Postiers du 92 : Plus de 100 jours de grève contre la précarité !

tumblr_n5oj8k9eza1ttv2e1o1_1280Depuis une vingtaine d’années, seules les villes dont la population a fortement augmenté n’ont pas vu baisser le nombre de leurs facteurs. A quelques exceptions près dont Rueil-Malmaison dans les Hauts-de-Seine (banlieue ouest de Paris) où aucune « réorganisation » n’est venue accroître la charge de travail des postiers et dégrader le service public. Fin-janvier, les facteurs de Rueil ont une nouvelle fois montré qu’ils ne se laissaient pas marcher sur les pieds : ils ont refusé qu’après plusieurs autres, une factrice en contrat d’insertion, au lieu d’être « insérée », soit virée sur un vague prétexte et remplacée par un autre précaire. Comme un vulgaire patron voyou, la Poste emploie en permanence une partie de son personnel aux frais de la princesse en profitant de « mesures pour l’emploi » illusoires que l’Etat multiplie pour entretenir la précarité. Ce sont en effet les Départements, au titre de l’aide sociale, qui paient le plus gros des salaires et des cotisations patronales de ces contrats aidés.
Le syndicat Sud PTT 92, majoritaire dans les Hauts-de-Seine, a l’habitude des grèves actives et démocratiques : chaque jour le comité de grève organise une A.G. qui décide les actions du jour, interpellations de la Direction, visite d’autres bureaux de poste, contacts avec d’autres travailleurs en lutte pour étendre le mouvement en faisant converger les revendications. La Direction cherche à faire traîner le conflit, en refusant de négocier vraiment, en n’acceptant aucune médiation, pour que les salariés se découragent et reprennent le travail sans la moindre satisfaction pour compenser leurs pertes de salaire. Il s’agit de faire un exemple : non seulement la lutte ne doit pas payer, mais tous les « meneurs » doivent subir de lourdes sanctions : révocations, licenciements, mises à pied de longue durée et, si possible, des sanctions pénales. Plusieurs syndicalistes sont même convoqués le 21 mai devant la Sureté territoriale !
Après Rueil, d’autres bureaux du 92 sont partis en grève illimitée, pour la plupart de façon majoritaire (80 grévistes au minimum), et l’agitation s’étend à d’autres départements et rejoint le mouvement des intermittents du spectacle et les luttes d’autres catégories de précaires : cortège commun aux défilés du 12 avril et du 1er mai et actions communes spectaculaires contre le patronat et le gouvernement…
Pour tenir, les grévistes ont besoin d’un fort soutien moral et financier. Ils organisent régulièrement des soirées festives pour rencontrer les travailleurs les plus conscients et récolter des fonds. On peut aussi envoyer des chèques à Sud PTT 92, 51, rue Jean Bonal 92250 La Garenne-Colombes.
La GR invite tous les travailleurs à s’inspirer de l’exemple des postiers en grève du 92, à leur envoyer des messages de solidarité et à participer généreusement à leur caisse de grève.

Il faut stopper les plans de ce gouvernement de combat contre les salarié-es!

greve-15-mai-2014Ci-dessous nous reproduisons la motion adoptée à l’unanimité des présents par la commission exécutive de l’UL CGT de Nancy le 12 mai 2014, par rapport aux suites à donner à la grève de la fonction publique du 15 mai et surtout la stratégie que les travailleurs doivent construire avec leurs syndicats pour stopper les plans du gouvernement et des patrons.

« Le gouvernement Hollande-Valls mène clairement une politique en faveur des grands patrons et des groupes d’actionnaires. Les attaques contre les travailleurs du public et du privé, les privés d’emplois et les jeunes sont nombreuses : 30 milliards de cadeaux aux patrons dans le cadre du Pacte de responsabilité d’ici 2017 qui viennent s’ajouter aux 20 milliards du CICE, 50 milliards de coupes budgétaires supplémentaires principalement dans la fonction publique et la Sécurité sociale, suppressions de postes massives dans la fonction publique, gel des salaires des fonctionnaires, attaque contre le SMIC et précarisation accrue des jeunes travailleurs…

Et tout cela dans un contexte où les entreprises du CAC 40 ont, à elles seules, fait 48 milliards de bénéfices en 2013, où les aides aux entreprises sous formes d’aides directes ou d’exonérations d’impôts et de cotisations sociale dépasses les 200 milliards d’euros, où l’évasion fiscales des ultra-riches et des entreprises est estimé à près de 600 milliards d’euros, etc.…

Il faut hausser le ton car nous sommes tous concernés par le plan Valls et cesser de subir cette politique au service des capitalistes !

Grève le 15 mai, et après ?

Le 15 mai, les fédérations des fonctionnaires appellent à manifester et à faire grève contre cette politique d’austérité rejoint par la fédération des organismes sociaux.

 UL CGT de Nancy appelle tous les syndicats CGT de son périmètre, quelques soit le secteur, à rejoindre la manifestation. Ce doit être un pas de plus pour construire un mouvement d’ampleur par la suite.

Mais nous savons que pour développer la résistance, il nous faut un plan d’action.  Une grande mobilisation réussie en juin, au moment même où l’assemblée nationale discute du plan Valls, est possible.  Et il faut permettre à tous ceux qui refusent le pacte de responsabilité et les plans du Medef de se mobiliser ensemble. Une véritable journée de grève public-privé en juin pourrait permettre de mobiliser dans tous les secteurs – du public et du privé en même temps, mais aussi des privés d’emploi, des jeunes et des retraités. 

