Pour les emplois, les salaires et les retraites : Tous en grève et manif le 10 septembre !

Affiche de Mai 68

Affiche de Mai 68

Un an et demi de Hollande et Ayrault, et on cherche encore le changement par rapport à Sarkozy. Ils nous abreuvent des mêmes phrases sur la fin de la crise qui serait pour demain ou le recul du chômage. En réalité, non seulement cela ne s’est pas arrangé mais c’est même pire.

 Hausse du chômage et fermetures d’entreprises.

Peugeot, Arcelor, Petroplus… demain Goodyear, Kem One etc. ?… La liste est longue de ces très grosses entreprises qui brassent des dizaines de milliards mais qui ferment des sites industriels, sans parler des licenciements et suppressions d’emplois (Renault, Air France…). Alors qu’il pouvait nationaliser certaines entreprises, Hollande n’a rien fait. Dans les services publics, les coupes budgétaires continuent, avec la dégradation des conditions de travail qui va avec et les suppressions d’emplois : santé, services municipaux…Et tout ca, sans parler de la hausse du prix de l’électricité et de la nourriture.

 Réforme des retraites Sarkozy-Fillon-Hollande ?

2 années de plus, c’est ce que devront travailler ceux nés après 1973. 43 annuités pour toucher une retraite, vu le taux de chômage notamment des jeunes, c’est la retraite à 68 ans dans les faits ! Et pour financer, retraités et cotisations sociales mis à contribution, et des entreprises qui se font promettre des déductions fiscales en échange d’une hausse très légère de leur contribution. Rien qui touche à leurs dizaines de milliards de profits ! Pourtant, le déficit des retraites, c’est 20 milliards prévus en 2020. La fortune de Bettencourt, propriétaire de L’Oréal suffirait à elle seule à combler ce déficit organisé. Une seule personne qui a accumulé une telle richesse sur le dos des travailleurs. Quant aux aides aux entreprises, c’est 200 milliards, largement de quoi régler tous les «déficits» et même créer des dizaines de milliers d’emploi. Voilà ce que ferait un vrai gouvernement de gauche au service de la population, des travailleurs et des jeunes.

 Il faut une opposition de gauche à Hollande-Ayrault

Le Ps et les Verts ne sont pas dans notre camp même si on peut trouver qu’ils sont moins pires que l’UMP. Ce qu’il faut, c’est une véritable opposition de gauche, qui combatte cette politique et ne se contente pas d’espérer infléchir la politique du PS. Le FdG de Melenchon aurait déjà pu lancer la construction d’une telle opposition au lieu de se déchirer sur leurs tactiques aux élections municipales. Il faut une vraie opposition de gauche qui défende un emploi pour tous en prenant sur les riches, qui refuse les politiques d’austérité et appelle à la lutte contre les mesures d’Ayrault-Hollande.

Le 10 septembre, tous en manif, tous en grève !

Afficher Préparation du 10 septembre 2013, CGT sur une carte plus grande

Le 10 septembre, il y a une journée d’action et de grèves pour l’emploi, les salaires et la défense des retraites. Quelque soit notre secteur ou l’attaque qu’on combat, utilisons cette journée ! Elle doit être un point d’appui pour tous ceux et celles qui veulent résister, aller dans le sens de construire une véritable lutte d’ensemble et défendre le projet d’une véritable opposition de gauche à ce gouvernement. Au delà, il nous faut une riposte pour cesser de subir les sales coups du gouvernement et des patrons. Les directions syndicales devraient appeler à une véritable journée de grève durant laquelle tous et toutes, jeunes, travailleurs, chômeurs, retraités, nous organiserions le blocage de l’économie, une grève totale à laquelle chacun saurait pourquoi il participe.

Hollande ou Sarkozy, les capitalistes ont tous les moyens pour continuer de nous faire payer la crise et exploiter davantage de travailleurs et de jeunes. Ça suffit !

– Pour de vrais emplois avec de vrais salaires !

– Non à la poursuite de la casse des retraites !

– Non aux fermetures de sites et aux plans sociaux : zéro licenciement !

– Nationalisation des grandes entreprises qui licencient sous la gestion et le contrôle des travailleurs et de la population

C’est en luttant tous ensemble autour de telles revendications qu’on s’en prendra vraiment aux racines des problèmes : les profits d’une poignée de capitalistes faits sur le travail de la majorité de la population et qu’on pourra construire une société débarrassée de l’exploitation, une société véritablement socialiste. N’hésitez pas à nous contacter pour des questions ou pour discuter.

Version PDF

www.gaucherevolutionnaire.fr/ email : grcontact@hotmail.com

Tunisie : Grandes manœuvres au sommet, profonde méfiance parmi les masses

La mobilisation se maintient pour exiger le départ de Ennahda

La mobilisation se maintient pour exiger le départ de Ennahda

L’alliance du Front populaire avec « Nidaa Tounes » provoque du remous dans la gauche.

Dans la foulée de l’assassinat politique du dirigeant de gauche nassérien Mohamed Brahmi, le 25 Juillet, une cascade de protestations a traversé tous les coins de la Tunisie. Une grève générale massive a secoué le pays le vendredi 26, et un ‘sit-in’ permanent a eu lieu depuis en face de l’édifice de l’Assemblée Nationale Constituante, à la place du Bardo à Tunis, rejoint par la suite par de nombreux manifestants venus des régions de l’intérieur pour marcher sur la capitale, déterminés à en découdre avec le pouvoir en place.

Le 6 août, la plus grande manifestation anti-gouvernementale depuis le meurtre de Brahmi a eu lieu, les estimations les plus sérieuses faisant état de plus de 450.000 manifestants. Le mouvement ‘Tamarrod’ (‘Rébellion’) affirme avoir recueilli plus de 1,7 million de signatures (à peu près 10% de la population) en faveur de la destitution du gouvernement de la ‘Troika’, dirigé par les islamistes d’Ennahda. Et dans les régions pauvres de l’intérieur du pays, les mobilisations ont été accompagnées par le développement de diverses structures de pouvoir révolutionnaires locales : dans certaines régions, les manifestants ont occupé les gouvernorats et mis en place des comités autogérés, en défi direct au gouvernement d’Ennahda.

Laïcs contre islamistes ?

Contrairement à ce qui a été clamé par de nombreux commentateurs dans les médias, les principaux acteurs de la bataille en cours ne sont pas simplement des ‘islamistes’ contre des ‘laïques’. Présenter les choses de cette manière tend à nourrir le jeu de pouvoir au sein de l’élite, une élite qui a tout intérêt à essayer d’obscurcir les questions de classe sous-jacentes.

Bien sûr, il serait faux de nier la colère de masse liée à la bigoterie religieuse de la clique au pouvoir, ainsi que les attaques et menaces perpétrées au nom de l’islam politique. L’encouragement du fondamentalisme religieux et les frontières poreuses entre Ennahda et certains groupes salafistes violents a sans aucun doute nourri la colère du peuple tunisien contre le régime actuel. Alors que chaque jour qui passe apporte son lot d’histoires d’attaques aux frontières, de menaces à la bombe ou de tentatives d’assassinats, la situation sécuritaire du pays et la menace de la violence terroriste sont devenus une préoccupation importante pour la population.

Les récentes déclarations gouvernementales caractérisant officiellement le mouvement salafiste extrémiste « Ansar al-Sharia » comme une «organisation terroriste» doivent être comprises dans ce contexte: il s’agit d’une tentative des dirigeants d’Ennahda d’écarter leurs propres responsabilités en affichant une certaine dose de pragmatisme politique envers la rue et le mouvement d’opposition, dans un geste désespéré pour tenter de restaurer leur crédibilité, quitte à s’aliéner certains de leurs alliés potentiels et une partie de leur propre base ultraconservatrice.

Les socialistes s’opposent sans ménagement à la tendance croissante au fondamentalisme religieux, utilisé comme un instrument d’oppression par le pouvoir en place, qui représente une grave menace pour la liberté d’expression et les droits démocratiques, en particulier en ce qui concerne ses effets corrosifs sur les femmes.

La manifestation en défense des droits des femmes appelée par le syndicat UGTT le 13 août a été ralliée par une foule nombreuse de dizaines de milliers de personnes, réclamant la chute du gouvernement. Cela indique que de nombreux manifestants intègrent très justement la lutte pour défendre les droits des femmes dans une lutte plus large contre le gouvernement actuel.

Mais si ces questions ont incontestablement joué un rôle important, le cœur de la lutte en cours remonte directement aux aspirations initiales de la révolution de 2010-2011, qui n’ont tout simplement pas été satisfaites.

Une enquête menée au début de 2011 indiquait que 78% des jeunes Tunisiens pensaient à ce moment-là que la situation économique s’améliorerait au cours des prochaines années, ce qui est bien loin de la réalité actuelle. Pour une grande partie de la population en effet, les difficultés croissantes de la vie quotidienne, la hausse constante des prix des denrées alimentaires, la terrible absence d’emplois pour les jeunes, l’état catastrophique des infrastructures publiques, les bas salaires et les conditions de travail épouvantables dans les usines, la marginalisation continue des régions de l’Ouest et du Sud, toutes les questions sociales au sens large fournissent le ‘carburant’ de la rage actuelle contre le gouvernement.

Dans la ville de Menzel Bourguiba, au Nord de Tunis, 4000 travailleurs ont été récemment licenciés du jour au lendemain sans préavis, après la fermeture totale de leur usine de chaussures. C’est à ce genre de préoccupations que la clique au pouvoir a été absolument incapable de répondre tout au long de son mandat.

Les enjeux ici portent sur qui détient le pouvoir économique dans la société, et au service de quels intérêts de classe le gouvernement travaille. En ce sens, tout gouvernement fonctionnant dans le cadre du système capitaliste, centré sur la maximalisation du profit pour les grosses entreprises (qu’il s’agisse d’un gouvernement avec Ennahda, avec des partis laïques, d’un ‘cabinet de technocrates’, d’un ‘gouvernement d’élections’, de ‘compétences’, d’unité nationale’ ou de n’importe quelle autre formule de ce genre) ne livrera rien d’autre que sensiblement la même politique, voire pire encore, pour la masse de la population.

