Par où commencer ? Lénine

La nécessité d’un parti marxiste centralisé pour abattre le tsarisme. Un journal politique comme organisateur collectif.
Un article de l’Iskra qui annonce « Que Faire ? ».

Lénine, 1901

Par où commencer ?

Ces dernières années, la question : « Que faire ? » se po­se avec force aux social-démocrates russes. Il ne s’agit plus de choisir une route (comme c’était le cas à la fin des an­nées 80 et début des années 90), mais de déterminer ce que nous devons faire pratiquement sur une route connue, et de quelle façon. Il s’agit du système et du plan d’activité pratique. Il faut avouer que cette question, essentielle pour un parti d’action, relative au caractère et aux modalités de la lutte, est toujours sans solution et suscite encore par­mi nous de sérieuses divergences, qui témoignent d’une instabilité et de flottements de pensée regrettables. D’une part, la tendance « économiste », qui s’attache à tronquer, à rétrécir le rôle de l’organisation et de l’agitation politi­ques, est encore loin d’être morte. D’autre part, continue à porter la tête haute la tendance de l’éclectisme sans prin­cipes qui s’adapte à toute nouvelle « orientation » et est incapable de distinguer entre les besoins du moment et les buts essentiels et les exigences permanentes du mouvement pris dans son ensemble. Comme on sait, cette tendance a pris racine dans le Rabotchéïé Diélo1.Sa dernière déclara­tion-« programme », le retentissant article portant le titre retentissant « Un tournant historique » (n°6 du Listok du « Rabotchéïé Diélo2»), confirme de façon éclatante cette définition. Hier encore, nous étions en coquetterie avec l’« économisme », nous nous indignions de la condamnation catégorique portée contre la Rabotchaïa Mysl3, nous « mi­tigions » la façon dont Plekhanov envisageait la lutte con­tre l’autocratie; aujourd’hui, nous voilà déjà citant la phrase de Liebknecht : « Si les circonstances changent en 24 heures, il faut aussi en 24 heures changer de tactique »; nous parlons déjà de créer une « solide organisation de combat » pour attaquer de front, pour livrer assaut à l’absolu­tisme; de faire « une large agitation politique révolutionnaire (comme nous y allons : politique et révolutionnaire à la fois !) dans les masses »; de lancer « un appel incessant à la protestation dans la rue »; « de préparer des manifestations publiques d’un caractère politique bien tranché » (sic), etc., etc.

Nous pourrions, certes, exprimer notre satisfaction de voir le Rabotchéïé Diélo assimiler si vite le programme for­mulé par nous dès le premier numéro de l‘Iskra4: consti­tuer un parti solidement organisé, visant non seulement à arracher des concessions de détailmais à enlever la for­teresse même de l’autocratie. Cependant, l’absence chez nos assimilateurs de tout point de vue bien ferme, est de nature à gâter tout notre plaisir.

Le nom de Liebknecht est, il va de soi, invoqué à tort par le Rabotchéïé Diélo. En 24 heures, on peut modifier la tactique de l’agitation sur quelque point spécial, modifier un détail quelconque dans l’activité du Parti. Mais pour changer, je ne dirai pas on 24 heures, mais même en 24 mois, ses conceptions sur l’utilité générale, permanente et abso­lue d’une organisation de combat et d’une agitation politi­que dans les masses, il faut être dénué de tout principe direc­teur. Il est ridicule d’invoquer la diversité des circons­tances, le changement des périodes : la constitution d’une organisation de combat et l’agitation politique sont obli­gatoires dans n’importe quelles circonstances « ternes, pa­cifiques », dans n’importe quelle période de « déclin de l’es­prit révolutionnaire ». Bien plus, c’est précisément dans ces circonstances et dans ces périodes qu’un pareil effort est nécessaire, car au moment de l’explosion, de la conflagra­tion, il est trop tard pour créer une organisation; elle doit être déjà prête, afin de déployer immédiatement son activité. « Changer de tactique on 24 heures ! » Mais pour on changer, il faut au préalable en avoir une. Or, sans une organisation solide, rompue à la lutte politique en toutes circonstances et en toutes périodes, il ne saurait même être question de ce plan d’action systématique établi à la lumière de principes fermes, suivi sans défaillance, qui seul mérite le nom de tactique. Voyez en effet : on nous assure déjà que le « mo­ment historique » pose à notre parti un problème « absolu­ment nouveau », celui de la terreur. Hier, ce qui était « ab­solument nouveau », c’était le problème de l’organisation et de l’agitation politiques; aujourd’hui, c’est celui de la terreur. N’est-il pas singulier d’entendre des gens aussi ou­blieux de leurs antécédents parler d’un changement radical de tactique ?

Heureusement, le Rabotchéïé Diélo a tort. Le problème de la terreur n’a rien de nouveau. Il nous suffira de rappe­ler brièvement les conceptions établies de la social-démocra­tie russe.

Sur le plan des principes, nous n’avons jamais rejeté ni ne pouvons rejeter la terreur. C’est un des aspects de guerre, qui peut convenir parfaitement, et même être indis­pensable à un certain moment du combat, dans un certain état de l’armée et dans certaines conditions. Mais le fait est justement qu’on nous propose aujourd’hui la terreur non point comme l’une des opérations d’une armée combattante, opération étroitement rattachée et articulée à tout le système de la lutte, mais comme un moyen d’attaque isolée, indépendant de toute armée et se suffisant à lui-même. D’ailleurs, à défaut d’une organisation révolution­naire centrale et avec des organisations révolutionnaires locales faibles, la terreur ne saurait être autre chose. C’est bien pourquoi nous déclarons résolument que, dans les cir­constances actuelles, la terreur est une arme inopportune, inopérante, qui détourne les combattants les plus actifs de leur tâche véritable et la plus importante pour tout le mouvement, et qui désorganise non pas les forces gouver­nementales, mais les forces révolutionnaires. Souvenez-vous des derniers événements : sous nos yeux, la grande masse des ouvriers et du « bas peuple » des villes se ruait au combat, mais il manquait aux révolutionnaires un état-major de dirigeants et d’organisateurs. Dans ces conditions, si les révolutionnaires les plus énergiques se consacrent à la terreur, ne risquons-nous pas d’affaiblir les détachements de combat, les seuls éléments sur lesquels on puisse fonder un espoir sérieux ? N’avons-nous pas à craindre une ruptu­re de liaison entre les organisations révolutionnaires et ces foules dispersées d’hommes mécontents, protestant et prêts au combat, dont la faiblesse ne tient qu’à leur dispersion ? Or, cette liaison est le gage unique de notre succès. Loin de nous l’idée de refuser toute importance à des coups hé­roïques isolés, mais notre devoir est de mettre en garde de toute notre énergie contre cet engouement pour la terreur auquel tant de gens sont si enclins aujourd’hui, au point d’y voir notre arme principale et essentielle. La terreur ne sera jamais un acte de guerre à l’égal des autres : dans le meilleur des cas, elle ne convient que comme l’une des formes de l’assaut décisif. La question se pose : pouvons-nous, au moment actuel, appeler à cet assaut ? Le Rabotchéïé Diélo pense probablement que oui. Du moins, il s’écrie « Formez les colonnes d’assaut ! » Mais c’est là encore un zèle mal inspiré. Le gros de nos forces est formé de volontai­res et d’insurgés. En fait d’armée permanente, nous n’avons que quelques petits détachements, et encore ils ne sont pas mobilisés, n’ont pas de liaison entre eux, ne sont pas entraî­nés à se former en colonnes d’une façon générale, sans mê­me parler de colonnes d’assaut. Dans ces conditions, tout homme capable d’envisager l’ensemble de notre lutte, sans s’en laisser distraire à chaque « tournant » de l’histoire, doit comprendre que notre mot d’ordre, à l’heure actuelle, ne saurait être « A l’assaut ! », mais bien « Entreprenons le siège en règle de la forteresse ennemie ! » En d’autres ter­mes, l’objectif immédiat de notre Parti ne peut pas être d’appeler toutes les forces dont il dispose à se lancer dès maintenant à l’attaque, mais d’appeler à mettre sur pied une organisation révolutionnaire capable de rassembler toutes les forces et d’être le dirigeant non seulement en titre, mais réel, du mouvement, c’est-à-dire une organisation tou­jours prête à soutenir chaque protestation et chaque explo­sion, en les mettant à profit pour accroître et endurcir une armée apte à livrer le combat décisif.

