mobilisations ont été accompagnées par le développement de diverses structures de pouvoir révolutionnaires locales : dans certaines régions, les manifestants ont occupé les gouvernorats et mis en place des comités autogérés, en défi direct au gouvernement d’Ennahda.

Laïcs contre islamistes ?

Contrairement à ce qui a été clamé par de nombreux commentateurs dans les médias, les principaux acteurs de la bataille en cours ne sont pas simplement des ‘islamistes’ contre des ‘laïques’. Présenter les choses de cette manière tend à nourrir le jeu de pouvoir au sein de l’élite, une élite qui a tout intérêt à essayer d’obscurcir les questions de classe sous-jacentes.

Bien sûr, il serait faux de nier la colère de masse liée à la bigoterie religieuse de la clique au pouvoir, ainsi que les attaques et menaces perpétrées au nom de l’islam politique. L’encouragement du fondamentalisme religieux et les frontières poreuses entre Ennahda et certains groupes salafistes violents a sans aucun doute nourri la colère du peuple tunisien contre le régime actuel. Alors que chaque jour qui passe apporte son lot d’histoires d’attaques aux frontières, de menaces à la bombe ou de tentatives d’assassinats, la situation sécuritaire du pays et la menace de la violence terroriste sont devenus une préoccupation importante pour la population.

Les récentes déclarations gouvernementales caractérisant officiellement le mouvement salafiste extrémiste « Ansar al-Sharia » comme une «organisation terroriste» doivent être comprises dans ce contexte: il s’agit d’une tentative des dirigeants d’Ennahda d’écarter leurs propres responsabilités en affichant une certaine dose de pragmatisme politique envers la rue et le mouvement d’opposition, dans un geste désespéré pour tenter de restaurer leur crédibilité, quitte à s’aliéner certains de leurs alliés potentiels et une partie de leur propre base ultraconservatrice.

Les socialistes s’opposent sans ménagement à la tendance croissante au fondamentalisme religieux, utilisé comme un instrument d’oppression par le pouvoir en place, qui représente une grave menace pour la liberté d’expression et les droits démocratiques, en particulier en ce qui concerne ses effets corrosifs sur les femmes.

La manifestation en défense des droits des femmes appelée par le syndicat UGTT le 13 août a été ralliée par une foule nombreuse de dizaines de milliers de personnes, réclamant la chute du gouvernement. Cela indique que de nombreux manifestants intègrent très justement la lutte pour défendre les droits des femmes dans une lutte plus large contre le gouvernement actuel.

Mais si ces questions ont incontestablement joué un rôle important, le cœur de la lutte en cours remonte directement aux aspirations initiales de la révolution de 2010-2011, qui n’ont tout simplement pas été satisfaites.

Une enquête menée au début de 2011 indiquait que 78% des jeunes Tunisiens pensaient à ce moment-là que la situation économique s’améliorerait au cours des prochaines années, ce qui est bien loin de la réalité actuelle. Pour une grande partie de la population en effet, les difficultés croissantes de la vie quotidienne, la hausse constante des prix des denrées alimentaires, la terrible absence d’emplois pour les jeunes, l’état catastrophique des infrastructures publiques, les bas salaires et les conditions de travail épouvantables dans les usines, la marginalisation continue des régions de l’Ouest et du Sud, toutes les questions sociales au sens large fournissent le ‘carburant’ de la rage actuelle contre le gouvernement.

Dans la ville de Menzel Bourguiba, au Nord de Tunis, 4000 travailleurs ont été récemment licenciés du jour au lendemain sans préavis, après la fermeture totale de leur usine de chaussures. C’est à ce genre de préoccupations que la clique au pouvoir a été absolument incapable de répondre tout au long de son mandat.

Les enjeux ici portent sur qui détient le pouvoir économique dans la société, et au service de quels intérêts de classe le gouvernement travaille. En ce sens, tout gouvernement fonctionnant dans le cadre du système capitaliste, centré sur la maximalisation du profit pour les grosses entreprises (qu’il s’agisse d’un gouvernement avec Ennahda, avec des partis laïques, d’un ‘cabinet de technocrates’, d’un ‘gouvernement d’élections’, de ‘compétences’, d’unité nationale’ ou de n’importe quelle autre formule de ce genre) ne livrera rien d’autre que sensiblement la même politique, voire pire encore, pour la masse de la population.

Le caractère supposément ‘laïque’ du régime de Ben Ali, par exemple, ne l’a nullement empêché de détruire la vie des gens, d’écraser toute opposition à son règne, de briser le niveau de vie des travailleurs, et d’être finalement renversé par un mouvement révolutionnaire sans précédent.

Est-ce que ‘les ennemis de nos ennemis’ sont nos amis ?

Bien qu’ayant initialement subi des coups sévères par la révolution, les anciens vestiges du régime, les milieux et réseaux de l’ex-RCD, ainsi que les familles bourgeoises qui ont rempli leurs poches pendant les années Ben Ali, n’ont pas ‘disparu’. Ils sont toujours représentés à l’intérieur de l’appareil d’Etat, dans de nombreux secteurs de l’économie, dans les médias, dans de nombreux partis politiques, organisations et associations, ils ont aussi des connections, entre autres, au sein du régime algérien, et des liens avec les puissances impérialistes.

