Grèce : pourquoi Syriza et le KKE ne sont pas parvenus à un accord ?

kke-syrizaSYRIZA a formé un gouvernement de coalition avec le parti des Grecs Indépendants, un parti qui a émergé en tant que scission du parti de droite Nouvelle Démocratie. C’est un parti fidèle au système capitaliste, pénétré de la logique du capital et des «forces du marché». Que SYRIZA coopère avec un tel parti signifie bien sûr de s’engager sur une pente glissante et dangereuse.

SYRIZA s’est orienté sur cette voie après avoir contacté le KKE (Parti communiste grec) pour discuter de la possibilité de former un gouvernement de coalition de gauche. Le KKE a refusé toute collaboration avec SYRIZA, refusant jusqu’à donner un vote de confiance à un gouvernement SYRIZA. Cette position – le refus du KKE de tout type de collaboration ou vote de confiance pour un gouvernement dirigé par SYRIZA – a été publiquement répétée à plusieurs reprises au cours de la campagne électorale par les dirigeants du KKE. Il se dit également, au sein de SYRIZA, qu’Alexis Tsipras a téléphoné au secrétaire général du KKE, Koutsoumbas, la nuit même des résultats électoraux, mais que ce dernier a refusé de rencontrer Tsipras.

Pourquoi le KKE a-t-il refusé?

Le KKE justifie ce refus sur base de «différences idéologiques et politiques». Mais pourquoi avoir refusé d’accepter de travailler avec SYRIZA sous certaines conditions? Pourquoi le KKE n’a-t-il pas fait part d’une série de conditions minimales nécessaires à rendre une coopération ou un vote de confiance possible, c’est-à-dire une série de mesures dans l’intérêt de la classe ouvrière et de la masse du peuple grec et contre le pouvoir du grand capital?

Le KKE aurait pu accorder un vote de confiance au gouvernement SYRIZA sur base de l’application de politiques favorables à la classe des travailleurs tout en affirmant maintenir sa complète indépendance idéologique, politique et organisationnelle en restant en dehors du gouvernement. La direction de SYRIZA n’aurait ainsi eu aucune possibilité de justifier de se tourner vers les populistes de droite des Grecs Indépendants. Le KKE aurait ainsi également pu atteindre la base de gauche de SYRIZA et les millions de travailleurs qui ont voté pour SYRIZA afin de se débarrasser de la barbarie de la Troïka.

Le ‘fier’ KKE

Les dirigeants du KKE se disent «fiers» d’avoir maintenu leurs forces et même légèrement augmenté leur score électoral par rapport à juin 2012 (de 1%). En réalité, leur soutien a chuté de 3% en dessous de leur résultat des élections de mai 2012 et il est même inférieur à la moitié des votes obtenus en 1981 (environ 11%)!

Est-il possible pour un «parti communiste» qui se définit comme révolutionnaire de si dire heureux et fier d’avoir 5,4% au moment de la crise économique la plus profonde que le pays ait connu et face à une catastrophe sociale aussi massive? Un parti socialiste / communiste révolutionnaire disposant d’une assise importante parmi la classe des travailleurs, comme c’est le cas du KKE, aurait dû, dans ces conditions, «s’envoler» à l’instar des bolcheviks en 1917. Mais au lieu d’essayer de voir ce qui n’allait pas avec leur politique, les dirigeants du KKE se sont déclarés «satisfaits»!

Que signifie la “coopération”?

Le KKE aurait pu proposer à SYRIZA un programme minimum clair et favorable à la classe des travailleurs comme condition préalable à toute coopération : restauration du salaire minimum, des pensions et des relations de travail; investissements massifs dans l’enseignement et les soins de santé; la fin des privatisations; l’abolition du TAIPED (l’organisme chargé de superviser les privatisations imposées par les accords avec la Troïka); la renationalisation de tous les services publics privatisés; la mise sous propriété publique du système bancaire avec contrôle et gestion des travailleurs; etc. (certaines de ces mesures ont effectivement commencé à être appliquées par le gouvernement SYRIZA).

Parallèlement à cet accord minimal, le KKE aurait pu ouvertement et librement expliquer ses désaccords avec SYRIZA, sur l’intention de ce dernier de rester au sein de la zone euro par exemple, sur le fait que SYRIZA ne s’oriente pas vers l’annulation totale de la dette, etc.