La leçon des événements de février et de mars5 est si suggestive qu’on ne rencontre guère aujourd’hui d’objec­tions de principe à cette conclusion. Seulement, ce que l’heure présente réclame de nous, ce ne sont pas des principes, mais une solution pratique. Il ne suffit pas de voir clairement quel type d’organisation est nécessaire, et pour quel tra­vail précis, il faut en tracer le plan, de façon à pouvoir commencer à la bâtir, de tous les côtés à la fois. Vu l’urgence et l’importance de cette question, nous nous décidons, pour notre part, à soumettre à l’attention des camarades l’esquisse d’un plan que nous développerons plus longue­ment dans une brochure en cours de préparation6.

A notre avis, le point de départ de notre activité, le premier pas concret vers la création de l’organisation sou­haitée, le fil conducteur enfin qui nous permettrait de faire progresser sans cesse cette organisation en profondeur et en largeur, doit être la fondation d’un journal politique pour toute la Russie. Avant tout, il nous faut un journal, sans quoi, toute propagande et toute agitation systémati­ques, fidèles aux principes et embrassant les divers aspects de la vie, sont impossibles. C’est pourtant là la tâche cons­tante et essentielle de la social-démocratie, tâche particu­lièrement pressante aujourd’hui, où l’intérêt pour la poli­tique et le socialisme s’est éveillé dans les couches les plus larges de la population. Jamais encore on n’avait senti avec autant de force qu’aujourd’hui le besoin de complé­ter l’agitation fragmentaire par l’action personnelle, les tracts et les brochures édités sur place, etc., par cette agita­tion généralisée et régulière que seule la presse périodique permet. On peut dire sans crainte d’exagération que la fré­quence et la régularité de parution (et de diffusion) du jour­nal permet de mesurer de la façon la plus exacte le degré d’organisation atteint dans ce secteur vraiment primordial et essentiel de notre activité militaire. Ensuite, il nous faut, très précisément, un journal pour toute la Russie. Si nous n’arrivons pas et tant que nous n’arriverons pas à unifier l’action que nous exerçons sur le peuple et sur le gouvernement par la presse, ce sera une utopie de penser coordonner d’autres modes d’action plus complexes, plus difficiles, mais aussi plus décisifs. Ce dont notre mouvement souffre le plus, sur le plan idéologique et sur celui de la pratique, de l’organisation, c’est de la dispersion, du fait que l’immense majorité des social-démocrates est à peu près totalement absorbée par des besognes purement locales qui réduisent à la fois leur horizon, l’envergure de leurs efforts, leur accoutumance et leur aptitude à l’action clandestine. C’est dans cette dispersion qu’il faut chercher les racines les plus profondes de cette instabilité et de ces flot­tements dont nous avons parlé plus haut. Aussi le premier pas à franchir pour échapper à ce défaut, pour faire conver­ger plusieurs mouvements locaux en un seul mouvement commun à toute la Russie, doit être la fondation d’un jour­nal pour toute la Russie. Enfin, il nous faut absolument, un journal politique. Sans journal politique, dans l’Europe moderne, pas de mouvement qui puisse mériter la qualifi­cation de politique. Sans cela, impossible de venir à bout de notre tâche concentrer tous les éléments de méconten­tement et de protestation politiques pour en féconder le mouvement révolutionnaire du prolétariat. Nous avons fait le premier pas, nous avons suscité dans la classe ouvrière la passion des révélations « économiques », touchant la vie des fabriques. Nous devons faire le pas suivant : éveiller dans tous les éléments un peu conscients de la population la pas­sion des révélations politiques. Ne nous inquiétons pas si les voix accusatrices en politique sont encore si faibles, si rares, si timides. La cause n’en est nullement dans une résignation générale à l’arbitraire policier. La cause, c’est que les hommes capables d’accuser et disposés à le faire n’ont pas de tribune du haut de laquelle ils puissent parler, pas d’auditoire écoutant avidement et encourageant les orateurs, et qu’ils ne voient nulle part dans le, peuple de force à laquelle il vaille la peine d’adresser ses plaintes contre le gouvernement « tout-puissant ». Mais maintenant tout cela change avec une extrême rapidité. Cette force exis­te, c’est le prolétariat révolutionnaire; il a déjà prouvé sa volonté non seulement d’entendre et de soutenir un appel à la lutte politique, mais encore de se jeter hardiment dans la mêlée. Nous avons aujourd’hui le moyen et le devoir d’offrir au peuple tout entier une tribune pour faire le procès du gouvernement tsariste : cette tribune doit être un journal social-démocrate. La classe ouvrière russe, à la différence des autres classes et catégories de la société russe, manifeste un intérêt soutenu pour les connaissances politiques et pré­sente constamment (non pas seulement dans les moments d’effervescence particulière) une énorme demande de publi­cations illégales. Etant donné cette demande massive, la formation déjà amorcée de dirigeants révolutionnaires expé­rimentés, le degré de concentration atteint par la classe ou­vrière et qui lui assure en fait la maîtrise des quartiers ou­vriers des grandes villes, des centres usiniers, des bourgs industriels, la fondation d’un journal politique est parfai­tement à la mesure du prolétariat. Par l’entremise du prolétariat, le journal pénétrera parmi la petite bour­geoisie des villes, les artisans des campagnes et les paysans et deviendra ainsi un véritable organe politique po­pulaire.

