Un logement de qualité pour tous !

dalLe secteur de l’immobilier est en mutation. Depuis le début du millénaire, 4 millions de nouveaux logements ont été construits. On dénombre 2,3 millions de logements vides en 2012, soit une augmentation de 400 000 en 12 ans.

En trente ans, la possibilité d’être propriétaire de biens immobiliers a évolué selon les classes sociales. Pour les milieux les plus modestes, il s’agit d’ avoir le moins possible de charges à payer à la retraite. Pourtant, ils sont deux fois moins nombreux à pouvoir s’offrir cette possibilité. Les classes moyennes, qui se souciaient moins d’avoir à mettre de côté pour leurs vieux jours, ont massivement fait le choix d’accéder à la propriété à cause de la flambée des prix. Les plus riches ont également fait ce choix, il sont deux fois plus nombreux à être propriétaires. Aujourd’hui, toutes classes sociales confondues, le nombre de foyers en cours d’accès à la propriété est en baisse significative : seulement 1 foyer sur 5 est un primo accédant. Les charges liées au logement ont fortement augmenté en proportion sur le budget des ménages aux revenus les plus faibles, pour être quasi nulles pour les plus riches.

Les 150 000 nouveaux logements par an pendant 5 ans, cadeau du gouvernement aux investisseurs!

Des fonds publics pour soutenir la construction et la rénovation de logements sociaux, c’est bien ! Mais pour les financer, l’Etat a fait un grand emprunt auprès des banques liées elles-mêmes aux agences immobilières, gestionnaires et syndics de parcs immobiliers. Est-ce de la philanthropie? La spéculation immobilière et la crise économique aboutissent à la nécessité de créer des logements sociaux : il y a une liste de 1,7 millions de foyers en attente d’attribution. Cela ouvre la voie, à côté des HLM publics, à un secteur bien lucratif pour les promoteurs, surtout qu’ils sont sponsorisés par l’Etat pour trouver les terrains, financer les travaux et s’assurer du versement des loyers. C’est un moyen sûr pour faire fructifier de l’argent sans avoir la crainte d’offrir des crédits à des foyers qui seront peut-être insolvables en raison de la conjoncture économique défavorable.

Un encadrement des loyers dans le privé «organisé» par la loi Duflot est à double tranchant : il réduira des loyers vraiment excessifs mais permettra aux propriétaires d’augmenter des loyers modestes.

L’accès à la propriété sans inégalité, est une lutte de longue date. Mais dans la dernière période, la spéculation dans ce secteur est telle que le nombre de logements vides et de résidences secondaires a augmenté de 37% en 13 ans.

Arrêtons de laisser se creuser le fossé entre les grosses fortunes et la majorité : un logement de qualité pour tous !

Réquisition des logements vides pour la collectivité!

Imposons la rénovation des habitations à la charge des spéculateurs!

Pour une baisse du prix des loyers et des charges, à maximum 15% des revenus !

Par Matthieu J
L’Égalité n°163 (oct-dec 2013)

Goodyear Amiens nord : les salariés toujours en lutte!

goodyearDepuis 7 ans, de journées de grève en procédures judiciaires, les ouvriers de l’usine de pneus Goodyear d’Amiens n’ont cessé de lutter pour défendre leurs emplois et ont réussi à stopper les différents plans sociaux de la direction.

Depuis 7 ans, ils tiennent tête à toutes les provocations et manœuvres de la direction.

Ces dernières semaines sont particulièrement difficiles pour eux: après l’annonce de la fermeture de l’usine en janvier, le tribunal de commerce a validé pour la première fois le dernier plan social qui prévoit 1173 licenciements. Et ces jours ci, la direction a décidé que la procédure d’information- concertation sur le plan était terminée, bafouant ouvertement le code du travail, puisque 3 CHSCT sur 4 n’ont pas été consultés. Il faut dire que l’accord ANI voulu par le MEDEF, soutenu par le gouvernement, approuvé par quelques syndicats ouvre la porte pour passer au dessus de ces instances et facilite grandement les licenciements. Les patrons de Goodyear ne s’en sont pas privés. La CGT (et la CFDT) ne baissent pas les bras et les poursuit en justice dans les semaines qui viennent pour procédure illicite. Le PSE n’est pas finalisé comme veut le faire croire la direction et une décision de justice peut encore l’annuler fin décembre..

