Hommage aux travailleurs de Zhanaozen, massacrés le 16 décembre 2011 au Kazakhstan !

kazakCe 16 décembre marque le troisième anniversaire de la fusillade brutale par les forces de l’État de travailleurs du pétrole et de leurs familles qui avaient été en grève pendant sept mois dans l’ouest du Kazakhstan à Zhanaozen. Ce qui a commencé comme une grève s’est transformé en un mouvement de masse impliquant des retraités, des jeunes chômeurs, les parents et amis des grévistes, en partie en raison de la conviction qu’avaient les grévistes qu’ils se battaient pour tous. Ils ont ainsi mis comme l’un des leurs revendications des hausses de salaire pour les enseignants et les médecins de la région en raison de leurs bas salaires et du coût élevé de la vie.

La grève avait débuté en mai 2011. Après la destruction du campement des manifestants en juillet, ils ont commencé une manifestation permanente sur la place centrale de la ville. C’était organisé et discipliné. Des travailleurs du pétrole provenant d’autres sites et entreprises ont apporté leur solidarité par la collecte régulière sur leurs salaires d’argent pour aider les grévistes. Même si les deux entreprises concernées, « Ozenmunaigaz » et « Karazhanbasmunai » ont essayé de licencier la main-d’œuvre et de la remplacer par de nouveaux travailleurs, la production a chuté de façon spectaculaire. Les profits des propriétaires, y compris ceux membres de la famille régnante ont été durement touchés.

Le point le plus important est qu’il y a eu un bond spectaculaire dans la conscience politique de ces travailleurs qui sont passés par les sept mois et demi de cette école de la lutte de classe à bien des égards similaires à ce qui est arrivé à la classe ouvrière de Russie après la première révolution russe 1905. La grève a rapidement dépassé les limites de la lutte économique lorsque les travailleurs ont appuyé la nationalisation des compagnies pétrolières sous le contrôle des travailleurs. En novembre, les grévistes ont mis en place un comité de travailleurs unifiés sur l’ensemble de la région, qui a appelé au boycott des élections législatives en raison de leur manque de confiance dans les partis politiques actuels et ont appelé à la mise en place d’une unification nationale des combats syndicaux et à la création de leur propre parti politique.

Ces appels ont abouti à un appel à une grève générale pour obtenir la démission de Nazarbaïev, qui devait être le 16 décembre 2011. La clique au pouvoir ne pouvait pas tolérer cela. Nazarbaiev et ses sbires ont décidé d’empêcher le mouvement de se développer en une grève nationale. Ils ont décidé de noyer la lutte de Zhanaozen dans le sang. Au moins 70 personnes ont été tuées lorsque la police a ouvert le feu sur la manifestation pacifique et sans armes. Pendant deux semaines, toute la ville a subi la terreur avec des arrestations massives, des tortures et des disparitions. 37 manifestants les plus actifs ont été mis à l’arrêt et condamnés à des peines de prison allant jusqu’à sept ans.

Pendant cinq jours après la fusillade, une grève générale a fait rage dans la région, avec des réunions de protestation dans les champs de pétrole eux-mêmes. L’année suivante, deux courtes grèves politiques ont été organisées pour réclamer la libération des travailleurs du pétrole emprisonnés. Dans les trois années qui ont suivi la grève, il ya eu plus de 20 grandes grèves dans la région Mangystau. En mai, suite à la grève une grève tout aussi dramatique a eu lieu à la société « Kazakhmys » qui a gagné une augmentation de salaire de 100% pour les travailleurs.

Le Mouvement Socialiste Kazakhstan et le syndicat appel « Zhanartu » se battent pour:
*  Enquête complète et indépendante sur le nombre réel de victimes parmi les travailleurs et leurs partisans, sur les cas de torture et les noms des personnes impliquées et sur les faits autour de l’organisation de l’attaque de la manifestation pacifique par les autorités locales et les gestionnaires de l’entreprise
* La libération immédiate de ceux qui sont encore en prison sans inculpation et la réhabilitation des personnes jugées et emprisonnées
*  La liberté complète pour les activités et les grèves syndicales et l’établissement de véritables syndicats démocratiques et de combat à travers le pays;
*  La nationalisation de l’industrie et des ressources naturelles sous le contrôle des comités démocratiques des travailleurs;
* La création d’un parti pour représenter les intérêts de la classe ouvrière.

