Brochure : les femmes et la lutte pour le socialisme

livre_femmes02Les mobilisations en Inde contre les viols collectifs qui rassemblent des milliers de personnes ou d’une autre manière encore le procès contre le groupe de musique féministe russe des Pussy Riot et les actions très médiatiques des Femen… Tout cela montre à une échelle plus large que l’oppression et la discrimination des femmes est toujours d’actualité et qu’il est nécessaire de s’organiser pour s’y opposer.

Depuis «La femme et le socialisme» écrit en 1891 par le socialiste allemand Auguste Bebel, d’autres marxistes révolutionnaires comme Rosa Luxembourg, Alexandra Kollontai, Clara Zetkin et Lénine ont écrit sur le sujet pour expliquer que la libération des femmes ne se fera pas sans le renversement du système économique basé sur la division en classes sociales et sur l’exploitation de la majorité des femmes et des hommes, le capitalisme.

La première partie du livre : «Oppression, discrimination, sexisme. Ça n’a pas à être comme ça !» rappelle que l’oppression n’est pas une fatalité. Dans l’histoire de l’humanité l’oppression des femmes est devenue cruciale avec l’introduction de la propriété privée et la «coutume» de s’assurer de la réalité de la filiation pour transmettre les fortunes accumulées aux héritiers (masculins). On a ainsi scellé la famille, par le mariage, et enfermer la femme dans son rôle de mère.

La deuxième partie aborde la question de comment s’organiser et lutter de façon efficace pour la libération des femmes. C’est important de lutter pour chaque amélioration possible dans la vie des femmes. Mais à cause des structures et de l’organisation du capitalisme, une vraie libération ne peut être obtenue par des réformes «progressives». Une transformation radicale de la société s’impose.

Le livre écrit par Christine Thomas, camarade de notre section italienne, a été traduit en Français. Il veut informer ou rappeler ce que les marxistes révolutionnaires ont dit sur la question de l’exploitation des femmes et inciter celles et ceux qui ne sont pas encore organisé(e)s à s’engager dans des campagnes pour les droits des femmes et à lutter pour une société libérée des discriminations, des inégalités et de l’oppression avec nous.

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Europe, une reprise… de la crise ?

photoPar Olaf van Aken

Après 5 ans de crise profonde en Europe, notamment dans les pays du Sud de l’Europe, les perspectives pour 2014 ne s’annoncent guère mieux. Cette crise économique dans la Zone euro a eu pour conséquence un chômage de masse, une pauvreté de masse et une politique d’austérité violente contre les travailleurs et les populations dans leur ensemble. Un pays comme la Grèce qui sera à la présidence de l’Union européenne pour le premier semestre 2014 (quel cynisme!) a été entièrement ravagé par la crise et le diktat de la Troïka (FMI, Commission européenne, BCE).

Quelles sont les perspectives pour 2014 ? Yaura- t-il une reprise de l’économie ? La crise financière
sera-t-elle terminée ?
La Zone euro est officiellement sortie de la récession au troisième trimestre 2013, mais les pronostics de croissance pour 2014 montrent plus une stagnation qu’une véritable croissance malgré les annonces d’une reprise certes timide des
experts bourgeois. Selon l’INSEE, la croissance dans la Zone euro serait de 0,3 % pour les deux premiers trimestres (0,2 % en France). Selon l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) la destruction des emplois continuera en 2014. Le chômage de masse, la baisse des salaires (la plus forte depuis 1945) et l’austérité budgétaire vont peser lourdement sur la demande et certainement compromettre une croissance réelle de l’économie. Comme disait un des responsables de l’OFCE à juste titre : «Parler de reprise quand il manque toujours des millions d’emplois
détruits durant la crise, c’est indécent.»

Chômage et pauvreté de masse s’installent durablement

Le dernier rapport d’octobre 2013 de la Croix rouge décrit les perspectives ainsi: «L’Europe plonge dans une longue période de pauvreté grandissante, chômage de masse, exclusion sociale, plus grande inégalité et désespoir collectif à cause des politiques d’austérité appliquées en réponse à la crise des dettes et la crise financière.» Selon ce rapport 120 millions Européens vivent dans la pauvreté ou au seuil de celle-ci. Des millions de personnes sont obligées de chercher de la nourriture quotidiennement auprès des institutions caritatives. Des couches importantes de la classe moyenne tombent dans la pauvreté, même en Allemagne, pays le plus puissant de la Zone euro: 5,5 millions de personnes appartenant à la classe moyenne il y a dix ans font aujourd’hui partie des salariés sous-payés. L’Allemagne qui a d’ailleurs le nombre le plus élevé des salariés sous-payés dans la Zone euro : 22 % sur l’ensemble de tous les salariés. Le chômage en Europe est devenu très massif depuis 2008: entre 33 et 60 % chez les jeunes et chez les travailleurs entre 50 et 64 ans il a doublé entre 2008 et 2012. La Zone euro est une des régions les plus fragiles au niveau économique à l’échelle mondiale. Rien de substantiel n’a changé depuis 2008 qui pourrait permettre à la Zone euro de «repartir sur
de bonnes bases». Au contraire, les conditions pour un approfondissement et/ou un prolongement de la crise actuelle et/ou pour un éclatement de la Zone euro s’accumulent à nouveau : faible demande à cause du chômage de masse, des bas salaires et de la politique d’austérité, entrée en crise du Japon et instabilité grandissante de la Chine, resserrement monétaire possible de la FED (banque centrale américaine), spéculation intense sur des produits financiers dérivés (aujourd’hui au niveau de l’avant–crise en 2007), surendettement des pays de la Zone euro et risque de faillite de
certains, pénurie de crédit notamment pour l’économie «réelle» (crédit crunch), grandes banques européennes «pourries» et très fragiles à cause de leur implication dans la spéculation. Tout reste très explosif et l’éclatement d’une nouvelle crise financière d’ampleur n’est pas exclu. A lui seul l’exemple de la Grèce montre qu’il est urgent de mettre fin à ce système capitaliste totalement pervers. Après avoir complètement détruit et jeté au moins 40 ans en arrière ce pays,
les instances capitalistes vont autoriser la Grèce prochainement à retourner sur les marchés financiers. Autrement dit: ce pays en banqueroute (dette publique à 175 % du PIB) peut s’endetter davantage avec la contrainte de maintenir coûte que coûte l’austérité violente. Surtout les spéculateurs et grands fonds vont ainsi spéculer à nouveau sur la dette grecque, se faire un fric monstrueux et aggraver la misère des travailleurs et pauvres.

