Les travailleurs n’ont rien à attendre du FN !

2013-09-14T171145Z_1_APAE98D1BRO00_RTROPTP_3_OFRTP-FRANCE-FN-MANIFESTATION-20130914Le FN a fait un score élevé aux dernières élections, mais une large majorité des travailleurs a préféré s’abstenir. Le FN récolte une partie des fruits de la colère sur fond de scandale à l’UMP et de rejet de la politique du PS au pouvoir. Il s’est surtout attiré des voix en prenant position sur les questions sociales et contre l’Union Européenne.

Et ce tournant prétendument social est de la pure démagogie. Avec la nouvelle stratégie de Marine Le Pen, leurs candidats jouent le jeu de la respectabilité électorale plutôt que la provocation car au final ne sont que des carriéristes comme les autres. Leurs élus sont des politiciens professionnels, cumulant plusieurs mandats et sont d’ailleurs de la même origine sociale favorisée (avocats, énarques…) que ceux du PS et de l’UMP.

Le FN essaye de faire croire qu’il défend les travailleurs. Mais à Hayange, le maire FN entend interdire les distributions de tracts des syndicats de personnel de la municipalité. Un autre exemple est sur la grève à la SNCF, où le FN a annonçait qu’il soutenait la grève. Le FN se prétend même désormais pour un service public, lui qui il y a quelques années encore était pour la privatisation du Rail et condamnait avec la plus grande violence les mouvements des cheminots.

Là encore, le FN s’en prend aux syndicats. Soutenir une grève sans soutenir ceux qui la font… la démagogie n’a plus de limites, et le positionnement purement tactique, pour recruter chez les fonctionnaires, leur permet d’envisager les prochaines élections.

D’ailleurs, si le FN met en cause les syndicats, c’est parce qu’il reste complètement hostile aux forces qui organisent les travailleurs et leur apporte les moyens d’agir collectivement. D’ailleurs, ses propositions sur les salaires ne sont pas éloignées de celles du Medef, du PS ou de l’UMP. Ainsi ils sont pour augmenter les salaires en diminuant les cotisations salariales à la Sécu, ce qui revient de fait à faire payer aux travailleurs des pseudo augmentations de salaire sans toucher aux profits des capitalistes et en continuant le cassage de la Sécu.

Le FN fait du populisme, en gardant sur le fond un programme et une activité d’un parti de droite.

Des polémiques qui restent utiles

Le caractère toujours raciste reste au cœur du FN et en a repoussé plus d’un y compris parmi leurs propres candidats aux municipales. Ce parti est toujours dirigé par la famille des Le Pen. Le Pen père n’a jamais caché son projet politique et ses liens avec des groupes fascistes. Il a fait sa fortune de multimillionnaire en héritant du cimentier Lambert : richesses qui ont été créées par le travail de milliers d’immigrés dans le bâtiment.

Les dernières déclarations de Jean-Marie Le Pen sur le virus Ebola en Afrique pour régler la question de l’immigration ou de Marine Le Pen sur la suppression de la double nationalité après le soutien à l’équipe de foot d’Algérie par des supporters en France montre encore leur fond raciste. Cette dernière polémique étant la plus ridicule : soutenir l’équipe de France de Football deviendrait un critère pour avoir la nationalité française ?

Marine a critiqué son père sur la communication mais pas sur le fond, il s’agit de ne pas perdre le noyau dur de l’électorat tout en essayant de continuer à récupérer les fruits de la colère d’une grande partie de la population face aux conséquences désastreuses des politiques antisociales des différents gouvernements.

Enfin, si les Le Pen critiquent la «finance» c’est évidemment sans préciser qu’eux-mêmes sont rentiers et vivent de dividendes d’actions et autres opérations financières. A tel point que la Cour des Comptes vient d’ouvrir une enquête sur l’enrichissement de Jean Marie Le Pen entre 2004 et 2009 d’un million d’euros supplémentaire.

D’autre part chaque fois qu’ils ont eu des élus, il y a eu des scandales financiers dans les mairies (finances parallèles, hausse de tarifs comme l’eau, non entretien de la voirie ou des cantines etc.) exactement comme d’autres politiciens.

