Mobilisations dans l’éducation

a02df1656f24317b264b335990b4c50aLes raisons de la colère sont nombreuses : le gel des salaires , la réforme des rythmes scolaires , la baisse des moyens et les suppressions de postes, le recours aux emplois précaires et les embauches sans statuts.
Partout en France des lycées (enseignants et élèves) isolés se mobilisent à l’annonce des financements de l’état à l’image du lycée Jean-Macé de Vitry-sur-Seine ou près d’une centaine d’élèves ont manifesté devant le rectorat de Créteil pour protester contre la suppression de trois classes de terminale le 6 février. Le ministère essaye de monter les établissements les uns contre les autres en se battant pour des miettes. Le débat ne doit pas être à qui on donne le peu de moyen mais qu’il y ait assez de moyen pour tous. Hollande avait promis des créations de postes et la priorité à l’éducation. Force est de constater que les moyens continuent de diminuer et les suppressions de postes aussi. Dans le 94 il y a une mobilisation contre la réforme des rythmes scolaires avec un rassemblement à paris métro Solferino mercredi 12 février 2014 à 13h30. Dans le 92 ils font grève et ont fait leur manifestation le 4 février. Dans le 93 il y a grève jeudi 13 Février et manifestation à 14h métro Saint-Michel à Paris. Chaque département à son initiative , il faut se regrouper, même si les vacances approchant ne vont pas aider à cela. Il faut un mouvement national pour des moyens à la hauteur des besoins dans toute l’éducation qui mette en cause la politique du gouvernement enseignants et élèves. Le gouvernement qui a prévu encore 15 milliards d’économies pour la fonction publique n’en a pas finis. Alors que des milliards de cadeaux sont faits et promis au patronat sans contrepartie, l’argent devrait plutôt servir entre autre à l’éducation.

France 1934, la classe ouvrière en grève stoppe l’extrême droite

La France après en avoir été relativement épargnée est touchée de plein fouet en 1931 par la crise économique mondiale de 1929. La production industrielle chute brutalement (- 22% entre 1931 et 1932), notamment dans la métallurgie, le bâtiment, le textile. Le commerce extérieur baisse de 60%. Le nombre de chômeurs explose. La misère augmente et touche non seulement les travailleurs salariés mais aussi d’autres couches sociales comme les petits agriculteurs ou les petits commerçants.

Crise politique

Un cartel de gauche (radicaux et socialistes) a gagné les élections en 1932 mais 5 gouvernements du cartel vont se succéder tous incapables d’enrayer la crise. Les deux plus importantes organisations ouvrières sont divisées. La SFIO est au gouvernement avec le Parti radical, représentant de la bourgeoisie capitaliste. Le PC suit comme toutes les sections de l’internationale communiste stalinienne, une politique sectaire traitant les socialistes de «sociaux fascistes». Division aussi entre la CGT (socialiste) et la CGTU (communiste). Encouragées par la victoire du fascisme en Allemagne et en Italie (Hitler a été nommé chancelier en janvier 33), des ligues d’extrême droite ou fascistes se développent en France comme ailleurs. Elles attirent des parties des classes moyennes qui se détournent du Parti radical.

Le rejet de l’impuissance parlementaire grandit aussi et certains regardent vers ces ligues : Jeunes patriotes, Action française (royaliste), Camelots du roi, Croix de feu du colonel La Rocque qui ont 35000 membres en 1934. Toutes sont soutenues par des milieux d’affaires. La crise politique perdure et des scandales politico- financiers éclatent à la pelle. L’un d’eux, l’affaire Stavisky, servit de prétexte aux ligues pour mobiliser dans la rue contre le gouvernement et appeler
à une manifestation le 6 février.

La journée du 6 février 1934

Aux cris de « à bas les voleurs ! fin de la dictature des socialistes ! »,pour beaucoup armés de revolvers, rasoirs…, les ligues marchent sur l’Assemblée. Au plus fort de la manifestation il y a 30000 manifestants devant le bâtiment. Les heurts entre les plus déterminés et la police sont violents, il y a 15 morts et de nombreux blessés.

Le PCF avait appelé à cette manifestation par le biais de son association d’anciens combattants (l’ARAC) aux cris de « aux usines, aux chantiers, aux gares, manifestez contre les bandes fascistes et ce gouvernement qui les développe » appliquant ainsi sa ligne de considérer les socialistes et les fascistes comme des «frères jumeaux».