Qui aurait à gagner d’une telle prise de position? Si la direction de SYRIZA avait refusé d’accepter l’offre du KKE, sa direction aurait été ouvertement exposée et le KKE aurait pu lancer un appel aux travailleurs et à la base de SYRIZA. Si la direction de SYRIZA avait accepté cet accord avec le KKE, l’attraction du KKE aurait été encore plus grande parmi la masse des travailleurs et la base de SYRIZA puisque la classe ouvrière aurait grandement gagné d’une politique plus à gauche. La plupart des travailleurs se seraient identifiés aux politiques impulsées sous la pression du KKE.

La direction du KKE se décrit comme étant les défenseurs de la révolution en Grèce, mais l’essence du succès des «politiques révolutionnaires» est d’être capable de convaincre les masses de la nécessité de politiques socialistes révolutionnaires, pas de s’isoler d’elles par sectarisme au nom de la «pureté idéologique».

Un gouvernement instable avec les Grecs Indépendants

Agissant de façon «intelligente», la direction de SYRIZA a appelé le KKE à coopérer et, lorsque celui-ci a refusé, elle est entrée en collaboration avec les Grecs Indépendants. À ce stade, de nombreux Grecs considèrent cette option comme la seule qui restait à disposition de SYRIZA et estiment que les dirigeants du KKE ont contribué à l’arrivée de ce résultat.

Malgré cela, dans les rangs de SYRIZA mais aussi chez de nombreux travailleurs, il est clair que ce gouvernement sera instable. Au début, les Grecs Indépendants seront probablement d’accord sur l’instauration d’un certain nombre de politiques populaires et de mesures d’urgence – le gouvernement de coalition est déjà en train d’instaurer une série de réformes favorablement accueillies par les masses – mais les différences centrales émergeront tôt ou tard concernant le caractère fondamental de l’économie capitaliste et les intérêts de l’élite capitaliste. Les conflits apparaîtront au sujet de politiques qui frapperont les riches ou les profits des entreprises et des multinationales, sans encore parler des nationalisations et du contrôle social que les travailleurs doivent exercer.

Ce ne sont pas des questions abstraites ou académiques! Sans ces mesures, l’économie ne sortira pas de la crise à l’avantage des travailleurs. Sans reprise économique, la crise ne pourra pas être vaincue, ce qui conduira à plus d’agitation sociale et politique. Cela se réflétera au sein du gouvernement de coalition, y causant une crise profonde.

Face à la crise

La base de SYRIZA doit se préparer à une crise avec les Grecs Indépendants. Il n’y a qu’une seule façon d’y faire face : mener la lutte au sein de SYRIZA, avec la gauche et les travailleurs qui se situent à l’extérieur du parti, afin que SYRIZA adopte un programme audacieux qui défendra sérieusement les intérêts de la classe ouvrière et des couches moyennes qui sont écrasées par les politiques de la troïka. Fondamentalement, cela signifie d’adopter un programme de rupture anticapitaliste socialiste, ce que la direction de SYRIZA a clairement démontré ne pas vouloir faire sans y être contraints par la pression de la gauche du parti et de la société.

Si et quand les Grecs Indépendants feront mine de refuser de soutenir des mesures gouvernementales qui s’en prendront aux intérêts de la classe dirigeante, SYRIZA devrait se montrer prêt à aller vers un mandat populaire et à appeler à des élections anticipées. Les masses grecques comprendront que les Grecs Indépendants sont un obstacle à la mise en oeuvre de politiques favorables à leurs intérêts. SYRIZA pourrait donc accroître son soutien électoral pour un gouvernement majoritaire en défendant un programme anti-austérité socialiste. La direction de SYRIZA en a-t-elle envie ? Il ne fait aucun doute que c’est pourtant la volonté de la base de SYRIZA et des masses en général. Mais c’est loin d’être clair aux yeux de la direction.

Article de Xekhinima (section grecque du Comité pour une Internationale Ouvrière )

 

Kobané : la résistance fait reculer Daesh

index9

Alors que la plupart des forces impérialistes pariaient sur la chute de Kobané, la résistance à Daesh, majoritairement animée par les milices YPG/YPJ du PYD (lié au PKK, Parti des Travailleurs du Kurdistan) a tenu bon. Lundi 26 janvier, elle a annoncé que les mercenaires de Daesh avait été chassé de la ville.

Les vampires capitalistes en bavent… Le sang humain bientôt une marchandise ?

imagesE

Les capitalistes ne connaissent aucune limite morale à leur soif de profit. Une multinationale pharmaceutique Suisse (Octapharma) a ainsi entamé des démarches judiciaires pour que le plasma thérapeutique-SD soit considéré comme un médicament. Elle a obtenu gain de cause auprès de la Cour de Justice Européenne auprès de laquelle le Conseil d’Etat s’était adressé sous prétexte qu’il s’agissait d’une directive européenne, pratique pour ne pas se mouiller.