Les mêmes escrocs que les autres

La différence, c’est qu’ils n’ont pas encore accès au magot – mais la tendance est la même, et les pratiques seront identiques à celles des politiciens corrompus. C’est ainsi que l’une des premières mesures prises par Joris Hébrard, le maire FN du Pontet dans le Vaucluse, et son conseil municipal fut de s’octroyer généreusement une hausse de 44% des ses indemnités, les faisant passer de 2470 euros à 3227 euros et une augmentation de plus de 180 euros pour les conseillers municipaux, avant que la préfecture annule cette décision qu’elle juge contraire au code des collectivités territoriales. Il est clair que les salariés de la mairie ou la plupart des administrés de la commune auraient certainement voulu bénéficier de la même augmentation de salaire ! Dans le même temps, ce maire si généreux avec lui-même et ses condisciples frontistes supprimait la gratuité des cantines scolaires de sa commune pour les enfants de chômeurs… les enfants des familles les plus démunies apprécieront certainement de suivre leur scolarité le ventre vide.

De la même manière qu’un Copé qui fait travailler à prix d’or ses amis du Bygmalion, David Rachine, le maire de Fréjus, a demandé à une société d’audit fondée très opportunément 2 jours avant le second tour des municipales par un de ses amis – Clément Brieda, totalement novice dans ce domaine – de réaliser l’expertise des comptes de la mairie une fois élu. Autant refiler l’argent des contribuables de Fréjus aux amis, même s’ils n’y connaissent rien en audit… Dans le même temps ce sont plus de contrats de travail qui n’ont pas été renouvelés à la mairie pour raisons financières. Et les budgets des associations sportives, qui subissent des coupes sévères : diminution de 50% pour le club de basket, celle de l’Association municipale des sports connait une baisse de 30%. Ou encore les subventions pour le bus scolaire et la cantine qui vont diminuer de 20 % à la rentrée scolaire, et celles des trois centres sociaux de la ville ont subi des baisses de 53 à 62 %.

Il est fort à parier que ce genre d’affaires se multipliera aussi avec les élus du Front National. Au FN comme ailleurs c’est margoulin et compagnie !

Au deuxième temps de la Valls… Le gouvernement plonge encore un peu plus dans les bras des patrons

4477752_3_5df7_a-l-universite-d-ete-du-medef-manuel-valls_4e44a20028d36873a9626547e9a62d1aCe lundi 25 août, Valls annonçait la démission de son gouvernement après seulement 147 jours de fonction. En cause, de soit disant « frondeurs » qui s’opposent de manière trop ouverte à la ligne économique entreprise par Hollande.

Mais il y a franchement de quoi s’y opposer et bien plus que ce que font Montebourg ou les « députés frondeurs » ! Depuis que le Parti Socialiste est à la tête du pays, la situation ne s’est en rien améliorée pour grand nombre d’entre nous, bien au contraire. Toutes les mesures prises par ce gouvernement reposent sur les mêmes recettes que la droite avant lui : les grands patrons et leurs entreprises seraient les garants de notre avenir car c’est eux qui pourront permettre à la France de regagner sa « grandeur ». On a vu les résultats ! Quant à la grandeur de nos salaires, ça ne les préoccupe pas. Valls a été ovationné à l’université d’été du Médef lorsqu’il tenait des propos tels que : « Nous devons soutenir nos entreprises [françaises puisque] quand elles gagnent des marchés [parmi la concurrence mondiale], ce sont tous les français qui gagnent un peu plus de prospérité ». Sans donner d’exemple évidemment puisque qu’il n’y a pas de vrais liens entre les deux et que souvent c’est même l’inverse : Renault, Total etc. licencient alors qu’ils « gagnent des marchés ». Il affirme qu’il y a « pas d’emploi sans employeur », à cela on répond : il n’y a pas non plus d’entreprise et de richesse produites sans travailleurs !

Nous avons aujourd’hui un gouvernement qui affiche ouvertement la nature que nous lui avions attribué, celle de protéger les plus riches. Les questions sociales ne sont que secondaires pour lui. Comment peut-on affirmer aujourd’hui que le problème viendrait de notre manque de « compétitivité », que les travailleurs vont devoir accepter de revenir sur des acquis sociaux arrachés par nos luttes précédentes et accepter d’être exploités encore davantage, alors que les dividendes versées aux actionnaires ne cessent d’augmenter ?! Pour rappel, ce n’est pas moins de 30 % de dividendes supplémentaires que les actionnaires ont reçu sur le deuxième trimestre 2014 et y a-t-il une moindre amélioration pour les travailleurs ? Non, loin de là.