L’héritage politique le plus évident de l’ancien régime est le parti ‘Nidaa Tounes’ (=‘Appel pour la Tunisie’), épine dorsale de la coalition ‘Union pour la Tunisie’. Nidaa Tounes, dirigé par le dinosaure politique de 87 ans Beji Caïed Essebsi (une figure de premier plan pendant la dictature de Habib Bourguiba, qui dirigea le pays de 1957 à 1987) est essentiellement un refuge politique de vieille garde de la dictature: éléments liés à la bureaucratie qui constituait le tronc de l’ancien parti au pouvoir, groupes d’ intérêts avec des connections à l’intérieur de l’‘Etat profond’, riches capitalistes dont les intérêts commerciaux sont en conflit avec la stratégie d’Ennahdha, couplés avec toutes sortes de nostalgiques et parasites de l’ancien régime qui abusaient de leurs positions à travers le vaste système de népotisme.

Cependant, c’est précisément avec ce parti et avec ses partenaires politiques, tous farouchement défenseurs du ‘marché’, que les dirigeants de la gauche tunisienne ont décidé de conclure un accord politique, comme si l’élan populaire contre Ennahda, qui avait atteint un point de quasi-ébullition dans ​​les dernières semaines, rendait soudainement ces forces plus acceptables ou ‘amies’ de la révolution populaire.

En effet, après l’assassinat de Mohamed Brahmi, une alliance politique a été mise en place par la direction de la coalition de gauche du ‘Front populaire’ avec la coalition ’Union pour la Tunisie’, ainsi qu’avec d’autres forces de droite (y compris avec la principale fédération des patrons, l’UTICA). Cet accord a donné naissance à la création du ‘Front de Salut National’, dont l’objectif commun proclamé est de faire campagne pour la formation d’un gouvernement de ‘salut national’, dirigé par une soi-disant ‘personnalité nationale indépendante’.

Cette alliance a jeté un seau d’eau froide sur les désirs révolutionnaires de beaucoup de militants, à la base du Front populaire ainsi que parmi de nombreux jeunes et de travailleurs tunisiens. Cet accord ne fut pas une réelle surprise pour le CIO. Nous avions mis en garde depuis longtemps, dans notre analyse du caractère et de l’évolution de l’orientation du Front populaire au cours des derniers mois, contre la stratégie erronée, poursuivie par ses dirigeants, de la ‘révolution par étapes’: en gros, l’idée qu’il faut d’abord consolider la ‘démocratie’ et la réalisation d’un ‘État civil’, tout en reportant les tâches de la révolution socialiste à un avenir indiscernable.

Ce récent accord est le point culminant d’une telle approche erronée. S’unir contre l’ennemi islamiste commun, perçu comme une menace pour la démocratie, est devenue la ligne de justification pour la conclusion d’accords avec une force politique complètement réactionnaire, armée d’un programme néolibéral qui ne diffère en rien de fondamental de celui de ses opposants islamistes. Cet accord subordonne de facto les intérêts de la classe ouvrière et des pauvres, qui constituent la majorité des forces militantes du Front populaire, à des forces motivées par un programme résolument pro-capitaliste et pro-impérialiste.

Arguer du fait qu’un accord de cette nature est ‘nécessaire’ pour le mouvement afin d’être ‘suffisamment fort’ si l’on veut faire tomber le gouvernement actuel, comme certains l’ont prétendu, ne tient pas la route.

Le magnifique mouvement qui avait débuté après la mort de Brahmi a connu depuis une chute significative, la vague de grèves s’est en partie épuisée, et la composition de classe des manifestations de rue a également changé, ayant été partiellement reprise en charge par des forces pro-bourgeoises, déguisés pour l’occasion par les chefs de la gauche comme étant du côté du peuple. Une certaine nostalgie pour le régime de Bourguiba a également refait surface, avec une couche de manifestants essentiellement issus de la classe moyenne, encouragés par Nidaa Tounes et d’autres forces similaires, affichant des portraits de l’ancien autocrate dans les rues.

Cela ne signifie pas pour autant que le mouvement est ‘mort’. La situation reste extrêmement volatile, et la colère qui existe parmi de larges couches de la population tunisienne contre l’état général du pays, sur les plans à la fois social et politique, pourrait rapidement resurgir au travers de nouvelles explosions de masse.

Mais incontestablement, l’alliance entre la gauche et Nidaa Tounes & cie a eu pour effet immédiat d’affaiblir le mouvement de masse et la confiance des travailleurs et des jeunes dans ce pour quoi ils se battaient et sont sortis dans la rue au départ.

La campagne ‘Erhal’ (‘Dégage’) a été lancée par le Front de Salut National il y a deux semaines, dans le but de faire dégager les gouverneurs, administrateurs et dirigeants d’institutions publiques nommés par le gouvernement d’Ennahdha. Essebsi est sorti publiquement à la fin du mois d’août contre cette campagne, en disant qu’il ‘plaçait son soutien dans le concept de l’Etat’.