Le journal ne borne pas cependant son rôle à la diffu­sion des idées, à l’éducation politique et au recrutement d’alliés politiques. Il n’est pas seulement un propagandiste collectif et un agitateur collectif; il est aussi un organi­sateur collectif. On peut à cet égard le comparer à l’échafau­dage dressé autour d’un bâtiment on construction; il ébau­che les contours de l’édifice, facilite les communications entre les différents constructeurs, à qui il permet de répartir la tâche et d’embrasser l’ensemble des résultats obtenus par le travail organisé. Avec l’aide et à propos du journal se constituera d’elle-même une organisation permanente, qui ne s’occupera pas seulement d’un travail local mais aussi général et régulier, habituant ses membres à suivre de près les événements politiques, à apprécier leur rôle et leur influence sur les diverses catégories de la population, à trouver pour le parti révolutionnaire la meilleure façon d’agir sur ces événements. Les problèmes techniques – la fourniture dûment organisée au journal de matériaux, sa bonne diffusion – obligent déjà à avoir un réseau d’agents locaux au service d’un seul et même parti, d’agents en rela­tions personnelles les uns avec les autres, connaissant la situation générale, s’exerçant à exécuter régulièrement les diverses fonctions fragmentaires d’un travail à l’échelle de toute la Russie, s’essayant à la préparation de telle ou telle action révolutionnaire. Ce réseau d’agents7 sera justement la carcasse de l’organisation qui nous est nécessaire suffisamment étendue pour embrasser tout le pays; suffi­samment large et diverse pour réaliser une division du tra­vail stricte et détaillée; suffisamment ferme pour pouvoir on toutes circonstances, quels que soient les « tournants » et les surprises, poursuivre sans défaillance sa besogne propre; suffisamment souple pour savoir, d’une part, évi­ter la bataille à découvert contre un ennemi numériquement supérieur qui a rassemblé toutes ses forces sur un seul point, et, d’autre part, profiter du défaut de mobilité de cet enne­mi et tomber sur lui quand et où il s’y attend le moins. Aujourd’hui nous incombe la tâche relativement facile de soutenir les étudiants qui manifestent dans les rues des grandes villes. Demain la tâche sera peut-être plus mal­aisée, comme celle de soutenir le mouvement des sans-tra­vail dans telle ou telle région. Après-demain, nous devrons être à nos postes pour prendre une part révolutionnaire à une révolte paysanne. Aujourd’hui nous devons exploiter la tension politique qu’a engendrée le gouvernement par sa campagne contre les zemstvos. Demain nous devrons encou­rager l’indignation de la population contre les abus de tel ou tel bachi-bouzouk tsariste et contribuer, par le boycotta­ge, les campagnes d’excitation, les manifestations, etc., à lui infliger une leçon qui le fasse battre on retraite pu­bliquement. Pour arriver à ce degré de préparation au com­bat, il faut l’activité permanente d’une armée régulière. Et si nous groupons nos forces dans un journal commun, nous verrons se former à l’oeuvre et sortir du rang non seule-ment les plus habiles propagandistes, mais encore les orga­nisateurs les plus avertis, les chefs politiques les plus capables du Parti, qui sauront à point nommé lancer le mot d’ordre de la lutte finale et on assumer la direction.

En conclusion, deux mots pour éviter un malentendu possible. Nous avons parlé tout le temps d’une préparation systématique, méthodique, mais nous n’avons nullement voulu dire par là que l’autocratie ne pouvait tomber que par suite d’un siège en règle ou d’un assaut organisé. Ce se­rait raisonner en absurde doctrinaire. Il est fort possible et bien plus probable sur le plan historique, au contraire, qu’elle tombe sous le choc d’une explosion spontanée ou d’une de ces complications politiques imprévues qui mena­cent constamment de tous côtés. Mais il n’est point de parti politique qui puisse, sans tomber dans l’esprit d’aventure, régler sa conduite sur des explosions et des complications hypothétiques. Nous devons poursuivre notre chemin, ac­complir sans désemparer notre labeur systématique, et moins nous compterons sur l’inattendu, plus nous au­rons de chance de n’être jamais pris de court par les « tournants historiques. »

Première parution en mai 1901 dans le n°4 de l’Iskra

1 Le RabotchéïéDiélo (La cause ouvrière) était une revue « économiste » publiée par l’ « Union des Social-Démocrates russes à l’étranger ». Elle paraîtra de 1899 à 1902 et son orientation est amplement critiquée par Lénine dans Que Faire ?

2 Il s’agit d’un supplément au Rabotchéïé Diélo.

3 La Rabotchaïa Mysl (La Pensée Ouvrière) était un autre organe économiste qui parût de 1897 à 1902. Son orientation est aussi amplement critiquée dans Que Faire ?

4 L’Iskra (L’étincelle) était le journal de Lénine. Y participaient également Plekhanov, Martov, Axelrod, V. Zassoulitch, puis Trotsky. Le journal sera l’épine dorsale du combat pour construire un parti marxiste en Russie et paraitra de 1900 à 1903 sous cette forme. Après la scission entre bolchéviques et menchéviques, l’Iskra passe sous contrôle menchévique.

5 En février et mars 1901, manifestations et grèves se succèderont à travers la Russie.

6 Il s’agit de Que Faire ?

7 Il va de soi que ces agents ne pourraient travailler avec profit que s’ils étaient très proches des comités locaux (groupes, cercles) de notre Parti. En général, tout le plan esquissé par nous demande na­turellement pour sa réalisation le concours le plus actif des comités, qui ont tenté maintes fois l’unification du Parti et qui, nous en som­mes persuadés, obtiendront cette unification un jour ou l’autre, sous une forme ou sous une autre. (Note de l’auteur)

Retraites : prenons dans les profits des grands patrons !

Une crise en chasse une autre... et ce sont toujours les travailleurs qui trinquent. Ras le bol de payer leur crise! Dessin : http://blog.fanch-bd.com

Une crise en chasse une autre… et ce sont toujours les travailleurs qui trinquent. Ras le bol de payer leur crise! Dessin : http://blog.fanch-bd.com

On pouvait s’en douter, l’économie ne redresserait pas, tout le monde le disait sauf le gouvernement. Et pour cause, cela lui fourni désormais le prétexte qui fallait pour justifier de nous faire payer encore et cette fois-ci, ce sera sur les retraites.

A la fin-mai, la Commission européenne recommandait à la France différentes « réformes » ultra-libérales en matière économique et sociale : ouverture à la concurrence, assurance-chômage, niveau du Smic, et surtout retraites. Evidemment, le gouvernement est d’accord avec ça. Mais en cette période de vive contestation de l’Union européenne dans toute l’Europe (et en souvenir aussi du vote majoritaire pour le « Non » au traité constitutionnel européen à 55% en 2005), il fallait finasser. Hollande a donc « brandi la souveraineté de la France face aux demandes de Bruxelles », comme titrait Le Monde, pour ensuite s’aligner sur les « recommandations » du rapport de Yolande Moreau et celui de la Cour des Comptes qui vont dans le même sens que la bureaucratie européenne… Sur le fond, ça ne change rien, ce seront toujours les travailleurs, les chômeurs, les retraités, qui vont devront trinquer.

Démographie, que de crimes on commet en ton nom !

Sans préciser encore les modalités de leurs attaques, Hollande et Ayrault ont déjà repris les justifications prétendument démographiques que Sarkozy, Fillon et Woerth employaient en 2010 pour reporter l’âge du départ et augmenter le nombre d’annuités nécessaires selon la bonne vieille méthode qu’on peut faire tout dire à des chiffres.

Les tranches d’âge nées au moment du baby boom arrivent à l’âge de la retraite et pour ne rien arranger, on vit plus longtemps ! Si le premier point est vrai, le second est plus contestable : c’est surtout l’espérance de vie à la naissance qui a augmenté du fait de la baisse de la mortalité infantile et, de plus, l’espérance de vie en bonne santé, malgré les progrès médicaux, reste en dessous de 70 ans, surtout chez les ouvriers. Et les statistiques démographiques nous fournissent bien d’autres renseignements, notamment sur le chômage. Il y a plus de 3 millions de chômeurs complets et près de 2 autres millions de précaires et de temps partiels imposés. Si les travailleurs doivent attendre 2 ans de plus pour avoir droit à une retraite à taux plein, de deux choses l’une : soit ils sont déjà au chômage (parce que les mêmes patrons qui veulent reculer l’âge de la retraite ne se gênent pas pour virer les vieux) et ils y resteront 2 ans de plus, soit ils sont encore au boulot et c’est un jeune qui attendra 2 ans de plus son premier emploi !

Le rapport entre les actifs et les inactifs restera le même mais, c’est vrai, plus tard on part à la retraite et moins long est le temps pendant lequel on touche celle-ci…

Déficits, que de crimes on commet en ton nom !