Ainur Kurmano, Mouvement socialiste Kazakhstan

La révolte au Burkina Faso et les défis pour une alternative ouvrière

Par Kola Ibrahim, CIO-Nigéria
nigeriaAprès l’atrophie de surface affectant les mouvements de masse en Afrique, les suites catastrophiques des soulèvements contre-révolutionnaires dans des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, les travailleurs et la jeunesse du Burkina Faso ont remis la question des mouvements de masse et de la révolution sur l’agenda politique. La tentative de Blaise Compaoré, corrompu et en banqueroute politique, de se donner encore du temps au pouvoir après ses 27 années de règne sur le pays ne pouvait à ce moment qu’apporter l’explosion d’un mécontentement massif qui avait été étouffé auparavant. Les travailleurs, les jeunes et les pauvres ne pouvaient plus supporter un jour de plus avec ce gouvernement, qui ne leur assurerait que plus de pauvreté et de misère pour le majorité de la population. Contre toute attente, et jetant leurs peurs au feu, les masses jeunes et ouvrières prirent la rue, et, signe d’un instinct révolutionnaire clair, envahirent les centres de pouvoir, les bâtiments parlementaires, le siège du gouvernement, la Place de la Nation, les stations des médias d’État, etc.
Ce que les soi-disant partis d’opposition n’ont pas réussi à faire en 27 ans, les masses l’ont réalisé en 72 heures, dégageant le régime corrompu de Blaise Compaoré. Après trois jours ininterrompus de manifestations de masse, d’occupations et de confrontations avec les forces de sécurité, Compaoré dut abdiquer le 31 octobre 2014, et s’embarquer (grâce au soutien in extremis de Hollande) dans un exil personnel en Côte d’Ivoire.
La chute de Compaoré montre le pouvoir énorme des masses ouvrières et des jeunes quand ils prennent leur destin en main. La grève générale déclarée conjointement par les cinq centrales syndicales a joué un rôle décisif dans la chute du régime de Compaoré. L’opposition était tellement massive que le pays entier était à l’arrêt.

Le pouvoir dans les rues
La classe dirigeante a été abasourdie par le mouvement de masse énorme qui a confronté et battu le régime Compaoré, à tel point qu’aucun n’était préparé à prendre un rôle dirigeant quelconque. Selon la radio allemande Deutsche Welle, la plupart des partis d’opposition n’était pas prête à prendre le pouvoir politique ni à l’exil immédiat de Compaoré. Au mieux, ils s’attendaient à pouvoir l’empêcher de prolonger son règne. De plus, ils craignaient le mouvement de masse et ses suites, et particulièrement la possibilité qu’il évolue vers la gauche. Ils craignaient donc que le fait de prendre la responsabilité de diriger une telle situation révolutionnaire n’accentue d’autant plus leurs limites.
L’échelon militaire a essayé de remplir ce vide, mais sur la base du niveau massif de radicalisation, les hauts gradés militaires sont devenus divisés, confus et apeurés, au moins pour une certaine période. Ceci même généra une lutte de pouvoir au sein des institutions militaires. Alors que le chef d’état-major, le général Honoré Nabéré Traoré, avait annoncé sa propre prise de pouvoir le 31 octobre, le jour suivant vit le Commandant de la Garde présidentielle, le lieutenant-colonel Isaac Zida, être prononcé chef du gouvernement de transition par la hiérarchie militaire. La principale raison de ce changement est due à l’impopularité de Traoré. Ironiquement, le jour suivant, le 2 novembre, des protestations de masses ont eu lieu contre la tentative des militaires de voler la victoire aux masses. Ces protestations appelaient Zida à « dégager » lui aussi.
Le gouvernement français a également exprimé son « inquiétude » quant à la prise du pouvoir par les militaires, mais pour des raisons différentes : les pouvoirs occidentaux préféraient un civil à la tête de l’État, qui serait plus présentable et justifierait leur soutien.
Les militaires ont essayé de tester leur force avec les soldats qui utilisaient des armes à feu pour empêcher les protestations, avec déjà des morts et des arrestations, mais il est évident que le pouvoir n’était ni dans les mains des militaires ni d’aucune autre section de la classe dirigeante, mais dans la rue. Le niveau d’incertitude était tel dans le pays que le bloc de pouvoir régional, la CEDEAO (Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest), a dû intervenir pratiquement pour régler la question du pouvoir. Ainsi, ils ont du se résoudre à chercher une « personnalité civile éminente » pour diriger la transition.
À présent, Michel Kafando, ancien ministre des Affaires étrangères et ambassadeur aux Nations Unies, a remplacé Zida comme président par intérim tandis que ce dernier est devenu Premier ministre. Sans aucun doute Kafando représente-t-il une simple feuille de vigne pour éteindre les tensions, le dirigeant de fait reste Zida. La constitution de 1991 stipule que le porte-parole de l’Assemblée nationale doit prendre la situation en charge si le président démissionne ou est déposé. Mais le Parlement et sa direction elle-même étaient profondément impliqués dans la tentative de Compaoré d’étendre son mandat, au point que le bâtiment du Parlement fut le premier à être attaqué par les masses révoltées. Reflétant le niveau d’impopularité du Parlement, on ne savait pas où se trouvait son porte-parole.