Ukraine : Les raisons de la crise

24oekraine-300x187Rob Jones, article tiré de l’édition de mars 2014  de Socialism Today

Ce dossier a été écrit la semaine dernière, avant les plus récents développements de la crise ukrainienne. Ce texte reste toutefois d’actualité et est d’une grande aide pour comprendre le contexte de la situation actuelle.

L’Ukraine est à nouveau ébranlée par des manifestations de masse. La police anti-émeutes du président Ianoukovitch a violemment pris à partie les manifestants sur la place de l’Indépendance (Maïdan nézalejnosti) de Kiev. À ce jour, 29 personnes ont été tuées, en plus de centaines de blessés graves. En cause : un système politique pourri. Dans un article écrit peu avant ces évènements, Rob Jones analyse les différentes forces à l’œuvre dans la crise ukrainienne.

Les passions se sont autant déchaînées que l’hiver a été rude en Ukraine. Les manifestants occupent les bâtiments du ministère et de la mairie dans la capitale, Kiev, et un peu partout dans le pays, surtout dans l’Ouest. À l’Est, d’où le président Ianoukovitch tire sa principale base de soutien, les autorités locales ont bloqué leurs propres bureaux avec de grands blocs de béton afin d’éviter toute tentative d’occupation. Les manifestants prennent tout ce qui leur tombe sous la main pour construire des barricades. Dans certains endroits, ce sont des piles de vieux pneus ; dans d’autres, des sacs de sable remplis de neige et de glace.

Dix ans se sont écoulés depuis le grand mouvement appelé la “révolution orange”, qui avait été organisé contre les fraudes électorales et qui avait contraint Ianoukovitch à laisser le pouvoir à son rival Viktor Youchtchenko. Youchtchenko n’a pu rester au pouvoir que le temps d’un mandat avant d’en être de nouveau chassé par Ianoukovitch aux élections suivantes. Aujourd’hui, la place de l’Indépendance de Kiev (Maïdan nézalejnosti) est à nouveau remplie de milliers de manifestants qui y campent depuis deux mois dans un village de tentes et de barricades, avec le même but de chasser Ianoukovitch. Le mot “Maïdan” fait depuis partie du vocabulaire politique en tant que symbole de contestation, cette fois sous l’appellation “Yevromaïdan” (place de l’Euro).

Le facteur déclencheur du mouvement a été la décision prise le 21 novembre par le parlement ukrainien de ne finalement pas signer l’“accord d’association” avec l’Union européenne qui aurait dû être signé fin novembre lors d’un sommet européen en Lituanie. Cet accord n’était pas une invitation pour l’Ukraine à rejoindre l’Union européenne – dans le climat économique actuel, l’UE peut sans doute encore se permettre d’intégrer l’un ou l’autre petit pays d’Europe de l’Est (comme la Croatie), mais certainement pas l’Ukraine, qui est à la fois le troisième pays le plus pauvre du continent européen tout en étant le plus grand par sa superficie sur le continent et celui qui a la cinquième plus grande population du continent (Russie exceptée). (Les seuls pays du continent européen à être plus pauvres que l’Ukraine sont la Moldavie, la Géorgie et l’Arménie, dont les PIB par habitant sont à rapprocher de ceux du Ghana et du Pakistan ; le PIB par habitant de l’Ukraine est d’à peine 5100 €, équivalent à celui de l’Algérie ; à titre d’exemple, le PIB par habitant de la France est de 25 000 € ; celui du Kazakhstan est de 9500 €, celui de la Roumanie, 8900 €). Cet accord d’association avait pour but d’encourager l’Ukraine à adopter les soi-disant “valeurs européennes” de “démocratie“ et de “justice”, et surtout à aller vers un accord de libre-échange entre ce pays et le reste de l’Europe.

Selon le premier ministre du moment, Mykola Azarov (qui a été viré en janvier dans une tentative de satisfaire les revendications des manifestants), la décision de reporter la signature de l’accord d’association aurait été prise à la suite d’une lettre du FMI qu’il aurait reçue le 29 novembre, dans laquelle le FMI détaillait les conditions pour le remboursement des emprunts effectués pour sauver l’économie du pays en 2008 et 2010. Selon Azarov, « Les termes consistaient en une hausse du prix du gaz et du chauffage pour la population d’environ 40 %, la promesse de geler le salaire minimum de base au niveau actuel, une importante réduction des dépenses budgétaires, la diminution des subsides sur l’énergie, et la suppression graduelle des exemptions de TVA pour l’agriculture et d’autres secteurs ». Il se plaignait donc du fait que, alors que l’UE fait beaucoup de promesses en parlant des avantages futurs pour l’économie du pays, elle n’est jamais là quand on a besoin d’elle aujourd’hui.

Depuis le début de la crise mondiale, l’Ukraine s’est trouvée dans une situation économique effarante. Entre 2008 et 2009, le PIB est tombé de 15 %, et ne s’est pas relevé depuis. Le chômage officiel est passé de 3 % à 9 % – un chiffre qui sous-estime de beaucoup la situation réelle. La situation désespérée dans laquelle vivent de nombreux Ukrainiens explique pourquoi le mouvement a pris une coloration si pro-européenne, du moins dans ses premiers stades. Beaucoup de personnes, surtout parmi la jeunesse, considèrent l’Union européenne en tant que havre de richesse et de liberté, surtout comparée à l’autre puissance voisine – la Russie. Il suffit de regarder le salaire moyen pour comprendre cela : il est de 250 € par mois en Ukraine (et plus bas dans l’ouest du pays que dans l’est), alors qu’en Pologne, pays européen voisin de l’Ukraine, le salaire moyen est le double.

Lorsqu’ils ont appris que c’est à cause de la pression russe que la signature de cet accord avec l’UE avait été annulée, les étudiants sont descendus dans les rues de l’ouest du pays. À Lviv, la plus grande ville de l’ouest, les revendications étaient très larges : à côté de ceux qui exigeaient du gouvernement la signature de l’accord, on en voyait d’autres qui tenaient des pancartes demandant la fin du contrôle des entrées et sorties et du couvre-feu dans les résidences universitaires (les portes sont généralement fermées à partir de 22 heures).