Le budget des retraites a énormément augmenté depuis que les travailleurs y ont droit et notamment depuis que l’âge d’accès a été ramené à 60 ans. Mais comme la productivité a encore augmenté beaucoup plus vite, leur financement n’a jamais appauvri le pays. La part des profits dans le PIB a elle aussi grandi et c’est bien là qu’il faudrait chercher pour payer les retraites sans réduire leur montant. De même, si le chômage n’était pas maintenu aux alentours de 10% par l’absence d’embauche dans le secteur public ou par le refus de combattre les licenciements , les cotisations suffiraient à supprimer tous les déficits sociaux, maladie, accidents du travail, retraite, famille et, bien sûr, chômage. Sans parler des scandaleuses exonérations de charges sur les bas salaires ! Pourquoi nos experts en démographie ne nous parlent-ils jamais de ces chiffres-là ?

L’heure n’est donc absolument pas à retarder le départ en retraite, mais au contraire à revenir à la situation d’avant 1993, quand travailleurs du public et du privé pouvaient partir à la retraite après 37,5 annuités de travail. L’offensive du PS joue aussi sur la division entre les catégories de travailleurs.

La différence avec la méthode Sarkozy, c’est que pour satisfaire la CFDT, friande des grandes négociations, le pouvoir a promis la « concertation » la plus large ce qui va donner un prétexte à ne pas s’opposer de manière frontale à de nombreux dirigeants syndicaux. Ce n’est pas gagné d’avance car la participation de toutes les confédérations à la Conférence Sociale des 20 et 21 juin sans rapport de force et surtout sans dire par avance qu’il est hors de question que les travailleurs et les retraités payent un centime n’est as à la hauteur de l’enjeu. Alors que des milliers de travailleurs se battent en ce moment dans des dizaines d’entreprises, contre des fermetures, ou contre l’aggravation de leurs conditions de vie et de travail, c’est le même vent de révolte qu’en Egyp te, au Brésil ou en Turquie qui doit nous inspirer et porter jusqu’à septembre. A défaut de grève préventive en juin, il faut préparer dès maintenant celle qui s’impose à la rentrée quand Hollande abattra ses cartes, une journée de grève massive, déterminée, capable de stopper l’économie et de dire : non, ce n’est pas à nous de payer pour que les grands patrons et les riches continuent d’amasser leurs milliards. Pur les retraites, qu’on prenne dans les profits, dans les dizaines de milliards d’euros d’aide que reçoivent les patrons !

Licenciements chez Michelin : c’est du lourd!

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Des piquets de grève ont refoulé les poids lourds qui se présentaient devant les portes de l’usine Michelin de Joué-lès-Tours lundi 10 juin 2013. source : lesechos.fr

 

Le groupe Michelin dont les résultats financiers sont en progression de 25% vient d’annoncer la restructuration de sa ligne poids lourds Europe. La conséquence en serait l’arrêt de fabrication de l’usine de Joué les tours(37) et la suppression de 700 emplois sans parler des empois menacés chez les sous traitants. Là encore c’est tout un bassin d’emplois qui est en danger.

En réponse à ce plan de la direction, 2000 à 3000 salariés de tous les sites Michelin,dont 450 venus de Joué les tours se sont rassemblés devant le siège du groupe à Clermont-Ferrand le 26 juin lors d’un CCE extraordinaire. Pour dire « non à la fermeture de l’usine de Tours » et « aucun licenciement. »

C’était la première manifestation d’une lutte qui ne fait que commencer.

 

La nature dégradée par l’homme ou par le mode de production capitaliste?

Depuis plusieurs années, on assiste à une multiplication des alarmes sur la dégradation de l’environnement. A grand renfort d’annonces, les sommets (coûteux) rassemblent des milliers de spécialistes, les chefs d’Etat… le tout à grand renfort d’avions spéciaux et polluants. En France, on a eu droit à un «Grenelle» de l’environnement. Aux Etats-Unis, l’administration Obama nous a servi la thèse des «emplois verts» pour dynamiser la croissance. C’était avant la catastrophe pétrolière du Golfe du Mexique. Depuis, c’est une autre musique.

Une «urgence» récente ?

Toute une série de «spécialistes», de journalistes, de politiciens, etc. se sont donc transformés en grands défenseurs de la nature, poussant sans cesse des cris d’alarme: la planète est en danger, le réchauffement climatique menace l’espèce humaine etc.

L’écologie est devenu un excellent moyen d’arriver aux affaires politiques ou économiques. Ce recyclage est d’autant plus massif que pour les capitalistes, il y a là de nouveaux marchés. Et pour beaucoup, s’ériger en grand défenseur de la nature est un job très bien payé: émissions de télévision, sponsors, réceptions officielles…

Ce qu’il y a de pratique dans ce phénomène, c’est l’accusation de l’Homme en lui-même. Soit il est présenté comme une sorte de corps étranger à la nature, soit il est désigné comme responsable de tout cela, quelle que soit la position qu’il occupe dans la société. Cette approche populiste satisfait évidemment gouvernements et grands patrons qui se trouvent ainsi à égalité de responsabilités avec le simple travailleur.

Et là où le phénomène est encore plus pratique, c’est que seule la forme du mode de production est critiquée, et jamais le fond. Une aubaine pour les capitalistes qui peuvent ainsi faire de toutes ces préoccupations un nouveau marché sans jamais changer la structure fondamentale de l’économie.

Pourtant, face aux conséquences probables pour une partie de la population de la dégradation de l’environnement, une taxe ou des normes gouvernementales ne vont pas changer les choses. Le système capitaliste est basé sur l’exploitation en but de faire du profit: exploitation des travailleurs, et également exploitation des ressources naturelles au moindre coût possible pour les rendre les plus rentables possibles. Déjà, dans les années 1840, le cofondateur du marxisme, Friedich Engels décrivait comment l’industrie textile détruisait la santé des travailleurs et l’environnement.

Mythes et réalité

La Terre est en mouvement. Dans l’espace mais aussi dans sa structure. La nature se modifie sans cesse et évolue. La question est celle du rythme. A l’échelle de l’existence de l’espèce humaine, il y a un semblant d’équilibre. A l’échelle d’espèce ayant des millions d’années d’existence, il y a une transformation. Certaines espèces ont disparu, d’autres sont apparues. Mais les modifications, et notamment celle de l’atmosphère, ne se sont jamais faites à un tel rythme. Et c’est là que réside la principale inquiétude, largement fondée, de toutes les personnes, militantes ou pas, qui se préoccupent réellement de la dégradation de l’environnement et/ou en subissent les conséquences.

Il n’est pas facile, au milieu du fouillis de déclarations alarmantes et de fausses analyses scientifiques destinées à justifier telle ou telle mesure, d’établir les « preuves » du réchauffement climatique.

Ce qui est sûr, c’est par exemple que la concentration en CO2 dans l’atmosphère est en augmentation constante et rapide : de plus de 30% depuis la moitié du 19ème siècle. Ceci a été établi par l’analyse des glaces de l’antarctique qui emprisonnent à chaque époque donnée un échantillon de l’atmosphère terrestre. Cette hausse est due certainement dans une large mesure à l’activité industrielle sans cependant pouvoir dire dans quelle proportion ni établir l’impact de cela sur le réchauffement de l’atmosphère. Il y a effectivement une hausse de la température moyenne sur terre depuis un siècle et demi (d’environ 0,8°) mais ce phénomène n’a pas été constant et ce n’est que depuis les années 70 que cette hausse s’est accélérée de manière constante.

Néanmoins, certains facteurs ne dépendent pas de l’activité humaine; ainsi le 20ème siècle a également connu une hausse de l’activité éruptive du soleil.