Devant ce coup de force, sinon de tentative de coup d’état de l’extrême droite, un gouvernement d’union nationale, présidé par Doumergue est formé. On y retrouve Laval et Pétain. Les radicaux y participent. Le but de ce gouvernement est de mener une politique réactionnaire en prenant prétexte des revendications des émeutiers.

La réponse immédiate de la classe ouvrière le 12 février

Cette émeute de l’extrême droite va provoquer une réaction ouvrière contre le danger fasciste. L’unité des directions, elle, ne se fait pas. Le 9 février, le PCF et la CGTU appellent à manifester mais refusent encore toute unité d’action avec les travailleurs socialistes. Déjà dans plusieurs villes, il y des manifestations unitaires. La CGT appelle à la grève générale et à manifester le 12. C’est un vrai succès avec 4 millions de grévistes. Des manifestations ont lieu dans tout le pays. A Paris, la CGTU appelle aussi, dans un défilé séparé. Mais poussés par leur base, les 2 cortèges se rejoignent aux cris de «Unité ! Unité !». Cette formidable journée de grève a stoppé la menace fasciste. Les travailleurs voulaient l’unité de leur classe pour mener la lutte contre les fascistes mais aussi dans la lutte contre le capitalisme qui n’amenait que chômage et misère. Ce front uni des travailleurs contre la menace fasciste allait forcer à la réunification syndicale et surtout préparer le terrain pour les grandes grèves de masse de mai-juin 36. Le PCF et la 3ème internationale stalinienne firent encore un tournant : les socialistes n’étaient plus des sociaux fascistes et il fallait collaborer avec les éléments « progressistes » de la bourgeoisie, donc le Parti Radical pourtant si corrompu. La volonté d’unité d’action a été détournée en une alliance pour les élections de 1936 entre le PC, la SFIO et le Parti radical : le Front Populaire. Cette coalition a eu pour tâche de stopper la montée révolutionnaire de mai-juin 36 ce qui démoralisera les travailleurs et prépara la défaite de juin 40 et l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir avec l’aide des chars d’Hitler.