Ils ne sont pas licenciés et pourtant on les convoque à une cellule de reclassement !

C’est la dernière provocation des patrons après les insultes de Titan qui traitent les ouvriers de fainéants et veut bien reprendre la boite mais avec zéro employés!Lundi 18 novembre, le PIC (point d’information conseil, de fait la cellule de reclassement) a ouvert à Boves près d’Amiens dans 700 m2 de locaux flambants neufs. Elle organise la venue des salariés dans des cars avec des rotations toutes les 2 heures et même le soir! La CGT n’a pas laissé passer.200 salariés se sont mobilisés lundi 18 pour l’ouverture du PIC et seulement une petite dizaine de salariés se sont rendus aux entretiens. Les paroles des ouvriers qui étaient devant résument bien leur colère «si on va au PIC, ça veut dire qu’on accepte le PSE et s’adressant à la directrice de SODIE (boite de reclassement) «on se bat depuis 7 ans pas pour un chèque mais pour nos emplois. Vous vous faites du fric sur notre malheur!»

La fatigue, la colère sont grandes. Mais la lutte continue. Le site est bloqué depuis lundi 18 novembre sans grève, les salariés venant sur le piquet après leurs heures de travail. Le 21 novembre un nouveau CCE a lieu avec un point Titan demandé à l’ordre du jour par la CGT. Des combats en justice vont aussi continuer. Et face aux offensives patronales, les Goodyear comme souvent ont pris à nouveau contact avec des salariés d’autres boîtes victimes de licenciements pour des actions communes.

Une 1ère victoire des agents de nettoyage à Madrid.

3515261_3_32f4_les-trois-societes-prives-assurant-la_869d48a1b782d3e624b03035c253876fLes agents de nettoyage des rues et jardins ont mis fin dimanche 17 novembre à douze jours de grève à Madrid, dont les rues étaient jonchées de détritus. Les services de nettoyage des voies publiques et des jardins de cette ville de 3,2 millions d’habitants étaient en grève illimitée depuis le 5 novembre contre un plan social qui prévoyait la suppression de 1 134 postes sur presque 7 000, venant s’ajouter aux 350 déjà supprimés en août, et une baisse des salaires pouvant aller jusqu’à 40 %. Il faut savoir que ces agents sont payés environ 1200 euros.
Les entreprises concernées (OHL-Ascan, FCC et Sacyr-Valoriza) se sont engagées à ne procéder à aucun licenciement. En échange, les employés acceptent le principe de 45 jours de chômage non rémunérés par an équivalent à 17% de baisse du salaire et à un blocage des salaires sur cinq ans. Les 350 postes supprimés en août ne seront malheureusement pas récupérés. Les travailleurs ont du faire face à la mairie qui a tenté de briser la grève en employant une entreprise publique pour ramasser les déchets et d’imposer un service minimum ce qu’elle aimerait mettre en place à l’avenir.

Pour le respect du droit de grève , les emplois , les salaires la lutte continue!

Pour une grève totale, qui stoppe les attaques !

Pas de répit pour les travailleurs avec le nouveau gouvernement, mais la riposte se fait attendre alors que la colère est bien là. Les attaques se multiplient contre toute la population sans que réellement un plan de bataille ne soit même discuté par les directions nationales des syndicats et les partis de gauche.

Les exemples des mobilisations sur les retraites et contre l’ANI sont frappants : une journée de grève nationale appelée, sans la moindre préparation, ni réelles perspectives à part des négociations avec le gouvernement. Résultat : les conditions de vie et de travail continuent de se dégrader, d’autant plus que le gouvernement et le patronat sentent que la voie est libre. Avant de penser à négocier quoique ce soit, il faudrait déjà mettre un coup d’arrêt eux attaques. Ça doit être l’objectif des prochaines mobilisations, qu’elles soient nationales ou locales.