Cela montre encore une fois que Essebsi et ses forces poursuivent un agenda aux antipodes du mouvement révolutionnaire, en utilisant leur position pour tenter de briser la dynamique du mouvement, qui avait pourtant vu plusieurs exemples de structures de double pouvoir émerger dans diverses localités, et des gouverneurs et chefs locaux d’Ennahda chassés par la population.

Le côté ironique de l’histoire est que récemment, il a été révélé que des négociations secrètes avaient eu lieu à Paris entre Rached Ghannouchi, dirigeant d’Ennahda, et Essebsi lui-même, dans une tentative de trouver un accord commun entre les deux partis. Selon toute vraisemblance, ils ont été poussés dans le dos par les pays impérialistes, afin de désamorcer la crise actuelle et éviter une impasse politique prolongée qui pourrait exacerber les tensions et potentiellement donner lieu à de nouveaux soulèvements révolutionnaires.

Les centaines de milliers de jeunes, de travailleurs et de pauvres qui ont inondé les rues pour manifester leur colère contre le pouvoir en place durant le courant du mois dernier se rendent compte que toute cette énergie pourrait arriver à un accord pourri entre les deux principales forces de la contre-révolution, et tout cela avec l’accord tacite des dirigeants des principaux partis de gauche.

Turbulences à gauche

A nos yeux, c’est seulement autour des revendications de la classe ouvrière et des opprimés, ceux et celles qui ont fait la révolution et partagent un intérêt commun à la poursuite et à la victoire de celle-ci, qu’une alternative politique viable peut être construite, capable de répondre aux préoccupations profondes de la majorité.

C’est pour cette raison que beaucoup de militants, syndicalistes, chômeurs et autres sympathisants de la gauche radicale avaient accueilli avec enthousiasme les objectifs initiaux de la mise en place du Front Populaire: rassembler tous ceux et toutes celles qui ressentent la nécessité d’un pôle d’attraction révolutionnaire indépendant, explicitement distinctif, dans ses objectifs, à la fois d’Ennahda et des diverses forces néolibérales ou/et liées a l’ancien régime qui se trouvent dans l’opposition.

Pour les mêmes raisons, l’adoption, par les dirigeants du Front populaire, du ‘Front de Salut National’ rencontre maintenant de vives critiques et un remous croissant dans les rangs du Front Populaire et dans la quasi-totalité des partis qui le constituent. Un état de semi- révolte est en gestation dans certains de ces partis. Selon un militant de l’aile jeune du ‘Parti des Travailleurs’ (ex- PCOT), cité dans un article publié sur le site nawaat.org, « Au sein de notre parti, le gros de la jeunesse est contre cette alliance ». Dans le même article, un membre du syndicat étudiant UGET, et sympathisant du Front Populaire, fait également valoir qu’il est contre cette alliance « avec des libéraux, qui ont un projet à l’opposé du nôtre et qui sont dirigés par des personnes ayant eu des postes importants sous Bourguiba et Ben Ali ». Un autre partisan du Front Populaire explique: « Cette alliance est une faute sur le plan stratégique et une trahison des principes de la gauche. Nidaa Tounes est un parti de droite sur les plans économique et social, tout comme Ennahda, et c’est un lieu de recyclage pour des anciens du RCD. »

La LGO, le parti dans lequel les partisans du CIO ont été actifs depuis un certain temps, n’a pas été immunisée par ces développements. Une partie de la direction de la LGO s’est alignée sur l’orientation suivie par les principaux dirigeants du Front Populaire, laissant tomber leur revendication précédente pour un « gouvernement ouvrier et populaire autour de l’UGTT », et se cadrant au contraire dans la revendication de « gouvernement de salut national » préconisée par la direction du Front Populaire.

Le 3 Août, la LGO a produit une déclaration, reproduite sans la moindre critique en anglais sur le site ‘International Viewpoint’ (le site international du Secrétariat International de la Quatrième Internationale) arguant que « Pour faire face aux conditions économiques et sociales actuelles, il faut combattre les facteurs de l’hémorragie financière de l’Etat et augmenter ses ressources, afin de permettre au gouvernement de salut de mettre en œuvre son programme en se basant essentiellement sur nos propres capacités nationales ( … ) ». De manière incroyable, le texte va jusqu’à demander à « soumettre les cadres de l’Etat et ses rouages à un plan d’austérité strict » et exiger «une contribution de solidarité volontaire des salarié-es d’un jour de travail pendant six mois » !

Dès le premier jour des manifestations anti-gouvernementales après l’assassinat de Brahmi, le groupe de supporters du CIO a été le premier à sortir avec des tracts contestant cette orientation, refusant tout accord politique avec des forces qui défendent le capitalisme, exigeant une grève générale ouverte, et plaidant pour structurer la lutte dans tout le pays au travers de comités d’action de masse démocratiquement élus, afin de jeter les bases d’un «gouvernement révolutionnaire des travailleurs, des jeunes, des chômeurs et des pauvres, soutenu par l’UGTT et les militants du Front Populaire , l’Union des Chômeurs Diplômés (UDC) et les mouvements sociaux ».

En collaboration avec d’autres, les partisans du CIO en Tunisie sont désormais engagés dans un processus de recomposition de la gauche, en vue de fonder une nouvelle plateforme d’opposition, ouverte à tous, qui puisse organiser les militants du Front Populaire dissidents, et les travailleurs et les jeunes au sens large, autour d’un programme en adéquation avec les véritables aspirations de la majorité des Tunisiens.