On a également une accélération de la hausse du niveau des mers depuis le début des années 70. La hausse du niveau des mers est un phénomène normal pour la période interglaciaire dans laquelle nous nous trouvons, mais l’accélération soudaine de ces deux dernières décennies peut très bien elle aussi être liée à un réchauffement atmosphérique.

Enfin, toute une série de phénomènes (hausse de la gravité des ouragans, fonte des glaciers…) laissent penser également que l’atmosphère se modifie plus rapidement que dans les siècles précédents.

Des exemples plus éloquents encore

Même sans pouvoir trancher ce débat sur le rapport entre l’activité humaine et le réchauffement climatique, les exemples sont nombreux de l’incompatibilité du capitalisme avec la protection de l’environnement. Et contrairement à ce qui fait le fond de commerce des écologistes «officiels» ce ne sont pas des normes gouvernementales, des taxes ou des chartes qui obligeront les capitalistes à changer leur mode de production. A tel point que pour faire le maximum de profits dans un minimum de temps, ils peuvent eux même se placer dans une situation de perdre beaucoup. L’exemple récent le plus frappant et le plus révoltant est bien évidemment la catastrophe causée par British Petroleum dans le golfe du Mexique.

L’assouplissement de la législation de protection de l’environnement décidée par les Etats-Unis n’est pas la seule responsable. Ce qui est vraiment à l’origine de la pire marée noire de l’histoire, menaçant des centaines de km de côtes, la faune, la flore, l’activité de milliers de travailleurs… c’est cette course au profit qui a fait que BP a foré à des profondeurs où aucune technologie ne peut pour le moment réparer un accident comme l’explosion du conduit de forage.

BP avait en plus minimisé la sécurité (vannes de secours non installées, refus d’arrêter le pompage alors que des éléments, comme une hausse de la pression dans le conduit, indiquaient qu’une explosion allait se produire). On sait depuis aussi que BP a menti sur la quantité exacte de pétrole qui s’échappe chaque jour du puits, qui semble être de plus de 40 000 barils par jour (soit plus de 6 millions de litres de pétrole). Le coût dépasse largement les 2 milliards d’euros pour BP et bien plus pour les fonds publics. BP fait de l’agitation médiatique en permanence sachant qu’en fait ils n’ont pas de vraie solution (sauf peut être un deuxième forage qui ne sera possible qu’au mois d’août, 4 mois après le début de la catastrophe et en pleine saison des ouragans) et qu’il est possible que le pétrole continue de s’échapper pendant encore longtemps.

Comble du cynisme, une très modeste tentative d’imposer une suspension des forages en mer pour 6 mois a été refusée par la justice états-unienne à la demande de 32 compagnies pétrolières.

Pas de solution à la question environnementale dans le cadre du capitalisme

Le capitalisme ne s’intéresse aux questions que s’il existe un marché et un moyen de faire des profits. Les éoliennes, les panneaux solaires… ne sont pas fabriqués pour préserver l’environnement mais parce que c’est un marché, qui plus est subventionné par l’argent public. Ces sources d’énergie officiellement plus «vertes» ne règlent pas d’ailleurs le problème de fond.

Les capitalistes ne laisseront jamais des normes environnementales rogner sur leurs profits sauf sous la pression de mobilisation de masse des travailleurs et de la population. D’ailleurs, c’est avant tout les travailleurs sur leur lieu de travail qui subissent les premiers effets de la pollution : depuis l’amiante jusqu’aux poussières et aux gaz toxiques.

Et les normes ne suffiraient pas. Les capitalistes essaient de les remettre en cause de mille et une manière, légales ou non, quitte à transférer les parties les plus polluantes dans d’autres pays, tout comme ils essaient de remettre en cause toute législation sociale entravant leurs profits.

Ce n’est que si les travailleurs prennent le contrôle de l’économie, en l’organisant pour la satisfaction des besoins de tous, que pourra réellement être réorganisée la production de manière à préserver l’environnement. Seul le socialisme, par la nationalisation des principaux moyens de production, de transport et de distribution sous le contrôle et la gestion démocratique des travailleurs et de la population, pourra ainsi en finir avec cette course aux profits qui détruit les vies et le cadre de vie des travailleurs et des couches populaires.

Il y a urgence, car avec la crise et l’intensification de la concurrence entre les capitalistes, le paramètre environnemental va être toujours plus ignoré pour permettre un taux de profit satisfaisant. Et les écologistes «officiels» pourront continuer d’en faire leur fond de commerce mais la catastrophe continuera.

Article par ALEX ROUILLARD

Que se passe-t-il en Égypte ?

 

Le pouvoir a dispersé le mercredi 14 août par la force et avec une violence extrême les deux places au Caire que les Frères Musulmans occupaient depuis plus de six semaines. Il y aurait eu, à l’heure où nous écrivons, 638 morts et 4 000 blessés selon le ministère de la santé ( beaucoup plus selon les Frères Musulmans). La majorité des victimes sont des pro-Morsi de ces deux places mais aussi de nombreuses villes d’Égypte où les manifestations des Frères Musulmans et leurs alliés islamistes dénonçant le pouvoir ont été brutalement réprimées par les forces de police.

En riposte, les Frères Musulmans ont attaqué plusieurs commissariats et sièges de gouvernorats, des sièges de parti laïcs, mais aussi et surtout brûlé ou saccagé de nombreuses églises et bâtiments chrétiens coptes (70 selon les autorités coptes dont écoles et orphelinats semble-t-il) comme des voitures, maisons, magasins appartenant à ces derniers. Parmi les victimes, il y aurait donc aussi une cinquantaine de policiers, un certain nombre de coptes et quelques journalistes.

Par ailleurs, contre les violences des Frères Musulmans à l’encontre des chrétiens et souvent aussi de certains résident de quartiers, des contre manifestations de résidents ont eu lieu dans différentes villes notamment à Suez où les mouvements de je

 

unesse de la ville ont prononcé un couvre feu spécial pour les Frères Musulmans, pendant qu’ils s’en prenaient également aux biens de ces derniers, voitures ou magasins.

Au prétexte du chaos, le pouvoir a décrété le couvre feu et l’état d’urgence pour un mois au Caire et dans 11 gouvernorats sur 18, nommant à la tête de chacun de ces gouvernorats un général à la retraite pour la durée de l’état d’urgence en même temps qu’il assurait de sa volonté de la poursuite du processus électoral qu’il garantit pour 2014.

Le vice président El Baradei du FSN a démissionné pour protester contre la brutalité du pouvoir. Le parti salafiste Al Nour, le Mouvement du 6 avril ( démocrates révolutionnaires) et les Socialistes Révolutionnaires (trotskystes) ainsi que le responsable de Al Azhar (autorité religieuse musulmane) ont dénoncé les violences du gouvernement en place, alors que la grande majorité des partis ( opposition libérale, démocrates, nassériens, gauche…) soutenaient les mesures d’évacuation des places prises par le gouvernement avec, parfois, seulement quelques bémols sur la méthode.

Aujourd’hui, vendredi 16 août, les Frères Musulmans appellent à de nouvelles manifestations pour dénoncer le régime et ses violences, en défiant le couvre feu ( 19 h) dont la répression pourrait être tout aussi sanglante, sinon plus.

Pour essayer de comprendre ce qui s’est passé et tenter de se faire une idée de où cela peut aller, retournons un peu en arrière.

De juin 2012 à juin 2013: montée du mouvement social et discrédit croissant des Frères Musulmans

Une tentative de coup d’état militaire fin juin 2012 échoue devant une menace de soulèvement populaire. Son but était de mettre fin à l’agitation incessante qui traverse le pays depuis janvier 2011, manifestations, grèves, occupations, sit-in, blocages de routes, voies ferrées et bâtiments officiels, affrontements de rue violents, etc… avec dans bien des cas, une exigence de dégager tous les « petits Moubarak » à tous les niveaux de l’État ou de l’économie.