Un bon exemple, les derniers chiffres du chômage qui annoncent 27 900 chômeurs de plus rien qu’au mois de juillet. Il y a 208 335 offres d’emplois (majoritairement précaires) à l’échelle nationale, pour près de 6 millions de demandeurs. Soit en moyenne un emploi pour trente demandes, soit pour chacun, 3% de chance de décrocher un job : une vraie loterie !

Alors ces patrons qui encaissent des milliards, c’est quand qu’ils viennent nous sauver ? Désolé Valls, même avec les leçons de morale que tu leur adresses, on n’y croit pas du tout à leur « bonne volonté ». Ce ne sont ni les patrons, ni ta politique libérale qui nous apportera une vie meilleure. Et gare à tes mesures d’austérité car la colère gronde et un de ces jours, on pourrait bien tous vous envoyer Vallser !

Rachel

Une lycéenne havraise toujours menacée d’expulsion

Boyortula-630x0C’est lors d’un voyage en train entre Le Havre et Paris que Bolortuya Enkthur a été arrêtée et conduite au centre de rétention administrative de Oissel. Cette jeune lycéenne majeure d’origine mongole, scolarisée au lycée Robert Schumann du Havre, a quitté son pays d’origine il y a dix ans, en raison des activités politiques de son père. Elle n’y a plus aujourd’hui, aucune attache. Très rapidement, RESF, AHSETI , le comité Femmes Solidaires du Havre, le NPA … mais aussi les professeurs et les camarades de classe de Bolortuya se sont mobilisés et ont appelé à une manifestation le jeudi 28 aout devant la sous préfecture du Havre.

La veille de ce rassemblement, après dix jours passés au centre de rétention, et sans doute grâce à cette mobilisation, la jeune femme a été libérée du centre de rétention en raison d’un vice de forme. Cependant, elle est toujours sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français. La manifestation a donc été maintenue pour exiger sa régularisation. Cet événement, a rassemblé une centaine de personnes : camarades et professeurs du lycée Robert Schumann ou d’autres établissements, militants associatifs, membres d’organisations syndicales et politiques… Une délégation a finalement été reçue par un représentant du sous-préfet, ce qui avait été refusé jusqu’alors, montrant une fois de plus l’importance de se mobiliser. Cette délégation a demandé la régularisation rapide de Bolortuya afin qu’elle puisse effectuer sa rentrée en toute sérénité. Un dossier de régularisation va donc être rapidement constitué.

 

Cependant, même si la délégation a eu le sentiment d’une bienveillance à l’égard de la jeune femme, il ne faut pas s’y tromper et ne pas relâcher notre vigilance. En effet, le risque c’est que l’administration profite d’un arrêt de la mobilisation pour procéder à l’expulsion, la procédure en cours ne garantissant aucune protection. Afin d’éviter cela et de montrer notre détermination et notre vigilance, il a été décidé de faire de la prérentrée, qui se déroulera lundi 1er septembre, un jour de solidarité pour Bolortuya dans les établissements scolaires de la ville. Une pétition pourrait ainsi être mise en place. La manifestation s’est conclue par les remerciements de Bolortuya.

 

Sarah

 

 

 

Iran: Pour la relaxe immédiate des mineurs grévistes arrêtés !

mineursPlus de 5000 mineurs iraniens se sont mis en grève le 19 août dans la province centrale de Yazd pour exiger la relaxe de deux grévistes arrêtés par les forces de sécurité de l'État.

Les deux travailleurs de la mine de Bafq Iron Ore ont été arrêtés à la demande de la direction de la mine. 

Les mineurs arrêtés, Amir Hossein Kargaran et Ali Sabri sont accusés d'avoir organisé une grève de 40 jours, débutée le 18 mai, contre la privatisation de la mine.

Les forces de "sécurité"  avaient prévu d'arrêter 16 autres grévistes qui avaient aussi participé à cette grève.

Elle s'était terminée sur la promesse des autorités d'accéder aux revendications des grévistes. Ceux-ci voulaient que les plans visant à transférer les parts de la mine au privé soient annulés. 

Ils revendiquaient aussi la démission du directeur de la mine, et des garanties de sécurité pour leurs emplois. 