Le mouvement ouvrier

En ce moment, différentes sections de la classe dirigeante essaient de s’insérer dans la situation en se posant comme partie intégrante du mouvement. Mais ce fut la grève générale, appelée par cinq centrales syndicales à la lumière des manifestations de masse du 28 octobre, qui fut décisive pour faire tomber Compaoré. En effet, le mouvement ouvrier a toujours joué un rôle actif dans l’histoire politique du pays depuis son indépendance en 1960. Des protestations et grèves massives du mouvement ouvrier au Burkina Faso ont été centrales dans la chute de trois dirigeants depuis l’Indépendance. Malgré l’unité lâche entre les cinq centrales syndicales, un produit des tactiques de « diviser pour mieux régner » appliquées par Compaoré, ceci n’a pas pu arrêter les protestations de masse et les grèves.
En 2013, le mouvement ouvrier organisé, malgré la direction qui fraternisait avec le gouvernement (le gouvernement a partiellement financé les centrales syndicales), a dû diriger des protestations de masse et des grèves contre l’augmentation des prix alimentaires et de la pauvreté. Avant cela, en 2011, des protestations de masse et des grèves, et même des mutineries dans les rangs de l’armée ont fait convulser le pays, dans une sorte de répétition générale de ce qui devait se passer en 2014. Cette semi-insurrection a été achetée par une augmentation du salaire minimum, des subsides pour la nourriture et l’amélioration du salaire pour les soldats du rang. En 1998-1999, des protestations de masse contre le régime de Compaoré avaient déjà forcé le gouvernement à faire des concessions, y compris la limitation des mandats présidentiels. Pourtant, il semble que Compaoré était à court de concessions, et toutes les tentatives pour apaiser la dernière vague de protestations ne pouvaient qu’enflammer la volonté de chasser le régime en faillite.
Malheureusement, la direction du mouvement ouvrier, malgré la réalité évidente du pouvoir étant effectivement dans la rue, a refusé d’élaborer un programme décisif pour réorganiser la société. Un incident a montré le rôle perfide de la direction actuelle quand, à un meeting orchestré par la CEDEAO pour trouver un atterrissage en douceur pour la classe dirigeante burkinabée et empêcher une contagion régionale/continentale, les représentants syndicaux ont été entendus dire que le processus transitionnel prendrait du temps et qu’il fallait le laisser mûrir ! Ceci montre que la direction syndicale n’a pas de programme politique indépendant pour changer le cours de l’Histoire au Burkina Faso. Dans le meilleur des cas, ceci ne peut mener qu’à l’émergence d’une autre soi-disant figure d’opposition, et dans le pire des cas, à l’émergence d’un régime autoritaire et d’un État fort ; donc dans tous les cas à un recul dans la société.

Bonnet blanc et blanc bonnet

Aucun des partis d’opposition ou des politiciens ne pose une quelconque alternative fondamentale. Citant Elke Erlecke, chef du programme Afrique de l’Ouest à la Fondation Adenauer, Deutsche Welle a indiqué qu’aucun parti politique n’avait de manifeste, ils sont tous construits autour de politiciens individuels (4 nov. 2014). De plus, de nombreux partis politiques, dont Saran Sérémé, du PDC (Parti pour le Développement et le Changement) et Zéphirin Diabré de l’UPC (Union pour le Progrès et le Changement) étaient précédemment dans le parti dirigeant et ne cherchent que des opportunités pour leurs carrières politiques au lieu d’apporter une alternative.
Pendant ce temps, derrière les nombreuses grèves et protestations, il reste la misère et la pauvreté chroniques auxquelles font faces les travailleurs et les pauvres du pays. Alors que des agences diverses parlent d’une croissance économique de plus de 4 % en moyenne, environ 50 % de la population vit avec moins d’un dollar par jour. Plus de 70 % de la population active est au chômage, et le salaire minimum est à un misérable 2 dollars par jour. Le pays est 183ème sur 186 sur l’échelle d’Indice de Développement Humain.
De l’autre côté, la minuscule élite dirigeante et les capitalistes mènent la belle vie grâce aux richesses du pays. Dans un pays enclavé avec peu de ressources humaines et un climat moins favorable, la richesse est concentrée dans les mains de quelques gros capitalistes et d’étrangers. Par exemple, le secteur financier, qui contrôle 30 % du PIB (Produit Intérieur Brut) est contrôlé par onze banques privées et cinq institutions financières non-bancaires, possédées par une poignée d’hommes d’affaires locaux ou étrangers. En fait, 3 banques contrôlent à elles seules 60 % des actifs du secteur financier. Le secteur minier est également contrôlé par quelques entreprises locales et multinationales et une poignée de riches. Et en parallèle, 90 % de la force de travail vit de l’agriculture de subsistance.