En juillet 2012, les Frères Musulmans accèdent au pouvoir avec Morsi comme président à l’occasion des élections présidentielles. Mais dans ces élections, au premier tour, les suffrages en faveur des Frères Musulmans se sont littéralement effondrés.

Ce sont les candidats révolutionnaires qui obtiennent la majorité des voix, en particulier le candidat socialiste nassérien. Mais, divisés, ils n’accèdent pas au pouvoir. Au second tour, avec une abstention importante pendant que d’autres appellent au boycott, Morsi est élu, mais par défaut. Les électeurs n’ont pas voté pour lui mais contre le candidat de l’armée (qui était au pouvoir depuis février 2011). L’armée, éternelle rivale des Frères Musulmans (mais aussi sa complice contre le peuple) accepte à son corps défendant, le nouveau pouvoir. Les sommets de l’armée jouent le jeu et participent à leur gouvernement avec deux ministres, pendant que les Frères Musulmans multiplient les gestes en faveur de l’armée et ses avantages. L’armée voit dans les Frères Musulmans, avec leurs deux millions de membres, leurs organisations de charité multiples et leur contrôle d’un grand nombre de mosquées, la seule force sociale et idéologique capable de s’opposer à la révolution montante.

Il faut dire que la situation économique, ne s’améliore pas, au contraire. Morsi au gouvernement mène ouvertement une politique pro-capitaliste et anti-ouvrière. Son gouvernement doit alors faire face à une montée jamais vue des grèves et des mécontentements en tous genres. Il manie la répression, avec l’aide de l’armée et la police, tout aussi violemment que le gouvernement précédent du CSFA (armée). Du coup, en un an de pouvoir, les Frères Musulmans ont perdu tout crédit.

En décembre 2012, contre le mouvement populaire que rien n’arrête, Morsi tente un coup de force en s’attribuant tous les pouvoirs.

Un soulèvement populaire quasi insurrectionnel tente de le faire tomber. Morsi n’est sauvé que par le soutien de l’opposition du FSN qui accepte de jouer le jeu d’un pseudo-référendum sur l’islamisation des institutions pour détourner le fleuve de la rue et l’entraîner vers des querelles religieuses. Morsi gagne le référendum à la faveur de tricheries considérables et dans le cadre d’une abstention massive où, de fait, tous les partis institutionnels d’Égypte sont mis en minorité par le peuple.

A partir de là, les émeutes et soulèvements vont devenir incessants. De très nombreux sièges du Parti de la Justice et de la Liberté ( parti des Frères Musulmans) sont incendiés ou saccagés, tout spécialement par les milieux les plus populaires.

egypt_electricEn février et mars 2013, un soulèvement des villes du canal de Suez, en particulier Port Saïd, met à mal l’autorité du gouvernement.

Morsi décrète le couvre feu mais personne n’obéit. Port Saïd est quasi aux mains des insurgés. On voit apparaitre des embyons d’auto-organisation. Une partie de la police fait grève, refusant de soutenir le pouvoir de Morsi complètement discrédité. L’armée prend ses distances avec Morsi et tente de se refaire une virginité politique en apparaissant au dessus des factions. On revoit des petites manifestations de pro-Moubarak.

En mars, avril et mai 2013, la contestation repart sur un terrain économique. Elle atteint des taux records mondiaux de grèves et de protestations populaires.

Les revendications sont économiques: salaires, emploi, eau, électricité, gasoil… Mais en même temps, dans bien des cas, elles ont aussi un caractère politique. Les grèvistes exigent que leurs dirigeants, des services comme des entreprises, soient « dégagés ». Bref, que la révolution de 2011 qui avait chassé Moubarak soit complétée par une révolution qui chasse tous les oppresseurs, des chefs d’entreprise aux chefs de services hospitaliers en passant par tous ceux qui ont des postes et des responsabilités à tous les niveaux.

Dans ce cadre de mécontentements grandissants, une campagne politique de signatures proclamant l’illégitimité de Morsi, baptisée Tamarod ( Rébellion) est lancée par de jeunes militants proches de l’opposition institutionnelle du FSN. Cette campagne demande des élections présidentielles anticipées.

 Du 30 juin au 3 juillet 2013: vers une deuxième révolution, sociale celle-là

Dans le contexte de grèves et d’agitation considérables, elle a un succès hors du commun. Tout le monde s’en empare, des comités Tamarod naissent partout, bien souvent dans les usines, et débordent les initiateurs comme les objectifs initiaux. La pétition obtient 20 millions de signatures (alors que Morsi a été élu par 13 milions de voix, dont beaucoup par défaut).

Pour beaucoup, l’illégitimité de Morsi signifie qu’il doit partir tout de suite. Une manifestation de remise des signatures est prévue le 30 juin.

On ne sait pas exactement combien de personnes sont venues ce jour-là. Les estimations les plus basses sont de 14 millions de manifestants, les plus hautes de 30 millions. La participation populaire est énorme. Les grévistes de mars, avril et mai sont là. Mais les dirigeants de Tamarod ont exigé qu’aucune banderole d’organisation, de parti, de syndicat et d’entreprise n’apparaisse. Seuls les drapeaux égyptiens et les pancartes individuelles sont autorisées. Le caractère ouvrier des manifestations ne se voit donc pas; le caractère « national » si. Un seul mot d’ordre « Morsi dégage ». La manifestation dure alors 4 jours sans faiblir. Le peuple tout entier est dans la rue. Y compris beaucoup de nouveaux qui n’avaient participé à rien jusqu’à présent. C’est une fête gigantesque.

 L’armée craint alors non seulement que le peuple fasse chuter Morsi, mais qu’à cette occasion, une fois ce résultat obtenu, les manifestations continuent et que cette fois-ci, la foule des revendications de mars, avril et mai, économiques et politiques, ne soient portées au devant du mouvement. A partir de là, la propriété et l’État pourraient être directement menacés. L’armée en premier, puisqu’elle est propriétaire de 20 à 40% de l’économie.

Le risque est d’autant plus réel que des rumeurs d’appel à une grève générale par les syndicats se précisent. C’est le spectre du scénario de janvier 20011 qui ressurgit, mais cette fois, la deuxième révolution sera sociale.

Appelée à intervenir par un certain nombre de partis d’opposition qui s’inquiètent de la tournure des événements, notamment les socialistes nassériens, l’armée – par la voix du général Sissi, ex-ministre de la défense de Morsi – pose alors le 1er juillet un ultimatum de 48 H à Morsi: il s’en va, organise des élections, ou alors c’est l’armée qui le dégage.

C’est la joie chez les manifestants. L’obstacle de l’armée semble levé. Les gens poussent un « ouf » de soulagement. Il n’y aura pas de bain de sang.

Cependant, la majeure partie des manifestants continue à occuper la rue, n’ayant qu’une confiance limitée dans l’armée et préférant faire le boulot eux-mêmes. D’autant plus que les Frères Musulmans n’abandonnent pas. Leurs militants agressent violemment les manifestants faisant de nombreux blessés et quelques morts, sans que l’armée ou la police n’intervienne pour protéger les manifestants. On voit apparaître alors un certain nombre de comités de quartiers d’auto-défense dans différentes villes pour se protéger des violences des Frères Musulmans.