Résultat, l’Etablissement Français du Sang, organisme public qui recueille les dons anonymes et gratuits de sang, si utiles pour sauver des milliers de vies, n’a plus le droit de produire le plasma thérapeutique-SD depuis octobre dernier et perd son monopole public qui garantissait la gratuité.
Le gouvernement Valls n’entend évidemment pas s’opposer aux multinationales car l’application de la décision va permettre de justifier la suppression de 500 à 1200 postes sur les 9800 que compte l’EFS d’ici 2016. Pire encore, il a demandé à l’EFS « d’aider » les industriels en conservant et distribuant leurs produits ! Les conséquences, c’est que les malades vont désormais payer et que les multinationales vont trouver une nouvelle source de profit en achetant le sang de donneurs et en le revendant selon les lois du marché.

Le sang doit rester gratuit et le don bénévole, et non être l’otage de ce commerce ignoble !

Une première grève des salariés de l’EFS a lieu le 27 janvier.

Signez la pétition en ligne !

Exigeons le refus de l’application de cette directive,
Défendons le service public de don du sang !

Grèce: La perspective d’une victoire de SYRIZA enflamme les espoirs des travailleurs

tsipras_hopeLa lutte de masse de la classe des travailleurs pour l’application de politiques anticapitalistes et socialistes sera vitale

Le 19 janvier, six jours à peine avant les élections générales grecques, socialistworld.net (site internet du Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO)) a discuté avec Andros Payiatsos, membre de la section grecque du CIO.

La dernière fois que nous avons discuté, vous nous avez parlé de la campagne de chantage et d’intimidation lancée afin de décourager les électeurs de voter pour SYRIZA. Comment les choses se sont-elles développées sur ce point ?

La classe dirigeante et ses représentants politiques sont démoralisés. Ils ont effectivement lancé une campagne d’intimidation à large échelle, mais il est absolument évident que cela n’aura aucun effet significatif et que SYRIZA constituera le prochain gouvernement. La question qui se pose encore est de savoir s’il s’agira d’un gouvernement minoritaire ou majoritaire. La classe dirigeante tente encore de développer sa campagne d’intimidation, mais elle est très faible et inefficace. Ses efforts visent maintenant à essayer de « domestiquer » SYRIZA afin de s’assurer que l’organisation de gauche radicale agisse dans les limites qu’elle lui impose.

Aujourd’hui, quel semble être le résultat le plus probable des élections ?

En Grèce et sur la scène internationale, il est généralement admis que SYRIZA remportera ces élections. Cette dernière semaine, une légère augmentation du soutien pour SYRIZA (d’environ 1%) a encore pris place dans les sondages. Mais il s’agit essentiellement d’une stabilisation de l’avance de SYRIZA. En tenant compte des abstentions, le soutien de SYRIZA se situe autour des 25-27%. Sans les abstentions, son soutien s’élève à environ 30 à 33%. C’est un score qui se rapproche du seuil qui permettrait à à SYRIZA d’être en mesure de constituer un gouvernement majoritaire.

Quelles sont les alternatives à un gouvernement SYRIZA majoritaire ?

La direction de SYRIZA considère que les « Grecs indépendants » – une scission populiste «patriotique» de la Nouvelle Démocratie (le principal parti capitaliste de droite) – représente le partenaire de coalition le plus probable. Ce parti a adopté une position opposée au Mémorandum et à la Troïka dès ses débuts. [La  »troïka » est terme désignant l’Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international, trois organisations chargées de superviser la mise en place des mesures d’austérité par le gouvernement grec suite aux prêts d’urgence accordés à la Grèce par le FMI et d’autres gouvernements européens à des conditions drastiques, NDT]

La plupart de la gauche n’est pas disposée à coopérer avec SYRIZA. Le Parti communiste (KKE) rejette même la possibilité de soutenir par le vote de ses parlementaires la possibilité que SYRIZA forme un gouvernement. C’est une position sectaire désastreuse.

Si les Grecs indépendants ne disposent pas de suffisamment de députés, alors SYRIZA serait poussé à collaborer avec des partis considérés comme « Troikans » (c’est-à-dire des partis qui ont déjà soutenu ou appliqué les politiques d’austérité infligées à la Grèce par la troïka), comme « La Rivière » ou encore le nouveau parti de l’ancien Premier ministre du PASOK (social-démocratie) George Papandreou, le « Mouvement social-démocrate ».

Quelle est la réaction de la classe dirigeante face à la probabilité croissante d’une victoire de SYRIZA ?