Le tir à la corde Est-Ouest

La question nationale était déjà bien présente lors de la révolution orange, et continue à jouer un rôle extrêmement important dans le Yevromaïdan. Il y a de fortes divisions entre l’ouest du pays, ukrainophone, et l’est, russophone et beaucoup plus industrialisé. Mais la division linguistique s’est changée en une âpre lutte où tous les coups sont permis, exacerbée par les différentes puissances impérialistes afin de tirer des profits de l’exploitation de l’Ukraine et d’accroitre leur avantage géopolitique. Avant l’éclatement du Yevromaïdan, les puissances occidentales étaient prêtes à faire des concessions au gouvernement ukrainien uniquement parce qu’elles voudraient pouvoir utiliser ce pays en tant qu’“État tampon” afin de restreindre l’influence de la Russie. La Russie veut quant à elle maintenir son influence et utilise l’aide qu’elle fournit au pays afin de renforcer sa position.

Le président Ianoukovitch est généralement considéré comme étant pro-russe mais, depuis son retour au pouvoir en 2010, s’est montré extrêmement pragmatique dans ses relations entre les différentes puissances. Sa première visite officielle après sa réélection était à Bruxelles, où il a affirmé que l’Ukraine ne remettrait pas en question son affiliation au programme d’extension de l’Otan. Juste après, il s’est rendu à Moscou afin d’y promettre de restaurer les bonnes relations entre l’Ukraine et la Russie. Il a cependant résisté à toutes les tentatives de Vladimir Poutine de faire entrer l’Ukraine dans son “union douanière eurasienne” qui inclut la Russie, le Bélarus et le Kazakhstan. Jusqu’à sa décision choc fin 2013, Ianoukovitch semblait être fort enthousiaste au sujet de cet accord d’association.

Au fur et à mesure que la date de signature se rapprochait, la Russie a commencé à imposer de plus en plus de restrictions au commerce. Le volume des échanges entre les deux pays a décru de 11 % en 2012, et encore de 15 % en 2013. Le volume des échanges entre l’Ukraine et l’UE équivaut à peu près à celui avec la Russie, mais vu l’état de l’économie européenne, l’Ukraine n’a pas pu accroitre ses échanges avec l’UE afin de compenser ses pertes avec la Russie. La proposition d’aide européenne, d’un montant de 1,8 milliards d’euros sur dix ans, n’était clairement pas suffisante. De plus, la Russie utilise ses gazoducs à travers l’Ukraine en tant qu’argument supplémentaire.

Cela semble à présent difficile à croire, mais les premières journées du Yevromaïdan se sont déroulées dans une ambiance véritablement festive. Beaucoup d’étudiants considéraient cela comme un grand pique-nique ; ils disaient ne pas vouloir soutenir l’un ou l’autre parti politique. Lors du grand rassemblement du 24 novembre, les discours des principaux partis d’opposition ont fait l’effet de pétards mouillés. La foule scandait « À bas les bandits » – c’est-à-dire, Ianoukovitch et sa clique. Les quelques nationalistes qui cherchaient à provoquer des divisions en huant les “Moskali” (insulte envers les personnes d’ethnie russe) restaient isolés.

Tout cela a changé assez rapidement, début décembre, lorsqu’un orateur du parti d’extrême-droite Svoboda (“Liberté”) a demandé qu’un stand installé là par un syndicat indépendant soit enlevé. Cela a été le signal pour une bande de voyous d’extrême-droite d’attaquer les syndicalistes, brisant même les côtes de l’un d’entre eux.

L’“opposition” politique

Dès le départ trois personnalités, représentant la coalition des partis d’opposition au parlement, ont été le visage de la contestation. Arseni Yatseniouk représente le parti de l’ancienne première ministre (en prison) Ioulia Tymochenko, autrefois surnommée la “princesse du gaz” lorsqu’elle se faisait une immense fortune en contrôlant la plupart des importations de gaz venant de Russie. Elle était un des principaux dirigeants de la révolution orange ; mais une fois au pouvoir, son gouvernement a suivi une ligne économique basée sur un mélange de pro-européanisme et de néolibéralisme, avec une vague sauce populiste très modérée. Le second leader est Vitaliy Klytchko, champion du monde de boxe, dont le parti Oudar (“Coup”) veut l’intégration à l’Union européenne et est lié au Parti populaire européen, le bloc des chrétiens-démocrates (centre-droite) au parlement européen.

La troisième figure de proue est Oleh Tiahnybok, du parti “Liberté”, qui a 37 sièges au parlement et contrôle le gouvernement local dans trois régions. Il s’agit d’un parti d’extrême-droite voire, selon certains, néofasciste. Jusqu’en 2004, ce parti utilisait la svastika comme symbole. Tiahnybok lui-même voue une haine virulente envers toute la gauche, et justifie la collaboration de certains Ukrainiens avec Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale comme ayant été nécessaire afin de « nettoyer l’Ukraine des éléments impurs tels que les Moskali, les Allemands et les Juifs ». “Liberté” tente aujourd’hui de modérer son image pour des raisons électorales, mais joue un rôle de plus en plus dangereux dans le Yevromaïdan, aux côtés de groupes encore plus répugnants, tels que l’union de partis et hooligans fascistes “Secteur droite” (Pravyï sektor).

À la suite du refus de signer l’accord d’association, Ianoukovitch a été forcé de voyager partout dans le monde pour y chercher des fonds. Bien que la Chine ait signé des accords commerciaux d’une valeur totale de 5,6 milliards d’euros, elle est apparue peu encline à apporter une aide directe à l’Ukraine. La Russie a par contre accepté un prêt de 10 milliards d’euro, en plus d’une réduction du prix du gaz naturel de 33 %, bien que cet accord pourrait être fortement remis en question si Ianoukovitch quittait le pouvoir. Tout en aidant l’Ukraine à éviter la faillite sur sa dette dans l’immédiat, l’économie, après trois mois de manifestations permanentes, reste dans un état désespéré.

Une violence étatique croissante

Au moment où cet accord avec la Russie a été conclu, la situation avec le Yevromaïdan échappait déjà à tout contrôle. Les forces de l’État, en particulier la police anti-émeutes, ont tenté d’interrompre le mouvement en attaquant la place de l’Indépendance le 30 novembre à 4 heures du matin (sous prétexte de faire de la place pour pouvoir y ériger le grand sapin de Noël), blessant grièvement plusieurs personnes. Le lendemain, des centaines de milliers de manifestants ont débarqué en guise de réponse à cette attaque par la police, et la contestation n’a cessé de croitre tout au fil de la semaine. La nature des revendications a changé. La signature de l’accord d’association européen est passée au second plan, tandis que de plus en plus de gens réclamaient la démission du président et du gouvernement, et des élections anticipées. Divers groupes se sont mis à occuper des bâtiments administratifs. Même la présidence a été assiégée. Les groupes de droite ont commencé à organiser des milices et des groupes de défense.