Par contre la majorité des partis et syndicats d’opposition, soulagée par l’intervention de l’armée, se précipite sur sa proposition et s’engouffre derrière elle. Les dirigeants de Tamarod, eux, sont divisés. Ils hésitent un instant. Certains appellent les manifestants à dégager eux-mêmes Morsi, à ne pas attendre que l’armée le fasse, à créer leurs propres comités et à aller le chercher dans son palais. Mais la majorité de la direction de Tamarod finit par se rallier à l’armée et ne propose plus aux manifestants que d’attendre que celle-ci fasse elle-même le boulot. Les directions syndicales font de même et annulent leur mot d’ordre de grève générale.

Toute l’opposition organisée, à l’exception des Socialistes Révolutionnaires, est derrière l’armée.

A partir de ce moment, on voit surgir un peu partout, et de plus en plus, des slogans en faveur de l’armée, des portraits de Sissi fournis par l’armée mais portés par l’opposition, par des anciens du PND ( parti de Moubarak) qui profitent de l’occasion et du caractère « national » des manifestations, pour tenter de se glisser dans la foule, et, enfin, par des primo-manifestants qui n’avaient pas eu encore à subir la répression policière ou militaire.

 Il a été souvent dit à ce moment que les égyptiens étaient versatiles, qu’ils se mettaient à adorer l’armée qu’ils combattaient quelques mois plus tôt. Non, les égyptiens ne sont pas des imbéciles. Ce sont tous les partis d’opposition, y compris la direction de Tamarod, qui ont porté cette politique de soutien à l’armée, entraînant seulement alors avec eux la partie de la population la moins consciente. Les égyptiens ne sont pas tant derrière l’armée qu’on les a montré.

 Bonapartisme et logique de la situation après le 3 juillet 2013

 L’armée arrête Morsi le 3 juillet puis un certain nombre de dirigeants des Frères Musulmans. L’armée a volé les fruits de la révolution, mais c’est l’explosion de joie chez les manifestants et la fête permanente dans la rue pendant plusieurs jours pour des millions d’égyptiens. Le but affiché est atteint: Morsi est tombé.

L’armée nomme ensuite un gouvernement où figurent les anciens de l’opposition libérale (comme El Bardei) et nassérienne, notamment le ministre du travail ( ancien dirigeant du syndicat oppositionnel né de la révolution de janvier 2011) avec le soutien de l’ancienne opposition démocrate, Tamarod et bien d’autres.

 Les Frères Musulmans sont confrontés à une situation catastrophique pour eux. Cela faisait 70 ans qu’ils travaillaient à arriver au pouvoir. Et là, en seulement un an tout s’effondre. Comment échapper au désastre ?

Ils profitent alors du fait que ce n’est pas une révolution populaire jusqu’au bout qui les a chassé du pouvoir mais un coup d’État de l’armée, pour se réclamer de la légitimité démocratique. Morsi a été élu, crient-ils partout.

Oublié la tentative de coup d’État de Morsi en décembre, oublié les tricheries éhontées lors des scrutins, la participation très faible, oubliée la répression extrêmement violente des grèves et manifestations, les multiples atteintes aux libertés démocratiques, les restrictions aux droits des journalistes, de la justice… Oubliés surtout la pétition de 20 millions de signatures, les 14 à 30 millions d’égyptiens qui ont crié dans la rue pendant plusieurs jours, dans une démocratie directe infiniment plus représentative, qu’ils ne voulaient plus d’eux. Non, ils seraient la vraie démocratie: en tous cas celle que veulent les occidentaux.

Craignant de tout perdre, leur appareil ne s’effondre pas. Il s’accroche. D’autant plus qu’ils obtiennent le soutien entier ou partiel de quasiment tous les pays occidentaux.

Ils ne cherchent pas à s’adresser au peuple égyptien qui vient de montre qu’il ne voulait plus d’eux, mais à leurs propres militants et sympathisants, pour ne pas les perdre. Ils les enferment alors, et s’enferment avec eux, dans une bulle. D’une part, ils les abreuvent d’informations fantaisistes, aidés par la presse occidentale, en leur faisant croire qu’ils sont des millions mais surtout que l’islam est menacé par l’armée, les mécréants et les chrétiens. D’autre part, ils multiplient les occupations de places et les manifestations agressives contre le pouvoir… et les chrétiens. Dans ce combat pour la survie, repliés sur eux, il est probable qu’au sein des Frères Musulmans, le pouvoir soit passé aux plus intégristes. D’autant plus que l’armée essaie de les faire éclater en jouant sur leurs divisions internes. La violence de leur comportement est en effet dépassée par celle de l’armée qui n’hésite pas, à plusieurs reprises, à faire tirer dans le tas, à tuer.

L’agressivité et la violence des Frères Musulmans ne gêne pas l’armée. Au contraire, ça l’arrange et doublement.

D’une part, ça permet de faire que les Frères les plus modérés s’éloignent de leur propre direction, ainsi on a vu apparaître des scissions, des « Frères contre la violence ». D’autre part et surtout, cette guerre religieuse contre les chrétiens, contres les citadins riverains de leurs manifestations, lui permet de se hisser au dessus des parties comme un Bonaparte. Plus c’est le chaos, plus l’armée et à la police peuvent gagner une légitimité comme guarantes de l’ordre, de la stabilité et de la paix civile. Enfin l’armée tente ainsi de détourner la colère sociale sur des objectifs religieux.

Ainsi, les deux adversaires/complices, armée et Frères Musulmans, ont besoin de la violence de l’autre pour assurer leur pouvoir, interne pour les uns ou externe pour les autres. La spirale est lancée.

C’ est pourquoi lorsque des Frères Musulmans agressent des chrétiens ou simplement des résidents, l’armée laisse faire.

Il y aurait un danger pour elle, à ce que les résidents ou riverains des manifestations ( qui parfois se transforment en attaque d’églises, saccages de magasins anti-morsi, voitures avec auto-collants anti-Morsi…) et occupations de place par les islamistes ( des espèces de camps retranchés avec check point, fouille au faciès, tabassage éventuel pour les riverains) ne s’organisent eux-même pour se protéger, ce qu’ils font assez souvent. Cependant, les occupations des rues par les Frères Musulmans ne sont pas assez nombreuses pour qu’il y ait ce risque.

Au contraire même, l’hostilité populaire à l’égard de la politique économique de Morsi qui s’est fait entendre en mars, avril, mai et juin et qui l’a fait tomber, s’est déplacée contre l’ensemble des Frères Musulmans au fur et à mesure que ceux-ci, depuis le 30 juin et ensuite, ont multiplié les violences à l’égard des anti Morsi, des chrétiens ou des résidents riverains de leurs occupations et manifestations.

Ce qui a permis à l’armée d’intervenir pour dégager les places ces jours-ci et faire un bain de sang tout en décrétant l’état d’urgence. Elle savait qu’elle ne trouverait pas d’opposition dans la population, qui dans son ensemble, s’est dit que les Frères Musulmans l’avaient bien cherché.

On voit évidemment où l’armée voudrait aller et où la politique des Frères Musulmans les portent: une situation à l’algérienne, comme en 1991, où l’armée justifiait sa dictature par la nécessité de combattre le terrorisme islamiste et où les islamistes tentaient de récupérer la colère sociale exprimé dans les émeutes populaires par leur radicalisme pour ensuite l’embrigader derrière eux.

 Est-ce pour autant que ce discrédit croissant des Frères, l’acceptation de leur massacre par le peuple, signifie que la population soutient l’armée et rentre dans l’engrenage dans lequel l’armée et les Frères Musulmans tentent de l’entraîner ?

 Pourquoi la révolution n’a pas dit son dernier mot.

Si le danger est réel, si le mécanisme de l’engrenage est clair, il est loin d’être enclenché au niveau des classes populaires.