Le caractère supposément ‘laïque’ du régime de Ben Ali, par exemple, ne l’a nullement empêché de détruire la vie des gens, d’écraser toute opposition à son règne, de briser le niveau de vie des travailleurs, et d’être finalement renversé par un mouvement révolutionnaire sans précédent.

Est-ce que ‘les ennemis de nos ennemis’ sont nos amis ?

Bien qu’ayant initialement subi des coups sévères par la révolution, les anciens vestiges du régime, les milieux et réseaux de l’ex-RCD, ainsi que les familles bourgeoises qui ont rempli leurs poches pendant les années Ben Ali, n’ont pas ‘disparu’. Ils sont toujours représentés à l’intérieur de l’appareil d’Etat, dans de nombreux secteurs de l’économie, dans les médias, dans de nombreux partis politiques, organisations et associations, ils ont aussi des connections, entre autres, au sein du régime algérien, et des liens avec les puissances impérialistes.

L’héritage politique le plus évident de l’ancien régime est le parti ‘Nidaa Tounes’ (=‘Appel pour la Tunisie’), épine dorsale de la coalition ‘Union pour la Tunisie’. Nidaa Tounes, dirigé par le dinosaure politique de 87 ans Beji Caïed Essebsi (une figure de premier plan pendant la dictature de Habib Bourguiba, qui dirigea le pays de 1957 à 1987) est essentiellement un refuge politique de vieille garde de la dictature: éléments liés à la bureaucratie qui constituait le tronc de l’ancien parti au pouvoir, groupes d’ intérêts avec des connections à l’intérieur de l’‘Etat profond’, riches capitalistes dont les intérêts commerciaux sont en conflit avec la stratégie d’Ennahdha, couplés avec toutes sortes de nostalgiques et parasites de l’ancien régime qui abusaient de leurs positions à travers le vaste système de népotisme.

Cependant, c’est précisément avec ce parti et avec ses partenaires politiques, tous farouchement défenseurs du ‘marché’, que les dirigeants de la gauche tunisienne ont décidé de conclure un accord politique, comme si l’élan populaire contre Ennahda, qui avait atteint un point de quasi-ébullition dans ​​les dernières semaines, rendait soudainement ces forces plus acceptables ou ‘amies’ de la révolution populaire.

En effet, après l’assassinat de Mohamed Brahmi, une alliance politique a été mise en place par la direction de la coalition de gauche du ‘Front populaire’ avec la coalition ’Union pour la Tunisie’, ainsi qu’avec d’autres forces de droite (y compris avec la principale fédération des patrons, l’UTICA). Cet accord a donné naissance à la création du ‘Front de Salut National’, dont l’objectif commun proclamé est de faire campagne pour la formation d’un gouvernement de ‘salut national’, dirigé par une soi-disant ‘personnalité nationale indépendante’.

Cette alliance a jeté un seau d’eau froide sur les désirs révolutionnaires de beaucoup de militants, à la base du Front populaire ainsi que parmi de nombreux jeunes et de travailleurs tunisiens. Cet accord ne fut pas une réelle surprise pour le CIO. Nous avions mis en garde depuis longtemps, dans notre analyse du caractère et de l’évolution de l’orientation du Front populaire au cours des derniers mois, contre la stratégie erronée, poursuivie par ses dirigeants, de la ‘révolution par étapes’: en gros, l’idée qu’il faut d’abord consolider la ‘démocratie’ et la réalisation d’un ‘État civil’, tout en reportant les tâches de la révolution socialiste à un avenir indiscernable.

Ce récent accord est le point culminant d’une telle approche erronée. S’unir contre l’ennemi islamiste commun, perçu comme une menace pour la démocratie, est devenue la ligne de justification pour la conclusion d’accords avec une force politique complètement réactionnaire, armée d’un programme néolibéral qui ne diffère en rien de fondamental de celui de ses opposants islamistes. Cet accord subordonne de facto les intérêts de la classe ouvrière et des pauvres, qui constituent la majorité des forces militantes du Front populaire, à des forces motivées par un programme résolument pro-capitaliste et pro-impérialiste.

Arguer du fait qu’un accord de cette nature est ‘nécessaire’ pour le mouvement afin d’être ‘suffisamment fort’ si l’on veut faire tomber le gouvernement actuel, comme certains l’ont prétendu, ne tient pas la route.

Le magnifique mouvement qui avait débuté après la mort de Brahmi a connu depuis une chute significative, la vague de grèves s’est en partie épuisée, et la composition de classe des manifestations de rue a également changé, ayant été partiellement reprise en charge par des forces pro-bourgeoises, déguisés pour l’occasion par les chefs de la gauche comme étant du côté du peuple. Une certaine nostalgie pour le régime de Bourguiba a également refait surface, avec une couche de manifestants essentiellement issus de la classe moyenne, encouragés par Nidaa Tounes et d’autres forces similaires, affichant des portraits de l’ancien autocrate dans les rues.

Cela ne signifie pas pour autant que le mouvement est ‘mort’. La situation reste extrêmement volatile, et la colère qui existe parmi de larges couches de la population tunisienne contre l’état général du pays, sur les plans à la fois social et politique, pourrait rapidement resurgir au travers de nouvelles explosions de masse.

Mais incontestablement, l’alliance entre la gauche et Nidaa Tounes & cie a eu pour effet immédiat d’affaiblir le mouvement de masse et la confiance des travailleurs et des jeunes dans ce pour quoi ils se battaient et sont sortis dans la rue au départ.

La campagne ‘Erhal’ (‘Dégage’) a été lancée par le Front de Salut National il y a deux semaines, dans le but de faire dégager les gouverneurs, administrateurs et dirigeants d’institutions publiques nommés par le gouvernement d’Ennahdha. Essebsi est sorti publiquement à la fin du mois d’août contre cette campagne, en disant qu’il ‘plaçait son soutien dans le concept de l’Etat’.

Cela montre encore une fois que Essebsi et ses forces poursuivent un agenda aux antipodes du mouvement révolutionnaire, en utilisant leur position pour tenter de briser la dynamique du mouvement, qui avait pourtant vu plusieurs exemples de structures de double pouvoir émerger dans diverses localités, et des gouverneurs et chefs locaux d’Ennahda chassés par la population.

Le côté ironique de l’histoire est que récemment, il a été révélé que des négociations secrètes avaient eu lieu à Paris entre Rached Ghannouchi, dirigeant d’Ennahda, et Essebsi lui-même, dans une tentative de trouver un accord commun entre les deux partis. Selon toute vraisemblance, ils ont été poussés dans le dos par les pays impérialistes, afin de désamorcer la crise actuelle et éviter une impasse politique prolongée qui pourrait exacerber les tensions et potentiellement donner lieu à de nouveaux soulèvements révolutionnaires.

Les centaines de milliers de jeunes, de travailleurs et de pauvres qui ont inondé les rues pour manifester leur colère contre le pouvoir en place durant le courant du mois dernier se rendent compte que toute cette énergie pourrait arriver à un accord pourri entre les deux principales forces de la contre-révolution, et tout cela avec l’accord tacite des dirigeants des principaux partis de gauche.

Turbulences à gauche

A nos yeux, c’est seulement autour des revendications de la classe ouvrière et des opprimés, ceux et celles qui ont fait la révolution et partagent un intérêt commun à la poursuite et à la victoire de celle-ci, qu’une alternative politique viable peut être construite, capable de répondre aux préoccupations profondes de la majorité.

C’est pour cette raison que beaucoup de militants, syndicalistes, chômeurs et autres sympathisants de la gauche radicale avaient accueilli avec enthousiasme les objectifs initiaux de la mise en place du Front Populaire: rassembler tous ceux et toutes celles qui ressentent la nécessité d’un pôle d’attraction révolutionnaire indépendant, explicitement distinctif, dans ses objectifs, à la fois d’Ennahda et des diverses forces néolibérales ou/et liées a l’ancien régime qui se trouvent dans l’opposition.

Pour les mêmes raisons, l’adoption, par les dirigeants du Front populaire, du ‘Front de Salut National’ rencontre maintenant de vives critiques et un remous croissant dans les rangs du Front Populaire et dans la quasi-totalité des partis qui le constituent. Un état de semi- révolte est en gestation dans certains de ces partis. Selon un militant de l’aile jeune du ‘Parti des Travailleurs’ (ex- PCOT), cité dans un article publié sur le site nawaat.org, « Au sein de notre parti, le gros de la jeunesse est contre cette alliance ». Dans le même article, un membre du syndicat étudiant UGET, et sympathisant du Front Populaire, fait également valoir qu’il est contre cette alliance « avec des libéraux, qui ont un projet à l’opposé du nôtre et qui sont dirigés par des personnes ayant eu des postes importants sous Bourguiba et Ben Ali ». Un autre partisan du Front Populaire explique: « Cette alliance est une faute sur le plan stratégique et une trahison des principes de la gauche. Nidaa Tounes est un parti de droite sur les plans économique et social, tout comme Ennahda, et c’est un lieu de recyclage pour des anciens du RCD. »

La LGO, le parti dans lequel les partisans du CIO ont été actifs depuis un certain temps, n’a pas été immunisée par ces développements. Une partie de la direction de la LGO s’est alignée sur l’orientation suivie par les principaux dirigeants du Front Populaire, laissant tomber leur revendication précédente pour un « gouvernement ouvrier et populaire autour de l’UGTT », et se cadrant au contraire dans la revendication de « gouvernement de salut national » préconisée par la direction du Front Populaire.

Le 3 Août, la LGO a produit une déclaration, reproduite sans la moindre critique en anglais sur le site ‘International Viewpoint’ (le site international du Secrétariat International de la Quatrième Internationale) arguant que « Pour faire face aux conditions économiques et sociales actuelles, il faut combattre les facteurs de l’hémorragie financière de l’Etat et augmenter ses ressources, afin de permettre au gouvernement de salut de mettre en œuvre son programme en se basant essentiellement sur nos propres capacités nationales ( … ) ». De manière incroyable, le texte va jusqu’à demander à « soumettre les cadres de l’Etat et ses rouages à un plan d’austérité strict » et exiger «une contribution de solidarité volontaire des salarié-es d’un jour de travail pendant six mois » !