La CGT peut œuvrer dans ce sens dès le soir du 15 mai, lors de la réunion des organisations syndicales, en défendant l’idée d’une journée de grève en juin contre le plan Valls et les licenciements, interprofessionnelle et unitaire, préparant un appel à la mobilisation et à la grève pour septembre-octobre qui soit annoncée dès maintenant.

Une telle grève serait un pas important pour redonner confiance et pour lutter. Par le passé, les journées de grève réussies fin mai ou début juin ont pu permettre des mouvements plus larges à l’automne.

La CGT doit s’engager dès maintenant et mettre ses forces dans la préparation de la mobilisation jusqu’au retrait du plan Valls et du pacte de responsabilité. »

 

L’Égalité, notre journal

EGA_198-HQ-page-001Tous les deux mois, L’Égalité, notre journal revient sur l’actualité aussi bien sur le plan international que sur le plan national. Nous ne sommes toutefois pas des observateurs externes, mais bien des participants actifs dans les mouvements de lutte comme dans le combat quotidien des travailleurs pour leurs revendications. En ce sens, nous choisissons systématiquement le côté des ouvriers, des jeunes, des retraités, des chômeurs,… dans nos articles et interventions.

Notre journal et notre site web www.gaucherevolutionnaire.fr sont le produit de nos idées et un support pour les diffuser plus largement auprès des travailleurs et des jeunes. Nous vendons L’Égalité dans les manifestations, les grèves, lors de nos activités et l’écho que nous rencontrons est encourageant. Néanmoins, les finances de notre journal ne sont pas encore suffisamment solides et nous avons besoin d’un soutien supplémentaire de nos lecteurs. Avoir plus d’abonnés à notre journal rendrait les finances plus stables et garantirait l’apparition régulière.

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L’Égalité ne se contente pas de faire un simple constat ou de faire des commentaires, mais cherche à donner des analyses approfondies, par exemple sur la crise du capitalisme, à développer une stratégie et des revendications pour les luttes et à populariser à nouveau un programme authentiquement socialiste.

L’Égalité est un journal militant et vous y trouverez des articles sur les luttes en cours des travailleurs et des jeunes contre les attaques du patronat et du gouvernement.

L’Égalité est un journal internationaliste qui réserve une grande place à la situation internationale, aux luttes dans les pays néo-coloniaux et aux articles sur le travail des sections de notre internationale, le Comité pour une Internationale Ouvrière (CWI / CIO).

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Afrique du Sud : Bilan des élections de 2014

WASP-Logo-Final_postPar Weizman Hamilton, Secrétaire Général du WASP

L’ANC, le Congrès national africain, a remporté les élections avec 62% des voix. Cela représente une légère baisse de soutien, une perte de 3,5% qui représente quelques centaines de milliers de voix en chiffres absolus. Étant donné le mandat de 5 ans rempli de scandales du président Zuma, dont le massacre de Marikana (où la police avait tiré sur des mineurs en grève, causant plus de 30 morts) et le Nkandla-gate (autour de la résidence privée du président Jacob Zuma), les stratèges de l’ANC doivent pousser un grand soupir de soulagement.

Cela masque toutefois que l’ANC fait face à un rejet important. Plus de dix millions d’électeurs ne se sont pas inscrits pour aller voter et six millions de personnes s’étaient bien enregistrées mais ne se sont pas rendues aux urnes. 16 millions de personnes n’ont donc pas pris part à ces élections. Les données correspondantes pour les années 2004 et 2009 étaient respectivement de 12 millions et de 12,4 millions. L’ANC, dans les faits, est sur le point de composer un gouvernement minoritaire qui n’a reçu le soutien que de 11 millions d’électeurs, à peine 32%.

L’ANC n’a pas abordé ces élections avec la même complaisance que les fois précédentes. Ils ont tardivement réalisé que leur position dominante, particulier parmi la classe ouvrière et les pauvres, ne devait pas tout simplement être tenue pour acquise. La machine électorale de l’ANC a été huilée et est passée à la vitesse supérieure. Même s’il n’y a pas eu de corruption généralisée, cela ne signifie pas que l’ANC a joué le jeu de manière honnête durant la campagne électorale. L’ANC confond volontairement son rôle de parti politique et son contrôle gouvernemental de l’appareil des services sociaux. Le budget pour les colis alimentaires aux plus démunis a été fortement augmenté les mois ayant précédé les élections, et les bénéficiaires ont bien sûr entendu qu’il s’agissait d’un cadeau de l’ANC, qui a passé sous silence que cela provenait en fait des caisses de la collectivité. Les 12 millions de personnes qui reçoivent des subventions sociales (retraites, pensions d’invalidité, aide à l’enfance) entendent régulièrement que ces allocations leur sont versées  »par l’ANC ». L’ANC répand aussi le mensonge selon lequel un échec électoral pour l’ANC signifierait le retour du système de ségrégation raciste de l’apartheid. Particulièrement parmi les aînés, beaucoup n’ont pas voté pour Zuma mais bien pour le « parti » de la libération qui a mis fin à l’apartheid .