Les réponses régionales et internationales

La réponse des gouvernements régionaux et impérialistes a montré une fois de plus que les gouvernements capitalistes globalement sont unis dans leur phobie des mouvements sociaux des travailleurs et des pauvres. L’intervention rapide de la CEDEAO, avec le soutien de l’UA (Union Africaine) et de l’ONU, a peu à voir avec la démocratie, mais veut prévenir un effet domino particulièrement dans des pays où règnent encore des situations d’attentisme.
En effet, beaucoup de dirigeants africains, sur la base de leur règne corrompu et de leur servitude aux politiques impérialistes et néo-libérales qui ont socialement et économiquement aliéné leur population, ont une peur mortelle de soulèvements de masse où que ce soit dans la région. De l’Afrique du Sud à l’Angola, de la RDC au Cameroun et au Nigeria, une colère massive fermente contre les politiques anti-pauvres et néo-libérales qui ont rendu la vie plus misérable pour la majorité de la population. Dans les deux dernières décennies de politiques néo-libérales, tout le continent africain, malgré ses énormes ressources humaines et naturelles, a vu une majorité de la population vivre dans l’appauvrissement.
De plus, le soulèvement au Burkina Faso a de nouveau exposé l’hypocrisie des gouvernements occidentaux quant à la démocratie. L’opposition tardive des US et de la France à la tentative d’extension du mandat de Compaoré n’est encore une fois qu’une feuille de vigne. Les mêmes US ont été alliés de Blaise Compaoré pendant des années, assurant au gouvernement son soutien militaire. L’alliance des pays comme les US et la France avec Compaoré a été d’une assistance majeure et une pierre angulaire du régime. Alors que ces pays soutiennent des dictateurs comme Compaoré, la pauvreté et la misère continuent d’être le quotidien de la majorité. Des millions de dollars et de francs donnés à Compaoré sous la forme d’aide militaire auraient pu améliorer de manière significative les conditions de vie de millions de Burkinabés dans ce pays enclavé et appauvri. Mais l’impérialisme n’a que faire de telles entreprises malgré les gentillesses diplomatiques. Dans la mesure où un pays sert les économies stratégiques et économiques du capitalisme global, les travailleurs et les pauvres peuvent toujours mourir dans la misère. Évidemment, si les travailleurs et les pauvres du pays n’avaient pas pris leur destin en main, Compaoré serait toujours le chouchou de l’impérialisme capitaliste.

Des échos de Sankara ?

Le soulèvement au Burkina Faso a également remis à l’ordre du jour l’héritage de Thomas Sankara, le dirigeant assassiné. Sankara est un des héros respectés de l’anti-impérialisme africain. Il a dirigé un coup d’État de jeunes officiers en 1983 mais fut assassiné en 1987 avec un coup d’État sanglant dirigé par son second d’alors, Blaise Compaoré, réalisant ainsi le script de l’impérialisme français. Le legs de Sankara est celui d’un dirigeant au style de vie simple, dans un continent où la corruption des dirigeants est célèbre. Il maintint également une position anti-impérialiste pendant sa présidence. Il mit en place des mesures sociales, dont l’éducation de masse, le système de santé et des vaccinations massives, des politiques de libération de la femme, la redistribution des terres aux pauvres et des investissements dans l’infrastructure, dans un pays où la pauvreté est omniprésente. L’enthousiasme renouvelé pour Sankara et ses idées, particulièrement dans la jeunesse, reflète une recherche et le potentiel d’alternatives radicales de gauche. Mais la fin tragique de Sankara a aussi montré le besoin d’étudier avec attention l’héritage et les limites de son régime, et en particulier l’importance d’une rupture complète avec le capitalisme – ceci ne peut être réalisé qu’à travers l’implication démocratique des masses ouvrière et pauvre dans la lutte révolutionnaire plutôt qu’avec une direction personnelle et des mesures introduites d’en haut. Le gouvernement, bien qu’ayant mis en place des mesures sociales positives, était de plus en plus isolé face à l’impérialisme et au capitalisme mondial à cause de sa position anti-impérialiste. Un gouvernement ancré dans les masses des travailleurs et des opprimés, et en appelant, par-dessus la tête des impérialistes, aux travailleurs, non seulement en Afrique mais aussi dans le monde occidental, aurait pu briser le blocus impérialiste. En fait, c’était un mouvement de masse des opprimés avec des manifestations et des grèves contre les régimes de Zerbo puis de Ouedraogo en 1982 et 1983 qui a pavé la voie pour le succès du coup d’État dirigé par Sankara.
La contradiction entre la volonté de rompre les blocages impérialistes tout en limitant les droits démocratiques des travailleurs et des opprimés, sous couvert de la mise en place de mesures radicales et de la protection de la révolution, a isolé le gouvernement et rendu possible la victoire du coup d’État impérialiste, organisé et dirigé par la propre famille politique de Sankara, Blaise Compaoré, le dictateur fraîchement déposé, est revenu sur toutes les mesures positives du gouvernement Sankara et offert le Burkina Faso en pâture au capital financier mondial en rejoignant le FMI et en mettant en place les Programmes d’Ajustement Structurel.
Cette leçon est importante pour les travailleurs et les jeunes d’Afrique, qui regardent vers l’Histoire. Alors que des individus peuvent jouer des rôles héroïques dans l’Histoire, seul un mouvement révolutionnaire dirigé par les travailleurs reposant sur leur entière participation démocratique peut assurer la libération complète du joug du capitalisme mondial et de l’impérialisme.