L’ampleur renouvelée de la contestation a causé une crise catastrophique au régime. En recourant à la répression, il n’avait fait que provoquer encore plus de colère. Incapable de calmer les manifestants, le gouvernement a voté douze lois le 16 janvier, qui ont été surnommées les “lois dictatoriales”. Ces lois, si elles étaient appliquées, feraient de l’Ukraine un pays aussi répressif que les régimes autoritaires de Russie, du Bélarus et du Kazakhstan. Toute activité “extrémiste” (ce dernier terme n’étant pas défini dans la loi afin de demeurer à la libre interprétation de la police ou des juges) pourrait désormais mener à trois ans de prison ; l’occupation des bureaux administratifs, à cinq ans. Les organisations qui reçoivent de l’argent de l’extérieur seraient à présent considérées comme des “agents étrangers” ; il est interdit de porter des masques, et l’accès à internet a été restreint. La police et les autres agents de l’État reçoivent en outre l’immunité pour tout crime perpétré à l’encontre de manifestants.

Ces lois ont évidemment mené à une nouvelle vague de contestation redoublée. Non seulement la manifestation du week-end qui a suivi l’adoption de ces lois était forte de 200 000 personnes, mais les manifestants les plus radicaux, principalement d’extrême-droite, ont renforcé leur occupation des sièges gouvernementaux. Un groupe fasciste nommé Assemblée nationale ukrainienne – Autodéfense ukrainienne (Oukrayinska Natsionalna Asamléya – Oukrayinska Narobna Samooborona) appelle même maintenant à prendre les armes contre le gouvernement. Partout des rumeurs circulaient selon lesquelles des tanks marchaient sur la ville. La femme d’un policier a révélé à la presse que la police anti-émeutes avait reçu l’ordre d’évacuer leurs familles. La police anti-émeutes a commencé à utiliser des canons à eau, alors que la température est de -10°C.

Mais Ianoukovitch a été le premier à céder. Le 24 janvier, il a commencé à laisser entendre que ses lois dictatoriales allaient être amendées. Quatre jours plus tard, le premier ministre Azarov a proposé sa démission, provoquant dans la foulée la chute du gouvernement. Le régime a utilisé la promesse d’annuler les lois dictatoriales si seulement les manifestants voulaient bien tout d’abord quitter les bâtiments occupés. Ianoukovitch a proposé de former un gouvernement de coalition qui comprendrait Yatseniouk et Klytchko. Il ne fait aucun doute que ces deux-là étaient tout à fait prêts à aller s’installer dans leurs fauteuils ministériels, mais sous la pression des éléments plus radicaux, ils ont été contraints de refuser cette offre, déclarant que la seule option possible pour eux est un “gouvernement du Maïdan” après la démission de Ianoukovitch et de nouvelles élections.

La confusion politique à gauche

Si des élections étaient organisées aujourd’hui, les partis de Yatseniouk et de Klytchko recevraient un bon nombre de voix. Mais leur volonté de collaborer avec Svoboda (“Liberté”) pourrait bien également amener l’extrême-droite au gouvernement. Les dirigeants de l’opposition bourgeoise se sont pris à leur propre piège. Klytchko en particulier, qui se présente comme un véritable Européen et vit d’ailleurs en Allemagne, a cédé face à la pression de l’extrême-droite. Il commence maintenant tous ses discours sur la place de l’Indépendance avec le slogan fasciste “Gloire à l’Ukraine”, auquel la foule répond “Gloire aux héros”.

Ces évènements ont mené à un renforcement apparent du soutien pour Svoboda et pour le Secteur droite. Les causes de tout ceci sont cependant en grande partie à chercher du côté de la gauche, en grande partie responsable. Nommément, le plus grand parti de “gauche” dans le pays, le Parti communiste, a 32 sièges au parlement. Mais, qui l’eût cru, dès que les manifestations ont commencé, son groupe parlementaire a déclaré qu’elle cesserait de demander la démission du gouvernement. Le PC a entièrement soutenu les lois dictatoriales, et s’est plaint du fait qu’elles aient été en partie annulées.

Le PC mène sa politique non en fonction de ce qui servirait au mieux les intérêts de la classe des travailleurs ukrainienne, mais afin de servir les intérêts géopolitiques de la Russie. Tandis que le dirigeant communiste Piotr Simonenko critique l’UE et les États-Unis pour leur scandaleuse intervention directe dans le Maïdan, il dit que l’Ukraine devrait rejoindre l’union douanière russe. Les sections régionales de ce parti ont même tenté d’organiser des manifestations sur ce thème. Cette position, bien sûr, ne fait que renforcer les arguments de l’extrême-droite dans son attaque de la gauche en général, comme quoi elle voudrait abandonner l’indépendance de l’Ukraine afin de satisfaire les intérêts de l’impérialisme russe.

La gauche “anti-système” – celle qui n’est pas représentée au parlement – ne vaut guère mieux. Il ne fait aucun doute que, depuis le début de la révolution orange, la principale caractéristique du pays a été un conflit entre les intérêts des différentes section de la bourgeoisie ukrainienne. Et cela continue aujourd’hui. Parmi les oligarques, ceux qui sont en faveur de l’Occident sont en général ceux qui possèdent des entreprises dans l’industrie légère et les services, tandis que ceux qui investissent dans l’industrie lourde sont plutôt en faveur de la Russie.
Cependant, comme cela s’est produit avec certaines sections des forces de sécurité et de l’appareil d’État, il y a des signes qui montrent que certains des oligarques misent sur les deux tableaux. Même l’homme le plus riche d’Ukraine, Rinat Akhmetov, qui a toujours soutenu la présidence Ianoukovitch, a condamné l’usage de la violence contre les manifestants, même s’il est ensuite “repassé” au camp Ianoukovitch. Le troisième homme le plus riche du pays, Dmytro Firtash, dont la plus grande partie de la fortune provient du commerce avec la Russie, serait le principal sponsor du parti Oudar mené par Klytchko. Petro Poroshenko, quatrième fortune ukrainienne, est intervenu sur le podium place de l’Indépendance pour demander que l’accord européen soit signé immédiatement. Ses intérêts sont assez clairs : son usine de chocolats Roshen a été la principale victime des sanctions mises en place par la Russie contre l’Ukraine en 2013.