Le mouvement de masse a un besoin urgent de construire sa propre organisation politique indépendante. Cela ne peut être fait, à nos yeux, qu’en rejetant résolument toute transaction avec des forces de classe étrangères telles que la coalition autour de Nidaa Tounes. Agir en conformité avec ces forces ne peut que conduire à la défaite ; l’appel aux sacrifices au nom du bien commun, voilés sous la bannière du «salut national » ou de toute autre façade similaire, servira en réalité à ouvrir la voie à de nouvelles attaques sauvages sur les droits et les conditions de vie des travailleurs et des masses pauvres en Tunisie, et de faire reculer la révolution pour les bénéfices de la classe capitaliste.

Tout indique qu’un « automne chaud» de grèves et de protestations sociales se profile en Tunisie. Si les batailles entre clans politiques au sommet peuvent, dans certaines circonstances, prendre le dessus sur les luttes sociales, et les dissimuler dans une certaine mesure, ces dernières ne peuvent être supprimées pour autant. Les couches de la classe ouvrière qui sont sorties pour réclamer la chute du gouvernement sont pleines d’amertume, et reviendront inévitablement sur ​​la scène pour réclamer leur du, et cela quelque soit le visage du nouveau gouvernement qui suivra la chute, quasi inévitable, de celui d’Ennahda.

La gauche doit se préparer à donner une direction effective à ces couches qui vont entrer en lutte dans les prochaines semaines et les prochains mois, et leur fournir une stratégie claire sur la façon dont elles peuvent enfin obtenir un gouvernement qui leur est propre et qui puisse représenter pleinement leurs intérêts. Le cas échéant, d’autres forces réactionnaires vont s’engouffrer dans le vide politique, et se voir offrir la possibilité de se présenter comme étant les meilleurs défenseurs soit de la foi, soit de «l’intérêt national», faisant usage d’une rhétorique sans contenu de classe afin de détourner les objectifs initiaux de la révolution et d’imposer leur agenda contre-révolutionnaire.

Les événements qui se déroulent en Égypte doivent servir d’avertissement: l’explosion révolutionnaire sans précédent du 30 Juin dernier contre le règne des Frères Musulmans a été détournée par les militaires, du fait que le mouvement ouvrier ne disposait pas de sa propre expression politique. L’ex-président de la Fédération égyptienne des syndicats indépendants (EFITU), Kamal Abou Eita, a accepté un poste de ministre du Travail et de l’Immigration dans le nouveau gouvernement post-Morsi. Une fois nommé à son poste, il a proclamé: «Les travailleurs, qui étaient champions de la grève sous l’ancien régime, doivent maintenant devenir champions de la production »! Les erreurs de certains dans la gauche égyptienne à avoir offert une caution à la prise du pouvoir par l’armée ont été utilisées pour désarmer politiquement les travailleurs et pour attaquer leurs luttes, tandis que les vestiges de l’« Etat profond » de l’ère Mubarak, certaines figures-clés de l’ancien régime, les services de sécurité intérieure et les réseaux de patronage de l’ex-parti au pouvoir le NPD font clairement un retour en force sur la scène.

Direction et programme

Ni Ennahda et ses partenaires au sein de la Troïka, ni ‘l’Union pour la Tunisie’, ni aucune des variations islamistes du type salafiste ou djihadiste, n’ont un programme sérieux de transformation économique à offrir aux masses. Tous utilisent différentes cartes idéologiques afin de sanctifier une société fondée sur des privilèges matériels considérables attribués à une poignée de gens, tandis que la majorité de la population doit accepter une spirale incessante vers le bas.

La gauche marxiste doit offrir un chemin visant à couper court aux divisions «religieux / non-religieux », à travers la construction d’une lutte commune de tous les travailleurs et les pauvres visant à renverser le capitalisme. Une telle lutte doit intégrer la défense de droits politiques égaux pour tous, y compris le droit de chacun et de chacune à pratiquer sa religion, ou de n’en pratiquer aucune, sans ingérence de l’État.

Les deux grèves générales de masse anti-gouvernementales qui ont déjà eu lieu en Tunisie cette année , parmi beaucoup d’autres exemples, ont démontré qu’il existe une volonté incontestable parmi la classe ouvrière, la jeunesse et les pauvres, de se battre pour un véritable changement révolutionnaire, et, pour commencer, de faire tomber le gouvernement actuel– à condition qu’il existe une direction digne de ce nom pour animer leur lutte. Mais c’est bien là que le bât blesse.

Comme un article de l’agence de presse ‘Reuters’ le mentionnait récemment, en faisant des références aux événements en Egypte «L’Union générale tunisienne du travail (UGTT ) n’a ni chars, ni ambitions militaires, mais elle peut se targuer d’une armée d’un million de membres qui éclipse les partis politiques, maintenant à couteaux tirés à Tunis. »

Pourtant, l’image assez révélatrice de manifestants tunisiens scandant « le peuple veut la chute de l’Assemblée nationale constituante », tandis que l’UGTT plaidait officiellement pour son maintien, a mis en évidence le contraste évident entre les «solutions» offertes par la direction nationale de l’UGTT et le sentiment qui règne parmi les masses.