La clé de l’avenir

La révolution au Burkina Faso a remis au premier plan cette réalité : le capitalisme fait et fera face partout à de nouvelles révoltes sociales. Malgré les tentatives de l’impérialisme et du capitalisme mondial d’empêcher l’émergence d’un mouvement de masse mondial avec les guerres et l’utilisation du syndrome de la forteresse assiégée (par exemple sous le prétexte de combattre le terrorisme), les travailleurs et les pauvres, depuis les centres du capitalisme jusqu’aux endroits les plus arriérés du monde, redécouvreront le potentiel énorme de leur pouvoir collectif.
La révolution au Burkina Faso a fait l’effet d’une onde de choc sur les autres dictateurs en Afrique, et leur a rappelé que leurs jours sont comptés. Mais ce qu’il manque c’est une plate-forme politique pour les travailleurs et les opprimés. Le mouvement ouvrier au Burkina Faso, qui compte plus de 500 000 membres, a les moyens de diriger un processus vers la libération politique des travailleurs et des pauvres du pays. La jeunesse du Burkina Faso, avec plus de 60 % de la population qui a moins de 25 ans, montre le potentiel révolutionnaire du pays.
L’organisation « Balai Citoyen » a représenté une partie cruciale des mobilisations qui ont conduit au renversement du régime Compaoré. Se réclamant de Sankara, le Balai Citoyen a été la moelle épinière des actions, particulièrement dans la jeunesse révolutionnaire, non confiante dans les partis politiques existants et les politiciens de l’establishment. Malheureusement, ses dirigeants n’ont pas d’idée claire sur comment faire avancer la révolution. Ceci les a conduits à hésiter entre encourager les mobilisations par la base, avec notamment la création de comités d’action locaux, et d’autre part propager de dangereuses illusions sur la bienveillance des chefs militaires à « prendre leurs responsabilités » et « restaurer la stabilité ».
Sur la base de l’échec des travailleurs, des pauvres et des jeunes à construire leur propre gouvernement révolutionnaire, certains éléments parmi les capitalistes vont manœuvrer et occuper le vide politique, en essayant de détourner le mouvement pour servir leurs propres intérêts. Mais les masses ouvrières ne devraient avoir aucune illusion dans quelconque section de la classe dirigeante capitaliste, qu’elle soit civile ou militaire.
Plutôt que d’en appeler à l’armée à « prendre ses responsabilités », une direction révolutionnaire devrait organiser des meetings de masse dans les communautés, les entreprises, les écoles, les villages, ainsi que dans les campements militaires (avec une implication des soldats du rang des forces militaires, qui vivent également dans une pauvreté nauséabonde) et les centres urbains. Ces meetings de masse, ainsi que de discuter de la manière dont la révolution peut avancer, devraient élire leurs représentants, soumis à révocabilité. En s’associant de l’échelle locale à l’échelle nationale, ceci pourrait former la base d’un gouvernement des représentants des travailleurs et des pauvres, qui pourrait former une Assemblée Constituante Révolutionnaire qui entamerait le processus de réorganiser la société en fonction des intérêts des travailleurs. Ceci impliquerait premier lieu de mettre les piliers de l’économie, les mises, le secteur financier et l’industrie cotonnière sous propriété publique, avec un plan démocratiquement établi sur l’utilisation de ces ressources dans les intérêts des travailleurs et des pauvres.
Seul un programme politique pour la classe ouvrière, qui cherche à mettre les ressources et la richesse commune sous propriété commune et collective peut apporter les solutions nécessaires au marasme économique et social auquel les travailleurs et les pauvres sont confrontés.
La bannière de la solidarité révolutionnaire avec les jeunes et les travailleurs du reste de l’Afrique et du monde occidental devra aussi être brandie, dans le but de saper le sabotage et les blocages que les gouvernements capitalistes imposeront au pays. On ne peut qu’imaginer l’effet révolutionnaire qu’un succès de la révolution des travailleurs et des jeunes aura sur la Côte d’Ivoire, le principal partenaire commercial du Burkina Faso. Ceci pourrait étendre la révolution à d’autres pays, à la fois en Afrique occidentale, et en fait sur tout le continent africain, plus tôt qu’escompté. L’exemple du « printemps arabe » montre comment la révolution peut se propager de manière virale, surtout quand des efforts conscients sont faits par les travailleurs et les jeunes à travers différents pays pour faire passer le message.