Toute une couche de la gauche anti-système tire la conclusion de ceci que l’ensemble de l’expérience du Maïdan n’est que le résultat d’une simple lutte d’intérêts entre oligarques, sans comprendre en profondeur l’ampleur de la colère de tous ceux qui participent, une colère surtout alimentée par le désespoir sur le plan économique et par la haine envers un gouvernement de plus en plus autocratique. Pour les groupes de gauche issus d’une tradition “communiste”, « ce n’est pas notre lutte ». En particulier, ils ne voient pas d’autres facteurs impliqués dans ce mouvement que l’influence de l’extrême-droite. Par exemple, le groupe Borotba (“La Lutte”), qui a pourtant une position correcte sur la plupart des questions, a décidé d’occuper les bureaux de l’administration à Odessa (une ville essentiellement russophone) afin d’empêcher la section locale de Svoboda de s’en emparer. Même si ses actions sont compréhensibles, ce groupe n’a pas offert la moindre alternative par rapport au Maïdan ou à Ianoukovitch, à part quelques phrases d’ordre général. Car pour faire cela, il est nécessaire de toucher à la question nationale.

Une autre section de la gauche anti-système considère que Ianoukovitch est un fasciste. Pour elle, tout refus de lutter, puisque cela est impossible sans collaborer avec les forces d’extrême-droite, mènera à la victoire du régime fasciste, ce qui signifie qu’il serait dès lors impossible de former la moindre organisation indépendante telle que des syndicats ou des partis politiques indépendants. Son intervention dans le mouvement n’a pas non plus cherché à proposer une alternative, et elle se retrouve donc à suivre les dirigeants de l’opposition pro-capitalistes.

Le soutien pour l’extrême-droite

Bien que le soutien pour les groupes d’extrême-droite semble s’être accru au cours de ce mouvement, il ne bénéficie pas d’une base stable. Svoboda n’est parvenue à remporter des succès qu’en cachant sa véritable nature aux yeux des masses. Il n’y a pas si longtemps encore, Svoboda critiquait tout discours visant à favoriser l’intégration à l’Europe en tant que « acceptance du cosmopolitanisme, de l’empire néolibéral qui mènera à la perte totale d’identité nationale avec la légalisation du mariage homosexuel et l’intégration d’immigrés venus d’Afrique et d’Asie dans une société multiculturelle ». Trois jours à peine après le début du Yevromaïdan, la section de Lviv de Svoboda organisait une marche au flambeau avec des drapeaux suprématistes blancs en solidarité avec l’Aube dorée grecque. Mais tellement de gens étaient dégoutés par de telles positions, que Svoboda a dû temporiser la plupart de ces interventions. Le Secteur droite, par contre, ne cache pas sa position. Pour lui, l’Union européenne est « une structure anti-chrétienne, anti-nationale, dont le vrai visage est celui de défilés gays et d’émeutes ethniques, avec la légalisation des drogues et de la prostitution, des mariages homos, l’effondrement de la moralité et un véritable déclin spirituel ».

Certains parmi les manifestants qui suivent les nationalistes disent qu’ils le font non pas parce qu’ils soutiennent les idées des nationalistes, mais parce que ce sont eux qui organisent le mouvement. Un tel soutien n’est pas fait pour durer. D’ailleurs, selon au moins trois sondages d’opinion effectués en janvier, le soutien envers Svoboda a drastiquement chuté depuis les dernières élections. Malheureusement, la simple présence de l’extrême-droite donne de plus au régime une arme de propagande très puissante qu’il utilise dans l’est du pays, où pour une vaste majorité de la population, l’idéologie fasciste est toujours associée aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale.

La grande faiblesse du mouvement actuel, qui était d’ailleurs tout aussi présente lors de la révolution orange, est le manque d’une alternative claire de gauche et pro-travailleurs, capable de donner au mouvement un véritable caractère révolutionnaire. Depuis qu’il a commencé en novembre, nombre de ses participants ont exprimé leur opposition à l’ensemble des partis politiques existant. Ce n’est que dans pareil vide que l’extrême-droite est capable de se tailler la position qu’elle occupe à présent. Si une véritable force de gauche avait existé et était intervenue de manière décisive dans ces évènements, les choses en auraient été tout autrement.

Le rôle du mouvement des travailleurs

Cette nécessité d’une alternative de gauche est démontrée par la crise économique qui se prolonge. L’Ukraine est déjà en récession depuis 18 mois et, bien que la banque centrale ukrainienne ait mis en place un plan de soutien de la monnaie nationale (la hryvnia) pour un montant de 1,4 milliards d’euros en janvier, son cours a quand même chuté de 10 % en novembre. Pour les économistes, le pays se trouve face au risque imminent d’un nouveau défaut de paiement. Ni l’alliance avec l’Union européenne, ni rejoindre l’union douanière russe ne pourront sortir l’Ukraine de l’abysse.

Il est clair que le gros de la lutte devrait concerner les salaires et les conditions de travail. On voit Ianoukovitch faire le tour du monde à la recherche d’un prêt de 10 milliards d’euros pour sauver l’économie, alors que son ami Akhmetov possède déjà cette somme sur son compte en banque. L’industrie et les banques ukrainiennes doivent être nationalisées afin que les ressources du pays puissent être utilisées dans l’intérêt de tous ses citoyens et non pour les profits de quelques oligarques. Si elle faisait cela, l’Ukraine n’aurait plus à se tourner sans arrêt vers l’UE ou vers la Russie pour mendier leur aide. Il faut construire de véritables syndicats, capables de mener la lutte pour des conditions de vie décentes pour tous.

Le mouvement ouvrier doit se placer à la tête de la lutte pour les droits démocratiques. Le mouvement actuel a raison d’exiger la démission de Ianoukovitch et d’appeler à de nouvelles élections. Mais tout ce que cela signifierait aujourd’hui serait le retour d’un nouveau gouvernement de coalition avec les mêmes partis qui étaient au pouvoir après la “révolution” orange, en plus de l’extrême-droite de la Svoboda. Il est donc absolument nécessaire que la classe ouvrière s’organise afin de construire son propre parti des travailleurs de masse, un véritable organe indépendant capable de défendre les intérêts de tous les travailleurs dans le pays et de se battre pour le pouvoir politique. Le parlement actuel est dominé par des politiciens qui ne représentent que les intérêts des oligarques. C’est au mouvement ouvrier à diriger la lutte pour aller vers une assemblée constituante à laquelle participeront des représentants des travailleurs, des étudiants, des chômeurs et des pensionnés d’Ukraine, afin d’ensemble décider de quel type de gouvernement ils ont besoin.