Le réseau de patronage de l’ANC a été utilisé à plein rendement. La chaîne publique SABC a d’ailleurs retiré à la dernière minute deux publicités télévisées de l’opposition – de l’Alliance démocratique (DA) et des Economic Freedom Fighters (EFF) – au motif fallacieux qu’elles « inciteraient à la violence ». Le jour du scrutin, aux stations de vote, il a été rapporté que l’ANC distribuait de la nourriture gratuite et des t-shirts afin de corrompre les pauvres et les désespérés. En Afrique du Sud, de vastes sommes d’argent sont dépensées pour les élections, sans qu’aucune règle n’existe sur la publication des finances des partis. Nous pouvons raisonnablement supposer que d’importantes sections de la classe capitaliste ont versé des sommes gigantesques dans la campagne de l’ANC. La direction de l’ANC est en réalité un comité exécutif de la nouvelle classe capitaliste noire. Plus de 50% des membres du Comité exécutif national de l’ANC sont des administrateurs de sociétés importantes, et un tiers sont administrateurs de plus d’une entreprise, un sur dix ayant des mandats à la direction de cinq entreprises ou plus. 72 % des membres de la direction de l’ANC sont détenteurs d’actions, 50 % possèdent des actions dans plus d’une entreprise et 18 % détiennent des actions de plus de cinq sociétés. Quinze membres de la famille Zuma sont impliqués dans la gestion de 134 entreprises, dont 83 ont été mises en place après l’arrivée de Jacob Zuma à la présidence. Le Vice-président de l’ANC, Cyril Ramaphosa, possède une fortune estimée à plus de 6 milliards de rands sud-africains (573 millions de dollars).

Le Workers and Socialist Party (WASP) avait relevé l’énorme défi de se présenter contre ce mastodonte avant même d’avoir eu son premier anniversaire en tant que parti. Nous sommes bien sûr déçus du nombre de voix limité que nous avons obtenu, et qui se situe en deçà de nos attentes. Nous avons reçu un peu plus de 8000 voix (0,05%). Ce faible résultat électoral ne saurait toutefois mettre de côté les énormes progrès réalisés par le WASP dans sa courte existence, notamment avec la construction de poches de soutien parmi la classe ouvrière. Peu de gens ont voté pour nous, mais cela représente la couche la plus consciente des travailleurs. Nous avons déjà reçu des appels téléphoniques de délégations de travailleurs qui voulaient rassurer la direction du WASP et encourager le parti à poursuivre la tâche de construire «leur» parti.

Le manque de ressources pour mener la campagne a constitué un problème fondamental. Le combat destiné à réunir les fonds nécessaires à payer les énormes dépôts électoraux afin de pouvoir déposer une liste a signifié que nous avons passé plus d’un mois sans un sou avant de lancer la deuxième phase de collecte de fonds pour le matériel électoral et notre fonds de campagne. Il ne fait aucun doute que si nous avions eu les ressources nécessaires pour atteindre plus de gens, notre soutien électoral aurait été plus élevé. En outre, les médias dominants ont décidé dès ce début d’année que le récit des élections se limiterait à une course à trois chevaux entre l’ANC, la DA et EFF. Le WASP a été exclu de toute couverture médiatique sérieuse. Même le lancement de notre manifeste politique n’a pas été couvert, ce qui n’a pas empêché les médias de parler du lancement de la campagne d’un petit parti religieux qui a au final reçu bien moins de voix que le WASP.

Mais il y a d’autres facteurs politiques importants à prendre en considération. Malheureusement, le WASP n’a pas été en mesure de consolider sa position parmi les mineurs. Malgré le rôle crucial joué par les fondateurs du WASP – le Democratic Socialist Movement (section sud-africaine du Comité pour une Internationale Ouvrière) – dans le mouvement des mineurs contre le syndicat national des mineurs affilié à l’ANC (le NUM) et qui les a fait rejoindre le syndicat des mineurs auparavant marginal AMCU, la direction de l’AMCU a tout fait pour éliminer notre influence parmi les mineurs. Des membres et sympathisants du DSM et du WASP ont été attaqués et expulsés du syndicat, ce qui a fréquemment conduit à la perte de leur emploi. Les dirigeants de l’AMCU ont diffusé le mensonge que le WASP est derrière le nouveau syndicat jaune et anti-grève, et ils ont honteusement été aidés dans cette tâche par de minuscules forces de  »gauche » jalouses. L’Union Workers Association (WAU) a tenté de profiter de la démoralisation parmi les mineurs dans le cadre d’une grève de trois mois sans salaire. Le WASP s’est donc retrouvé face à l’hostilité de la direction de l’AMCU et au  »resserrement des rangs » bien compréhensible des mineurs au beau milieu d’une grève à la vie à la mort. Le WASP a eu très difficile de mener campagne dans le secteur des mines de platine, quelques camarades ont même dû faire face à des menaces de mort.