Dès le premier jour des manifestations anti-gouvernementales après l’assassinat de Brahmi, le groupe de supporters du CIO a été le premier à sortir avec des tracts contestant cette orientation, refusant tout accord politique avec des forces qui défendent le capitalisme, exigeant une grève générale ouverte, et plaidant pour structurer la lutte dans tout le pays au travers de comités d’action de masse démocratiquement élus, afin de jeter les bases d’un «gouvernement révolutionnaire des travailleurs, des jeunes, des chômeurs et des pauvres, soutenu par l’UGTT et les militants du Front Populaire , l’Union des Chômeurs Diplômés (UDC) et les mouvements sociaux ».

En collaboration avec d’autres, les partisans du CIO en Tunisie sont désormais engagés dans un processus de recomposition de la gauche, en vue de fonder une nouvelle plateforme d’opposition, ouverte à tous, qui puisse organiser les militants du Front Populaire dissidents, et les travailleurs et les jeunes au sens large, autour d’un programme en adéquation avec les véritables aspirations de la majorité des Tunisiens.

Le mouvement de masse a un besoin urgent de construire sa propre organisation politique indépendante. Cela ne peut être fait, à nos yeux, qu’en rejetant résolument toute transaction avec des forces de classe étrangères telles que la coalition autour de Nidaa Tounes. Agir en conformité avec ces forces ne peut que conduire à la défaite ; l’appel aux sacrifices au nom du bien commun, voilés sous la bannière du «salut national » ou de toute autre façade similaire, servira en réalité à ouvrir la voie à de nouvelles attaques sauvages sur les droits et les conditions de vie des travailleurs et des masses pauvres en Tunisie, et de faire reculer la révolution pour les bénéfices de la classe capitaliste.

Tout indique qu’un « automne chaud» de grèves et de protestations sociales se profile en Tunisie. Si les batailles entre clans politiques au sommet peuvent, dans certaines circonstances, prendre le dessus sur les luttes sociales, et les dissimuler dans une certaine mesure, ces dernières ne peuvent être supprimées pour autant. Les couches de la classe ouvrière qui sont sorties pour réclamer la chute du gouvernement sont pleines d’amertume, et reviendront inévitablement sur ​​la scène pour réclamer leur du, et cela quelque soit le visage du nouveau gouvernement qui suivra la chute, quasi inévitable, de celui d’Ennahda.

La gauche doit se préparer à donner une direction effective à ces couches qui vont entrer en lutte dans les prochaines semaines et les prochains mois, et leur fournir une stratégie claire sur la façon dont elles peuvent enfin obtenir un gouvernement qui leur est propre et qui puisse représenter pleinement leurs intérêts. Le cas échéant, d’autres forces réactionnaires vont s’engouffrer dans le vide politique, et se voir offrir la possibilité de se présenter comme étant les meilleurs défenseurs soit de la foi, soit de «l’intérêt national», faisant usage d’une rhétorique sans contenu de classe afin de détourner les objectifs initiaux de la révolution et d’imposer leur agenda contre-révolutionnaire.

Les événements qui se déroulent en Égypte doivent servir d’avertissement: l’explosion révolutionnaire sans précédent du 30 Juin dernier contre le règne des Frères Musulmans a été détournée par les militaires, du fait que le mouvement ouvrier ne disposait pas de sa propre expression politique. L’ex-président de la Fédération égyptienne des syndicats indépendants (EFITU), Kamal Abou Eita, a accepté un poste de ministre du Travail et de l’Immigration dans le nouveau gouvernement post-Morsi. Une fois nommé à son poste, il a proclamé: «Les travailleurs, qui étaient champions de la grève sous l’ancien régime, doivent maintenant devenir champions de la production »! Les erreurs de certains dans la gauche égyptienne à avoir offert une caution à la prise du pouvoir par l’armée ont été utilisées pour désarmer politiquement les travailleurs et pour attaquer leurs luttes, tandis que les vestiges de l’« Etat profond » de l’ère Mubarak, certaines figures-clés de l’ancien régime, les services de sécurité intérieure et les réseaux de patronage de l’ex-parti au pouvoir le NPD font clairement un retour en force sur la scène.

Direction et programme

Ni Ennahda et ses partenaires au sein de la Troïka, ni ‘l’Union pour la Tunisie’, ni aucune des variations islamistes du type salafiste ou djihadiste, n’ont un programme sérieux de transformation économique à offrir aux masses. Tous utilisent différentes cartes idéologiques afin de sanctifier une société fondée sur des privilèges matériels considérables attribués à une poignée de gens, tandis que la majorité de la population doit accepter une spirale incessante vers le bas.

La gauche marxiste doit offrir un chemin visant à couper court aux divisions «religieux / non-religieux », à travers la construction d’une lutte commune de tous les travailleurs et les pauvres visant à renverser le capitalisme. Une telle lutte doit intégrer la défense de droits politiques égaux pour tous, y compris le droit de chacun et de chacune à pratiquer sa religion, ou de n’en pratiquer aucune, sans ingérence de l’État.

Les deux grèves générales de masse anti-gouvernementales qui ont déjà eu lieu en Tunisie cette année , parmi beaucoup d’autres exemples, ont démontré qu’il existe une volonté incontestable parmi la classe ouvrière, la jeunesse et les pauvres, de se battre pour un véritable changement révolutionnaire, et, pour commencer, de faire tomber le gouvernement actuel– à condition qu’il existe une direction digne de ce nom pour animer leur lutte. Mais c’est bien là que le bât blesse.

Comme un article de l’agence de presse ‘Reuters’ le mentionnait récemment, en faisant des références aux événements en Egypte «L’Union générale tunisienne du travail (UGTT ) n’a ni chars, ni ambitions militaires, mais elle peut se targuer d’une armée d’un million de membres qui éclipse les partis politiques, maintenant à couteaux tirés à Tunis. »

Pourtant, l’image assez révélatrice de manifestants tunisiens scandant « le peuple veut la chute de l’Assemblée nationale constituante », tandis que l’UGTT plaidait officiellement pour son maintien, a mis en évidence le contraste évident entre les «solutions» offertes par la direction nationale de l’UGTT et le sentiment qui règne parmi les masses.

Plutôt que de jouer le rôle embarrassant de conciliateurs entre le parti au pouvoir et l’opposition, et de réanimer sans cesse les tentatives futiles au ‘dialogue national’, rôle que les principaux leaders de l’UGTT ont joué allégrement dans le cours des dernières semaines, ces mêmes dirigeants auraient pu utiliser -et pourraient toujours utiliser- la force massive et influente de leur syndicat pour paralyser le pays du jour au lendemain et balayer d’un revers de la main le gouvernement et l’Assemblée Constituante. C’est ce que les partisans du CIO en Tunisie n’ont eu cesse de mettre en avant.

Un tel geste audacieux, déployant la pleine puissance du mouvement ouvrier organisé, couplée avec la mise en place de comités d’action élus démocratiquement et structurés dans tout le pays, pourrait servir de base pour contester et renverser le pouvoir en place et le remplacer par une Assemblée Constituante révolutionnaire, véritable Parlement des masses opprimées, basée sur la puissance et l’organisation du mouvement révolutionnaire dans tous les recoins de la Tunisie: dans les rues, dans les usines et les lieux de travail, dans les écoles et les universités, dans les quartiers, etc

Un gouvernement révolutionnaire des travailleurs, des jeunes et des pauvres pourraient couronner ce processus, et entamer ainsi la transformation de la société selon les désirs de la majorité de la population, en nationalisant les secteurs-clés de l’économie, afin d’élaborer une planification rationnellement organisée de la production pour répondre aux besoins sociaux de tout un chacun.

A cet effet, la reconstruction d’un front unique, sur la base d’une perspective de classe indépendante, armée d’un véritable programme socialiste et internationaliste, est à notre avis la seule voie vers la victoire révolutionnaire.

Serge Jordan, CIO

Syrie : Obama bat le tambour de guerre

mais tous les sondages montrent une majorité de la population opposée à toute intervention militaire impérialiste.

Dans le contexte de la préparation des débats qui prendront place la semaine prochaine au Congrès américain au sujet d’une intervention militaire américaine en Syrie, le président Obama a suggéré qu’il faudrait dépasser le cadre d’attaques ‘‘limitées et proportionnelles’’ destinées à ‘‘endommager les capacités de production d’armes chimiques en Syrie’’ et adopter une stratégie à plus long terme orientée vers un ‘‘changement de régime.’’

Après le revers subi par Obama la semaine dernière quand le premier ministre britannique David Cameron a été battu et humilié par un vote à la Chambre des communes opposé à une participation des forces britanniques à une attaque contre la Syrie, l’administration américaine tente d’obtenir d’autres soutiens pour son projet guerrier. Les médias internationaux de droite ont lancé toute une campagne de propagande impérialiste visant à justifier une nouvelle guerre contre un pays du Moyen-Orient. Obama a commencé une tournée européenne, un voyage culminant avec sa participation au sommet du G20 à Saint-Pétersbourg en Russie, afin de tenter de persuader des dirigeants de soutenir sa stratégie.

Le véritable caractère impérialiste de cette menace militaire est de plus en plus clair pour la population, partout à travers le monde. Le fait qu’Obama ne s’oppose pas le moins du monde à l’emprise croissante de l’armée sur le pouvoir en Égypte, où se taise à propos de la répression continue au Bahreïn (un petit pays arabe qui sert de base à la Cinquième flotte de la marine de guerre américaine), ne sont que les derniers exemples en date qui illustrent son hypocrisie.

L’intervention militaire américaine qui pointe à l’horizon n’a rien à voir avec la protection des civils face à la féroce répression du régime de Bachar el-Assad, mais bien avec le renforcement de la domination impérialiste occidentale et américaine dans cette région cruciale. L’intervention ne va pas mettre un terme à la guerre civile de plus en plus sectaire qui a cours dans le pays, elle ne fera au contraire que l’aggraver.