Elle cherche à s’assurer qu’un gouvernement SYRIZA puisse être le plus stable et efficace possible en fonction de leurs intérêts. De larges sections des porte-paroles du capitalisme en Grèce et ailleurs disent aujourd’hui qu’il est « temps de négocier », qu’il faut  »faire preuve de souplesse », etc. L’objectif poursuivi est d’incorporer SYRIZA à l’establishment et de freiner les dangers que SYRIZA peut représenter pour les intérêts du capital en termes d’émancipation de puissants mouvements de masse opposés à l’austérité.

La réaction de la classe dirigeante n’est cependant pas uniforme et il est important de le constater. Par exemple, la classe dirigeante allemande et celle des pays qui l’entourent sont toujours partisanes de la ligne dure et sont contre toute négociation sérieuse. Elles seront sans doute prêtes à faire des concessions à un gouvernement SYRIZA au cours de négociations, mais d’un caractère très limité.

Comment SYRIZA réagit à cette pression ?

Sa direction répond exactement de la façon espérée par la classe dirigeante. L’ensemble du programme du parti est devenu absolument flou. Même certaines réformes considérées comme très basiques sont maintenant remises en question.

Par exemple, le leader de Syriza, Alexis Tsipras, dans une interview récente, a réagi au sujet de la lutte majeure de la population de Halkidiki contre l’exploitation de mines d’or. Il n’a pas pris de position claire mais a déclaré que « la loi sera appliquée » et que « les contrats seront examinés ». Qu’est-ce que cela signifie ?

En ce qui concerne le salaire minimum, l’un des principaux points du programme de SYRIZA, rien n’est aujourd’hui clair concernant son instauration. Il est question d’une mise en œuvre progressive. Vis-à-vis des privatisations et du licenciement de milliers de travailleurs du secteur public, la direction affirme simplement « nous allons étudier la légalité de ce qui s’est passé. »

Compte tenu de tout cela, l’enthousiasme réel pour SYRIZA est limité dans la société. Mais il existe aussi ce sentiment qu’il n’y a pas de choix, qu’il faut voter pour SYRIZA et lui donner si possible un gouvernement majoritaire sur base de l’impression que même si 10% des promesses sont appliquées, les choses seraient toujours meilleures qu’actuellement.

Dans quelle mesure Xekinima (la section grecque du Comité pour une Internationale Ouvrière) participe aux élections et pourquoi?

Nous soutenons SYRIZA et avons lancé une grande campagne en ce sens. Nous avons produit 150.000 bulletins de quatre pages ainsi qu’une édition spéciale de notre journal rééditée suite à une première vente de l’ensemble des exemplaires, ce qui est impressionnant compte tenu de la brièveté d’une campagne électorale qui, dans les faits, n’aura duré que 11 jours !

Dans le cadre de  »l’Initiative des 1000″ (une coalition de groupes de gauche unis autour d’un programme anticapitaliste radical), nous avons discuté avec SYRIZA du dépôt de candidats sur leurs listes. Nous n’avons malheureusement pas été en mesure de le faire. La direction de SYRIZA accepte de s’allier à d’autres forces de gauche, mais dans le cadre d’un partenariat à caractère symbolique, sans réelle chance d’obtenir des élus. Elle a exclu de nous permettre de déposer des candidats dans des endroits où nous aurions été en mesure de mener une campagne puissante et efficace. Nous avons défendu que s’il y avait collaboration avec d’autres forces de gauche, SYRIZA devait leur donner la possibilité d’obtenir de bons résultats. Il est inutile de leur retirer leurs bastions et de ne leur permettre que d’avoir des candidats là où ils ont peu, voire aucune, de chances d’être élus. En plus de cela, la durée de la campagne était très limitée. Sur cette base, tant Xekinima que d’autres camarades de  »l’Initiative des 1000 » ont décidé de ne pas se présenter.

Cette attitude de la direction de SYRIZA est indicative d’une tendance générale. Par exemple, 50 personnes non-membres de SYRIZA ont été incluses sur les listes du parti à travers le pays. Parmi eux, un seul se situe à la gauche de SYRIZA! La direction désire disposer d’un groupe parlementaire contrôlé par l’aile droite du parti.

La principale raison pour laquelle nous soutenons SYRIZA malgré ses limites est que sa victoire aura un effet libérateur sur la classe des travailleurs et les mouvements sociaux en général. La classe des travailleurs espère que les attaques antisociales cesseraient avec un gouvernement SYRIZA et que la tendance s’inverserait, dans une certaine mesure au moins, pour que quelques unes des revendications du mouvement de masse soient satisfaites. Ainsi, malgré le manque de clarté de la part de la direction du parti et le fait qu’elle s’accommode de certaines exigences de la classe dirigeante, nous croyons qu’une victoire de SYRIZA représentera un changement significatif dans le rapport de forces entre les classes au sein de la société grecque. Cela pourrait avoir un effet catalyseur et ainsi ouvrir la voie à une nouvelle période de lutte de classe.