La position du National Union of Metalworkers of South Africa (NUMSA, Union nationale des métallurgistes d’Afrique du Sud) a également entraîné une situation compliquée. Après avoir pris la décision audacieuse et historique en décembre dernier de ne pas faire campagne pour l’ANC, décision prise lors d’un Congrès extraordinaire, la direction du NUMSA, malheureusement, n’a pas réussi à développer cette position en une alternative positive au-delà de la promesse de fonder un parti des travailleurs d’ici 2016. Cela a ouvert un espace important pour que le WASP parvienne à gagner des militants clés des métallos, des délégués syndicaux et des responsables régionaux dont certains ont été parmi nos militants les plus actifs, mais la faiblesse de la direction a eu un impact sur l’ensemble des membres. Beaucoup ont différé leurs attentes pour une alternative de la classe ouvrière jusqu’à après ces élections. Malheureusement, la direction du NUMSA n’a fait aucune recommandation de vote à ses membres.

Pendant des mois, le WASP a fait campagne pour que le NUMSA ne manque pas l’occasion historique que les élections de 2014 représentaient dans le cadre de la construction d’une tête de pont pour le véritable socialisme en essayant d’obtenir une poignée de sièges au parlement. Nous avons invité le NUMSA à prendre place à la direction du WASP et à présenter ses propres candidats aux élections. Malheureusement, la direction du NUMSA n’a pas retenu cette offre. Le WASP a néanmoins établi une base importante parmi les membres de ce syndicat.

L’hésitation de la direction du NUMSA a également fourni une excuse au reste de la gauche sud-africaine pour ne pas soutenir le WASP pour  »soutenir le NUMSA ». Le Democratic Left Front, un  »mouvement » d’intellectuels de la classe moyenne, a fait écho au NUMSA et s’est abstenu de donner une consigne de vote claire aux électeurs en préférant  »soutenir ceux qui veulent jeter leur bulletin de vote, le sauvegarder pour un futur parti des travailleurs de masse et / ou voter pour des forces anticapitalistes comme première étape vers la construction d’une plate-forme électorale anticapitaliste pour les élections de 2016. » Ce groupuscule parle d’anticapitalisme là où il faut parler de socialisme et de plateforme là où il faut parler de parti!

Pour concrétiser cette position confuse jusqu’à sa conclusion logique, les forces académiques sympathisantes de ce groupuscule ont lancé en avril une campagne de boycott pour voter « Non », malheureusement soutenue par Ronnie Kasrils et d’autres vétérans respectés des luttes qui ont rompu avec l’ANC. Cette campagne a appelé les électeurs à s’abstenir ou à voter pour un petit parti. Le WASP a discuté avec Ronnie Kasrils et a averti que cette campagne était source de confusion et n’aurait pas d’effet au-delà d’une  »victoire morale », les bulletins annulés ne faisant en fait que magnifier le poids des suffrages exprimés pour l’ANC.

Les critique de tels  »socialistes » de salon ne peuvent pas être prises au sérieux. Même s’ils chantent aujourd’hui au sujet de leur prophétie auto-réalisatrice, cela ne peut passer sous silence le rôle audacieux et héroïque de ceux qui ont agi plutôt que de s’effacer.

Ces critiques ont trouvé un écho, y compris à l’échelle internationale, chez de petits groupes qui se sont emparés du faible résultat du WASP pour l’attaquer ainsi que le Comité pour une Internationale Ouvrière. Ces petits groupes se sont mis de côté dans la lutte pour construire un nouveau parti des travailleurs et beaucoup d’entre eux n’ont fait aucun appel de vote clair dans ces élections.

Enfin, le WASP avait une concurrence sérieuse avec les Economic Freedom Fighters (EFF). L’EFF a engrangé un bon résultat et gagné plus d’un million de voix, soit près de 30 députés, sans mentionner un nombre similaire de députés provinciaux. Ce parti de gauche populiste ayant un programme de gauche portant sur la nationalisation et l’expropriation des terres, a lancé un appel à la jeunesse et aux pauvres. Son chef, Julius Malema, est un ancien dirigeant de la ligue des jeunes de l’ANC qui a été expulsé, et il a été en mesure d’attirer à lui d’importantes sections de la ligue de la jeunesse. Ses réseaux au sein de la nouvelle élite noire à l’intérieur de l’ANC lui a fourni les ressources nécessaires pour mener une campagne efficace. Le WASP appelle les membres de l’EFF à être ouverts à discuter du programme de l’EFF, des tâches qui font face à la classe ouvrière et du rôle des dirigeants de l’EFF au sein du parlement et face à la pression incessante de la classe capitaliste.

Des discussions ont eu lieu en août dernier entre le WASP et l’EFF, où nous avions proposé de constituer un bloc électoral, de déposer des listes communes de candidats et d’unifier le vote anti-ANC, un objectif stratégique clé. D’importantes différences existaient toutefois entre le WASP et l’EFF au sujet de la nationalisation, du socialisme et d’autres questions cruciales et nous défendons notre droit de débattre de ces questions avec la classe ouvrière et les pauvres. Dans le sillage du massacre de Marikana, il faut aider la classe ouvrière dans la clarification des tâches nécessaires à la transformation socialiste de la société.

Malheureusement, l’EFF a rejeté notre proposition d’un bloc électoral, a exigé la liquidation effective du WASP au sein de l’EFF et qu’aucune discussion ne porte sur questions programmatiques et politiques. Le WASP n’avait pas d’autre choix que de se présenter indépendamment suite à cette réponse de la direction de l’EFF.