Cependant, les sondages révèlent une opposition massive de la part de la population des Etats-Unis, comme partout ailleurs, contre cette idée d’une intervention militaire en Syrie. Les manifestations anti-guerre grossissent de jour en jour ; et les diverses sections du Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO) y participent.

 La situation en Syrie :

Les évènements qui avaient commencé en tant que mouvement d’opposition pacifique de la jeunesse, sous l’inspiration des révolutions en Égypte et en Tunisie, se sont transformés il y a deux ans en un conflit militaire qui est devenu de plus en plus sectaire et religieux, avec des massacres perpétrés de part et d’autre.

Les dirigeants du régime proviennent essentiellement de la minorité alaouite, une branche dérivée de l’islam chiite. Le président el-Assad est soutenu par l’Iran et par son allié le Hezbollah libanais, tandis qu’il reçoit des armes de Russie, qui le soutient à l’ONU.

Les rebelles sont dominés par des musulmans sunnites, qui constituent environ 70 % de la population du pays. Leurs représentants officiels sont étroitement liés à l’Arabie saoudite, au Qatar, aux États-Unis et à la Turquie.

Le pays est divisé en zones militaires. L’armée d’el-Assad contrôle un corridor qui part du sud et qui va jusqu’à la côte de la mer Méditerranée en passant par Damas (la capitale). Cet été, le régime a repris le contrôle de la ville de Qousseir et de la région autour de Homs.

Les forces rebelles contrôle la plupart du nord et de l’est de la Syrie, y compris la ville de Racca et une partie de la plus grande ville du pays, Alep. Les rebelles sont divisés entre eux ; il y a des combats entre les diverses milices regroupées au sein de la coalition dénommée “Armée syrienne libre”, dirigée par des renégats du régime el-Assad, et les puissants groupes islamistes extrémistes – comme la section locale d’Al-Qaïda, al-Nosra, et son rival au sein d’Al-Qaïda, les troupes de l’“État islamique d’Irak et du Levant”, qui a envoyé des milliers de combattants à partir d’Irak.

La troisième zone rebelle, au Nord-Est, est la région du Kurdistan occidental, contrôlée par les troupes kurdes dirigées par leur parti, le PYD (Partiya Yekîtiya Demokrat, Parti de l’union démocratique). Les Kurdes constituent un dixième de la population syrienne. Leur région a récemment été attaquée par des islamistes, et des dizaines de milliers de personnes se sont enfuies au-delà de la frontière, vers l’Irak.

 La résistance est croissante contre les plans impérialistes d’Obama :

Non à l’attaque américaine en Syrie !

Une intervention militaire américaine en Syrie semble de plus en plus probable. Mais les projets guerriers d’Obama reçoivent beaucoup moins de soutien que ce qu’il avait escompté initialement, même parmi les alliés traditionnels des Etats-Unis.

L’angoisse et la souffrance de la population dans la Syrie ravagé par la guerre ont déjà empiré à cause de la simple menace d’une intervention américaine. Après deux ans et demi d’une guerre civile sanglante, la Syrie est à présent un pays en ruines, où il n’y a rien à manger, pas d’électricité, pas d’eau, et la plupart des gens se sont retrouvé sans emploi. Plus de 150.000 personnes ont été tuées pendant ces deux dernières années, selon les déclarations de petites organisations socialistes dans la région qui s’opposent à la fois au régime d’Assad et au projet d’intervention américaine.

Le flot de réfugiés n’a fait que s’intensifier au cours de ces dernières semaines. On trouve à présent plus de 2 millions de réfugiés dans les pays voisins, dont un million au Liban et un million réparti entre la Jordanie et la Turquie.

Les images atroces de centaines de personnes tuées et de milliers de blessés suite au recours aux armes chimiques, publiées il y a deux semaines, ont choqué la population partout dans le monde. Obama et d’autres politiciens occidentaux ont profité de cette situation pour utiliser à leur avantage le sentiment populaire selon lequel ‘‘Il faudrait quand même faire quelque chose !’’

Mais un grand flou demeure concernant ces accusations d’utilisation d’armes chimiques. Les enquêteurs de l’ONU ne devraient pas rendre leur rapport avant la mi-septembre. Le gouvernement américain prétend cependant avoir des preuves que le régime de Bachar el-Assad est derrière ces attaques chimiques. Ces preuves n’ont toutefois toujours pas été publiées. Et le souvenir des “preuves” de la présence d’armes de destruction massive en Irak (présentées afin de justifier l’invasion de 2003), qui s’étaient révélées montées de toute pièce, reste vivace.

Les États-Unis eux-mêmes sont loin d’être innocents quand on parle de l’utilisation d’armes chimiques. De récentes révélations ont par exemple montré que la CIA a aidé Saddam Hussein à employer des armes chimiques lors de sa guerre contre l’Iran en 1980-88.

Après la défaite humiliante du premier ministre britannique David Cameron devant son propre parlement, Obama a décidé d’attendre de recevoir le soutien du Congrès américain qui se réunira à Washington ce lundi 9 septembre. Pendant ce temps, d’autres alliés potentiels des États-Unis ont déjà refusé de leur accorder un soutien. La Ligue Arabe (qui représente différents gouvernements du monde arabe) et l’Otan ont déclaré être d’accord sur le fait de punir le régime de Bachar el-Assad, mais refusent de participer à une intervention militaire. La Jordanie s’est elle aussi déclarée contre toute participation à l’effort de guerre.

Derrière Obama, le secrétaire d’État John Kerry et le vice-président Joe Biden ont eux aussi accusé le régime d’el-Assad d’être responsable des attaques chimiques, mais ont déclaré ne vouloir qu’une attaque ‘‘limitée’’. ‘‘Notre objectif n’est pas d’obtenir un changement de régime, mais de modifier le rapport de force en Syrie et de mettre un terme à la guerre civile. Nous interviendrons pour seulement un jour ou deux, puis nous partirons’’, a finalement dit Obama à CNN. Obama a de plus insisté sur le fait que cette intervention serait selon lui nécessaire pour la sécurité des États-Unis eux-mêmes. Cet objectif fort flou – “punir” – était aussi l’argument servi par Cameron afin de convaincre le Royaume-Uni de suivre les États-Unis dans leur guerre. Mais il a été battu à 285 voix contre et 272 pour au Parlement ; les députés ont en effet bien senti le sentiment anti-guerre qui vit dans le pays, en plus de la colère qui gronde contre la politique d’austérité extrême mise en place par le gouvernement de droite. Trente-neuf parlementaires issus du Parti Conservateur de David Cameron et des Libéraux-Démocrates (au pouvoir en coalition avec les Conservateurs) ont voté contre, tout comme l’opposition du Parti Travailliste. Et même si le Parti Travailliste reste, comme d’habitude, ouvert à un éventuel changement de position, Cameron a été forcé d’admettre qu’il est clair que ni le Parlement, ni le peuple britannique ne veulent voir la moindre intervention militaire. Un sondage effectué par la BBC a en effet montré que 75 % des Britanniques sont contre toute participation de leur pays à cette guerre.

Les États-Unis connaissent un problème similaire avec leur propre opinion publique. Selon un sondage de l’agence Reuters, seuls 9 % de la population américaine sont absolument en faveur d’une intervention militaire en Syrie. Même en France, où le président Hollande est le premier à vouloir partir en guerre, la pression est grandissante pour un vote au Parlement avant toute prise de décision.

Même des think tanks impérialistes, comme l’International Crisis Group (un club d’anciens politiciens internationaux), ont exprimé une profonde inquiétude quant au bien-fondé de ce projet de guerre. Selon l’IUnternational Crisis Group, cela pourrait conduire à une aggravation de la crise en Syrie et dans toute la région. Le même groupe mentionne également le fait que de pires massacres ont eu lieu bien plus tôt au cours de cette guerre civile, sans déclencher une telle réaction.

Mais les États-Unis subissent une pression de deux côtés à la fois. Une attaque qui ne mènera à rien mis à part à la mort d’encore plus de civils ne renforcera pas la position d’Obama. En remettant ce plan à plus tard, cela donne la possibilité à la Maison Blanche de travailler l’opinion publique jusqu’à obtenir un soutien qui lui permettrait d’aller plus loin que le projet d’intervention “sur mesure” en “deux ou trois jours” dont on parle à présent.

 Quels facteurs suggèrent la possibilité d’une attaque américaine ?

Obama aura à présent beaucoup de problèmes pour tout simplement laisser tomber cette affaire. Il a annoncé haut et fort au cours de ces derniers mois que l’usage d’armes chimiques constituait une “ligne rouge” à ne pas franchir sous peine de susciter une riposte immédiate de la part des États-Unis. Ce qui est en jeu ici est la puissance et le prestige de l’impérialisme américain, qui doit prouver qu’il est toujours capable de jouer le rôle de “gendarme du monde” – surtout vis-à-vis de l’Iran. Le Moyen-Orient est une région extrêmement importante sur le plan stratégique, en premier lieu à cause de son pétrole.

L’impérialisme américain a perdu une grande partie de son aura après les guerres d’Irak et d’Afghanistan. La supériorité militaire et plus de 100.000 soldats dans chacun de ces pays n’ont pas pu livrer les victoires espérées, mais n’ont fait que laisser derrière eux des pays divisés, ravagés par les bombes et totalement détruits sur le plan économique.

Six vaisseaux de guerre américains armés de missiles Tomahawk sont déjà stationnés dans la mer Méditerranée et dans le golfe Persique. Obama déclare que, en tant que commandant suprême des forces américaines, il a le droit d’ordonner une attaque même sans l’avis du Congrès, bien qu’il affirme également qu’il lui sera possible d’obtenir le soutien du Congrès lors de sa prochaine réunion.

 Peut-on éviter une attaque ?

C’est très peu probable. Si l’opinion anti-guerre parvenait à forcer les députés à voter contre le projet d’intervention, Obama pourrait se cacher derrière cela, mais le fait d’annuler son projet affaiblirait fortement sa position.