Plutôt que de jouer le rôle embarrassant de conciliateurs entre le parti au pouvoir et l’opposition, et de réanimer sans cesse les tentatives futiles au ‘dialogue national’, rôle que les principaux leaders de l’UGTT ont joué allégrement dans le cours des dernières semaines, ces mêmes dirigeants auraient pu utiliser -et pourraient toujours utiliser- la force massive et influente de leur syndicat pour paralyser le pays du jour au lendemain et balayer d’un revers de la main le gouvernement et l’Assemblée Constituante. C’est ce que les partisans du CIO en Tunisie n’ont eu cesse de mettre en avant.

Un tel geste audacieux, déployant la pleine puissance du mouvement ouvrier organisé, couplée avec la mise en place de comités d’action élus démocratiquement et structurés dans tout le pays, pourrait servir de base pour contester et renverser le pouvoir en place et le remplacer par une Assemblée Constituante révolutionnaire, véritable Parlement des masses opprimées, basée sur la puissance et l’organisation du mouvement révolutionnaire dans tous les recoins de la Tunisie: dans les rues, dans les usines et les lieux de travail, dans les écoles et les universités, dans les quartiers, etc

Un gouvernement révolutionnaire des travailleurs, des jeunes et des pauvres pourraient couronner ce processus, et entamer ainsi la transformation de la société selon les désirs de la majorité de la population, en nationalisant les secteurs-clés de l’économie, afin d’élaborer une planification rationnellement organisée de la production pour répondre aux besoins sociaux de tout un chacun.

A cet effet, la reconstruction d’un front unique, sur la base d’une perspective de classe indépendante, armée d’un véritable programme socialiste et internationaliste, est à notre avis la seule voie vers la victoire révolutionnaire.

Serge Jordan, CIO

Syrie : Obama bat le tambour de guerre

mais tous les sondages montrent une majorité de la population opposée à toute intervention militaire impérialiste.

Dans le contexte de la préparation des débats qui prendront place la semaine prochaine au Congrès américain au sujet d’une intervention militaire américaine en Syrie, le président Obama a suggéré qu’il faudrait dépasser le cadre d’attaques ‘‘limitées et proportionnelles’’ destinées à ‘‘endommager les capacités de production d’armes chimiques en Syrie’’ et adopter une stratégie à plus long terme orientée vers un ‘‘changement de régime.’’

Après le revers subi par Obama la semaine dernière quand le premier ministre britannique David Cameron a été battu et humilié par un vote à la Chambre des communes opposé à une participation des forces britanniques à une attaque contre la Syrie, l’administration américaine tente d’obtenir d’autres soutiens pour son projet guerrier. Les médias internationaux de droite ont lancé toute une campagne de propagande impérialiste visant à justifier une nouvelle guerre contre un pays du Moyen-Orient. Obama a commencé une tournée européenne, un voyage culminant avec sa participation au sommet du G20 à Saint-Pétersbourg en Russie, afin de tenter de persuader des dirigeants de soutenir sa stratégie.

Le véritable caractère impérialiste de cette menace militaire est de plus en plus clair pour la population, partout à travers le monde. Le fait qu’Obama ne s’oppose pas le moins du monde à l’emprise croissante de l’armée sur le pouvoir en Égypte, où se taise à propos de la répression continue au Bahreïn (un petit pays arabe qui sert de base à la Cinquième flotte de la marine de guerre américaine), ne sont que les derniers exemples en date qui illustrent son hypocrisie.

L’intervention militaire américaine qui pointe à l’horizon n’a rien à voir avec la protection des civils face à la féroce répression du régime de Bachar el-Assad, mais bien avec le renforcement de la domination impérialiste occidentale et américaine dans cette région cruciale. L’intervention ne va pas mettre un terme à la guerre civile de plus en plus sectaire qui a cours dans le pays, elle ne fera au contraire que l’aggraver.

Cependant, les sondages révèlent une opposition massive de la part de la population des Etats-Unis, comme partout ailleurs, contre cette idée d’une intervention militaire en Syrie. Les manifestations anti-guerre grossissent de jour en jour ; et les diverses sections du Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO) y participent.

 La situation en Syrie :

Les évènements qui avaient commencé en tant que mouvement d’opposition pacifique de la jeunesse, sous l’inspiration des révolutions en Égypte et en Tunisie, se sont transformés il y a deux ans en un conflit militaire qui est devenu de plus en plus sectaire et religieux, avec des massacres perpétrés de part et d’autre.

Les dirigeants du régime proviennent essentiellement de la minorité alaouite, une branche dérivée de l’islam chiite. Le président el-Assad est soutenu par l’Iran et par son allié le Hezbollah libanais, tandis qu’il reçoit des armes de Russie, qui le soutient à l’ONU.

Les rebelles sont dominés par des musulmans sunnites, qui constituent environ 70 % de la population du pays. Leurs représentants officiels sont étroitement liés à l’Arabie saoudite, au Qatar, aux États-Unis et à la Turquie.