L’EFF a réalisé un important pas en avant, sans avoir cependant fait aussi que ce qu’ils avaient espéré. Cela s’explique en partie par les attentes exagérées semées par mes dirigeants parmi leurs membres, mais cela reflète aussi le scepticisme de la classe ouvrière envers l’EFF. Le NUMSA par exemple, a explicitement rejeté l’EFF à son congrès extraordinaire de décembre en raison de son incapacité à appeler au contrôle des travailleurs de l’industrie nationalisée et à leur position équivoque sur la nécessité du socialisme. Si le WASP et l’EFF avaient pu parvenir à un accord de principe, un tel bloc électoral aurait pu agir comme un pont pour la classe ouvrière et cela aurait donné à l’ANC une correction sanglante. Malheureusement, cette occasion a été gaspillée.
Même si nous n’avons pas réussi à combler le vide à la gauche de l’ANC, nous avions raison de nous présenter dans ces élections. Nous avons joué un rôle de pionnier et posé les fondations du développement d’un parti des travailleurs parti basé sur un programme socialiste. Ce processus se poursuivra dans la période à venir.

Nous avons gagné des positions de soutien cruciales pour les idées du socialisme révolutionnaire parmi la classe ouvrière, les communautés locales et les jeunes, et allons consolider ces positions à la suite des élections. Nous avons toujours dit que le WASP est d’abord et avant tout un parti de lutte, et une étape seulement dans la construction d’un parti de masse des travailleurs. Nous allons maintenant tourner notre attention vers une campagne pour un nouveau parti de masse des travailleurs et pour unifier les protestations sociales afin de construire un puissant mouvement de la jeunesse socialiste. Le WASP va s’engager dans le débat avec le NUMSA et d’autres forces dans le cadre de la lutte pour franchir les prochaines étapes de la construction d’un nouveau parti de masse des travailleurs.

La majorité obtenue par l’ANC dans ces élections ne représente pas la fin du processus. Le nouveau gouvernement devra faire à la crise sociale qui existe actuellement. Le correspondant de la BBC a résumé les perspectives de ces autorités capitalistes en disant : « L’ANC est susceptible d’utiliser son mandat impressionnant pour son Plan national de développement – en rejetant la nationalisation et en mettant l’accent sur les investissements et les infrastructures. » Cela signifie plus d’attaques néolibérales et plus de lutte de classe. Le WASP interviendra pour aider à construire une alternative socialiste de masse.

Algérie: Abdelaziz Bouteflika entame un quatrième mandat

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L’instabilité va continuer à croître

Par Serge Jordan, CIO

Du point de vue du pur « suspense », les élections algériennes ont été un non-événement. Les Algériens sont habitués aux mascarades électorales qui appuient le candidat sélectionné dans des circonstances obscures par ceux auxquels on se rapport largement comme « le pouvoir » : les dirigeants du parti au pouvoir, le FLN, les grands magnats du business, mais également les généraux de l’armée et services secrets, qui essaient tous de tirer les ficelles sur la scène politique selon leurs intérêts personnels.

Abdelaziz Bouteflika, 77 ans, fragile et souffrant, règne sur l’Algérie depuis 15 ans. C’est le candidat favori des différentes factions de l’élite dirigeante du pays, ainsi que des plus grandes puissances occidentales. Pour ces dernières, la convergence d’intérêts avec le régime algérien revêt une importance stratégique ; à la fois pour poursuivre leurs aventures impérialistes dans la région mais aussi pour sécuriser la vaste source d’hydrocarbures que représente le pays, et d’autant plus dans le contexte de la crise ukrainienne.

Bouteflika a « gagné » un quatrième mandat le 17 avril, avec un score officiel de 81,53% des voix. Sa victoire a été annoncée avant même l’annonce des résultats. Même en considérant que ce chiffre est exact, ceci signifierait toutefois que cinq millions de personnes en moins lui ont donné leur voix par rapport à la dernière élection présidentielle de 2009. Le taux de participation officiel n’a quant à lui qu’à peine dépassé la moitié de l’électorat.

Ce résultat peine à couvrir le mécontentement croissant et qui s’exprime toujours davantage de parties de plus en plus grandes de la population algérienne, l’effondrement de la popularité de Bouteflika et le grondement de la confrontation au sommet de la société. De manière significative, quelque 463 000 officiers de tous les secteurs des corps de l’armée ont été mobilisés par le régime pour superviser cette élection ; une indication de la nervosité du régime.

Un régime autoritaire derrière une façade de pluralisme

À part Bouteflika, cinq autres candidats concouraient à la présidentielle. En réalité, cette élection n’est pas apparue différemment des autres ; avec un candidat favori et un maquillage pluraliste ; les autres candidats ne représentant majoritairement que des factions dissidentes, à des degrés différents, d’un régime sclérosé.

Quelques commentateurs ont fait grand cas du soi-disant « seul opposant sérieux » à Bouteflika, Ali Benflis. Ce dernier, qui a eu 12,18% des voix (les quatre autres se sont partagés les 6,3% restants), a critiqué les résultats électoraux en déclarant qu’ils étaient marqués par des « fraudes à une échelle massive ». Alors qu’il se profilait comme candidat indépendant, Benflis a pourtant été Premier ministre pendant le premier mandat de Bouteflika et n’est, des pieds à la tête, qu’un pur produit du système : il a son propre réseau de soutiens dans le FLN et l’appareil d’État, et ne représente aucune alternative authentique au régime actuel.