Nouvelle réunion du GIEC : les capitalistes n’ont pas de solution au réchauffement climatique

rechaudLa série de travaux du 5ème rapport du GIEC (groupe d’expert international sur l’évolution du climat) se termine et il augmente encore la probabilité à 95% que le réchauffement global de l’atmosphère terrestre est dû à l’activité humaine. Le rapport préconise toute une série de bonnes intentions pour se préparer aux changements climatiques et réduire les émissions de gaz à effet de serre pour ne pas dépasser le seuil de +2 Degrés d’ici 2100. La suite sera une conférence internationale en décembre 2015 à Paris sur le climat.

En attendant les 28 dirigeants européens viennent de s’engager à réduire leurs émissions de 40% d’ici à 2030 ainsi que de porter la part des énergies renouvelables à 27% de la consommation et faire
27% d’économies d’énergie par rapport à 1990. Les économies d’énergie n’étant pas obligatoires, ils veulent se faire passer pour des écologistes mais de l’aveu même du président du conseil européen :
«Avec la crise en Ukraine et les troubles au Moyen-Orient, il est devenu très clair à quel point il est urgent et vital de réduire la dépendance énergétique
de l’Europe».

De plus il est très peu probable qu’ils arrivent à un accord avec les États unis ou la Chine en pleine guerre économique et il serait aussi injuste de demander aux «pays en voie de développement» de se limiter sans aide au développement d’autres sources d’énergie non émettrices de gaz à effet de serre.

Seule la perspective du manque de pétrole motive certains capitalistes à passer à l’électrique ou aux moteurs hybrides par exemple pour les voitures ou face à une demande spécifique. Pendants ce temps le marché du carbone s’est ouvert où des sociétés s’échangent les quotas de CO2 pour des milliards de droits à polluer.

On continue sur la voie du nucléaire comme en France alors qu’on prétend prévenir les risques climatiques, le risque nucléaire on oublie même après Fukushima. Un nouveau «continent de plastique» s’est formé dans le Pacifique et ce n’est pas juste en interdisant les sacs plastiques comme le gouvernement qu’on réglera le problème pendant que des flots de déchets industriels sont rejetés directement dans les océans.

L’environnement c’est aussi notre santé, car nous vivons dedans et nous sommes au bout de la chaine alimentaire. Les OGM sont de plus en plus utilisés et menace la biodiversité. Le nombre de scandales sanitaires pour les profits de firmes pharmaceutiques, de l’agro-alimentaire ou de la chimie s’accroît et les substances nocives impopulaires sont remplacés par d’autres.

Les gouvernements envisagent même pire avec le traité transatlantique qui prévoit que les normes européennes, qui sont plus restrictives qu’aux Etats-Unis, seront balayées. Sans parler du constat alarmant de gâchis alimentaires dont tout le monde à conscience pendant que des populations meurent de faim.

La situation ne va faire que s’empirer. Selon le GIEC, les zones tempérées sverront leurs précipitations s’accroîtrent alors que les zones à faible pluviométrie encore plus sèches à de rares exceptions. D’autre part ce qui va de paire avec le réchauffement climatique globale c’est la montée des eaux. Le GIEC a raison de pointer du doigt les risques de conflits à cause du manque de ressources qui vont avoir lieu et des déplacements de populations face aux événements climatiques. Mais aucun accord ne pourra passer outre les antagonismes entre Etats.