Plus important encore, la gauche et le mouvement des travailleurs doit adopter une position claire et sans équivoque sur la question nationale. La division du pays selon des lignes nationales ne bénéficie qu’aux oligarques, aux puissances impérialistes et aux multinationales. Des conditions de travail et des salaires décents, des droits démocratiques et un gouvernement des travailleurs ne peuvent devenir une réalité que si la classe ouvrière est unie dans la lutte.

Il est donc essentiel que la classe ouvrière rejette tous ces politiciens qui veulent vendre le pays à la Russie ou à l’Europe, ou qui voudraient établir un régime basé sur la domination d’une nationalité sur une autre. Un mouvement des travailleurs uni doit accorder tout son soutien au développement de la langue et de la culture ukrainiennes, tout en défendant les droits de ceux qui parlent russe. Tout en soutenant le droit à l’auto-détermination, la gauche doit insister sur la nécessité d’une lutte unie de l’ensemble de la classe des travailleurs ukrainiens.

La population ukrainienne est confrontée à de nombreux problèmes, auxquels les politiciens tels que Yanoukovitch, Klytchko, etc. n’ont pas la moindre solution ; et ce n’est pas le fait de rejoindre la Russie ou l’Europe qui changera quoi que ce soit non plus. L’éventuelle victoire de l’extrême-droite rassemblée autour de Svoboda ou de Secteur droite ne fera que mener l’Ukraine vers les journées sombres des conflits ethniques et de la dictature réactionnaire. La seule issue est la lutte pour l’établissement d’un puissant mouvement uni de tous les travailleurs, associé à un parti des travailleurs de masse, capable de s’emparer du pouvoir. Il faut mettre en place une société socialiste, basée sur la propriété nationalisée de l’industrie, des banques et des ressources naturelles, dans le cadre de la planification démocratique par les travailleurs ; une Ukraine unie, indépendante et socialiste, dans le cadre d’une confédération plus large d’État socialistes.

Cuba : De nouvelles luttes pour de vieux défis

14cubaEn décembre dernier s’est tenue une réunion du Comité Exécutif International du Comité pour une Internationale Ouvrière, dont le PSL/LSP constitue la section belge. Un représentant d’un collectif cubain, Obseratorio Critico (Observatoire critique), était également présent. Voici ci-dessous l’intervention qu’il a faite à cette réunion au sujet de la situation cubaine.

Prise de parole de Rogelio M. Díaz Moreno (Observatorio Critico) lors de la réunion internationale du CIO

Nous savons combien il est difficile de transmettre la complexe et intéressante réalité qui y existe. La fin du soi-disant camp socialiste a coûté à Cuba plus de 80% de ses marchés et de ses subventions soviétiques. En plus de cela, l’agression impérialiste du gouvernement américain s’est accrue, le blocus économique s’est intensifié et le financement des groupes d’opposition de droite a augmenté de plusieurs millions de dollars. En outre, l’activité des groupes promouvant des actes terroristes dans mon pays est toujours tolérée sur le territoire des USA. L’ingérence impérialiste des USA a été et sera un facteur crucial dans le cas de Cuba, car elle alimente les tendances réactionnaires et conservatrices du gouvernement cubain actuel, qui utilise cela comme prétexte pour harceler les forces de gauche, socialistes et indépendantes de sa bureaucratie.

Rappelons que lors du triomphe de la Révolution, les forces victorieuses fusionnèrent dans un parti unifié sur base des mouvements qui dirigèrent la lutte. Fondamentalement, il s’agissait des mouvements interclassistes du Mouvement du 26 juillet et du Directoire révolutionnaire, ainsi que du Parti communiste de nature stalinienne, cela avec l’appui décisif de la paysannerie.

Le programme initial de ce parti n’était pas socialiste, bien que progressiste du point de vue nationaliste bourgeois. La réforme agraire était son drapeau principal. Mais la lutte de classe qui a suivi a radicalisé et polarisé la politique du moment. La réforme agraire, la nationalisation des entreprises, la campagne d’alphabétisation, l’intégration de la population dans des organes de défense de la révolution, la transition vers une économie planifiée excluant l’économie de marché, et un fort investissement social, parmi d’autres politiques, ont permis la transformation de l’État, même s’il manquait les éléments de contrôle et de démocratie ouvriers. Ainsi, ce système, assorti des subventions soviétiques, a permis de sortir de la situation de pauvreté atroce antérieure à la révolution, pour arriver à une société d’un bien plus grand développement humain. Mais c’est 30 ans plus tard, quand le Mur de Berlin est tombé, que la plus grande épreuve que le socialisme cubain a eu à traverser commença.

Après la chute du Mur de Berlin

Dans les années qui ont suivi, le gouvernement a pu continuer à s’enorgueillir de sa capacité gigantesque à pouvoir mobiliser des manifestations en sa faveur. Cependant, il y a eu recours à des moyens de pression sur les manifestants et la corruption a sévi parmi les organisateurs.

Nous ne pouvons pas non plus ignorer l’émigration d’environ un demi-million de Cubains au cours des 20 dernières années. De plus, après des décennies d’une politique qui s’est effectuée sans contrôle et sans mesures démocratiques pour participer aux prises de décisions de la politique nationale, un fossé insurmontable s’est créé entre la direction et les travailleurs. Le discrédit de l’idéologie soviétique a laissé un vide dans les rues cubaines, rapidement occupées par la philosophie symbolisée par la ville de Miami.

Cette philosophie est basée sur le fait de considérer la prospérité comme synonyme de consommation et le prestige personnel et social comme étant réduit à pouvoir montrer aux autres son haut niveau de vie. Chez beaucoup, cela a naturellement engendré une grande frustration ainsi qu’une tendance à recourir au crime pour satisfaire ces besoins. Cela a également été alimenté par les élites bureaucratiques corrompues, qui adoptent ouvertement ce mode de vie, loin des idéaux de la rigueur socialiste dont le paradigme le plus mémorable est la figure disparue d’Ernesto Che Guevara.

La politique économique du gouvernement n’a été capable que de stimuler cette mentalité de consommation, dans le cadre de sa tentative désespérée de s’attirer des devises convertibles. Les politiques sociales les plus importantes sont néanmoins restées, comme la sécurité d’emploi, le maintien de services d’enseignement, de santé et de sécurité sociale universelle. Cela a contribué à conserver le régime au pouvoir, même si, dans le même temps, les Cubains ont souffert de graves pénuries de produits alimentaires et industriels, de pannes de courant, etc.

Le modèle chinois ? 