Même Louisa Hanoune, candidate soi-disant « trotskyste » du petit Parti des Travailleurs (PT), est connue pour être proche de Bouteflika et son régime. Avec 1,37% des voix, elle fut la première parmi les candidats à reconnaître formellement les résultats, à appeler au respect de la supposée « volonté du peuple » et à désigner Bouteflika gagnant de l’élection.

En dehors des sphères électorales, on a pu voir une répression systématique des dissidences pendant la campagne : des actions de protestation qui se sont tenues contre le quatrième mandat de Bouteflika ou pour appeler au boycott des élections ont été brutalement réprimées par la police. Une station de télévision privée a été fermée pour avoir mis en question la réélection de Bouteflika et le gouvernement refuse leurs visas à des équipes médiatiques ou des journalistes étrangers qui se montrent trop critiques vis à vis du Président.

Une abstention massive

Cela fait bien longtemps que beaucoup en Algérie et particulièrement la jeunesse ne prêtent plus aucune crédibilité au processus électoraux du pays tellement ceux-ci sont grotesques et biaisés. La plupart des Algériens n’ont même pas de carte électorale, sachant pertinemment que tout est joué d’avance.

Le taux de participation n’a fait que diminuer ces dernières années. Même le taux officiel d’abstention cette fois-ci était à son plus haut niveau pour une élection présidentielle depuis celle de 1995, avec 49% contre 26% pour celle de 2009. Le fait même que les chiffres officiels, malgré le fait qu’ils soient vraisemblablement gonflés, doivent refléter cette abstention historiquement haute pour apparaître crédibles, en disent grand sur l’état d’apathie de l’électorat quant à une élection dont la nature factice n’est un secret pour personne.

Les tensions grandissent en Kabylie

Dans la région rebelle de Kabylie, dans le nord-est du pays, seuls 25% des électeurs se sont déplacés aux urnes, ce qui représente la participation la plus basse de tout le pays. Le jour de l’élection, dans la ville kabyle de Bouira, des jeunes ont saccagé un bureau de vote et ont affronté la police. Au début du mois, des incidents similaires avaient déjà été constatés à Bejaia, la plus grande ville de la région, où des centaines de manifestants ont bloqué les rues. Ils ont brûlé le centre culturel où les partisans de Bouteflika étaient sensés tenir un discours ; les empêchant ainsi de tenir leur meeting. Quelques jours après les élections, les forces de sécurité se sont violemment affrontées à des militants dans la ville de Tizi Ouzou, toujours dans la même région.

La Kabylie est majoritairement composée d’Amazighs , ou Berbères, dont les droits culturels et linguistiques ont été systématiquement violés par le régime algérien nationaliste. Historiquement, cette région est un foyer de résistance et le point de départ de mouvements de masse contre les autorités centrales. Avec une méthode classique de « diviser pour mieux régner », le régime a fait une montagne de la carte d’identité « arabo-islamique » pour s’opposer aux revendications des Berbères. De manière assez typique, Abdelmalek Sellal, qui a été Premier ministre de Bouteflika jusqu’à mi-mars, a récemment affirmé qu’il n’y avait « pas de problème de minorités en Algérie ».

Dans le cadre de la crise actuelle et d’une atmosphère chargée, les tensions ont toutes les chances d’être ravivées quant à la question nationale, particulièrement en Kabylie. Une attitude de principe de la part de la gauche est vitale pour apporter une solution durable à cette question. C’est à dire prendre position pour des droits égaux et l’autodétermination de la communauté berbère, en liant ceci à la nécessité d’une lutte commune de tous les travailleurs et les pauvres, Arabes et Berbères, pour une transformation socialiste de la société, autant en Kabylie que dans toute l’Algérie.

Barakat

Ce n’est pas qu’en Kabylie que la rage croît. Plus que les élections, les dizaines de mouvements populaires contre la tenue de meetings électoraux à travers le pays et contre le nouveau mandat de Bouteflika sont un bien meilleur baromètre du climat dans de nombreux endroits. Les Algériens font de plus en plus entendre leur mécontentement quant à la corruption parmi l’establishment pourri et la détérioration de leurs conditions de vie.

Un nouveau mouvement, Barakat (« Assez » en arabe) a émergé, gagnant rapidement un certain écho parmi la jeunesse de la classe moyenne sur les réseaux sociaux. En essayant de mobiliser autour d’une opposition au nouveau mandat de Bouteflika, Barakat s’adresse essentiellement à des couches de la classe moyenne. Ils n’abordent pas les problèmes sociaux pressants au cœur des inquiétudes de beaucoup de travailleurs algériens. Ils parlent d’établir une démocratie et de se battre pour des élections transparentes, ce qui est juste. Mais les dirigeants de ce mouvement ne remettent pas en cause les fondations économiques du système algérien.

Un mouvement contre le caractère autoritaire et répressif du régime actuel doit s’adresser aux travailleurs, aux pauvres, aux chômeurs, et les mobiliser autour de revendications sociales claires. Ces revendications devraient partir des immenses richesses existantes dans le pays et expliquer que seul la construction d’une lutte de masse contre le pouvoir économique et politique des oligarques corrompus peut amener un changement structurel en faveur des « 99% » de la population.