Par Marie-José Douet

Réponse au discours d’Obama sur l’Etat de l’Union

7kshamaKshama Sawant, Socialist Alternative (CIO aux USA), Conseil Municipal de Seattle
Jeudi 28 janvier 2014
Ce soir, le président Obama a parlé de l’aggravation des inégalités.
Mais c’est un témoignage de sa propre présidence. Une présidence qui a trahi les espoirs de dizaines de millions de personnes qui ont voté pour lui par désir de changement fondamental, loin des politiques corporatistes et des guerres.
La pauvreté est à un niveau record : 95 % des gains de productivité dus à la soi-disant reprise sont allés aux 1% les plus riches.
L’insistance du président sur l’inégalité des revenus était un aveu de l’échec de sa propre politique.
Un aveu contraint par des rassemblements, manifestations, grèves dans les fast-foods et par les travailleurs précaires exigeant un salaire minimum de 15 $ de l’heure. Un aveu contraint par l’indignation causée par l’approfondissement du fossé entre les très riches et ceux d’entre nous qui œuvrent pour créer cette richesse dans la société.
Alors que les criminels de Wall Street sont renfloués par l’Etat, de courageux dénonciateurs comme Edward Snowden sont traqués et les actes anticonstitutionnels qu’il a révélés continuent.
Obama est le Président qui utilise les applications pour smartphone – les jeux comme Angry Birds – pour espionner des dizaines de millions de gens ordinaires dans une violation complètement flagrante des droits constitutionnels fondamentaux.
Le président proclame mettre fin à deux guerres, alors qu’il continue à intensifier une campagne brutale de guerres de drones dans plusieurs pays, tuant des centaines de civils innocents, sans oublier le sort des soldats revenant avec des problèmes médicaux à vie ou la une baisse des prestations sociale aux anciens combattants.
Obama est le président dont le site web piraté est le symbole de l’espoir brisé de millions qui ont cru à ses promesses de système de santé universel.
 « Le changement climatique est un fait, » dit Obama.
Voici un autre fait : le changement climatique devient de pire en pire sous sa présidence. Il y a eu une augmentation massive de pratiques incroyablement destructrices telles que l’utilisation du charbon et de la fracturation hydraulique.
L’arrêt de la construction du pipeline géant de Keystone, désastreux pour l’environnement, a été rendue possible non pas grâce à Obama ou au Congrès, mais grâce aux milliers de gens courageux qui se sont organisés et qui sont entrés en action directe.
Obama crie : « réparons notre système d’immigration ». Il est le président sous lequel les expulsions ont atteint un nombre record.
Mes frères et sœurs, ces problèmes ne sont pas nouveaux. Et ils ne sont pas accidentels.
Les travailleurs sont confrontés, depuis près de quatre décennies, à la stagnation des salaires et à des inégalités de revenu toujours plus grandes.
Quatre décennies, avec quatre présidents républicains et trois présidents démocrates. Quatre décennies qui montrent qu’aucun de ces deux partis ne peut résoudre ces problèmes et que fondamentalement, les deux représentent les mêmes intérêts, les intérêts des grandes entreprises super-riches.
Nous avancerons uniquement sur la base d’un changement systémique fondamental. Nous avons besoin de rompre avec les politiques de Wall Street et l’Amérique des entreprises. Nous avons besoin d’une rupture avec le capitalisme. Le capitalisme a trahi les « 99 % ».
Les deux partis se plient au libéralisme et servent loyalement les intérêts de leurs maîtres, les patrons des entreprises ; la seule différence étant jusqu’à quel point.
Le système politique est complètement dysfonctionnel et brisé. Il se noie dans l’argent corporatiste. Les travailleurs, les jeunes, les personnes de couleur, femmes, personnes âgées, handicapés, immigrés ; les « 99 % », n’ont de voix ou de représentation.
Nous avons besoin de notre propre parti politique. Indépendant des grandes entreprises et indépendant des partis des grandes entreprises.
Certains disent que c’est impossible.
Mais regardez l’exemple de ma campagne pour la Mairie de Seattle. Je me suis ouvertement présentée comme socialiste. Je n’ai pas accepté un sou de l’argent des grandes entreprises. Ma campagne a collecté 140 000 $ venant des dons de travailleurs ordinaires. Je me suis présentée comme une alternative indépendante de la classe ouvrière face à l’establishment capitaliste.
Je me suis présentée sur une plate-forme soutenant un salaire minimum de 15 $ de l’heure, une taxe sur les super riches pour payer l’éducation et les transports en commun, et pour des logements abordables et le contrôle des loyers.
Je n’accepte pas le salaire moyen actuel d’un travailleur ; tandis que les politiciens à Seattle et au Congrès sont totalement coupés de nos vies.
Nous avons construit une campagne populaire de plus de 450 personnes. Avec près de 100 000 votes, c’était la première fois depuis des décennies qu’un socialiste indépendant a été élu dans une grande ville américaine.
Les Américains sont avides de changement. Et ce n’est pas qu’à Seattle. Un récent sondage a montré que 60 % des Américains veulent un troisième parti.
Parlons de salaire minimum. Obama a dit : « personne avec un travail à plein temps ne devrait avoir à élever une famille dans la pauvreté ».
 Et sa solution ? Augmenter le salaire minimum à 10,10 $ sur 3 ans.
Je me réjouis absolument de tous les progrès qui peuvent être faits sur l’augmentation du salaire minimum. Et c’est scandaleux la manière dont le parti républicain fait obstacle.
Mais soyons honnêtes : 10,10 $/ heure sur trois ans, ou 20 000 $ par an – si vous êtes assez chanceux pour avoir un emploi à temps plein – ce n’est pas assez pour les familles de travailleurs pour sortir de la pauvreté.
Les travailleurs des fast-foods et de Wal-Mart ont fait grève et construit de puissantes manifestations dans des villes partout dans le pays l’an dernier pour revendiquer 15 $ de l’heure. Et c’est la seule raison pour laquelle les politiciens parlent maintenant d’augmenter le salaire minimum.
Regardez l’exemple de l’initiative de 15 $ de l’heure à SeaTac. Une initiative pour un salaire minimum de 15 $ de l’heure a été proposée au vote – et a gagné !
L’épicentre de la lutte en 2014 est la lutte pour les quinze dollars de l’heure. Je vous encourage à faire partie de cette lutte.
Renseignez-vous et inscrivez-vous pour participer sur 15Now.org.
« Faisons de cette année une année d’action, » a dit Obama.
De mon point de vue, nous avons besoin que les travailleurs et les pauvres entrent en action pour des salaires plus élevés et un salaire minimum de 15 $ de l’heure. Nous avons besoin d’action de jeunes en lutte contre les frais de scolarité et contre la dette qui les prend à la gorge pour le reste de leur vie. Nous avons besoin d’action des propriétaires de maisons contre l’épidémie de saisies. Par des syndicalistes contre les lois antisyndicales et pour les droits des travailleurs.
Organisez-vous !
Soyez actif dans votre syndicat. Soyez actif dans un mouvement local. Rejoignez la lutte pour la défense de l’environnement. Rejoignez-moi et mon organisation, Socialist Alternative, pour défier les grandes entreprises et lutter contre le capitalisme.
Solidarité !  