Peut-être que SYRIZA ne modifiera par la législation du travail, qui a été complètement déréglementée, mais les travailleurs sortiront en rue afin de réclamer leur droit à ne pas être licenciés, leur droit à la journée de huit heures, le droit au paiement des heures supplémentaires, le droit à la négociation collective,… Peut-être Tsipras n’est-il pas prêt à s’opposer à la compagnie minière « Eldorado Gold » à Halkidiki, mais la population de Halkidiki n’aura pas d’autre choix que de se battre pour exiger que l’entreprise stoppe ses travaux. Nous nous attendons à ce que des mouvements similaires se produisent dans toute la classe ouvrière grecque. Peut-être que Tsipras ne sera pas prêt à en finir avec le TAIPED, l’organisme qui supervise toutes les privatisations « accélérées » exigées par les créanciers du pays, mais les travailleurs sentent qu’ils peuvent maintenant passer à l’action pour résister à ces ventes scandaleuses qui concernent des entreprises publiques, des plages, des montagnes et des forêts.

Quels que soient les compromis que désire faire la direction de SYRIZA, les travailleurs sentiront qu’ils disposent d’un bien meilleur environnement pour se battre et défendre leurs droits. C’est la raison fondamentale qui justifie de d’accorder un soutien critique et conditionnel à SYRIZA.

Nous avons très clairement expliqué que nous n’appelons pas à voter pour SYRIZA en tant que tel, nous appelons à l’instauration d’un programme socialiste révolutionnaire radical, ce qui représente la seule voie viable pour un gouvernement SYRIZA.

Pour Xekinima, que devrait faire un gouvernement SYRIZA dans les jours qui suivront son élection ?

Il faudra bien entendu immédiatement paralyser le paiement de la dette publique et déchirer le protocole d’accord avec la troïka (le mémorandum). Cela est fondamental pour tout plan visant à lutter contre la misère du peuple grec.

Il faudrait immédiatement modifier les législations du travail et des universités (pour rendre aux campus universitaires la liberté d’expression, de réunion, etc.); augmenter le salaire minimum pour revenir à ce qu’il représentait avant le début de l’austérité de la troïka; fermer le Taiped, l’organisme responsable des privatisations des services publics, de la nature et des ressources naturelles du pays; geler et abroger toutes les privatisations qui ont eu lieu au cours de ces dernières années; mettre un terme aux projets controversés actuellement en construction comme à Halkidiki, etc.

Cela risque sans aucun doute de provoquer une réaction de l’establishment capitaliste national et international. Y faire face avec succès requiert de procéder à la mise en œuvre de mesures anticapitalistes audacieuses, de nationaliser les banques et les secteurs dominants de l’économie et de planifier l’économie sur base de la satisfaction des besoins de la population et non de la soif de profits. Pareil processus doit être réalisé sous contrôle et gestion démocratiques des travailleurs.

Cela doit également être lié aux luttes des travailleurs à travers l’Europe. Nous sommes certains que si SYRIZA va de l’avant avec un tel programme, l’effet serait majeur à l’échelle internationale, en particulier pour la classe ouvrière d’Europe du Sud. Cela pourrait jeter les bases d’une alternative socialiste internationale à l’Union Européenne capitaliste et à la domination de la troïka.

Dans la campagne électorale, SYRIZA se réfère aux aspects internationaux de ses politiques, à Podemos (le nouveau parti de gauche en Espagne) et à d’autres mouvements «progressistes» à l’échelle internationale. Malgré que le programme de SYRIZA soit si doux et conciliant, il pourrait toujours avoir un grand impact à l’échelle européenne et internationale. Cela montre ce qui pourrait être réalisé si le programme défendu était plus radical. Le potentiel est présent, très clairement. À l’heure actuelle, les politiques de SYRIZA sont de type néo-keynésiennes et cherchent à trouver la fin de l’austérité dans le cadre du système capitaliste.

Dans les conditions de la crise capitaliste, un tel programme n’est pas viable. Seul un programme de rupture anticapitaliste peut offrir une véritable voie à suivre. Ce serait possible avec l’intervention massive de la classe ouvrière et des masses populaires qui pourrait, sous certaines conditions, pousser SYRIZA beaucoup plus loin vers la gauche que ce que sa direction envisage ou peut imaginer. Les efforts de Xekinima au lendemain des élections iront dans cette direction.