Un régime en crise

En fait, ces élections ont révélé la crise sans précédent qui frappe le régime. Le « consensus » apparent – et relatif autour de Bouteflika s’effondre ; des fractures profondes parmi les échelons supérieurs du régimes apparaissent ouvertement. Cela a particulièrement été le cas entre deux centres du pouvoir : l’armée, plus proche du cercle de Bouteflika, et le Département de Renseignement et de Sécurité (DRS) ; qui se sont engagés dans une guerre interposée via les secteurs et organes médiatiques qu’ils contrôlent respectivement.

Ce conflit est un reflet des luttes de pouvoir en cours entre les différentes factions de la classe dirigeante, en lice finalement pour contrôler la richesse du pays ; un combat dans lequel des milliards de dollars sont en jeu.

Depuis l’indépendance en 1962, l’armée et les services secrets ont une mainmise ferme sur les politiciens algériens, et surtout suite au coup d’état militaire de Houari Boumedienne en 1965. Le rôle politique de l’armée et des « services » s’est vu renforcé pendant les années 1990, lors de la guerre civile. Ces institutions, après avoir orchestré un coup d’état en 1992 contre la victoire électorale du FIS (Front Islamique du Salut, un parti islamiste radical), se sont établies comme forces craintes et toutes-puissantes au cours de leur confrontation avec les insurgés islamistes armés. Cette « guerre totale au terrorisme » fut utilisée pour imposer un règne de terreur où la barbarie de l’armée rivalisa avec la violence des fondamentalistes.

En 1999, les généraux et grands chefs du DRS acceptèrent de placer Bouteflika à la présidence. Après des accusations de fraudes par d’autres candidats, Bouteflika finit par être le seul à contester la présidence, en se présentant comme le candidat de la paix et du consensus ; et gagna une victoire écrasante – bien que frauduleuse.

Jouant sur son propre héritage de vétéran de la guerre de libération coloniale contre l’impérialisme français, s’appuyant sur l’épuisement de la population après une décennie de guerre civile abominable, donnant l’amnistie aux criminels des deux parties du conflit des années 1990, encourageant un culte de sa propre personnalité, réduisant le Parlement à une chambre d’enregistrement, préférant les décrets aux lois, ayant une attitude équilibrée entre les classes sociales et entre les clans dirigeants en concurrence les uns avec les autres, Bouteflika était typique de ce que les marxistes qualifient d’un régime « bonapartiste ».

Toutefois, la présidence autant que le régime sont devenus de plus en plus fragiles au fil des ans, et la base sociale de Bouteflika, si elle existe toujours parmi une certaine couche, s’est effritée.

Un président sénile

Pendant la campagne, deux chaînes de télévision ont constamment diffusé de précédents discours de Bouteflika pour le montrer en bonne forme. Mais la réalité est très différente. Bouteflika n’est plus qu’un candidat « fantôme » ; il n’a pas assisté à un seul meeting de la campagne, lutte pour se lever ou même pour parler. Largement sénile, Bouteflika n’est aujourd’hui rien de plus qu’une frêle figure de proue, un point d’équilibre entre les différentes factions de la classe dirigeante. La possibilité qu’il finisse son mandat présidentiel est très douteuse.

Le fait même que finalement, tous les clans dirigeants aient accepté de présenter de nouveau Bouteflika en dit long sur la force des tensions qui les agitent. Chaque faction tente de s’acheter du temps avant que la situation n’atteigne une nouvelle étape ; et Bouteflika n’est essentiellement qu’une feuille de vigne mise là pour cacher la crise du régime.

Le vide que laissera au pouvoir la fin du règne de Bouteflika s’accompagnera vraisemblablement d’une période d’instabilité profonde et de batailles féroces sur le futur du pays. Le caractère que celles-ci prendront déprendra du rôle que le peuple algérien et le mouvement ouvrier en particulier joueront dans ces événements.

La montée des luttes ouvrières

Depuis la vague révolutionnaire qui s’est abattue sur la région, le gouvernement algérien, à la tête de quelque 200 milliards de réserves étrangères emmagasinées grâce au commerce de l’énergie, dépense largement en subsides d’État, crédit à taux réduit et programmes de logement pour tenter de calmer la montée de la colère sociale.

Cet argent a pu servir de tampon jusqu’à un certain point, mais il y a des limites à cette méthode ; dans un pays où les villas en bord de mer et les belles voitures des super riches et la corruption immense des hauts fonctionnaires contraste avec un océan de besoins pressants, de chômage de masse et de salaires qui permettent à peine de survivre pour le reste de la population. Alors que l’Algérie vient d’entrer dans le classement Forbes des « Arabes les plus riches du mondes », la moitié des 35 millions d’Algériens ne reçoivent pas de soins de santé appropriés.

« L’argent empêche une explosion sociale généralisée, mais il y a tout le temps des revendications et de petites explosions », relatait un édito de Maghreb Émergent, un site économique algérois.

De plus, le FMI et les pays impérialistes mettent la pression au gouvernement algérien pour qu’il mette en place de grandes réformes néolibérales pour ouvrir encore plus le pays aux investissements étrangers, sabrer les subventions étatiques et les salaires des travailleurs.