Israël/Palestine : participation record à la conférence « Socialisme »

2014-01-24Grafik6499709506529777157Un mécontentement grandissant dans la société engendre un intérêt pour les idées socialistes
Plus de 160 participants ont récemment pris part à la conférence  »Socialisme » organisée par le Mouvement Socialiste de Lutte (Socialist Struggle Movement, section du Comité pour une Internationale Ouvrière en Israël/palestine). Il s’agissait de la sixième année où un tel événement était organisé, et il s’agit à ce jour de la plus grande édition. Elle a réuni des militants israéliens et palestiniens, des syndicalistes et des socialistes actifs dans différents domaines. La très bonne participation à cet événement n’est qu’une des nombreuses indications illustrant qu’une couche croissante de la société est à la recherche d’une alternative à la politique raciste et pro-capitaliste du gouvernement Netanyahu. Cela ouvre la voie à un intérêt croissant pour les idées socialistes.

Yasha Marmer, Socialist Struggle Movement (SSM, CIO-Israël/Palestine)

Cette conférence, qui s’est tenue vers la fin de l’année 2013, a duré deux jours et comprenait plus de 10 sessions de discussion différentes, sur la lutte contre l’austérité et le coût élevé de la vie, sur l’expropriation continue des masses palestiniennes et la lutte pour une solution juste et équitable; sur le processus révolutionnaire au Moyen-Orient et en Afrique du Nord; sur la lutte contre le sexisme ou encore sur la crise mondiale du capitalisme et le combat pour une alternative socialiste.

L’une des caractéristiques qui rend ce type d’événement véritablement unique est d’avoir l’occasion d’entendre des orateurs de la toute première ligne de front de la lutte sociale. Cette année, ce fut tout particulièrement une réussite.

L’événement a accueilli des militants israéliens et palestiniens et des activistes membres de six syndicats différents, à côté de militants impliqués dans le combat contre le plan Prawer (un plan raciste visant les bédouins, sur lequel le gouvernement a dû provisoirement reculer), d’habitants impliqués dans la lutte contre les expulsions de maisons ou encore d’activistes de mouvements sociaux et d’initiatives antisexistes en lutte contre la  »culture du viol ». Tamar Gozhansky, un ancien député de gauche très connu de Hadash / AlJaba (Front démocratique pour la paix et l’égalité), et Daphni Leaf, figure de proue du mouvement de protestation massif de 2011 (ce mouvement avait vu un demi-million de personnes descendre dans les rues, dans le cadre des révoltes de masses qui ont suivi la révolution tunisienne, NDT), ont également pris la parole. Le dirigeant des cheminots devenu bête noire du régime, Gilla Edrai, a quant à lui envoyé ses salutations à l’assemblée.

Non aux expulsions, non à la politique du  »diviser pour régner »

La conférence a débuté avec deux discussions parallèles, l’une portant sur la lutte contre le sexisme l’autre sur lutte pour un logement décent. La seconde a été introduite par Neta Most (SSM) et a couvert à la fois la lutte pour des logements publics et contre les expulsions motivées par le profit ainsi que la lutte contre l’expropriation raciste des Bédouins arabes du Néguev/Naqab. L’un des orateurs, Amir Abu-Qvidar, est un résident du village bédouin  »non reconnu » par les autorités, il a expliqué la logique raciste qui se trouve derrière le plan Prawer qui menace d’exproprier de leurs terres et maisons entre 30 et 40.000 citoyens arabes de l’Etat d’Israël (plus sur le Plan Prawer (en anglais)). Rozin Basharat, qui participe également à cette lutte contre le plan Prawer, a parlé de son expérience sur le terrain, du rôle majeur joué par les Palestiniennes dans la lutte ainsi que de leur place dans la lutte globale contre l’expropriation et l’oppression nationale.

Yossi Cohen, porte-parole des résidents de l’un des quartiers de Tel Aviv menacé d’expulsion, a également parlé lors de cette session. Dans son cas, l’expulsion est lancée par un des plus grands magnats de l’immobilier en Israël, Itzhak Techouva, qui veut construire des logements de luxe.

La discussion a donc porté sur deux luttes différentes concernant le logement et la dignité d’existence, mais qui sont loin d’être séparées.