Car pour qu’il puisse s’engager, il faudrait que le peuple ait renoncé à tout espoir révolutionnaire, il faudraitt qu’il ait abandonné son combat pour ses propres revendications. Et qu’alors, en désespoir de cause, il s’engage derrière l’un ou l’autre des deux protagonistes institutionnels.

Pour cela, il faudrait qu’il ait été écrasé, comme l’avait été le soulèvement du peuple algérien. Or il ne l’a pas été. Il a été trompé, baladé, on lui a volé sa révolution, mais il n’a pas pas été écrasé.

Et sa situation économique est catastrophique. Même trompé, désabusé, il n’a pas d’autre choix que de lutter pour sa survie. Il a faim. Et la faim n’attend pas. Il faudrati que le peuple égyptien ait été écrasé pour qu’il ne continue pas ce combat.

 Mardi 13 août, pour la première fois avec ce gouvernement où figure donc l’ancien dirigeant du principal syndicat oppositionnel, la police a réprimé une grosse grève dans une aciérie à Suez. C’est ça le vrai but de l’armée et du pouvoir; c’est ça le but de leur état d’urgence, de leurs attaques contre les Frères Musulmans. Ils limitent les libertés pour viser les grèves, s’attaquer à la révolution elle-même.

Mais si le pouvoir a réprimé une grève, c’est que malgré l’appel du ministre du travail à suspendre les grèves et à se retrousser les manches pour sauver l’économie égyptienne, malgré le soutien de l’opposition politique et syndicale à l’armée, malgré le conflit sanglant entre l’armée et les Frères destiné à détourner l’attention, il y a des grèves, pour des revendicatiosn économiques, et toujours pour dégager les petits Moubarak. Et semble-t-il – car il est difficile d’avoir des informations à ce sujet – pas qu’un peu. Des journaux ont même parlé d’une nouvelle vague de grève vers la fin juillet, très loin des conflits religieux dans lesquels on essaie de les entraîner.

 Ainsi l’indifférence du peuple égyptien à l’égard du sort des Frères Musulmans est le signe que ses préoccupations sont ailleurs plus qu’il ne soutient l’armée. Des banderoles de manifestants le disaient à Sissi: tu nous a débarrassé de Morsi, c’est bien, mais maintenant on attend que tu fasses quelque chose pour nous. Et c’est urgent.

Le peuple pour, le moment, très loin des manœuvres des uns et des autres, très loin de ce que peuvent raconter les journaux et les télés, est dans ses problèmes de survie quotidienne, toujours dans la logique de la révolution pour « le pain, la justice sociale et la liberté » et regarde le combat armée/Frères plus en spectateur que partie prenante.

Or si le peuple n’abandonne pas son indépendance, ne marche pas dans l’engrenage du combat religieux, pendant que ses deux ennemis se tapent dessus, cela ne fait que les affaiblir mutuellement. Il est donc bien possible que lors de la prochaine vague de grèves, on voit surgir en plus grand nombre des organes d’auto-organisation.

 C’est d’ailleurs peut-être par crainte de ces grèves que l’armée a précipité sa décision de dégager les places occupées par les frères Musulmans.

En effet, les deux années passées, vers le 15 septembre, au moment de la rentrée scolaire, se sont déclenchées de grosses vagues de grèves initiées par les enseignants, suivis par les médecins de services publics, qui ont été, à chaque fois, proche d’enclencher une grève générale. On ne voit pas pourquoi ce serait différent cette année. La différence, c’est que cette année, le caractère national des grèves d’enseignants et médecins, pourrait bien donner l’expression unificatrice politique que la multitude des grèves et protestations de mars à mai, cherchait et avait cru trouver dans l’initiative de Tamarod.

 Le pouvoir (et les Frères Musulmans) le sait. Il a jusqu’à la rentrée pour tenter d’entraîner le peuple dans l’engrenage de sa guerre. Après – mais cela peut arriver avant, car le peuple égyptien nous a surpris plus d’une fois – l’armée et les Frères Musulmans (réconciliés ?) pourraient ne plus guère avoir les moyens d’arrêter le fleuve révolutionnaire.

On peut donc s’attendre d’ici là à une aggravation des violences entre l’armée et les Frères… mais aussi bien d’autres surprises.

La révolution continue.

Jacques Chastaing le 16.08.2013 

Quelles perspectives pour les luttes ?

 megaphoneLes luttes industrielles sont nombreuses avec la crise. 320 000 emplois industriels ont disparu depuis 2008 et cela continue. Certains ont résisté jusqu’au bout comme les Continental ; après avoir été parmi l’un des moteurs du mouvement sur les retraites, mais ont dû s’incliner. Et l’on voit maintenant comment l’histoire des reclassements est une arnaque lorsque seulement environ 250 travailleurs sur plus de 1000 ont réussi à retrouver quelque chose. D’autres aussi ont lutté héroïquement comme les Petroplus de Petit-Couronne ou les Arcelor Mittal de Florange. Ils ont subi la trahison de Hollande et l’isolement dû aux directions syndicales et partis (malgré des actions publiques) qui leur ont fait attendre que tombe du ciel un repreneur qui n’est pas venu.

Les luttes dans l’automobile sont nombreuses et malheureusement des accords compétitivité emploi ont été signés le couteau sous la gorge. Le fer de lance de la lutte est bien sûr les PSA Aulnay par le caractère emblématique et l’histoire de cette usine. Il y a beaucoup de solidarité de toutes parts et leur caisse de grève importante leur permet de tenir pour le moment… mais pas indéfiniment. L’ouverture d’une chaîne de nuit à Poissy pour récupérer le travail d’Aulnay est envisagée. Il faut par la solidarité refuser cela. Les organisations impliquées dans cette lutte doivent prendre leurs responsabilités et faire tout pour entraîner les autres sites du groupe et demander le partage du travail entre tous sans perte de salaire.

Le patronat a déterré la hache de guerre, construisons la résistance

D’autres ont réussi à maintenir les emplois avec leurs propres forces et le soutien de la population comme les Goodyear et les Fralib. Mais faisant face à de nouvelles tentatives de fermeture et à un climat beaucoup plus favorable aux patrons, ils se sont engagés sur la voie compliquée de la création de coopératives, néanmoins le seul choix possible en l’absence d’un mouvement d’ensemble qui permette d’empêcher tous les licenciements et fermetures pour faire survivre l’industrie en France.

Une première journée de manifestation et de rassemblement s’est déroulé le 5 mars contre l’accord traître signé avec le patronat par la direction de la CFDT. Il facilite en effet les licenciements et les baisses de salaires sous prétexte de pouvoir rester compétitifs. La mobilisation contre cet accord ne doit pas être détachée de la lutte actuelle contre les licenciements. Des syndicalistes combatifs tentent d’unir les travailleurs, de prendre des initiatives : c’est le cas de la CGT de Goodyear, du collectif contre les patrons voyous, du collectif Licenci-elles. Il y a déjà eu plusieurs rassemblements ou actions unissant les travailleurs de différentes entreprises comme le 7 mars à Rueil, il faut amplifier les choses.

Des revendications nous unissent tous, y compris les travailleurs privés d’emploi. Il faut contrer le discours fataliste. Chacun dans son coin on n’y arrivera pas. Les syndicats ne doivent pas se contenter d’exiger que l’ANI ne devienne pas une loi, il faut qu’il y ait un appel à une première manif nationale avec grève pour faire recaler l’ANI, pour refuser les licenciements et les politiques d’austérité. Le commerce, le bâtiment, la santé et l’éducation aussi payent le prix de l’austérité. Luttons tous ensemble !

Matthias Louis