A quoi ça sert de faire grève ?

Licenciements en pagaille, mesures racistes, impôts injustes, jeunesse sacrifiée... les raisons sont nombreuses pour taper du poing sur la table tous ensemble en même temps. Contre le gouvernement PS-Verts et contre les patrons : il nous faut une grève totale!

Licenciements en pagaille, mesures racistes, impôts injustes, jeunesse sacrifiée… les raisons sont nombreuses pour taper du poing sur la table tous ensemble en même temps. Contre le gouvernement PS-Verts et contre les patrons : il nous faut une grève totale!

Nous sommes nombreux à nous poser la question, quand nous voyons les appels à une journée nationale de grève comme cela a été le cas contre l’ANI ou plus récemment pour défendre les retraites. La grève est la principale arme des travailleurs contre le patronat et les gouvernements. Quand elle est préparée et organisée, c’est une arme redoutable pour les faire plier. Car c’est bien à travers leurs luttes, dont des grèves de masse, que les travailleurs ont su arracher des acquis sociaux et des hausses de salaires qui ont permis une amélioration générale des conditions de vie.

Quelle forme de lutte contre les capitalistes ?

La grève est une forme de lutte efficace car elle attaque le cœur même du système capitaliste : la production des richesses. Même si aujourd’hui une partie de l’économie se concentre dans la finance, elle n’en reste pas moins dépendante de la création de marchandises. Les patrons ne pourront tirer aucun profit s’ils ne trouvent pas de travailleurs qui acceptent d’extraire des matières premières ou de produire des richesses. Comme le disait Lénine : « Si les grèves inspirent toujours une telle épouvante aux capitalistes, c’est parce qu’elles commencent à ébranler leur domination ».

Aujourd’hui, nous observons une multitude de grèves isolées, à l’échelle des boîtes, qui revendiquent des augmentations de salaires, des améliorations de conditions de travail ou qui s’opposent à des plans de licenciement. Certaines permettent des avancées voire des victoires (cf p4-5) quand elles sont massives et déterminées. Mais cela ne permet pas de remettre en cause toute cette politique qui revient à faire payer la crise aux travailleurs. Quant aux journées de grève nationale comme celle du 10 septembre en défense des retraites, elles sont souvent mal préparées et les directions nationales des syndicats ne s’en servent que pour aller vite négocier quelques miettes avec le gouvernement et le patronat. Mais ce qu’il nous faut c’est une action d’ampleur qui permette d’être un vrai avertissement et mette un coup d’arrêt aux attaques.

Préparons-nous à une grève totale

Le soir du 10 septembre, les chiffres de participation aux manifestations et les taux de grévistes sont tombés… les directions nationales des syndicats se sont félicitées que finalement ils n’étaient pas si mauvais qu’annoncés… et puis : rien ! Le projet de loi est présenté et il sera discuté à l’assemblé en octobre. Les syndicats ont pris leur temps pour discuter de la possibilité d’une nouvelle journée de grève… et le risque est grand que le scénario se répète. Comment éviter qu’elle ne se termine sur le même sentiment d’impuissance ?

Quitte à perdre une journée de travail, il faut que celle-ci soit efficace. Sans les travailleurs, pas de richesse produites, pas de possibilité de profit pour les patrons. Une grève massive avec des actions ciblées et visibles permettrait de s’opposer aux capitalistes et au gouvernement de manière forte et de leur lancer un réel avertissement. On doit préparer une grève totale qui implique les travailleurs de tous les secteurs, les jeunes, les chômeurs, les retraités… Il ne s’agit pas simplement d’arrêter le travail et de manifester, mais bien d’occuper et de bloquer les secteurs clés de l’économie : les voies de communication (terrestre, marin, aérien), les centres de télécommunication, les usines, les grandes surfaces…

Qu’elle soit appelée sur les retraites ou une autre attaque, la prochaine journée nationale de grève doit permettre dans sa forme et sa préparation d’exprimer la colère ressentie par la grande majorité des travailleurs et des jeunes. Si on s’y met tous, la même journée on forcera le gouvernement et le patronat à stopper les attaques; on obligera les directions des syndicats et des partis à construire une opposition et on créera les conditions pour rompre l’isolement des travailleurs et des jeunes.