Le pays est divisé en zones militaires. L’armée d’el-Assad contrôle un corridor qui part du sud et qui va jusqu’à la côte de la mer Méditerranée en passant par Damas (la capitale). Cet été, le régime a repris le contrôle de la ville de Qousseir et de la région autour de Homs.

Les forces rebelles contrôle la plupart du nord et de l’est de la Syrie, y compris la ville de Racca et une partie de la plus grande ville du pays, Alep. Les rebelles sont divisés entre eux ; il y a des combats entre les diverses milices regroupées au sein de la coalition dénommée “Armée syrienne libre”, dirigée par des renégats du régime el-Assad, et les puissants groupes islamistes extrémistes – comme la section locale d’Al-Qaïda, al-Nosra, et son rival au sein d’Al-Qaïda, les troupes de l’“État islamique d’Irak et du Levant”, qui a envoyé des milliers de combattants à partir d’Irak.

La troisième zone rebelle, au Nord-Est, est la région du Kurdistan occidental, contrôlée par les troupes kurdes dirigées par leur parti, le PYD (Partiya Yekîtiya Demokrat, Parti de l’union démocratique). Les Kurdes constituent un dixième de la population syrienne. Leur région a récemment été attaquée par des islamistes, et des dizaines de milliers de personnes se sont enfuies au-delà de la frontière, vers l’Irak.

 La résistance est croissante contre les plans impérialistes d’Obama :

Non à l’attaque américaine en Syrie !

Une intervention militaire américaine en Syrie semble de plus en plus probable. Mais les projets guerriers d’Obama reçoivent beaucoup moins de soutien que ce qu’il avait escompté initialement, même parmi les alliés traditionnels des Etats-Unis.

L’angoisse et la souffrance de la population dans la Syrie ravagé par la guerre ont déjà empiré à cause de la simple menace d’une intervention américaine. Après deux ans et demi d’une guerre civile sanglante, la Syrie est à présent un pays en ruines, où il n’y a rien à manger, pas d’électricité, pas d’eau, et la plupart des gens se sont retrouvé sans emploi. Plus de 150.000 personnes ont été tuées pendant ces deux dernières années, selon les déclarations de petites organisations socialistes dans la région qui s’opposent à la fois au régime d’Assad et au projet d’intervention américaine.

Le flot de réfugiés n’a fait que s’intensifier au cours de ces dernières semaines. On trouve à présent plus de 2 millions de réfugiés dans les pays voisins, dont un million au Liban et un million réparti entre la Jordanie et la Turquie.

Les images atroces de centaines de personnes tuées et de milliers de blessés suite au recours aux armes chimiques, publiées il y a deux semaines, ont choqué la population partout dans le monde. Obama et d’autres politiciens occidentaux ont profité de cette situation pour utiliser à leur avantage le sentiment populaire selon lequel ‘‘Il faudrait quand même faire quelque chose !’’

Mais un grand flou demeure concernant ces accusations d’utilisation d’armes chimiques. Les enquêteurs de l’ONU ne devraient pas rendre leur rapport avant la mi-septembre. Le gouvernement américain prétend cependant avoir des preuves que le régime de Bachar el-Assad est derrière ces attaques chimiques. Ces preuves n’ont toutefois toujours pas été publiées. Et le souvenir des “preuves” de la présence d’armes de destruction massive en Irak (présentées afin de justifier l’invasion de 2003), qui s’étaient révélées montées de toute pièce, reste vivace.

Les États-Unis eux-mêmes sont loin d’être innocents quand on parle de l’utilisation d’armes chimiques. De récentes révélations ont par exemple montré que la CIA a aidé Saddam Hussein à employer des armes chimiques lors de sa guerre contre l’Iran en 1980-88.

Après la défaite humiliante du premier ministre britannique David Cameron devant son propre parlement, Obama a décidé d’attendre de recevoir le soutien du Congrès américain qui se réunira à Washington ce lundi 9 septembre. Pendant ce temps, d’autres alliés potentiels des États-Unis ont déjà refusé de leur accorder un soutien. La Ligue Arabe (qui représente différents gouvernements du monde arabe) et l’Otan ont déclaré être d’accord sur le fait de punir le régime de Bachar el-Assad, mais refusent de participer à une intervention militaire. La Jordanie s’est elle aussi déclarée contre toute participation à l’effort de guerre.

Derrière Obama, le secrétaire d’État John Kerry et le vice-président Joe Biden ont eux aussi accusé le régime d’el-Assad d’être responsable des attaques chimiques, mais ont déclaré ne vouloir qu’une attaque ‘‘limitée’’. ‘‘Notre objectif n’est pas d’obtenir un changement de régime, mais de modifier le rapport de force en Syrie et de mettre un terme à la guerre civile. Nous interviendrons pour seulement un jour ou deux, puis nous partirons’’, a finalement dit Obama à CNN. Obama a de plus insisté sur le fait que cette intervention serait selon lui nécessaire pour la sécurité des États-Unis eux-mêmes. Cet objectif fort flou – “punir” – était aussi l’argument servi par Cameron afin de convaincre le Royaume-Uni de suivre les États-Unis dans leur guerre. Mais il a été battu à 285 voix contre et 272 pour au Parlement ; les députés ont en effet bien senti le sentiment anti-guerre qui vit dans le pays, en plus de la colère qui gronde contre la politique d’austérité extrême mise en place par le gouvernement de droite. Trente-neuf parlementaires issus du Parti Conservateur de David Cameron et des Libéraux-Démocrates (au pouvoir en coalition avec les Conservateurs) ont voté contre, tout comme l’opposition du Parti Travailliste. Et même si le Parti Travailliste reste, comme d’habitude, ouvert à un éventuel changement de position, Cameron a été forcé d’admettre qu’il est clair que ni le Parlement, ni le peuple britannique ne veulent voir la moindre intervention militaire. Un sondage effectué par la BBC a en effet montré que 75 % des Britanniques sont contre toute participation de leur pays à cette guerre.