La discussion a mis l’accent sur les défis de la période qui nous fait face, mais aussi sur la possibilité de lier ces mobilisations entre elles – ce qui est une nécessité cruciale – et de surmonter la politique de diviser-pour-régner de l’élite capitaliste israélienne.


Une vague de syndicalisation

Plus tard dans la journée, les syndicalistes de différents lieux de travail se sont réunis pour discuter du développement sans précédent de la syndicalisation et des luttes syndicales de l’année écoulée, en parallèle avec les attaques du gouvernement contre le mouvement organisé des travailleurs. Parmi les orateurs se trouvait Shlomi Sheked-Almozalino, dirigeant syndical à l’entreprise de télécommunications Pelephone. Shlomi a raconté comment les travailleurs y ont remporté des victoires après une dure bataille pour la reconnaissance des syndicats dans l’entreprise. Ils ont ainsi pu avoir leur première convention collective de travail, qui couvre les 3000 salariés de l’entreprise. La lutte et la victoire des travailleurs de Pelephone constituent l’un des symboles de la vague actuelle de syndicalisation. Plus de 25.000 travailleurs ont rejoint les rangs syndicaux au cours de l’année 2013 uniquement.

Yasser Abu Arish du comité d’action des travailleurs de la société de crédit Leumi Card (qui regroupe 1200 travailleurs) a parlé de la lutte – toujours en cours – pour arracher une première convention collective de travail dans cette entreprise ainsi que de la façon dont la syndicalisation peut aider à combattre la discrimination raciste qui existe contre les Arabes-palestiniens sur le marché de l’emploi israélien, ce dont il a personnellement fait l’expérience.

Parmi les autres orateurs se trouvaient Naor Kapulnik, un militant du SSM qui participe également à cette lutte pour la syndicalisation des travailleurs dans une société de crédit; Anat Heyman, dirigeant d’un combat similaire à HaKameri, le plus grand théâtre de Tel-Aviv; et Hadas Zuqrat du secrétariat du syndicat des travailleurs sociaux.

Les syndicalistes réunis étaient de divers horizons, du syndicat Histadrout (principal syndicat israélien) à  »Pouvoir aux travailleurs ». C’est assez inhabituel étant donné le manque de forums de discussion et de coordination entre syndicalistes, y compris au sein d’Histadrout. Il s’agit du résultat des politiques de droite menées par la direction d’Histadrout.

L’une des propositions du SSM discutée était justement la création d’un tel forum pour que la base syndicale puisse discuter, dans le but de coordonner et de développer les luttes ainsi que pour faire pression sur les syndicats afin de résister ensemble à l’offensive des patrons et du gouvernement. Cette idée a reçu un large soutien des syndicalistes présents, tant de la tribune que du public, parmi lequel se trouvaient le dirigeant du syndicat des journalistes Maariv et Ami Vatury, de la direction de  »Pouvoir aux travailleurs ».
La conférence s’est poursuivie par une séance portant sur la lutte contre l’austérité et la cherté de la vie et d’une autre abordant la lutte contre l’occupation et pour une solution socialiste au conflit israélo-palestinien. Cette seconde session a été suivie par de nombreux jeunes et comprenait une introduction effectuée par Shahar Ben-Khorin (SSM) qui a parlé de l’incapacité des négociations en cours à satisfaire toutes les aspirations nationales ou sociales des masses palestiniennes ou à apporter une paix durable. Il a tiré quelques conclusions de l’échec des accords d’Oslo, des soulèvements palestiniens de masse – les Intifadas – et de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Shahar a parlé de la nécessité de développer des forces basées sur la classe des travailleurs autour d’un programme socialiste, des deux côtés de la division nationale, afin de mener la lutte pour l’égalité des droits et pour l’autodétermination, dans le cadre du combat pour une transformation socialiste de la société dans cette région minée par la guerre et la pauvreté.

Appel pour un nouveau front socialiste

La séance de clôture de la conférence, le lendemain, a porté sur la construction d’une alternative politique face aux partis pro-capitalistes. L’impact du profond mouvement de masse de 2011 est toujours présent et de nouveaux combats contre le gouvernement sont à venir.

Les orateurs de cette discussion étaient Or-Ly Barlev, militant des mouvements sociaux; Shelly Dvir, conseillère nouvellement élue à Tel-Aviv; Inbal Hermony, syndicaliste de premier plan du syndicat des travailleurs sociaux; Tamar Gozhansky, ancien député de Hadash / AlJaba et du Parti communiste; et Eyal Atsei Pri du Mouvement du SSM.