Que l’ont soit travailleurs,jeunes,chômeur ou retraité, que l’on travaille dans le public ou le privé, on subit la politique de rigueur du gouvernement et la crise des capitalistes. Alors, s ‘y on s’y mettait ensemble ?

On a besoin d’un nouveau Mai 68, mais c’est avec cet objectif en tête que chacune de nos actions sera un pas de plus dans ce sens.

Par Rachel Mahé et Virginie Prégny
Paru dans l’Egalité n° 163 (oct-dec 2013)

La «compétitivité» : une arnaque pour baisser les salaires.

Il y a -t-il eu une période de l'histoire contemporaine où les capitalistes ne se sont pas plaints que les travailleurs coûtent trop chers?

Il y a -t-il eu une période de l’histoire contemporaine où les capitalistes ne se sont pas plaints que les travailleurs coûtent trop chers?

A Peugeot (Mulhouse, Vesoul, …) ça a été le coup de tonnerre. Les accords « compétitivité » allaient se solder par une baisse de salaire d’en moyenne 100 euros par moins : baisse de 45% à 25% de la majoration des heures travaillées en supplément (notamment les samedi, par le passage forcé en équipe de jour effectuant une heure de plus « gratuitement », et même l’obligation de travailler deux jours fériés), suppression de la prime de rentrée de 187 euros… Des débrayages, parfois spontanés comme à Vesoul où aucun mot d’ordre syndical de grève n’avait été lancé, ont eu lieu dans la plupart des usines. Le ras-le-bol est profond, et le « contrat social », pour reprendre le terme qu’utilise la direction de PSA, est perçu comme une véritable arnaque.

A Revima, non loin de Rouen, la direction voulait carrément imposer 3 heures de travail non payé par semaine pour les ouvriers, et des RTT en moins pour les cadres. Contraint à organiser un référendum interne, la mesure a été rejetée par les salariés. D’autant plus que « le carnet de commande 2014 est très supérieur aux deux années précédentes » d’après le directeur du site ! Outre le fait que les efforts demandés étaient bien différents selon qu’on est ouvrier ou cadre, la compétitivité a, là aussi, bon dos. D’autant que ça a été la valse des intérimaires pendant toute l’année, virés bien évidemment. PSA, qui boucle un plan de suppression de 11 000 postes, parle d’embaucher 2000 jeunes… en alternance. Par ici les aides de l’Etat et les salaires à 800 euros, et il n’y aura pas d’embauche à la clef. La compétitivité, c’est la précarité assurée pour les jeunes travailleurs.

L’ANI bien utile pour ce patronat

Politiciens et patrons n’ont que ce mot à la bouche, parfois repris par certains « syndicats », tout serait problème de compétitivité. La loi mettant en place l’Accord National Interprofessionnel (ANI) permet donc de réorganiser le travail sous prétexte de faire face aux difficultés. C’est ainsi qu’à Renault, à l’usine Sevel Nord de PSA au printemps dernier, aux chantiers naval STX de Saint Nazaire en juillet, la direction a imposé des mesures pour la « compétitivité ». Et ce ne sont que les enseignes connues, toute une série de moyennes entreprises connaissent les mêmes réalités. Le début de l’été a connu toute une série de grèves locales, souvent courtes mais énergiques, sur la question des salaires et des conditions de travail : depuis Bourbon AP dans le Jura jusqu’à Whirlpool à Amiens en passant par la fonderie Bouhyer à Ancenis (44).

Car les conséquences des « accords » de compétitivité sont partout les mêmes, dégradation des conditions de travail et baisse ou stagnation des salaires. L’ANI permet ni plus ni moins de généraliser ces accords. Rien d’étonnant que le slogan « Hollande à la chaîne » ait été largement repris par les ouvriers de Peugeot Sochaux.