Les États-Unis connaissent un problème similaire avec leur propre opinion publique. Selon un sondage de l’agence Reuters, seuls 9 % de la population américaine sont absolument en faveur d’une intervention militaire en Syrie. Même en France, où le président Hollande est le premier à vouloir partir en guerre, la pression est grandissante pour un vote au Parlement avant toute prise de décision.

Même des think tanks impérialistes, comme l’International Crisis Group (un club d’anciens politiciens internationaux), ont exprimé une profonde inquiétude quant au bien-fondé de ce projet de guerre. Selon l’IUnternational Crisis Group, cela pourrait conduire à une aggravation de la crise en Syrie et dans toute la région. Le même groupe mentionne également le fait que de pires massacres ont eu lieu bien plus tôt au cours de cette guerre civile, sans déclencher une telle réaction.

Mais les États-Unis subissent une pression de deux côtés à la fois. Une attaque qui ne mènera à rien mis à part à la mort d’encore plus de civils ne renforcera pas la position d’Obama. En remettant ce plan à plus tard, cela donne la possibilité à la Maison Blanche de travailler l’opinion publique jusqu’à obtenir un soutien qui lui permettrait d’aller plus loin que le projet d’intervention “sur mesure” en “deux ou trois jours” dont on parle à présent.

 Quels facteurs suggèrent la possibilité d’une attaque américaine ?

Obama aura à présent beaucoup de problèmes pour tout simplement laisser tomber cette affaire. Il a annoncé haut et fort au cours de ces derniers mois que l’usage d’armes chimiques constituait une “ligne rouge” à ne pas franchir sous peine de susciter une riposte immédiate de la part des États-Unis. Ce qui est en jeu ici est la puissance et le prestige de l’impérialisme américain, qui doit prouver qu’il est toujours capable de jouer le rôle de “gendarme du monde” – surtout vis-à-vis de l’Iran. Le Moyen-Orient est une région extrêmement importante sur le plan stratégique, en premier lieu à cause de son pétrole.

L’impérialisme américain a perdu une grande partie de son aura après les guerres d’Irak et d’Afghanistan. La supériorité militaire et plus de 100.000 soldats dans chacun de ces pays n’ont pas pu livrer les victoires espérées, mais n’ont fait que laisser derrière eux des pays divisés, ravagés par les bombes et totalement détruits sur le plan économique.

Six vaisseaux de guerre américains armés de missiles Tomahawk sont déjà stationnés dans la mer Méditerranée et dans le golfe Persique. Obama déclare que, en tant que commandant suprême des forces américaines, il a le droit d’ordonner une attaque même sans l’avis du Congrès, bien qu’il affirme également qu’il lui sera possible d’obtenir le soutien du Congrès lors de sa prochaine réunion.

 Peut-on éviter une attaque ?

C’est très peu probable. Si l’opinion anti-guerre parvenait à forcer les députés à voter contre le projet d’intervention, Obama pourrait se cacher derrière cela, mais le fait d’annuler son projet affaiblirait fortement sa position.

 Qu’est-ce qui a retenu Obama jusqu’à présent ?

Une nouvelle guerre serait très certainement une nouvelle défaite pour les États-Unis, tout en consommant une quantité invraisemblable de ressources dans un pays qui est déjà ravagé par la crise économique.

Cette question a été résumée le mois passé par le général Mantir Dempsey, chef d’état-major américain, et commandant des troupes en Irak en 2003 et 2004. Pour prendre le contrôle des capacités d’armes chimiques de la Syrie, il faudrait selon lui ‘‘une zone d’exclusion aérienne combinée à des attaques aériennes et par des missiles de la part de centaines d’avions, sous-marins et autres engins. Il faudrait des milliers de soldats des Forces spéciales et autres fantassins afin d’attaquer et sécuriser les sites les plus importants. Les coûts seraient considérables : plus de 1000 milliards de dollars par mois.’’ Même une attaque limitée requerrait des centaines d’avions et de navires.

Dempsey a aussi attiré l’attention sur le fait que les États-Unis n’ont aucun allié fiable du côté rebelle, alors que la plupart des batailles sont aujourd’hui de plus en plus menées par des milices djihadistes liées à Al-Qaïda. Selon lui, les dix dernières années ont démontré que ‘‘Nous devons anticiper et être prêts à des conséquences non-désirées de nos actions. Si les institutions du régime s’effondrent sans qu’il n’y ait une opposition valable pour en prendre le contrôle, nous allons sans le vouloir renforcer les extrémistes ou forcer l’usage des armes chimiques que nous voudrions justement bannir.’’