La grève prit fin quand le gouverneur de la province promit de satisfaire ces revendications sous deux mois. 

L'échéance s'approche, dans quelques jours, et aucune n'a été satisfaite.  

Le 23 août, cinq mineurs de plus ont été arrêtés. Les grévistes et leurs familles tiennent un piquet de grève devant le bureau du gouverneur et ont annoncé qu'ils continueraient jusqu'à ce que les travailleurs arrêtés soient libérés. 

Ces derniers mois, les mineurs iraniens ont mené de grandes grèves pour de meilleurs salaires et contre la privatisation des mines. 

Envoyez vos messages de soutien aux mineurs de Bafq Iron Ore à : karzarpki@gmail.com.

Fermeture de l’abattoir Gad-Josselin : les bonnets tombent…

indexL’abattage continue. Presque un an après la fermeture quasi totale de l’abattoir de Lampaul-Guimiliau dans le Finistère et un millier d’emplois supprimés, c’est au tour de celui de Josselin dans le Morbihan d’être en passe de fermer, avec 950 suppressions d’emploi à la clef. Malgré un vote contre par les représentants du personnel en Comité central d’entreprise, le groupe GAD a entamé la procédure de mise en liquidation judiciaire de l’abattoir.

L’annonce, tombée en plein été, de la fermeture d’un nouvel abattoir GAD était malheureusement prévisible depuis des mois. Et les gesticulations récentes du gouvernement et du ministre Le Foll n’étaient là que pour amuser la galerie. Ce qu’attend un éventuel repreneur (le groupe Intermarché ?), c’est de bénéficier de multiples aides que va lui permettre d’obtenir la dramatisation à outrance qui accompagnera la mise en liquidation judiciaire de l’abattoir.

En 2013, les fermetures d’entreprise et la mise en place d’une taxe (n’ayant d’éco que le nom) très lourde pour les artisans avaient servi de catalyseur à l’expression d’une révolte sociale profonde contre l’aggravation des conditions de vie en Bretagne. Ce mouvement de révolte avait électrisé bien au delà de la Bretagne. Malheureusement, au lieu de dénoncer les licencieurs qu’ils soient bretons ou pas, une partie des syndicalistes avait même fait alliance avec ce grand patronat breton qui entend pouvoir « exploiter ou licencier au pays ». Et plus scandaleusement encore, il s’était trouvé des dirigeants CFDT de GAD Josselin pour chasser, y compris physiquement, les travailleurs de Lampaul-Guimiliau venu chercher une solidarité dans leur lutte. Voilà comment aujourd’hui les employés de Josselin vont avoir plus de difficultés à trouver du soutien même si cela ne doit pas servir de prétexte à l’inaction.

Le patronat Breton, même sous l’étiquette « coopérative », et le gouvernement partagent la même ligne : ce qui compte, ce sont les marges bénéficiaires pas les emplois. Il faut une nouvelle révolte, avec ou sans bonnet rouge, mais qui s’en prenne vraiment aux premiers responsables : le grand patronat, qu’il soit breton ou non, et les grands groupes de l’agroalimentaire, le gouvernement Valls-Le Foll, et les faux syndicalistes qui accompagnent les plans de licenciement.

Non à la fermeture de GAD – Josselin, zéro licenciement en cas de reprise !

Que les grands groupes paient !

S’ils refusent, mise en propriété publique de l’abattoir sous le contrôle et la gestion démocratique des travailleurs et de la population !

Alex

USA: Ferguson éclate de rage après le meurtre de Michael Brown

ferguson-300x170Le 9 août, un adolescent non armé, Michael Brown, a été tué par un policier à Ferguson, dans l’Etat du Missouri. L’officier de police a ordonné à Brown de s’immobiliser sur le trottoir et, peu de temps après, un coup de feu a éclaté. Selon divers témoins oculaires, Brown a levé les mains en l’air pour bien montrer à la police qu’il ne représentait pas de menace ; mais les coups de feu de l’agent ont continué, tuant l’étudiant. Comme son corps gisait sur le trottoir, la communauté de Ferguson a explosé en une juste colère contre la violence policière.