La session a commencé avec la projection d’une vidéo de la victoire électorale de Kshama Sawant à Seattle, aux États-Unis. Ensuite, Yasha Marmer (SSM) a introduit la discussion en demandant aux intervenants ce qui empêchait pareille victoire de ce produire dans le pays. Il a également présenté l’appel du SSM pour le lancement d’un nouveau front socialiste destiné à rassembler les travailleurs et les jeunes des deux côtés de la frontière nationale, dont beaucoup sont maintenant en lutte. Alors que la question nationale pose de grands défis pour la construction d’un mouvement qui cherche à unir les Juifs et les Arabes dans leur lutte pour une alternative socialiste, les militants du SSM et d’autres intervenants ont souligné le grand potentiel qui existe dans la société pour un tel mouvement étant donné le contexte de la région et les récents développements internationaux.

Gozhansky a exprimé son soutien à la construction d’un tel front des forces socialistes et a proposé d’engager des discussion en ce sens avec le SSM et d’autres forces. D’autres orateurs ont évoqué la nécessité de la construction d’un large mouvement de lutte pour un changement révolutionnaire. Cette session était donc un excellent point de départ pour que différentes forces de la gauche socialiste discutent de leur développement et des efforts destinés à unir la classe des travailleurs de tous les milieux dans le combat pour un changement de société.

[INTERVIEW] Abdelhak Laabidi, syndicaliste et militant politique tunisien

Il y a trois ans, le 14 Janvier 2011, un nouveau chapitre s’ouvrait sur la scène politique mondiale. Le renversement du dictateur Ben Ali en Tunisie, balayé par un mouvement révolutionnaire, a marqué le déclenchement et la source d’inspiration pour l’explosion de mouvements de masse à travers le monde, et pour une transformation complète du paysage politique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. En accompagnement de l’interview ci-dessous, nous vous invitons à lire l’article suivant : « Tunisie: trois ans apres la chute de Ben Ali, la revolution continue ».

 Abdelhak Laabidi, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Abdelhak Laabidi , marié et père de 3 enfants , militant politique et fervent défenseur des droit de l’homme ; syndicaliste et actuellement secrétaire général de l’UGTT à Béja (secteur de la santé), et militant dans le parti FOVP (Force Ouvrière pour la Victoire du Peuple).

 Comment et quand as-tu commencé à militer?

Depuis le début, j’étais présent dans chaque manifestation, mais tout cela sans une appartenance claire à un parti politique. Cela a commencé au sein du mouvement lycéen ; d’ailleurs, ma première arrestation fut en 1976, à l’âge de 16 ans, suite à la manifestation contre la visite de Anouar Essadet en Israël.

La première action que j’ai organisée personnellement fut sous la casquette syndicaliste à Béja, en 2006: une action devant le siège local de l’UGTT. Il y a eu une marche depuis l’hôpital jusqu’au siège de l’UGTT, habillés en blouse blanche. L’itinéraire de cette marche passait devant le tribunal, la commune, la mairie, plusieurs lycées ; c’était une première dans cette ville. Mais suite à cette action, j’ai été trahi par le secrétaire général de l’époque : on m’a délesté de la couverture syndicale et pour punition de m’être insurgé, j’ai été chassé de chez moi.

Tout comme plusieurs habitants de Béja, ma maison appartenait anciennement aux colons français ; après que ces derniers aient quitté la Tunisie, les Tunisiens ont pu gagner leurs maisons. Cependant il n’y a que moi qui fut viré de chez moi de la sorte, et cela d’une manière des plus barbare: cela s’est passé en plein hiver (et l’hiver de Beja est très rude), mes enfants étaient en pleine semaine d’examen et comble de l’histoire, ma maison a été transformée en un local du RCD ! Vous voyez la symbolique des choses … Suite à cela, ma mère est morte après 4 mois, et j’étais totalement délaissé par sa famille et par tous les partis de gauche de Béja. C’était une période difficile pour moi.

On sait que dernièrement tu as été agressé. Peux-tu nous parler de cela?

Le 14 janvier, je me suis dis que la Tunisie allait vivre une ère nouvelle, pleine de liberté et toutes ces bonnes choses. C’était pour moi, si je peux m’exprimer ainsi, mon « orgasme politique ». Dans la réalité je vois clairement que strictement rien n’a changé, et je vis toujours dans un bain constant de harcèlement, qu’il soit judiciaire ou physique.