Quel genre d’attaque américaine ? Combien de temps va-t-elle durer ?

Sans doute s’agira-t-il d’une attaque par des missiles Tomahawk avec une puissance de feu massive, tirés à partir des quatre vaisseaux de guerre stationnés dans la Méditerranée. La Turquie a également proposé la mise à disposition de sa fameuse base aérienne İncirlik, comme c’était le cas au cours des deux guerres d’Irak.

Dès le départ, on a parlé de frappes qui ne dureraient que quelques jours. Mais Kerry parle à présent d’une “stratégie” visant à accroitre le soutien pour l’opposition en Syrie, afin de ‘‘modifier la dynamique’’ de la guerre. Depuis cet été, les États-Unis ont ouvertement envoyé des armes aux groupes rebelles de leur choix.

Personne ne croit qu’une attaque si brève puisse renverser le régime de Bachar el-Assad. Le bombardement du Kosovo et de la Serbie par l’Otan en 1999 a duré 78 jours, sans que Milošević ne quitte le pouvoir. En Libye, Kadhafi n’a été renversé qu’au prix de 26.000 raids aériens sur 6000 cibles militaires.

 Comment les rebelles ont-ils réagi à la menace d’intervention américaine ?

L’Armée syrienne libre (ASL) s’est prononcée en faveur de cette attaque, mais veut qu’elle soit étendue afin de détruire l’armée de l’air syrienne. Par contre, elle refuse toute invasion par des troupes au sol. La Coalition nationale syrienne critique le report de l’attaque par Obama, qui pour elle révèle un ‘‘manque de leadership’’ et démontre qu’Obama est un ‘‘président faible’’.

On voit comme toujours énormément de confusion parmi les différents groupes de gauche. En Suède, les partisans des rebelles les plus proéminents au sein de la gauche, Gote Kilden et Benny Asman (tous deux membres du SUQI, Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale), ne s’opposent pas à une intervention américaine : ‘‘En tant que socialistes, nous ne sommes pas pacifistes, et ne renions donc pas à l’opposition le droit de dire oui à une intervention et d’en tirer un avantage militaire. L’opposition ne possède pas ce qu’elle désire le plus – ses propres armes afin de se défendre. Donc, bien entendu, nous ne nous opposons pas aux frappes aériennes à venir.’’ Ces partisans des rebelles sont passés à côté du fait que si la lutte en Syrie a bien débuté par une révolte populaire de masse, elle a depuis longtemps dégénéré en une brutale guerre civile avec des abus commis des deux côtés, tandis que les groupes djihadistes jouent un rôle de plus en plus grand dans la lutte contre el-Assad.

 Quel pourrait être le résultat d’éventuelles frappes aériennes ?

Les frappes aériennes causeront d’énormes pertes civiles et encore plus de dégâts à l’infrastructure. Les “frappes de précision” et les attaques “sur mesure”, cela n’existe pas. Pour la population, cela signifiera plus de souffrances et d’incertitude.

Pour l’armée syrienne, cela constituera un test très important. On a vu les armées irakienne et libyenne désintégrées dès le moment où elles ont été attaquées par la plus grande machine de guerre militaire du monde. Mais même l’intervention fort limitée en Libye a finalement duré plusieurs mois.

Les faucons reconnaissent qu’une attaque entraînera des pertes civiles. Les missiles et les frappes aériennes causeront une destruction sans nom, alors qu’une attaque de courte durée ne va vraisemblablement pas permettre de chasser el-Assad du pouvoir ni de modifier le cours des évènements d’une quelconque manière. Mais si le régime est affaibli, les tensions entre les différents groupes rebelles vont s’accroitre. Le risque est donc de voir un chaos prolongé comme c’est le cas en Iraq ou comme on l’a vu au Liban pendant sa guerre civile.

Les États-Unis et leurs alliés doivent en outre s’attendre à la vengeance des alliés de la Syrie, comme le Hezbollah libanais et l’Iran. Cela pourrait entraîner la propagation de la guerre à travers le Moyen-Orient, ce qui est d’ailleurs déjà en cours de préparation avec la hausse des attaques terroristes en Irak et au Liban.

L’impérialisme américain sera encore plus détesté que jamais partout au Moyen-Orient. Le niveau de soutien accordé à cette attaque par la population occidentale sera plus faible que ce qu’il était au moment des guerres d’Irak et de Libye, et sera encore plus réduit dès le moment où les effets de cette guerre deviendront clairs.

  •  Non à l’intervention impérialiste des États-Unis et de ses alliés en Syrie ! Retrait de toutes les troupes étrangères !

  • Construction de comités de défense non-sectaires d’auto-défense des travailleurs et des pauvres contre les attaques sectaires de tous les bords !

  • Droits nationaux, démocratiques et religieux pour l’ensemble des groupes ethniques !

  • Élections démocratiques pour une assemblée constituante révolutionnaire !

  • Pour une confédération socialiste volontaire du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.

Par Per-Åke Westerlund, Rättvisepartiet Socialisterna (CIO-Suède)