Par Eljeer Hawkins, Socialist Alternative, (partisans du Comité pour une Internationale Ouvrière aux USA). Article publié le 14 août sur www.socialistalternative.org

La rage bouillonnante entraînée par cette mise à mort s’est exprimée par une manifestation devant les locaux de la police, certains se livrant au pillage et jetant des bouteilles. Ensuite ont suivi des manifestations de masse, majoritairement pacifiques. Plusieurs témoins se sont clairement prononcés contre les déclarations de l’officier de police selon lesquelles Michael Brown avait tenté de lui retirer l’arme des mains.

La répression s’est faite de plus en plus brutale, les forces de police militarisées recourant aux gaz lacrymogènes et aux balles en caoutchouc tandis que les provocations étaient croissantes. Un policier a par exemple ouvertement qualifié « d’animaux » les habitants de Ferguson. La police a créé une zone de guerre virtuelle et a tenté d’empêcher toute couverture médiatique des événements. Des journalistes ont été ciblés par la répression : deux journalistes du Washington Post et du Huffington Post ont ainsi été arrêtés et des journalistes d’Al-Jazeera ont été visés par du gaz lacrymogène. La police a également tiré sur un manifestant mercredi dernier.

Socialist Alternative exige le retrait immédiat de la police. Nous exigeons également qu’une enquête indépendante et approfondie soit menée – en incluant des représentants des organisations afro-américaines, des syndicats et de la communauté locale au sens large – afin de dénoncer les conditions de ce meurtre brutal tout autant que la répression des manifestations. Les forces de police doivent faire l’objet d’une enquête publique dans leur totalité, y compris le responsable des tirs.

Compte tenu de l’incapacité du gouvernement à résoudre ces problèmes, la seule façon de parvenir à une véritable enquête indépendante et de s’en prendre systématiquement aux racines de la violence policières et des profondes inégalités raciales et économiques est de répandre les protestations et les manifestations à tout le pays. Cela nécessitera le regroupement des organismes communautaires et de travailleurs dans de nouvelles organisations de base afin de construire et de coordonner le mouvement de protestation contre les violences racistes de la police.

Un racisme quotidien dans une société profondément divisée

« Tant que le meurtre d’un homme noir ou du fils d’une mère noire ne sera pas aussi important dans le reste du pays que le meurtre du fils d’une mère blanche, celui qui croit en la liberté n’aura pas de repos… »

Ella Baker, militante des droits civiques, 1964

Combien encore ? Combien d’autres devront eux aussi mourir des mains de la police ou de la violence extra-judiciaire? Michael Brown vient de rejoindre la longue liste ceux qui ont violement perdu la vie parmi la classe des travailleurs et les pauvres, les jeunes de couleur étant plus particulièrement frappés, dans cette société capitaliste raciste qui a rendu la vie des gens de couleur tout simplement bonne à jeter et indigne de respect et de dignité. Comment pouvons-nous mettre un terme à cette crise croissante qui place notre jeunesse face à une pauvreté, une violence policière, un racisme brutal et des incarcérations de masse systémiques ?

Le seul «crime» de Michael Brown était d’être noir et pauvre alors qu’il se dirigeait vers la maison de sa grand-mère à Ferguson, une banlieue de St. Louis. Ferguson est composée de 70% de noirs et les forces de police sont à prédominance blanche. Sur une population de 21.000 personnes, un quart des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Dans certaines des zones environnantes, la pauvreté atteint même les 40%. Chômage et travail à bas sont la norme. Le revenu médian des ménages du quartier bordant la scène du crime n’est que de 14.390 $/an.

Un rapport de la coalition « Missourians to End Poverty » publié cette année démontre que la pauvreté à Saint-Louis est passée de 27,2% en 2011 à 29,3% en 2014. Près d’un million d’habitants du Missouri sont pauvres, sur une population totale d’un peu plus de 6 millions.

A Ferguson et dans de nombreuses autres villes des États-Unis, les policiers sont considérés comme une armée d’occupation par les travailleurs et les personnes de couleur, un peu comme en Irak ou à Gaza. Les tensions raciales débordent depuis des années. Un rapport publié en 2013 par le bureau du procureur général du Missouri a par exemple constaté que la police de Ferguson a stoppé pour contrôle et arrêté près de deux fois plus de conducteurs noirs que de blancs, alors qu’ils sont moins susceptibles d’être impliqués dans la contrebande.

Il faut changer de système !