Pour mettre l’histoire dans son contexte, il faut savoir que dernièrement je me suis présenté aux élections régionales de l’UGTT, et cela a déplu à certains, qui veulent injecter les pions du parti islamiste Ennahda à ce poste. Pour m’en dissuader, chaque jour ils me provoquent et lancent des sous-entendus. En passant devant un café, des personnes crient « il faut égorger les mécréants et tuer les militants de gauche », et plein de provocations de ce genre. En voyant que je ne cédais pas aux provocations et que je les ignorais, ils se sont dits: s’il ne vient pas à nous, nous viendrons à lui. C’est aussi simple que ca.

Le samedi 21 décembre à 10h 30 du matin, en sortant de chez moi j’ai été agressé par surprise et passé à tabac par deux personnes. J’ai eu pour séquelle une hémorragie interne dans mon œil ; c’est par chance que je n’ai pas été aveuglé. J’ai aussi eu quelques cotes fêlées et des contusions un peu partout sur mon corps. Heureusement qu’au moment de l’attaque mon fils m’a entendu l’appeler, du coup ils se sont enfuis en le voyant. Je pense qu’ils voulaient me battre à mort ; mais je pardonne en quelque sorte à ceux qui m’ont attaqué car je sais que ce n’est pas leur faute, en premier lieu c’est la pauvreté qui est le réel fautif. Pour une poignée de dinars en effet, ces gens sont capables du pire, c’est pourquoi ils sont la cible des « fascistes »: à la place de leurs offrir un travail décent pour subvenir à leurs besoins, ils préfèrent faire d’eux leurs sbires et hommes de main.

Quoiqu’il en soit, cette attaque me rendra plus fort, car c’est ceux qui dérangent qui sont visés. Ce fut le cas pour les martyrs Chokri Belaid et Mohamed Brahmi ; bien sûr, je ne veux pas me comparer à eux, car qu’est ce que vaut mon agression comparé à leur assassinat ? Mais quelque part je sais que je suis sur la bonne voie car je suis entrain de déranger, comme ils l’ont fait en leur temps.

Mis à part cette agression, l’histoire se répète : je suis aussi souvent mis en examen que je l’ai été avant le 14 janvier (via tribunaux, poste de police, etc ).

Après la mort de Mohamed Toujeni, agent des forces de sécurité originaire de Beja, le peuple de Beja, suite à son enterrement le 23 octobre, s’est révolté contre Ennahda et sa politique ; le local d’Ennahdha a été incendié. Le 6 février, j’ai été convoqué par la police, et l’agent qui prenait mes dires était lui-même convaincu de mon innocence (car il y avait des photos, des vidéos de surveillance et je n’étais même pas présent dans cette manif-là !)

Ils ont aussi essayé de m’attaquer dans mon intimité en tentant de s’en prendre à mon « nid familial ». Après le 14 janvier, j’avais repris de force ma maison, et ils ont essayé de me la reprendre avec les mêmes moyens que ceux de Ben Ali et de sa police ; il y a eu un procès dont j’ai retardé le jugement le 17 novembre – motif : « reprise par la force » d’un lieu pour lequel il y a eu jugement, vol, et incendie d’archives. On m’a viré de force, alors j’ai repris ma maison de force en l’occupant ; et l’archive que je suis accusé d’avoir brulé, c’est une archive du RCD et de leur activité ; cela s’est pourtant passé ainsi dans tous les locaux du RCD dans toute la Tunisie.

Mais je ne céderais pas, coûte que coûte je serai toujours présent à défendre la cause des travailleurs par le billet du syndicalisme, et des pauvres et des délaissés par le billet du parti dans lequel je milite, le FOVP, pour ces causes que la Troïka au pouvoir a trahies dès le début en laissant la situation sociale et politique s’engouffrer de plus en plus.

 Peux-tu nous présenter le FOVP ?

Le FOVP est un parti de la gauche radicale, issu d’un schisme de la LGO joint par d’autres militants; ce sont des militants qui ont refusé la ligne directive de la direction du Front Populaire, laquelle s’est associée avec Nidaa Tounes et Ennahda pour s’assoir autour d’une table en vue d’une soi-disant « entente nationale ». Je ne comprends pas comment le Front Populaire peut tendre la main à la droite, qu’elle soit barbue ou en costume cravate. Comment pourrais-je m’assoir à la même table que les ex-RCDistes, qui levaient leur bâton bien haut pour me frapper ? Comment, d’autre part, m’assoir à la même table qu’un parti historiquement sanguinaire ? Est-ce cela une « ligne révolutionnaire » ?