Le gouvernement Hollande-Ayrault en permettant que l’ANI soit une loi (ce sur quoi il a été soutenu par la direction nationale de certains syndicats comme la CFDT) a donné le feu vert à la flexibilité à outrance pour les salariés. Pour les grands groupes qui réorganisent peu à peu leur production c’est une aubaine, de même que pour les moyennes entreprises qui produisent pour ces grands groupes et doivent suivre la marche.

« Compétitivité » ou profits ?

Dans la réalité, les accords « compétitivité » sont à replacer dans la longue suite de mesures qui visent à exploiter au maximum la moindre minute de présence dans l’usine soumettant les travailleurs à un stress et une pression difficilement soutenables. C’est déjà ce que permettaient en partie les lois Aubry sous prétexte d’une durée officielle du travail de 35 heures. La réorganisation du travail qui allait avec ainsi que les gels de salaires sur parfois plusieurs années a fait qu’en réalité les ouvriers produisaient plus par heure mais pour un salaire moindre. C’est ce qui se répète avec les accords compétitivité et l’ANI.

Un peu comme le travail du dimanche. Au début, on est payé en heures supplémentaires, donc majorées, mais quand ce travail devient la norme, alors la majoration disparaît. Ainsi, à PSA, le compteur temps qui permettait de conserver des RTT pour partir plus tôt à la retraite va être annualisé, impossible de le conserver sur plusieurs années donc. L’ANI permet même une baisse des salaires sur plusieurs années si un accord majoritaire est trouvé ou encore la possibilité de licencier un salarié refusant certaines clauses. La compétitivité c’est un moyen dans une économie stagnante de maintenir un degré suffisant d’exploitation pour garantir un certain niveau de profits. D’ailleurs, PSA annonce une hausse de 7,5% de son objectif de production de véhicules en demandant des efforts « pour une durée indéterminée ». Et quels efforts : aucune augmentation collective des salaires, baisse de certaines primes… ! Au moins c’est clair, la compétitivité, c’est produire plus mais pour un salaire qui baisse, la différence va dans la poche des actionnaires…

Dans tous les cas, la charge de travail augmente, la santé se déglingue et les salaires baissent.

En faisant grève bruyamment en ce début septembre, ou en refusant l’arnaque comme à Revima, des centaines de travailleurs ont montré qu’ils n’étaient pas prêts à se laisser écraser. Ces luttes locales, ces explosions de colère obligent souvent les patrons à reculer : à PSA la prime de rentrée et la majoration ont été restaurées aussitôt ; à Revima la direction a remballé son plan. Mais il faudrait plus, et notamment que les syndicats jouent réellement un rôle de défense des travailleurs en refusant en bloc tout accord inspiré de l’ANI. Et que, dans les mobilisations à venir, la question du refus des accords « compétitivité » figure en bonne place dans les mots d’ordre des syndicats.

Paru dans l’Egalité n°163 (oct-dec 2013)

USA:grandes victoires pour Socialist Alternative (CIO)

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Par Bryan Koulouris, Socialist Alternative (CIO-USA)
Deux candidats de Socialist Alternative ont provoqué une onde de choc historique aux Etats-Unis la nuit du 5 novembre dernier. Ces deux candidats – Kshama Sawant à Seattle et Ty Moore à Minneapolis – ont mené des campagnes ouvertement anticapitalistes et socialistes, les campagnes de ce type les plus soutenues depuis des décennies dans une métropole du pays. Kshama Sawant a obtenu le résultat provisoire de 47% et Ty Moore celui de 37%.

Les résultats annoncés sont encore provisoires, d’autres bulletins doivent encore être dépouillés au cours de ces deux prochaines semaines. En ce moment, les deux courses se jouent au coude-à-coude. Ty Moore en est à 130 voix seulement de la victoire ! Kshama Sawant, quant à elle, n’a obtenu que 4% de moins que son adversaire alors que seuls 38% des bulletins ont été dépouillés, et le reste pourrait fortement pencher à sa faveur.