 Qu’est-ce qui a retenu Obama jusqu’à présent ?

Une nouvelle guerre serait très certainement une nouvelle défaite pour les États-Unis, tout en consommant une quantité invraisemblable de ressources dans un pays qui est déjà ravagé par la crise économique.

Cette question a été résumée le mois passé par le général Mantir Dempsey, chef d’état-major américain, et commandant des troupes en Irak en 2003 et 2004. Pour prendre le contrôle des capacités d’armes chimiques de la Syrie, il faudrait selon lui ‘‘une zone d’exclusion aérienne combinée à des attaques aériennes et par des missiles de la part de centaines d’avions, sous-marins et autres engins. Il faudrait des milliers de soldats des Forces spéciales et autres fantassins afin d’attaquer et sécuriser les sites les plus importants. Les coûts seraient considérables : plus de 1000 milliards de dollars par mois.’’ Même une attaque limitée requerrait des centaines d’avions et de navires.

Dempsey a aussi attiré l’attention sur le fait que les États-Unis n’ont aucun allié fiable du côté rebelle, alors que la plupart des batailles sont aujourd’hui de plus en plus menées par des milices djihadistes liées à Al-Qaïda. Selon lui, les dix dernières années ont démontré que ‘‘Nous devons anticiper et être prêts à des conséquences non-désirées de nos actions. Si les institutions du régime s’effondrent sans qu’il n’y ait une opposition valable pour en prendre le contrôle, nous allons sans le vouloir renforcer les extrémistes ou forcer l’usage des armes chimiques que nous voudrions justement bannir.’’

Quel genre d’attaque américaine ? Combien de temps va-t-elle durer ?

Sans doute s’agira-t-il d’une attaque par des missiles Tomahawk avec une puissance de feu massive, tirés à partir des quatre vaisseaux de guerre stationnés dans la Méditerranée. La Turquie a également proposé la mise à disposition de sa fameuse base aérienne İncirlik, comme c’était le cas au cours des deux guerres d’Irak.

Dès le départ, on a parlé de frappes qui ne dureraient que quelques jours. Mais Kerry parle à présent d’une “stratégie” visant à accroitre le soutien pour l’opposition en Syrie, afin de ‘‘modifier la dynamique’’ de la guerre. Depuis cet été, les États-Unis ont ouvertement envoyé des armes aux groupes rebelles de leur choix.

Personne ne croit qu’une attaque si brève puisse renverser le régime de Bachar el-Assad. Le bombardement du Kosovo et de la Serbie par l’Otan en 1999 a duré 78 jours, sans que Milošević ne quitte le pouvoir. En Libye, Kadhafi n’a été renversé qu’au prix de 26.000 raids aériens sur 6000 cibles militaires.

 Comment les rebelles ont-ils réagi à la menace d’intervention américaine ?

L’Armée syrienne libre (ASL) s’est prononcée en faveur de cette attaque, mais veut qu’elle soit étendue afin de détruire l’armée de l’air syrienne. Par contre, elle refuse toute invasion par des troupes au sol. La Coalition nationale syrienne critique le report de l’attaque par Obama, qui pour elle révèle un ‘‘manque de leadership’’ et démontre qu’Obama est un ‘‘président faible’’.

On voit comme toujours énormément de confusion parmi les différents groupes de gauche. En Suède, les partisans des rebelles les plus proéminents au sein de la gauche, Gote Kilden et Benny Asman (tous deux membres du SUQI, Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale), ne s’opposent pas à une intervention américaine : ‘‘En tant que socialistes, nous ne sommes pas pacifistes, et ne renions donc pas à l’opposition le droit de dire oui à une intervention et d’en tirer un avantage militaire. L’opposition ne possède pas ce qu’elle désire le plus – ses propres armes afin de se défendre. Donc, bien entendu, nous ne nous opposons pas aux frappes aériennes à venir.’’ Ces partisans des rebelles sont passés à côté du fait que si la lutte en Syrie a bien débuté par une révolte populaire de masse, elle a depuis longtemps dégénéré en une brutale guerre civile avec des abus commis des deux côtés, tandis que les groupes djihadistes jouent un rôle de plus en plus grand dans la lutte contre el-Assad.

 Quel pourrait être le résultat d’éventuelles frappes aériennes ?

Les frappes aériennes causeront d’énormes pertes civiles et encore plus de dégâts à l’infrastructure. Les “frappes de précision” et les attaques “sur mesure”, cela n’existe pas. Pour la population, cela signifiera plus de souffrances et d’incertitude.

Pour l’armée syrienne, cela constituera un test très important. On a vu les armées irakienne et libyenne désintégrées dès le moment où elles ont été attaquées par la plus grande machine de guerre militaire du monde. Mais même l’intervention fort limitée en Libye a finalement duré plusieurs mois.

Les faucons reconnaissent qu’une attaque entraînera des pertes civiles. Les missiles et les frappes aériennes causeront une destruction sans nom, alors qu’une attaque de courte durée ne va vraisemblablement pas permettre de chasser el-Assad du pouvoir ni de modifier le cours des évènements d’une quelconque manière. Mais si le régime est affaibli, les tensions entre les différents groupes rebelles vont s’accroitre. Le risque est donc de voir un chaos prolongé comme c’est le cas en Iraq ou comme on l’a vu au Liban pendant sa guerre civile.

Les États-Unis et leurs alliés doivent en outre s’attendre à la vengeance des alliés de la Syrie, comme le Hezbollah libanais et l’Iran. Cela pourrait entraîner la propagation de la guerre à travers le Moyen-Orient, ce qui est d’ailleurs déjà en cours de préparation avec la hausse des attaques terroristes en Irak et au Liban.

L’impérialisme américain sera encore plus détesté que jamais partout au Moyen-Orient. Le niveau de soutien accordé à cette attaque par la population occidentale sera plus faible que ce qu’il était au moment des guerres d’Irak et de Libye, et sera encore plus réduit dès le moment où les effets de cette guerre deviendront clairs.

  •  Non à l’intervention impérialiste des États-Unis et de ses alliés en Syrie ! Retrait de toutes les troupes étrangères !

  • Construction de comités de défense non-sectaires d’auto-défense des travailleurs et des pauvres contre les attaques sectaires de tous les bords !

  • Droits nationaux, démocratiques et religieux pour l’ensemble des groupes ethniques !

  • Élections démocratiques pour une assemblée constituante révolutionnaire !

  • Pour une confédération socialiste volontaire du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.

Par Per-Åke Westerlund, Rättvisepartiet Socialisterna (CIO-Suède)

Pourquoi le socialisme ? par Albert Einstein (1949)

Est-il convenable qu’un homme qui n’est pas versé dans les questions économiques et sociales exprime des opinions au sujet du socialisme ? Pour de multiples raisons je crois que oui.

Considérons d’abord la question au point de vue de la connaissance scientifique. Il pourrait paraître qu’il n’y ait pas de différences méthodologiques essentielles entre l’astronomie, par exemple, et l’économie : les savants dans les deux domaines essaient de découvrir les lois généralement acceptables d’un groupe déterminé de phénomènes, afin de rendre intelligibles, d’une manière aussi claire que possible, les relations réciproques existant entre eux. Mais en réalité de telles différences existent. La découverte de lois générales en économie est rendue difficile par la circonstance que les phénomènes économiques observés sont souvent influencés par beaucoup de facteurs qu’il est très difficile d’évaluer séparément. En outre, l’expérience accumulée depuis le commencement de la période de l’histoire humaine soi-disant civilisée a été — comme on le sait bien — largement influencée et délimitée par des causes qui n’ont nullement un caractère exclusivement économique. Par exemple, la plupart des grands États dans l’histoire doivent leur existence aux conquêtes. Les peuples conquérants se sont établis, légalement et économiquement, comme classe privilégiée du pays conquis. Ils se sont attribués le monopole de la terre et ont créé un corps de prêtres choisis dans leur propre rang. Les prêtres, qui contrôlèrent l’éducation, érigèrent la division de la société en classes en une institution permanente et créèrent un système de valeurs par lequel le peuple fut dès lors, en grande partie inconsciemment, guidé dans son comportement social.

Mais la tradition historique date pour ainsi dire d’hier ; nulle part nous n’avons dépassé ce que Thorstein Veblen appelait « la phase de rapine » du développement humain. Les faits économiques qu’on peut observer appartiennent à cette phase et les lois que nous pouvons en déduire ne sont pas applicables à d’autres phases. Puisque le but réel du socialisme est de dépasser la phase de rapine du développement humain et d’aller en avant, la science économique dans son état actuel peut projeter peu de lumière sur la société socialiste de l’avenir.

En second lieu, le socialisme est orienté vers un but éthico-social. Mais la science ne peut pas créer des buts, encore moins peut-elle les faire pénétrer dans les êtres humains ; la science peut tout au plus fournir les moyens par lesquels certains buts peuvent être atteints. Mais les buts mêmes sont conçus par des personnalités animées d’un idéal moral élevé et — si ces buts ne sont pas mort-nés, mais vivants et vigoureux — sont adoptés et portés en avant par ces innombrables êtres humains qui, à demi inconscients, déterminent la lente évolution de la société.

Pour ces raisons nous devrions prendre garde de ne pas surestimer la science et les méthodes scientifiques quand il s’agit de problèmes humains ; et nous ne devrions pas admettre que les spécialistes soient les seuls qui aient le droit de s’exprimer sur des questions qui touchent à l’organisation de la société.