C’est ce qui nous a poussé à quitter la LGO et le Front Populaire, pour un nouveau parti qui est le FOVP, lequel a une ligne révolutionnaire claire, avec en priorité le militantisme pour les causes des plus démunis, des travailleurs, de l’égalité des sexes, des droits de l’homme, de la liberté, liberté d’expression, un pouvoir judiciaire réellement indépendant etc. ; et bien sûr, essayer d’améliorer la conscience de classe, car à cause notamment de la baisse du pouvoir d’achat et de la hausse vertigineuse des prix, on entend des personnes dire que si Ben Ali était resté au pouvoir ça serait mieux. Il faut essayer de sauver cette révolution pour qu’on la revoie s’émuler à l’échelle internationale. Ceci est dans les mains du peuple tunisien, il faut que la révolution aboutisse coûte que coûte ; cette marche sera fatigante et pleine d’embuches, mais espérons qu’elle aboutira ! D’ailleurs, la force populaire a le potentiel de défaire n’importe quelle force réactionnaire.

 Et que pense du rôle de l’UGTT dans tout cela?

L’UGTT est l’organisation qui détient le plus grand pouvoir dans le pays, celui des travailleurs.

Tout gouvernement devrait être amené à craindre cette organisation, malheureusement la bureaucratie n’arrête pas de lancer des bouées de sauvetage à ces gouvernements dont tout le monde a vu les échecs répétés dans tous les domaines, qu’ils soient social, politique (étrangère et intérieure), sécurité etc.

Comment peux-t-on poser la question de l’entente nationale avec des partis qui sont concrètement entrain de paupériser les travailleurs et les couches le plus démunies? La bureaucratie syndicale a encore une fois trahi la cause, et devra assumer cela historiquement.

Comme elle devra assumer, elle et la direction du Front Populaire, de ne pas avoir oser prendre le pouvoir quand il s’offrait à eux (cela avait pourtant été le souhait du peuple le jour de l’enterrement de Chokri Belaid), et de le donner réellement aux travailleurs et à la population, en créant des comités régionaux et en instaurant l’autogestion, et en multipliant cela à une large échelle.

 Y a-t-il des actions du FOVP qui auront lieu à court terme ?

Le 6 juin, j’ai organisé à Beja la 17éme commémoration de la mort de Cheikh Imam Issa (=chanteur égyptien révolutionnaire) et on a rendu un hommage au poète Ahmed Najm, parolier du Cheikh Imam au centre culturel de Béja; le FOVP donne beaucoup d’importance à la culture. Pour nous, la musique révolutionnaire et les textes peuvent être un outil important pour élever la conscience de classe du peuple tunisien.

Le 28 de ce mois aura lieu mon procès au tribunal de Beja, et le FOVP lance un appel à manifester massivement devant le tribunal.

 On a vu que trois syndicalistes ont été malmenés, chacun d’une manière différente en l’espace de deux semaines ; tu as été agressé et passé à tabac, ensuite il y a eu l’arrestation de Abdeslam El Hidouri à Sidi Bouzid, puis des personnes sont entrées de force chez Adnen Hajji en faisant croire à un cambriolage, et on a agressé sa femme en voyant qu’il n’était pas chez lui ; que penses-tu de tout cela ?

Je pense que la guerre contre les syndicalistes a commencé le jour de la commémoration de l’assassinat du martyr Farhat Hached. Ce jour-là, le 4 décembre 2012, plusieurs syndicalistes ont été attaqués par la milice d’Ennahda ; ils ont essayé de nous faire peur par cette action, mais voyant que les syndicalistes de base n’arrêtent pas de militer, de lancer des actions, des grèves, etc., ils essaient de nous faire taire un par un! Il faut s’organiser, frapper ensemble au cœur de leurs faiblesses, avec des grèves régionales et sectorielles, et puis générale. Car contre ce parti fasciste, il faut être solidaire pour se protéger les un les autres, et pour frapper ensemble.

 Un mot pour conclure ?

Je veux que les slogans criés spontanément par le peuple tunisien soient exaucés par n’importe quels moyens ; les deux principaux slogans sont: « al chaab yourid isakat al nidham » (=le peuple veut la chute du système) et « al chaab yourid al thawra men jaddid » (le peuple veut une autre révolution).

Je veux cela pour que mes enfants et la génération à venir n’aient pas à vivre ce qu’on a vécu, et puissent vivre des jours meilleurs et que les Hommes redeviennent des Hommes et la terre un jardin.

Merci.