Sous le capitalisme, ce sont toujours les travailleurs qui paieront le prix car les profits passeront toujours devant l’environnement. Ce seront surtout ceux qui auront les moyens qui pourront se soigner ou avoir une vie saine, se déplacer aisément, etc.

La Société consomme plus que ce que la Nature peut reproduire en une année et on ne peut pas compter sur les experts capitalistes qui n’ont même pas vu venir la crise économique pour gérer les
risques environnementaux pour les populations.

Il faut mettre fin à ce système économique en renversant le pouvoir capitaliste pour mettre en place une économie planifiée, gérée par les travailleurs eux-mêmes. Cela permettra de produire juste ce qu’on a besoin dans de bonnes conditions, répartir les ressources entre les population et avoir une recherche publique indépendante pour développer les énergies renouvelables, ainsi que contrôler notre alimentation par exemple.

Par Matthias Louis

Transition énergétique : beaucoup de bruit pour rien

indexroyalL’Assemblée Nationale a adopté le projet de loi relatif à la « transition énergétique pour la croissance verte ». Il est présenté par la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, comme une mesure phare du
quinquennat. Cécile Duflot, elle, salue ce « premier véritable débat historique sur la politique énergétique de la France ». Ce texte est-il si ambitieux que ce que l’on voudrait nous faire croire ?

L’écologie est devenu un sujet vendeur aujourd’hui: les labels Bio se sont multipliés, créant ainsi une gamme de produits plus chers et l’immobilier, l’énergie etc. ont pu engranger des aides massives
de l’Etat qui ont permis à beaucoup d’entreprises de multiplier les profits et à leurs patrons de s’enrichir. Pour les travailleurs de ces secteurs, rien de neuf par contre, l’exploitation habituelle.

Il en va de même dans l’offre politique. L’écologie est devenu un thème porteur permettant le recyclage de certains politiciens et de donner un vernis vert aux politiques libérales. EELV peut ainsi justifier sa place dans les majorités de « gauche » et s’instituer en caution morale alors qu’ils ne sont en fait pas plus écologistes que les autres.

Une loi bidon

Parmi les objectifs principaux : la diversification des énergies, la réduction de 75 à 50 % de la part du nucléaire dans la production énergétique d’ici à 2025 ou encore la réduction de moitié de la consommation énergétique d’ici à 2050. Toutefois, il n’est proposé aucun plan pour y parvenir, une grande liberté étant accordée aux collectivités territoriales et aux initiatives privées. De plus, le financement prévu paraît largement insuffisant. En effet, 10 milliards d’euros sur 3 ans seraient débloqués quand on estime qu’il en faudrait le triple. Sans compter que certains de ces objectifs existent en réalité depuis longtemps. La rénovation énergétique de 500 000 logements par an, mise en avant dans la loi existe depuis 2012 sans que rien ne soit fait pour que l’objectif soit tenu.

Il n’y a donc, en réalité, aucun changement de cap dans la politique énergétique actuelle. Le texte propose, par exemple, la création de subventions pour rénover son habitation ou encore passer à la
voiture électrique. Compte tenu du reste à charge élevé de ces opérations, ces subventions profitent, comme toujours, aux entreprises privées de ces secteurs et aux ménages aisés qui ont les moyens d’y recourir.
De plus, la promotion de la voiture électrique est jugée peu efficace. Il faut faire plus de 50 000 km avant d’émettre moins de CO2 qu’un diesel. Pourtant des solutions moins couteuses et plus efficaces existent comme le développement de transports publics gratuits. Le texte de loi n’encourage pas davantage les alternatives à la route pour le transport de marchandises. Les patrons routiers ne seront pas taxés puisque le projet d’éco taxe a été enterré. Seul changement, ils seront soumis à la hausse du tarif du gazole mais au même tarif que les particuliers !

La part du frêt non routier ne représentant que 12% du transport de marchandises, il y a pourtant des progrès à faire en la matière. Mais une fois de plus, on préfère faire croire à une responsabilité individuelle (par exemple en imposant l’installation de compteurs « intelligents », à la charge des résidents ou en interdisant la vente de la vaisselle en plastique) que de faire payer les entreprises polluantes.
Cette loi est donc un pur effet d’annonce qui ne s’attaque en rien aux véritables problèmes mais permet de faire de l’écologie un secteur juteux pour les patrons.

Par Sarah

Grandes manifs syndicales et des mouvements sociaux au Québec

indexquebecUne interview de Julien, membre de Alternative socialiste Québec, section du CIO.

Une interview de Julien, membre de Alternative socialiste Québec, section du CIO.