Pour mettre un terme à la crise qui frappe les jeunes et les confronte à un racisme systémique dans cette société capitaliste basée sur la course aux profits, nous ne pouvons pas laisser la colère tout simplement se dissiper dans l’air.

Le FBI et le Département de la Justice se sont rapidement placés du côté des autorités locales et ont commencé ce qu’ils qualifient d’enquête. Les responsables du Parti Démocrate ont tenté de calmer la frustration de la communauté. Malheureusement, l’Association nationale pour l’avancement des gens de couleur (NAACP, National Association for Advancement of Colored People) ne jette pas tout son poids dans la propagation des protestations et pour s’attaquer à la cause des problèmes.

Ces événements soulignent la nécessité immédiate des travailleurs et de leurs familles d’œuvrer ensemble à la construction par la base d’un mouvement indépendant des travailleurs, des jeunes et des personnes de couleur pour se battre pour des emplois décents, de bons logements, des soins de santé, un enseignement gratuit et de qualité ainsi qu’un salaire décent pour tous et pour mettre un terme à la violence policière par un contrôle démocratique direct de la collectivité sur la sécurité publique. Nous devons tirer les leçons de l’affaire Trayvon Martin  : les manifestations, les actions de protestation, la désobéissance civile et les grèves doivent se propager et s’étendre afin d’instaurer la plus grande pression possible sur la police et le système judiciaire afin de rendre justice à la famille Brown.

Il nous faut construire de nouvelles organisations de masse qui rejettent la politique pro-capitaliste du Parti Démocrate qui n’a été qu’un gigantesque échec en acceptant le statu quo du racisme et de la violence systémiques.
La mort de Michael Brown, d’Eric Garner, d’Oscar Perez Giron, de John Crawford, de Renisha McBride et le cas de Marissa Alexander ne sont que quelques exemples de la violence, de l’humiliation et de la discrimination quotidiennement subies par travailleurs, la jeunesse, et les gens de couleur. Dans cette société capitaliste, la fonction sous-jacente des lois et du système pénitentiaire est d’assurer le maintien d’inégalités massives à seules fins de servir et de protéger le profit, la propriété privée des moyens de production et le prestige de l’élite au pouvoir, essentiellement blanche et masculine. Les 1% les plus riches maximisent leurs profits tout en perpétuant la pauvreté endémique, la négligence des autorités, la corruption et le chômage de masse. En période de crise économique et sociale du capitalisme, la loi et l’élite dirigeante accroissent leurs tactiques de surveillance et de répression pour raffermir leur contrôle sur la société, par crainte d’explosions sociales contre les sombres conditions de vie dont ils sont responsables.

Souvenons-nous qu’un an après la rébellion de Watts du 11 août 1965 est né le Black Panther Party for Self-Defense, à Oakland en octobre 1966. Les Panthers ont exprimé une vision socialiste audacieuse, radicale et démocratique, basée sur la lutte contre le capitalisme global et le racisme institutionnel. Comme Malcolm X l’a dit : « Nous déclarons notre droit sur cette terre… d’être un être humain, d’être respecté comme un être humain, de recevoir les droits d’un être humain dans cette société, sur cette terre, en ce jour, ce que nous avons l’intention de réaliser par tous les moyens nécessaires. »

Nous exigeons :

  • Qu’une enquête approfondie soit menée par des forces indépendantes, avec des représentants des organisations afro-américaines, des syndicats et de la communauté au sens large au sujet des tirs de la police contre Michael Brown, de la répression des manifestations et de la violence policière au sens large.
  • Que l’ensemble des forces de police de Ferguson soient sujet d’une enquête, ce qui comprend bien entendu l’agent responsable mais ne doit pas se limiter à lui. Les résultats de ces recherches doivent être intégralement rendus publics et ouvertement discutés.
  • Que la police soit contrôlée par la collectivité, placée sous la supervision de comités locaux de représentants démocratiquement élus des syndicats et des organisations locales.
  • De mener la lutte contre le racisme, la répression, l’humiliation et l’exploitation des travailleurs, des jeunes, des immigrants et des personnes de couleur.
  • La garantie d’emplois décents, de bons logements, de soins de santé et d’un enseignement gratuits et de qualité ainsi que d’un bon salaire pour tous.
  • Que les manifestations se répandent à l’échelle nationale. Un mouvement construit par la base doit être construit pour exiger la transparence et la fin des méfaits de la brutalité d’une police raciste.