D’innombrables voix ont affirmé, il n’y a pas longtemps, que la société humaine traverse une crise, que sa stabilité a été gravement troublée. Il est caractéristique d’une telle situation que des individus manifestent de l’indifférence ou, même, prennent une attitude hostile à l’égard du groupe, petit ou grand, auquel ils appartiennent. Pour illustrer mon opinion je veux évoquer ici une expérience personnelle. J’ai récemment discuté avec un homme intelligent et d’un bon naturel sur la menace d’une autre guerre, qui, à mon avis, mettrait sérieusement en danger l’existence de l’humanité, et je faisais remarquer que seule une organisation supranationale offrirait une protection contre ce danger. Là-dessus mon visiteur me dit tranquillement et froidement : « Pourquoi êtes-vous si sérieusement opposé à la disparition de la race humaine ? »

Je suis sûr que, il y a un siècle, personne n’aurait si légèrement fait une affirmation de ce genre. C’est l’affirmation d’un homme qui a vainement fait des efforts pour établir un équilibre dans son intérieur et qui a plus ou moins perdu l’espoir de réussir. C’est l’expression d’une solitude et d’un isolement pénibles dont tant de gens souffrent de nos jours. Quelle en est la cause ? Y a-t-il un moyen d’en sortir ?

Il est facile de soulever des questions pareilles, mais il est difficile d’y répondre avec tant soit peu de certitude. Je vais néanmoins essayer de le faire dans la mesure de mes forces, bien que je me rende parfaitement compte que nos sentiments et nos tendances sont souvent contradictoires et obscurs et qu’ils ne peuvent pas être exprimés dans des formules aisées et simples.

L’homme est en même temps un être solitaire et un être social. Comme être solitaire il s’efforce de protéger sa propre existence et celle des êtres qui lui sont le plus proches, de satisfaire ses désirs personnels et de développer ses facultés innées. Comme être social il cherche à gagner l’approbation et l’affection de ses semblables, de partager leurs plaisirs, de les consoler dans leurs tristesses et d’améliorer leurs conditions de vie. C’est seulement l’existence de ces tendances variées, souvent contradictoires, qui explique le caractère particulier d’un homme, et leur combinaison spécifique détermine dans quelle mesure un individu peut établir son équilibre intérieur et contribuer au bien-être de la société. Il est fort possible que la force relative de ces deux tendances soit, dans son fond, fixée par l’hérédité. Mais la personnalité qui finalement apparaît est largement formée par le milieu où elle se trouve par hasard pendant son développement, par la structure de la société dans laquelle elle grandit, par la tradition de cette société et son appréciation de certains genres de comportement. Le concept abstrait de « société » signifie pour l’individu humain la somme totale de ses relations, directes et indirectes, avec ses contemporains et les générations passées. Il est capable de penser, de sentir, de lutter et de travailler par lui-même, mais il dépend tellement de la société — dans son existence physique, intellectuelle et émotionnelle — qu’il est impossible de penser à lui ou de le comprendre en dehors du cadre de la société. C’est la « société » qui fournit à l’homme la nourriture, les vêtements, l’habitation, les instruments de travail, le langage, les formes de la pensée et la plus grande partie du contenu de la pensée ; sa vie est rendue possible par le labeur et les talents de millions d’individus du passé et du présent, qui se cachent sous ce petit mot de « société ».

Il est, par conséquent, évident que la dépendance de l’individu à la société est un fait naturel qui ne peut pas être supprimé — exactement comme dans le cas des fourmis et des abeilles. Cependant, tandis que tout le processus de la vie des fourmis et des abeilles est fixé, jusque dans ses infimes détails, par des instincts héréditaires rigides, le modèle social et les relations réciproques entre les êtres humains sont très variables et susceptibles de changement. La mémoire, la capacité de faire de nouvelles combinaisons, le don de communication orale ont rendu possibles des développements parmi les êtres humains qui ne sont pas dictés par des nécessités biologiques. De tels développements se manifestent dans les traditions, dans les institutions, dans les organisations, dans la littérature, dans la science, dans les réalisations de l’ingénieur et dans les œuvres d’art. Ceci explique comment il arrive que l’homme peut, dans un certain sens, influencer sa vie par sa propre conduite et comment, dans ce processus, la pensée et le désir conscients peuvent jouer un rôle.

L’homme possède à sa naissance, par hérédité, une constitution biologique que nous devons considérer comme fixe et immuable, y compris les impulsions naturelles qui caractérisent l’espèce humaine. De plus, pendant sa vie il acquiert une constitution culturelle qu’il reçoit de la société par la communication et par beaucoup d’autres moyens d’influence. C’est cette constitution culturelle qui, dans le cours du temps, est sujette au changement et qui détermine, à un très haut degré, les rapports entre l’individu et la société. L’anthropologie moderne nous a appris, par l’investigation des soi-disant cultures primitives, que le comportement social des êtres humains peut présenter de grandes différences, étant donné qu’il dépend des modèles de culture dominants et des types d’organisation qui prédominent dans la société. C’est là-dessus que doivent fonder leurs espérances tous ceux qui s’efforcent d’améliorer le sort de l’homme : les êtres humains ne sont pas, par suite de leur constitution biologique, condamnés à se détruire mutuellement ou à être à la merci d’un sort cruel qu’ils s’infligent eux-mêmes.

Si nous nous demandons comment la structure de la société et l’attitude culturelle de l’homme devraient être changées pour rendre la vie humaine aussi satisfaisante que possible, nous devons constamment tenir compte du fait qu’il y a certaines conditions que nous ne sommes pas capables de modifier. Comme nous l’avons déjà mentionné plus haut, la nature biologique de l’homme n’est point, pour tous les buts pratiques, sujette au changement. De plus, les développements technologiques et démographiques de ces derniers siècles ont créé des conditions qui doivent continuer. Chez des populations relativement denses, qui possèdent les biens indispensables à leur existence, une extrême division du travail et une organisation de production très centralisée sont absolument nécessaires. Le temps, qui, vu de loin, paraît si idyllique, a pour toujours disparu où des individus ou des groupes relativement petits pouvaient se suffire complètement à eux-mêmes. On n’exagère pas beaucoup en disant que l’humanité constitue à présent une communauté planétaire de production et de consommation.

Je suis maintenant arrivé au point où je peux indiquer brièvement ce qui constitue pour moi l’essence de la crise de notre temps. Il s’agit du rapport entre l’individu et la société. L’individu est devenu plus conscient que jamais de sa dépendance à la société. Mais il n’éprouve pas cette dépendance comme un bien positif, comme une attache organique, comme une force protectrice, mais plutôt comme une menace pour ses droits naturels, ou même pour son existence économique. En outre, sa position sociale est telle que les tendances égoïstes de son être sont constamment mises en avant, tandis que ses tendances sociales qui, par nature, sont plus faibles, se dégradent progressivement. Tous les êtres humains, quelle que soit leur position sociale, souffrent de ce processus de dégradation. Prisonniers sans le savoir de leur propre égoïsme, ils se sentent en état d’insécurité, isolés et privés de la naïve, simple et pure joie de vivre. L’homme ne peut trouver de sens à la vie, qui est brève et périlleuse, qu’en se dévouant à la société.

L’anarchie économique de la société capitaliste, telle qu’elle existe aujourd’hui, est, à mon avis, la source réelle du mal. Nous voyons devant nous une immense société de producteurs dont les membres cherchent sans cesse à se priver mutuellement du fruit de leur travail collectif — non pas par la force, mais, en somme, conformément aux règles légalement établies. Sous ce rapport, il est important de se rendre compte que les moyens de la production — c’est-à-dire toute la capacité productive nécessaire pour produire les biens de consommation ainsi que, par surcroît, les biens en capital — pourraient légalement être, et sont même pour la plus grande part, la propriété privée de certains individus.

Pour des raisons de simplicité je veux, dans la discussion qui va suivre, appeler « ouvriers » tous ceux qui n’ont point part à la possession des moyens de production, bien que cela ne corresponde pas tout à fait à l’emploi ordinaire du terme. Le possesseur des moyens de production est en état d’acheter la capacité de travail de l’ouvrier. En se servant des moyens de production, l’ouvrier produit de nouveaux biens qui deviennent la propriété du capitaliste. Le point essentiel dans ce processus est le rapport entre ce que l’ouvrier produit et ce qu’il reçoit comme salaire, les deux choses étant évaluées en termes de valeur réelle. Dans la mesure où le contrat de travail est « libre », ce que l’ouvrier reçoit est déterminé, non pas par la valeur réelle des biens qu’il produit, mais par le minimum de ses besoins et par le rapport entre le nombre d’ouvriers dont le capitaliste a besoin et le nombre d’ouvriers qui sont à la recherche d’un emploi. Il faut comprendre que même en théorie le salaire de l’ouvrier n’est pas déterminé par la valeur de son produit.

Le capital privé tend à se concentrer en peu de mains, en partie à cause de la compétition entre les capitalistes, en partie parce que le développement technologique et la division croissante du travail encouragent la formation de plus grandes unités de production aux dépens des plus petites. Le résultat de ces développements est une oligarchie de capitalistes dont la formidable puissance ne peut effectivement être refrénée, pas même par une société qui a une organisation politique démocratique. Ceci est vrai, puisque les membres du corps législatif sont choisis par des partis politiques largement financés ou autrement influencés par les capitalistes privés qui, pour tous les buts pratiques, séparent le corps électoral de la législature. La conséquence en est que, dans le fait, les représentants du peuple ne protègent pas suffisamment les intérêts des moins privilégiés. De plus, dans les conditions actuelles, les capitalistes contrôlent inévitablement, d’une manière directe ou indirecte, les principales sources d’information (presse, radio, éducation). Il est ainsi extrêmement difficile pour le citoyen, et dans la plupart des cas tout à fait impossible, d’arriver à des conclusions objectives et de faire un usage intelligent de ses droits politiques.

La situation dominante dans une économie basée sur la propriété privée du capital est ainsi caractérisée par deux principes importants : premièrement, les moyens de production (le capital) sont en possession privée et les possesseurs en disposent comme ils le jugent convenable ; secondement, le contrat de travail est libre. Bien entendu, une société capitaliste pure dans ce sens n’existe pas. Il convient de noter en particulier que les ouvriers, après de longues et âpres luttes politiques, ont réussi à obtenir pour certaines catégories d’entre eux une meilleure forme de « contrat de travail libre ». Mais, prise dans son ensemble, l’économie d’aujourd’hui ne diffère pas beaucoup du capitalisme « pur ».