Dans ce contexte, il est très probable qu’une période de lutte des classes renforcée ait lieu. Déjà ces deux dernières années, les Algériens font de plus en plus de manifestations, sit-in, grèves ; ainsi que des actes de désespoir tels que des émeutes, grèves de la faim ou immolations, pour faire entendre leurs griefs. Ces derniers mois, il y a eu des grèves au port d’Alger, dans les chemins de fer, à Sonatrach, l’entreprise publique d’électricité, chez Lafarge, le cimentier français, parmi les pilotes de ligne ; entre beaucoup d’autres. Des actions de protestations dans les communautés ont aussi lieu quotidiennement dans certaines zones du pays, sur des questions salariales, pour de meilleurs logements, l’accès à l’eau et l’électricité, etc.

En parallèle de ce processus, des syndicats indépendants ont fleuri dans la période récente, apportant de nouveaux canaux aux luttes des travailleurs. Le syndicat officiel, l’UGTA, est en même temps de plus en plus réduit à une courroie de transmission des politiques du régime. Elle est largement discréditée aux yeux de la plupart des travailleurs (encore une fois, elle a soutenu Bouteflika pendant la dernière élection).

Complications

Alors qu’une période de luttes intensifiée est au programme, les choses n’avanceront pas de manière linéaire. La crise sociale est profonde, et il y a un vide énorme en termes de représentation politique des travailleurs et de la jeunesse.

Le peuple algérien, qui a eu son propre « Printemps » sous la forme d’un mouvement insurrectionnel massif en 1988, a payé au prix fort pendant la décennie qui a suivi le fait de ne pas avoir eu de véritable alternative à eux. À l’époque, les islamistes réactionnaires du FIS pouvaient catalyser l’outrage ressenti par rapport au régime corrompu et dictatorial car le vide politique prévalait chez les masses. L’orgie de violence qui s’en est suivie pendant la « décennie noire » des années 1990 et pendant laquelle les masses algériennes ont été prises dans le feu d’une guerre civile qui a rapidement tourné au conflit sanglant entre deux ailes de réactionnaires meurtriers en concurrence entre eux, souligne à quel poitn il est vital pour la classe ouvrière et les masses pauvres d’avoir leur propre voix politique indépendante.

Aujourd’hui, les groupes fondamentalistes et jihadistes en Algérie sont affaiblis et discrédités. Mais d’autre part, il y a une certaine fragmentation et un manque de direction s’agissant de l’aile plus réformiste du mouvement islamique de droite (le MSP, Mouvement de la Société pour la Paix, branche algérienne des Frères Musulmans, qui a soutenu Bouteflika quand il est arrivé au pouvoir en 1999 et ce jusqu’en 2012, mais a appelé au boycott cette année, probablement pour éviter un nouveau recul électoral).

Cependant, les leçons à tirer du passé algérien sont toujours valables. La situation peut changer très rapidement, et le danger d’un islam politique de droite n’a pas disparu. Les événements dans le reste du Moyen-Orient et dans le nord de l’Afrique démontrent le besoin crucial qu’il y a de construire des organisations de gauche de masse capables de fournir au mouvement un programme combatif et consistant pour l’action révolutionnaire. Ceci afin d’éviter aux luttes de masse d’être reprises par des forces pro-capitalistes, les amis du régime, les sectaires religieux ou groupes fondamentalistes.

Sans quoi la colère et la frustration peuvent prendre des tournants catastrophiques. Ghardaia, une ville où Arabes et Berbères ont coexisté pendant des siècles, fut récemment le théâtre de conflits mortels entre les deux communautés. Ceci est une mise en garde contre le danger de la violence sectaire qui peut ressurgir dans certaines parties du pays faute d’un mouvement unifié qui se batte réellement pour les intérêts des masses et s’attaque aux causes profondes des problèmes sociaux.

Après le dur traumatisme de la guerre civile, une couche de la population algérienne continue de craindre l’instabilité qu’impliquerait une remise en cause directe du régime, même si elle peut partager le mécontentement général contre les dirigeants actuels. La peur de l’inconnu et la soif d’un semblant de stabilité restent fortes, surtout parmi les générations plus âgées. Les événements violents qui ont lieu dans des pays comme l’Égypte, la Syrie ou la Libye peuvent renforcer cela, et sont utilisés en ce sens par le régime actuel.

Bâtir l’avenir

Néanmoins une nouvelle génération de travailleurs et de militants, moins affectés par les défaites du passé, émerge ; donnant un nouvel élan aux luttes des travailleurs, protestations sociales et à une remise en question plus active du régime.

La dictature en Algérie n’est plus ce qu’elle était, et sa stabilité ne repose que sur des fondations précaires. Même les revenus importants du pétrole ne sont pas immunisés contre les turbulences économiques du marché mondial, et pourraient exposer le régime à de graves problèmes dans le futur.

Des sections importantes de la classe ouvrière prennent conscience de leur propre force, et ceci est un acquis important pour le futur. Ils auront besoin de leurs propres organisations pour imposer leur marque sur les événements à venir.

Les tentatives de différentes factions de la classe dirigeante et des réactionnaires de tout bord de court-circuiter le pays ne peuvent être empêchées que par un mouvement politique de la base, un mouvement qui puisse faire le lien entre la bataille pour les droits démocratiques, le nombre croissant de luttes de quartiers ou de luttes ouvrières, et les revendications justes de la monorité Berbère, dans une lutte générale contre le capitalisme et l’impérialisme ; pour le socialisme démocratique, qui en appelle aux travailleurs et opprimés de tout le Moyen-Orient et le nord de l’Afrique.