Au final, qu’importe le résultat, les suffrages recueillis par ces candidats ouvertement marxistes illustrent clairement quel est l’espace politique présent aux Etats-Unis sur base de la colère ressentie à l’encontre de l’establishment capitaliste.

Le désaveu de l’establishment politique est gigantesque aux Etats-Unis, en conséquence de la Grande Récession et de la faiblesse de la ‘‘reprise’’ économique. Cela a bien entendu alimenté les deux campagnes. Le Shutdown du gouvernement a aussi provoqué une rage populaire qui a permis aux campagnes de Socialist Alternative de toucher la corde sensible des gens ordinaires. Durant le Shutdown, les sondages d’approbation de la politique du Congrès sont tombés jusqu’au taux  historiquement bas de 5% ! Dans un sondage de l’agence Gallup, 60% des sondés ont déclaré qu’il fallait un nouveau parti aux Etats-Unis, un pourcentage qui n’avait encore jamais été atteint. Seuls 26% des sondés ont déclaré que les partis Républicains et Démocrates faisaient bien leur travail, là aussi un taux record, mais vers le bas.

Nombreux sont les Américain qui se sentent découragés et démoralisés par ce système électoral pro-Big Business. Ces campagnes ont cependant démontré que des candidats indépendants et des travailleurs ordinaires peuvent défier l’establishment sans toucher un centime du patronat ! Ty Moore a récolté plus d’argent que sa principale rivale soutenue par le patronat, et Kshama Sawant a récolté près de 110.000 dollars, là où son adversaire en a mobilisé 230.196.

Les campagnes de Socialist Alternative ont clairement montré qu’il est possible pour des travailleurs et les jeunes de s’organiser et de lutter ensemble pour changer le monde. Sur base de ce momentum, Socialist Alternative veut se construire, appeler à effectuer une donation et à rejoindre l’organisation afin de développer de nouvelles campagnes en faveur des ‘‘99%’’, selon le terme popularisé par le mouvement Occupuy, à l’instar de la lutte pour l’instauration d’un salaire minimum de 15 dollars, pour le droit de se syndiquer sans risque de se faire licencier et pour s’en prendra aux super-riches afin de financer un programme de création d’emplois et de transports en commun écologiques, entre autres.

Les deux partis capitalistes que sont le parti Républicain et le parti Démocrates verront encore leur base de soutien s’amoindrir au cours des mois à venir, puisque de nouvelles coupes budgétaires dans la sécurité sociale et d’autres programmes populaires sont envisagés pour les mois à venir. A l’approche des élections de mi-mandat de 2014, ces campagnes menées par Socialist Alternative ont illustré l’énorme ouverture qui existe pour la présentation des candidats indépendants de la classe des travailleurs. Des coalitions de dirigeants syndicaux combatifs, de socialistes, d’écologistes et de groupes de défense des droits civiques devraient être construites dans chaque ville du pays afin d’organiser des mouvements et de déposer des candidats indépendants des deux partis du capital aux élections.

Ces résultats électoraux – à l’instar du processus révolutionnaire au Moyen Orient et en Afrique du Nord, des révoltes ouvrières du Wisconsin et le mouvement Occupy – ont rendu possible ce qui paraissait impossible. Ils introduisent un tout nouveau processus dans la société américaine. Non seulement ces campagnes donnent naissance à un nouveau et puissant mouvement socialiste aux Etats-Unis, mais elles servent aussi de modèle qui contribuera à l’inévitable ascension d’un nouveau parti qui luttera contre les ‘‘1%’’ les plus riches : un parti de masse de la classe des travailleurs.

Développement de l’audience pour les idées du socialisme

De nombreuses personnes à gauche disent que les idées socialistes ne peuvent pas remporter un soutien massif dans leur pays. Ces campagnes prouvent qu’ils ont faux sur toute la ligne. Les sondages du Pew Research Center montrent sans cesse qu’une majorité des jeunes et des personnes de couleur aux USA préfèrent maintenant le ‘‘socialisme’’ au ‘‘capitalisme’’. Evidemment, cette conscience est teintée de confusion, ce que revêt ce terme de ‘‘socialisme’’ est peu clair, mais cela illustre que les gens en ont marre de l’inégalité croissante, de l’augmentation insupportable du coût de la vie et du système capitaliste lui-même.