La production est faite en vue du profit et non pour l’utilité. Il n’y a pas moyen de prévoir que tous ceux qui sont capables et désireux de travailler pourront toujours trouver un emploi ; une « armée » de chômeurs existe déjà. L’ouvrier est constamment dans la crainte de perdre son emploi. Et puisque les chômeurs et les ouvriers mal payés sont de faibles consommateurs, la production des biens de consommation est restreinte et a pour conséquence de grands inconvénients. Le progrès technologique a souvent pour résultat un accroissement du nombre des chômeurs plutôt qu’un allégement du travail pénible pour tous. L’aiguillon du profit en conjonction avec la compétition entre les capitalistes est responsable de l’instabilité dans l’accumulation et l’utilisation du capital, qui amène des dépressions économiques de plus en plus graves. La compétition illimitée conduit à un gaspillage considérable de travail et à la mutilation de la conscience sociale des individus dont j’ai fait mention plus haut.

Je considère cette mutilation des individus comme le pire mal du capitalisme. Tout notre système d’éducation souffre de ce mal. Une attitude de compétition exagérée est inculquée à l’étudiant, qui est dressé à idolâtrer le succès de l’acquisition comme une préparation à sa carrière future.

Je suis convaincu qu’il n’y a qu’un seul moyen d’éliminer ces maux graves, à savoir, l’établissement d’une économie socialiste, accompagnée d’un système d’éducation orienté vers des buts sociaux. Dans une telle économie, les moyens de production appartiendraient à la société elle-même et seraient utilisés d’une façon planifiée. Une économie planifiée, qui adapte la production aux besoins de la société, distribuerait le travail à faire entre tous ceux qui sont capables de travailler et garantirait les moyens d’existence à chaque homme, à chaque femme, à chaque enfant. L’éducation de l’individu devrait favoriser le développement de ses facultés innées et lui inculquer le sens de la responsabilité envers ses semblables, au lieu de la glorification du pouvoir et du succès, comme cela se fait dans la société actuelle.

Il est cependant nécessaire de rappeler qu’une économie planifiée n’est pas encore le socialisme. Une telle économie pourrait être accompagnée d’un complet asservissement de l’individu. La réalisation du socialisme exige la solution de quelques problèmes socio-politiques extrêmement difficiles : comment serait-il possible, en face d’une centralisation extrême du pouvoir politique et économique, d’empêcher la bureaucratie de devenir toute-puissante et présomptueuse ? Comment pourrait-on protéger les droits de l’individu et assurer un contrepoids démocratique au pouvoir de la bureaucratie ?

La clarté au sujet des buts et des problèmes du socialisme est de la plus grande importance à notre époque de transition. Puisque, dans les circonstances actuelles, la discussion libre et sans entrave de ces problèmes a été soumise à un puissant tabou, je considère que la fondation de cette revue est un important service rendu au public.

Tunisie : Liberté d’expression en danger !

Deux rappeurs ont été condamnés pour avoir dénoncé la brutalité de la police – SOLIDARITÉ !

Deux jeunes rappeurs tunisiens engagés ont récemment été condamnés à de lourdes peines de prison pour avoir écrit et chanté des textes critiquant la police ainsi que la corruption, le népotisme et la violence enracinés en son sein. L’un d’eux, « Weld El 15 », avait déjà été condamné en juin à deux ans de prison pour un de ses textes (‘‘El Boulicia Kleb’’ – ‘‘Les policiers sont des chiens’’), mais avait été libéré en juillet suite à l’indignation et aux actions de protestations que cela avait entraîné.

Précédemment déjà, alors que Klay BBJ était au Maroc, en février 2013, sa mère avait reçu la ‘‘visite’’ de deux policiers en civil qui lui avaient livré l’avertissement suivant : ‘‘Klay doit arrêter de faire des chansons qui parlent de politique.’’

Le 22 août, les deux rappeurs ont été arrêtés alors qu’ils se produisaient sur scène à un festival à Hammamet. Weld El 15 a été violemment battu par la police face à la foule et, après sa libération, a dû se rendre à l’hôpital à cause de ses sérieuses blessures. Klay BBJ a quant à lui été tabassé durant sa garde à vue. Tous deux ont été relâchés après que leurs cartes d’identité aient été confisquées par la police. Une vidéo de la descente de police durant le concert peut être vue sur le lien suivant.

Le 29 août, ils ont été inculpés et jugés par contumace pour avoir ‘‘agressé un agent de police en service’’, pour avoir ‘‘attaqué la morale publique’’ et pour ‘‘calomnies’’. Tous deux ont reçu un total de 21 mois d’emprisonnement. Ils n’avaient même pas été informés des charges qui pesaient sur eux ni du jour de leur jugement !

Il s’agit d’un exemple très illustratif de la vague croissante de répression et de menaces qui s’est abattue sur un très large éventail d’opposants de gauche, d’artistes, de journalistes, d’intellectuels, de syndicalistes, etc., au cours de cette dernière période, de la part du parti d’Ennahda, le parti au pouvoir, et de ses sbires, de la police, des groupes salafistes et d’autres encore.

Il s’agit aussi du cadre dans lequel il faut considérer la grève nationale organisée le 3 septembre dernier par le Syndicat national des journalistes tunisiens des stations de radio appartenant à l’Etat, qui se sont opposés à la nominations arbitraires de responsables à la solde d’Ennahda à la tête de ces médias et qui ont défendu la liberté de la presse contre la censure policière.

Envoyez de toute urgence des lettres de protestation (exemple ci-desous) au ministère de la Justice tunisien afin d’exiger l’abandon des charges retenues contre Weld El 15 et Klay BBJ et pour défendre les droits fondamentaux d’expression contre les méthodes autoritaires du gouvernement de l’Etat tunisien et de la police : mju@ministeres.tn. Envoyez une copie de vos mails à cwi@worldsoc.co.uk.

  • Abandon de toutes les charges retenues contre Weld El 15 et Klay BBJ!

  • Pour la liberté de la presse, pour la liberté d’expression, pour le respect de tous les droits démocratiques !

  • Non aux menaces et aux attaques contre les opposants au régime d’Ennahda – Non à la brutalité policière!

Modèle de lettre de protestation :

À l’attention de M. le ministre de la Justice de TunisieNous venons d’apprendre les lourdes peines de 21 mois de prison prononcées récemment contre les deux rappeurs Weld El 15 et Klay BBJ. Nous avons également été informés du fait qu’ils n’étaient même pas au courant de leur jugement ni du jour où celui-ci a eu lieu.

Ces deux artistes ne faisaient qu’exercer leur liberté d’expression la plus basique en condamnant la brutalité de la police, la corruption et le népotisme de la société Tunisienne.

– Nous condamnons avec force les violences policières perpétrées contre ces deux artistes.

– Nous demandons l’abandon complet et immédiat de toutes les charges qui pèsent contre Weld El 15 et Klay BBj.

– Nous défendons la liberté d’expression et de presse et la garantie de droits démocratiques pour tous et toutes.

– Nous demandons l’arrêt des menaces et des attaques contre les opposants au régime d’Ennahda.

Soyez assuré que notre solidarité internationale ne faiblira pas tant que la répression continuera à sévir.

 

Dossier spécial Éducation

La jeunesse paie un lourd tribu aux politiques de la bourgeoisie et des capitalistes.

La jeunesse paie un lourd tribu aux politiques de la bourgeoisie et des capitalistes.

Ecole : une «refondation» pour les capitalistes

Par Luc de Chivré

L’éducation est une priorité affichée par le gouvernement et le ministre de l’éducation Vincent Peillon met en place une loi «d’orientation» pour l’école. Pourtant le système éducatif continuera avec la même logique de rentabilité et de sélection des jeunes.

Le ministre allège à sa sauce les rythmes scolaires mais rien n’est fait contre la surcharge des classes qui est une vraie source de fatigue, ni contre les programmes souvent indigestes. Réduire la journée d’école d’un enfant ne résoudra pas l’échec scolaire si les structures d’aide à tous niveaux (RASED …) torpillées par Fillon ne sont pas remises en place partout et renforcées.

Le plan pluriannuel de recrutement ne répond pas aux besoins mais rafistole. Les 60 000 «postes» promis sont loin d’égaler les 80 000 supprimés en 5 ans, surtout au regard des chiffres: les créations réelles pour l’enseignement sont de 21 000 postes, sans savoir si ce seront des temps plein, le reste étant pour le privé (6000), l’accueil indispensable des enfants handicapés sans connaître le statut du personnel recruté, et pour compenser les départs en retraite. Les conditions réelles d’enseignement ne vont pas s’améliorer, voire se dégraderont dans certains secteurs.

Le «changement» dans la continuité

La loi de refondation ne s’attaque ni à la vision rentabiliste de l’école publique ni à la qualité d’enseignement. Pour les capitalistes l’échec scolaire est la base d’une sélection vitale pour rentabiliser la formation des futurs travailleurs. Le socle commun et le livret de compétences, deux outils créés par la droite pour déterminer rapidement et subjectivement sur quels enfants il est inutile d’investir sont confirmés. L’objectif du livret de compétences est même éclairci par les accords de compétitivité qui mettent au cœur des procédures de licenciement et de mobilité interne la notion subjective de compétences professionnelles.

La formation professionnelle est transférée aux régions qui maintiendront les seules formations offrant une employabilité locale immédiate et qui ne seront pas concurrentes de l’apprentissage. Si les besoins des entreprises changent, les jeunes se retrouveront avec des formations inadaptées au marché de l’emploi. Idem pour le service d’orientation scolaire de l’éducation avec un marché juteux pour le privé, mais aussi des conseillers d’orientation des collèges et lycées menacés.

Vincent Peillon n’améliore en rien les conditions de travail des enseignants, voire fait des déclarations sous entendant une augmentation du temps de travail. Il se satisfait clairement des tâches multiples accumulées depuis plusieurs années, des pressions qu’exercent les directeurs ou les chefs d’établissement pour imposer une augmentation de travail. Les accords de compétitivité ne s’appliquent pas aux enseignants mais dans un souci de rentabilité, le temps de travail a augmenté, le salaire est gelé, et la «mobilité interne» a explosé avec des personnels sous contrat d’objectif à 2 ou 3 ans, d’autres qui se partagent sur différents postes de travail ou qui vivent dans la crainte de perdre leur poste d’une année sur l’autre.