Nous pouvons aujourd’hui contempler la dérive lente, mais déterminée, vers une transition qui rappelle le modèle chinois : un système d’économie de marché sous le contrôle strict d’une force politique bureaucratique et autoritaire. Nous n’avons pas encore atteint ce point, mais l’ouverture au petit capitalisme national et au grand capital transnational qui se produit actuellement, en plus des coupes budgétaires dans les politiques sociales et dans les droits des travailleurs, nous incline à nous attendre à un tel développement.

La première fois qu’a été soulevé à Cuba le licenciement de près d’un million de travailleurs, il n’y a eu aucune résistance de la part de direction de la CTC, la centrale syndicale. Mais au niveau de la base, les travailleurs sont en ébullition. Toutefois, sans organisation consciente, le mécontentement en est resté au niveau individuel, même s’il s’agit d’une multitude d’individus. Cette colère a malgré tout convaincu le gouvernement de temporiser les choses et d’accorder des concessions.

Un nouveau code du travail

Les inégalités et le mécontentement s’intensifient, ainsi que les tendances individualistes et aliénantes. La dernière étape de ce processus est caractérisée par l’introduction d’un nouveau projet de Code du travail qui actualise certains principes de l’ancien code devenu ‘’obsolète’’, tel que le droit et le devoir de chaque citoyen d’avoir un travail. C’en sera donc fini de la sécurité d’emploi pour les travailleurs. Ils pourront, en effet, être licenciés plus facilement avec seulement la petite promesse de chercher des alternatives à l’employé congédié. Le syndicat conservera le droit d’émettre une opinion dans certains cas.

Voilà la situation dans le domaine de l’économie publique. Dans la sphère privée, la nouvelle classe émergente de capitalistes aura d’énormes possibilités pour exploiter ses employés. Nous n’avons trouvé aucun moyen de défense efficace des travailleurs dans ce secteur, concernant les droits minimaux, tels que les heures de travail, le salaire minimum, les vacances, les droits parentaux, les contrats de négociation collective, la défense contre la discrimination sur des critères de race, de genre ou d’orientation sexuelle. (Quelques jours plus tard, le Code a été adopté et il est supposé qu’il donnera des moyens de défense, au moins en théorie. Il reste à voir comment ils seront appliqués dans la pratique, NDT).

Solidarité internationale

Il faut saisir toutes les occasions pour dénoncer la bureaucratie qui insiste pour se présenter comme de véritables partisans du socialisme et de la souveraineté nationale, tout en vendant le pays par petits morceaux aux capitalistes locaux et internationaux. Il faut continuer à rappeler à tous que chaque citoyen a le droit d’être protagoniste de ses conditions et de la transformation de sa propre vie. Il faut apprendre à récupérer l’exercice de ce droit qui se trouve aujourd’hui dans les mains d’une élite appartenant au passé.

C’est dans ce cadre que nous nous sommes rendus à cette réunion du Comité pour une Internationale Ouvrière et que nous renforçons notre courage et notre espoir. Ici, nous avons testé la force de la solidarité qui peut s’établir entre les socialistes du monde entier.

Nous exprimons notre gratitude pour l’adhésion à notre cause de l’émancipation sur tous les terrains sociaux, contre la domination qui opprime ceux qui travaillent, ceux qui ont la peau noire ou une orientation sexuelle non majoritaire, etc., pour le soutien démontré contre toutes les causes de l’injustice qui existent dans notre pays et contre lesquelles nous ne nous lasserons jamais de combattre.

Au nom de l’Observatoire critique de Cuba et de moi-même, encore une fois, je vous remercie beaucoup.

Front de gauche : une politique qui tourne en rond… autour du PS.

Comme quoi ... la révolution ne se fait pas dans les urnes! Retrouvez es dessins de Fañch : http://blog.fanch-bd.com

Comme quoi … la révolution ne se fait pas dans les urnes!
Retrouvez les dessins de Fañch : http://blog.fanch-bd.com

Le Front de gauche est divisé depuis plusieurs mois : bisbilles entre Pierre Laurent (PCF) et Jean Luc Mélenchon (PG), désaccords électoraux, recomposition de l’aile gauche, suspension de la participation du PG au Parti de la gauche européenne… Et il y a des différences sur la manière d’approcher le PS et l’avenir du Front de gauche.

Des tensions de plus en plus nombreuses au sein du Front de gauche.

Concernant les prochaines élections municipales, plus que jamais le Front de gauche est désuni avec un sigle qui représentera des alliances et des tactiques différentes selon les villes.Ceci peut s’expliquer parfois par des réalités locales. Mais en général, la géométrie variable des listes Front de gauche est avant tout l’illustration de l’absence d’un programme commun au FdG face au gouvernement PS-écologistes et à la pression de la droite et du FN. Pourtant face à un gouvernement PS qui assume les plans de coupes dans les budgets sociaux et les cadeaux au patronat, un véritable Front de gauche, qui veut représenter et défendre les intérêts des travailleurs et des couches populaires pourrait défendre un certain nombre d’axes précis contre la dégradation des conditions de vie de la majorité des habitants : transports, emplois, logement. Autant de sujets sur lesquels une vraie orientation en faveur des travailleurs et de la population est cruciale. Mais pour cela, il faut définir quels sont les points clés et ne pas tout calculer en fonction de ce qui sera acceptable ou pas par le PS. Faire, sur bases d’accords au rabais, des listes communes avec le PS dès le premier tour comme le fait le PCF dans un certain nombre de villes (pas toutes fort heureusement) est très néfaste. La position du Parti de gauche de faire résolument liste séparée au premier tour est en cela beaucoup plus juste. Seulement si leur critique est souvent virulente, la position devient peu crédible et se révèle purement tactique quand on sait que d’ores et déjà au second tour le PG (ou les listes autonomes du FdG) fusionera ses listes avec le PS. La question reste de savoir sur quelles bases cela se fera. La direction du PCF fait sa politique en faisant du PS le partenaire privilégié et recherché, pensant l’obliger à infléchir sa politique. Le PG tourne aussi autour du PS, mais en se focalisant sur la «gauche» de celui-ci. Tous veulent avoir une influence sur le PS, peser sur sa gauche et être au final la force qui compte. D’une autre manière, les Verts font cette politique d’ajustement dans un sens ou dans l’autre depuis des décennies et n’existent que pendant les élections. Cette politique ne fait pas un programme politique et envoie droit dans le mur. Le PS a choisi de servir les intérêts des capitalistes. Un vrai Front de gauche aujourd’hui face à un gouvernement dirigé par le PS devrait nécessairement adopter une politique indépendante qui parte des intérêts des travailleurs et des couches populaires.