C’est ce qui permet de comprendre pourquoi les adversaires de Kshama Sawant et de Ty Moore ont à peine eu recours au ‘‘red baiting’’, cette pratique éprouvée aux Etats-Unis consistant à lancer un flot incessant de calomnies à l’encontre des communistes ou des anarchistes. Richard Conlin, conseiller communal sortant à Seattle, a préféré faire des commentaires sexistes et anti-immigrés à peine voilés à l’encontre notre camarade Kshama Sawant. Quant à Alondra Cano, candidate à Minneapolis, elle a préféré compter sur le soutien de ses amis de l’establishment et de l’immobilier plutôt que de se risquer à s’aventurer dans une campagne négative.

Les idées socialistes sont clairement de retour, et Socialist Alternative détient maintenant une position unique pour aider à construire un nouveau mouvement pour le socialisme. Ce mouvement doit être lancé par les socialistes eux-mêmes, les plus qualifiés pour lutter pour les besoins de la classe des travailleurs. Socialist Alternative s’est démarqué du reste de la gauche par sa capacité à entrer en dialogue avec des travailleurs politisés en utilisant un langage compréhensible et basé sur le concret. Parallèlement, nous avons expliqué avec honnêteté que les réformes dans cette société ne peuvent être maintenues que si le pouvoir est arraché des mains des grandes entreprises et qu’un nouveau système basé sur la propriété publique et démocratique des 500 plus grandes entreprises est établi, une société socialiste démocratique.

Construire le mouvement

La campagne de Ty Moore dans le Ward 9 (9e district) de Minneapolis a été lancée en parallèle de l’importante campagne d’Occupy Homes Minnesota. Ty Moore et Socialist Alternative ont contribué à la fondation de cette organisation qui a défendu avec succès des propriétaires de maison menacés d’expulsion par les grandes banques et la police. Le centre de la ‘‘Zone sans expulsion’’ d’Occupy Homes se situait dans le Ward 9, une communauté ouvrière diversifiée, et les campagnes de Ty Moore et d’Occupy Homes se sont mutuellement renforcées.

De même, à Seattle, la campagne de Kshama Sawant a contribué à placer les ‘‘Fight for 15’’, un mouvement de grèves et de manifestations de travailleurs à bas salaires, au cœur du débat politique. Socalist Alternative a énergiquement aidé à construire cette campagne en aidant concrètement les travailleurs en grève et en contrant les arguments des opposants à l’augmentation du salaire minimum. Quand des organisations de travailleurs ont pris l’initiative de lutter pour augmenter le salaire minimum jusqu’au seuil des 15 dollars de l’heure dans la banlieue de SeaTac, la campagne de Kshama Sawant a soutenu l’initiative avec énergie, ce qui a contribué à son succès historique.

Enfin, les deux candidats à la mairie de Seattle, qui avaient passé sous silence cette question du salaire minimum au début de leurs campagnes, ont fini par soutenir – vaguement – la proposition. Le succès qu’a rencontré Kshama Sawant dans la maîtrise du débat politique a conduit le Seattle Times, le journal le plus lu de Seattle, à déclarer avec même la tenue des élections que ‘‘le vainqueur est déjà la socialiste Kshama Sawant’’.

Le mouvement des travailleurs

Ces campagnes indépendantes de la classe des travailleurs sont des leçons importantes pour le mouvement des travailleurs, qui traverse actuellement une crise sérieuse. Le mouvement des travailleurs est sous l’assaut des grandes entreprises, et les républicains du Tea Party tentent d’en finir définitivement avec les syndicats. Les politiciens démocrates sont quant à eux souvent les pionniers des coupes budgétaires, des privatisations et des autres attaques antisyndicales. Dans cette situation, le mouvement des travailleurs a besoin de renouer avec ses traditions de lutte et de présenter davantage de candidats ouvriers indépendants.