Pour un autre système éducatif !

Un gouvernement défendant vraiment les intérêts des jeunes et des travailleurs se serait attaqué aux capitalistes par des premières mesures concrètes :

Un véritable plan d’embauche d’au moins 80 000 postes qui permet d’abonder toutes les missions indispensables de l’éducation et de titulariser les contractuels

Le renforcement des lycées professionnels publics, véritable acquis ouvrier et la fin de l’apprentissage privé

La suppression du socle commun, du livret de compétences, le renforcement de la mixité sociale dans les établissements

Des classes à 20 élèves maximum

L’augmentation des salaires

Ces premières mesures sont vitales pour stopper la dégradation. Pour avancer vers un système éducatif avec comme seul objectif l’émancipation et le bien être des enfants et des jeunes, il faudra s’attaquer définitivement à la mainmise des capitalistes sur l’éducation et l’ensemble des besoins humains.

Non, les rythmes scolaires ne sont pas faits pour le bien des enfants !

Par Faustine Ottin

Le ministre justifie la réforme du rythme scolaire par le fait que la France obtient de piètres résultats aux enquêtes internationales sur les résultats scolaires et qu’elle fait partie des pays où il y a le moins de jours d’école. Comme si la question des résultats scolaires dépendait seulement du moment où on enseigne aux enfants ! C’est pourquoi les enseignants du primaire se sont mis en grève le 31 janvier puis majoritairement le 12 février.

Cette réforme n’est que poudre aux yeux pressant davantage le rythme des élèves et les conditions de travail des enseignants. Rien n’est réfléchi globalement pour une équité sur tout le territoire et remédier aux difficultés des élèves. Pour faire passer cette réforme, le gouvernement laisse allonger la pause du midi, non pas pour des raisons chronobiologiques mais parce que le taux d’encadrement (c’est à dire le nombre d’adultes par groupe d’enfants) y est moins contraignant que le soir !

Avoir une politique ambitieuse pour une école plus juste passe par une autre politique de la ville, un autre aménagement du territoire, moins d’élèves par classe, de la formation pour les enseignants, plus de professeurs que de classe, un RASED efficace et suffisant et ce partout, car aujourd’hui un élève en difficulté hors ZEP n’a plus d’aide et les aides sont si faibles en ZEP qu’on arrive à un saupoudrage ! Pour cela il faut défendre un réel service public d’éducation où la partie enseignement ne serait qu’un pan. C’est pourquoi les enseignants du primaire doivent se tourner vers les parents d’élèves, les collègues des services publics, les travailleurs en grève afin de montrer qu’une réforme ambitieuse de l’éducation passe par :

Un emploi pour tous

Un autre aménagement du territoire et une solidarité dans le territoire basés sur les besoins décidés par les habitants

Des effectifs restreints dans les classes

Un réseau d’aide (RASED) suffisant

Une réelle formation des enseignants

Plus de maîtres que de classes

Une professionnalisation des aides aux enfants en situation de handicap avec embauche et formation des personnes embauchées sur ces emplois aujourd’hui (AVS)

Pour obtenir tout cela, il faut une autre société, où on arrêtera de bricoler avec la vie des enfants et qui permettra à chacun de se former à son rythme. Pour mener les politiques sociales et économiques nécessaires à cette société, nous devons construire nos luttes. Le 25 mars, les enseignants du primaire de Paris seront d’ailleurs en grève. D’ici le samedi 6 avril, date annoncée par la FSU comme une journée nationale de manifestation sur la question des rythmes, il nous faudra construire un rapport de force.

Stagiaires en colère à Rouen

Par Olaf van Aken, stagiaire

Malgré les annonces du nouveau gouvernement de vouloir faire de l’Éducation une priorité les conditions de travail pour les professeurs stagiaires restent catastrophiques cette année. Un temps complet de prof est de 18 heures hebdo face élèves. Les stagiaires, eux, sont à 15 heures et il y a 8 heures de cours à l’IUFM en plus quasiment toutes les semaines. La charge de travail est écrasante (entre 50 et 60 heures par semaine) et beaucoup de stagiaires sont complètement épuisés. Le gouvernement n’a pas rompu avec la politique du précédent. Les stagiaires occupent des milliers de vrais postes de gens partis en retraite.

Le CLES et le C2i2e – des certificats qui font rager

Les stagiaires ex-contractuels sont davantage pénalisés. Ils sont souvent à 18h de cours et sont en plus censés passer le CLES (un certificat d’Anglais) et/ou le C2i2e (un certificat d’informatique). Pour beaucoup, le CLES posait de gros problèmes car le niveau d’anglais exigé est très haut (niveau B2) et ils risquent de ne pas être titularisés. Le C2i2e demande beaucoup de travail, entre 20 et 30 heures qui ne sont pas faciles à trouver.

Une approche collective des stagiaires

La colère chez les stagiaires, notamment chez les ex-contractuels, montait de plus en plus à cause de la surcharge du travail et de l’exigence des deux certificats. Fin novembre, la CGT Educ’action à Rouen a pris l’initiative de mobiliser les stagiaires et a organisé des heures syndicales à l’IUFM. Les syndicats SNES, FO, Sud Education et CFDT ont rejoint cette initiative. Depuis mi-décembre, plus de 100 stagiaires (sur 200) y ont participé et nous avons décidé de nous battre pour nos revendications: non au CLES et au C2i2e, non à la surcharge de travail, arrêt de la formation à distance (FOAD), arrêt des pressions et du harcèlement de certains tuteurs. Des rassemblements devant l’IUFM, relayés par la presse, ont eu lieu en janvier et une audience au Rectorat début février.

Le Ministère recule – une victoire partielle

C’est à cette occasion que les responsables du Rectorat ont annoncé à la délégation des stagiaires et des syndicats que le CLES et le C2i2e ne seront officiellement plus un critère pour la titularisation des stagiaires. Mais il faudra les faire dans un délai de 3 ans après la titularisation. Annonce confirmée par la directrice générale des ressources humaines du Ministère lors du Comité technique ministériel du 19 février. C’est une victoire, même partielle, pour nous et les autres stagiaires mobilisés dans d’autres académies. Le besoin réel de nouveaux professeurs est également sûrement une motivation pour ce recul du gouvernement. C’est un très grand soulagement pour les stagiaires concernés par ces certificats.

Notre mobilisation a payé, elle nous a permis de sortir de la galère individuelle (surcharge de travail, harcèlement de certains tuteurs, pressions des inspecteurs,…) et de discuter collectivement de nos revendications et des actions à mener. Avoir gagné cette avancée est un encouragement pour beaucoup de stagiaires à Rouen et ailleurs.

Lycées  : quels changements pour la jeunesse et les personnels  ?

Par Olivier Ruet

Peillon, ministre de l’Education Nationale, a répondu pour les lycéens et leurs profs. Les mesures touchant les lycées généraux, technologiques et professionnels seront appliquées intégralement tel que cela était prévu par ses prédecesseurs Darcos et Chatel.

Et effectivement, dans les lycées, tout le monde doit continuer de faire fonctionner les mesures prises sous Sarkozy, alors que leur dénonciation avait marqué la période passée.

Sous prétexte d’une future évaluation, il faut donc patienter. Ainsi, on a pu voir la filière technologique industrielle démantelée et réduite à seulement quatre options (au lieu de quatorze spécialités). Les enseignants de ces spécialités ont été reconvertis de force dans des disciplines type techno collège ou dans des matières qu’ils n’ont jamais enseignées (et sans formation préalable).

Dans les lycées pro, le BEP n’a pas été rétabli. Les places de CAP manquent. Et dans la filière bac pro 3 ans, les élèves en difficulté sont nombreux en raison d’une forte réduction des horaires d’enseignement professionnel qui elle non plus,n’a pas été corrigéé.

Et en dépit de la propagande gouvernementale, lycéens et profs voient désormais la réalité de la préparation de la rentrée. De plus en plus d’établissements se mobilisent car ce qui leur est annoncé, c’est à nouveau suppressions de postes, d’options, de filières, augmentation des effectifs par classe… Les règles n’ont absolument pas changé et s’il y a création de postes, c’est notamment car il y a une augmentation du nombre d’élèves (en lycée comme en collège).

Et face aux difficultés des élèves,aux problèmes de chômage des jeunes, d’accès aux qualifications, le gouvernement a la réponse facile et originale  : l’apprentissage  ! Ce serait la solution à tout dans la crise actuelle. C’est dire concrètement, que Repentin le successeur de Morano a l’intention d’y faire basculer une partie toujours plus importante des jeunes en entretenant l’illusion d’une échappatoire à la crise. Il faut en fait s’attaquer aux difficultés sociales qui imposent à de plus en plus de jeunes de tenter de signer ce type de contrat pour gratter un petit salaire.

Le patronat évidemment est aux anges avec un tel gouvernement qui relaie ses thèses sur l’adaptation de la main d’œuvre, la compétitivité  : «Le président croit beaucoup au rôle que peut jouer la formation professionnelle dans l’amélioration de la compétitivité hors coût de notre pays» (AEF 17 janvier 2013).

Concrètement, Hollande, Ayrault et Peillon ont lancé une nouvelle étape de démolition des diplômes et qualifications reconnus nationalement au profit d’une  formation locale, soumise aux féodalités régionales, dans le cadre notamment de la nouvelle loi d’orientation sur l’école et de l’acte 3 de la décentralisation.

La lutte ne peut être évidemment locale et ne peut se contenter des réponses syndicales actuelles. Il nous faut travailler à l’unité des jeunes scolarisés, apprentis, et travailleurs pour la défense des qualifications nationales reconnues et combattre l’apprentissage de l’exploitation que deviennent les systèmes d’éducation et de formation deviennent sous les coups répétés des gouvernements successifs.

Dossier paru dans le n° 160 de l’Égalité (mai-juin 2013)