Quel avenir pour le Front de gauche ?

Ces débats sont souvent perçus comme politiciens à une échelle large. Ils sont stériles et éloignent tous ceux et celles qui cherchent à s’opposer à la politique de Hollande. Aujourd’hui les réunions du Front de gauche sont vides dans de nombreuses régions et villes, et il est davantage un sigle pour les élections pour le PCF souvent et pour d’autres forces regroupées parfois. Réduit à un sigle électoral, le FdG s’éloigne de la possibilité d’être un front combatif regroupant ceux qui à gauche veulent au moins sur certains points faire reculer les capitalistes et ceux qui les servent comme le gouvernement actuel. Cette situation d’urgence critique amène une partie des forces de «l’aile gauche» du Front de gauche à se regrouper pour essayer afin de peser sur l’avenir de l’alliance. Un regroupement appelé «Ensemble» a vu le jour fin novembre. En terme électoral, il se rapproche de la position du Parti de gauche de listes indépendantes au premier tour et insiste sur le fait que le Front de gauche doit être uni et se retrouver aux européennes sous la même bannière. Ils se veulent optimistes mais se heurtent à un vrai problème politique qu’aucune des forces d’Ensemble n’a vraiment posé et résolu : le Front de gauche n’a pas été conçu pour être un outil pour s’organiser, discuter et agir. Ça n’a jamais été l’objectif du PCF ni même du PG. Leur programme n’est pas d’avancer vers la création d’une nouvelle force politique capable de porter les aspirations de ceux qui veulent lutter. Depuis le «Prenez le pouvoir!» de 2012 de Mélenchon, la révolution citoyenne appelée de ses vTmux passe essentiellement par un bulletin de vote et quelques grandes manifestations. Les «assemblées citoyennes» n’ont jamais attiré du monde et étaient dominées par le bla-bla. La question n’est pas d’ouvrir ou non le Front de gauche largement mais sur quel programme un tel regroupement politique large pourrait exister ? Dans les luttes par exemple, le FdG refuse de discuter de la tactique syndicale et de la critiquer. Or, quand les directions syndicales font tout pour empêcher une lutte d’ensemble contre la casse des retraites, une telle approche ne peut que décevoir ceux et celles qui luttent contre les attaques patronales. Aux manifestations appelées par le Front de gauche une partie des travailleurs et des jeunes répond encore présente mais si le Front de gauche continue de ne pas répondre aux vraies questions, il risque d’exploser définitivement, tiraillé par les divergences d’intérêts des forces qui le composent ou de se rabougrir à un sigle électoral. Il faut faire émerger une opposition de gauche au gouvernement et aux capitalistes.. Pour cela, il faut défendre une alternative au PS et s’opposer clairement aux politiques menées par celui-ci et porter des revendications indépendantes dans les élections comme dans les luttes et le quotidien contre les licenciements, les fermetures et coupes dans les services publics.

Par Leïla Messaoudi

Paru dans l’Egalité n°164 (janvier-février 2014)

Election Municipale 2014 : Le choix va être limité…

Dessin de Fanch à retrouver sur son blog : http://blog.fanch-bd.com

Dessin de Fañch à retrouver sur son blog : http://blog.fanch-bd.com

Un an et demi après son élection le gouvernement attaque de plus en plus nettement les travailleurs et la majorité de la population. Beaucoup d’entre nous se demandent pour qui voter et surtout si ce vote changera quoique ce soit. Dans un contexte de profond rejet du gouvernement Hollande-Ayrault, ces élections à caractère local vont nécessairement prendre un caractère national et doivent être l’occasion d’exprimer notre colère face aux politiques du gouvernement.Face à cette politique anti-ouvrière, notre positionnement se fera pour les listes qui s’opposent clairement à la politique du gouvernement.

Que voter face au FN ?

Alors que la colère face aux politiques contre les travailleurs fait monter les intentions de vote pour le FN, il est possible que ce parti puisse se maintenir au 2nd tour dans un certain nombre de villes voire même être en position de gagner une poignée de mairies. Dans le cas d’un second tour impliquant une liste de gauche et le FN, nous sommes pour empêcher le FN d’accéder à la mairie mais sans s’effacer derrière le PS. Par exemple à Hénin Beaumont (Nord Pas de Calais), face à un PS corrompu et un FN qui sera probablement en position de maintien, il devrait y avoir un rassemblement de toutes les forces qui défendent les intérêts des travailleurs FdG-NPA-LO. Cela devrait aussi être le cas dans l’éventualité d’un duel UMP/FN. Le vote FN est encore un vote de colère contre une élite politique qui ne s’occupe pas des problèmes de la majorité, et c’est en proposant une politique claire, contre les classes dirigeantes et le système capitaliste qu’elles servent, que l’on pourra réellement faire baisser les voix du FN et faire reculer ses idées racistes.

Le flou à la gauche du PS.

Une fois de plus, les listes à la gauche du PS et des Verts vont se multiplier, sans pour autant offrir de vrai choix sur le fond. Les cas de figures sont très variés, il y aura des listes PS-PCF dès le 1er tour, d’autres où le Front de gauche fera une liste seul au premier tour en annonçant déjà qu’il se ralliera au PS, des alliances Front de gauche-NPA… Notre choix de vote plus précis reposera sur le type de programme défendu par les listes, leur dynamique et leur volonté de défendre les travailleurs et la population et leur impact. Même si nous ne pensons pas que les élections peuvent à elle seules changer fondamentalement la donne politique, nous sommes en faveur de listes qui pourraient être un appui, en partie par leur audience, dans le débat sur la nécessité d’une opposition de gauche au gouvernement et au PS et EELV. Dans la majorité des cas, cela signifie un appel à voter de manière critique pour des listes Front de gauche et dans certains cas NPA ou pourquoi pas LO.

Pour une réelle opposition de gauche à la politique du gouvernement.

Il nous manque une perspective pour réellement organiser la résistance aux politiques de Ayrault-Hollande, celle-ci doit se construire, dans les urnes si possible, mais surtout dans les luttes. Le Front de gauche n’a pas l’air de prendre cette direction pour le moment, car il est plus préoccupé à sauver les sièges de ses élus. Pourtant la seule sortie de crise en faveur des travailleurs se fera par des luttes déterminées et massives de tous les travailleurs et les jeunes ensemble.

Par Virginie Prégny

Paru dans l’Égalité n°164 (janvier-février 2014)