Au lieu de cela, la direction de ces mouvements soutient le plus souvent les démocrates, soit par peur des républicains, soit par habitude, soit parce que beaucoup des membres de cette direction mènent eux aussi une vie luxueuse bien plus proche de celle des politiciens que de celle de ceux qu’ils sont censés représenter.

Les campagnes de Ty Moore et de Kshama Sawant ont toutefois montré que les travailleurs en ont plus que marre de la politique traditionnelle et que leur soutien peut être acquis par des campagnes crédibles et des revendications concrètes. Ty Moore a obtenu le soutien actif du syndicat SEIU (Service Employees International Union, soit Union Internationale des Employés des Services en français, il s’agit d’un syndicat nord-américain représentant 2,2 millions de travailleurs aux États-Unis, à Porto Rico et au Canada) qui a joué un rôle essentiel dans la campagne. Kshama Sawant a reçu le soutien de 6 syndicats locaux, et une majorité du King County Labor Council (conseil du travail du comté de King, où elle se présentait) a voté pour la soutenir, sans cependant obtenir la majorité suffisante pour un soutien officiel.

Lors des mois et années à venir, les syndicalistes seront la cible d’attaques continues contre leurs droits et leurs conditions de vie. Dans cette bataille, nous aurons besoin de manifestations, de piquets, de grèves et d’actions directes pour nous défendre. Les travailleurs devront lutter pour obtenir le contrôle démocratique de leurs syndicats et élire des dirigeants qui veulent vraiment résister à l’assaut capitaliste. Ces batailles illustreront le besoin pour les travailleurs d’une représentation politique indépendante, et les campagnes de Ty Moore et de Khsama Sawant montrent que les syndicats peuvent présenter des candidatures très populaires, ce qui représente un pas en avant vers un nouveau parti des 99%.

Prochaines étapes

Nombres de ceux qui ont soutenu Ty Moore et Kshama Sawant sont en rupture avec le parti démocrate, mais ne sont pas encore prêts à la quitter définitivement. Socialist Alternative continuera à clamer au sein des mouvements pour la justice sociale et des diverses coalitions de lutte que le parti Démocrate représente fondamentalement un parti pro-capitaliste, et que la classe des travailleurs ne devrait en aucun cas le soutenir, pas même les candidats de son ‘‘aile gauche’’.

Nous avons urgemment besoin d’un parti des travailleurs lié aux mouvements sociaux, aux syndicats de lutte, aux organisations communautaires, aux écologistes et aux socialistes. Un pas concret pour y parvenir serait de former des coalitions à travers tout le pays, liées entre elles à l’échelle nationale, afin de présenter 100 candidats indépendants des travailleurs pour les élections de mi-mandat de 2014. Les syndicats qui ont soutenu les campagnes de Ty Moore et de Kshama Sawant, comme beaucoup d’autres, devraient présenter des listes complètes de candidats aux élections de mi-mandat ainsi qu’aux élections nationales et locales.

Le capitalisme américain est plongé dans une profonde crise économique et sociale. L’establishment politique est discrédité, et son système gouvernemental semble ruiné. Une énorme colère se développe contre l’inégalité, le racisme, le sexisme et l’homophobie. La destruction de l’environnement s’intensifie. La situation nécessite une alternative.

Si les socialistes, les écologistes et les dirigeants syndicaux ne capitalisent pas sur cette ouverture, alors la droite le fera. Par exemple, un candidat libertarien (droite radicale) pour le siège de gouverneur de l’Etat de Virginie a remporté plus de 145.000 votes lors de ces élections. Pire encore, des rapports montrent que des groupes ouvertement d’extrême droite se développent.

La situation actuelle exige une riposte urgente. Nous avons besoin de construire activement le mouvement pour le socialisme avec de plus larges coalitions des 99% pour contrer l’agenda des capitalistes. Les incroyables résultats électoraux de Ty Moore et de Kshama Sawant sont de brillants exemples qui montrent la voie à suivre.