Quelle est la situation actuellement au Québec depuis le mouvement de 2012?
Au Québec, on connaît la plus grande vague d’austérité jamais vue depuis l’élection des libéraux l’an passé. Ils ont délogé le gouvernement du Parti du Québec qui avait été élu à partir des aspirations du mouvement étudiant. Le parti québécois (parti nationaliste québécois) a renié toutes ses promesses électorales un peu progressistes pour couper dans l’aide sociale, augmenter les tarifs d’électricité puis a promis un budget d’austérité. Ensuite ils ont mené une campagne identitaire et raciste autour de la charte des valeurs, voulant instaurer une laïcité à deux vitesses, ciblant les femmes voilées mais laissant les crucifix à l’Assemblée nationale. Le parti québécois a anticipé les élections en mai dernier pensant avoir l’avantage, à tort. L’abstention a été forte et le parti québécois a tout perdu au profit des libéraux qui ont raflé la majorité absolue.

Des manifestations massives ont lieu contre le gouvernement libéral, que se passe t-il ?
Le premier budget des libéraux était un budget austère et pendant l’été et l’automne, ils ont imposé des coupes massives, sous prétexte d’obtenir un déficit 0, contre la dette… Ils se sont attaqués aux pensions des employés municipaux avec l’appui des populistes de droite qui dirigent Montréal et Québec. Leur loi veut imposer une variation de ce que tu reçois en fonction des lois du marché !!!
Les employés municipaux dénoncent depuis juin ce vol du salaire différé avec une campagne « On a rien volé, nous ! » Pendant l’été, il y a de grosses manifs des employés municipaux à Québec avec entre 10000 et 20000 participants. (les grèves sont interdites si elles ne sont pas dans le cadre des négociations des conventions collectives, considérées comme des grèves politiques)

Comment cette lutte s’est elle étendue à d’autres secteurs ?
Les employés municipaux sont le fer de lance de la lutte contre l’austérité et il était nécessaire de faire solidarité autour d’eux. Au début de l’automne, une manif très combative à Montréal a regroupé 30 000 personnes avec les familles des employés municipaux. Puis les mouvements sociaux se sont mis en action à nouveau en prévision d’un front commun intersyndical du printemps 2015 (négociation du secteur public et para public avec 400 000 personnes concernées).
A Halloween une première manif a eu plus large organisée par les mouvements sociaux directement contre l’austérité avec 50 000 personnes. Ceci s’est élargi à la dénonciation de la hausse des frais de garderie, des coupes dans les budgets des administrations des CEGEPs et universités, de la continuation du plan Nord d’exploitation des minerais pour des compagnies étrangères et d’industries pétrolières dans le golfe…

Quelles sont les revendications des manifestants ?
La coalition de la manif de samedi 28 novembre a organisé des manifs très importantes de 100 000 Montréal et 25000 à Québec. Les manifestants demandent la fin de l’austérité s’opposent « au démantèlement de l’état social et exige un gouvernement d’abord au service de la population et non des grandes entreprises ». Une escalade dans le mouvement et un plan d’action est nécessaire. Nous poussons à une journée nationale de perturbation du Front commun pour appuyer l’idée d’une grève générale de 24 h avec blocages, piquets, grèves….

La colère a monté sans cesse au Québec depuis 2010 puis en 2012, comment le mouvement peut -il avancer ?
En 2010 nous avons eu une seule grande manif avec la crise, mais tout est très vite retombé après un accord pourri entre les syndicats et le gouvernement. Cette fois-ci, la situation est différente car tous les secteurs sont touchés et nous avons eu la longue grève étudiante en 2012.
L’expérience des étudiants en lutte donne de l’énergie au mouvement, réveillant une combativité syndicale. Le mouvement motivent les membres des syndicats à défier la loi spéciale qui va être déclarée sûrement par le gouvernement si le mouvement grandit. La ténacité des étudiants a montré qu’il faut être prêt à hausser le ton et probablement lutter contre une future loi spéciale. Il s’agit d’un décret qui impose les termes des conventions collectives sans discussion pendant 4 ans et qui a été utilisé pour interdire de manifester les étudiants.

Quelle peut être la traduction politique de cette colère ?
Les directions des centrales syndicales sont très liées au parti québécois. Et la gauche de la gauche avec Québec solidaire (3 députés) n’organise pas les mouvements sociaux, très peu ancrée dans le monde du travail. Nous sommes partie prenante de Québec solidaire, cette force dénonce l’austérité mais sans campagne ni objectifs pour engager le combat contre l’austérité. Québec solidaire est donc peu perçue comme une option pour les travailleurs et les jeunes. Nous nous battons pour que la combativité d’une partie de la jeunesse étudiante et des travailleurs qui luttent contre l’austérité trouve une expression politique et des perspectives pour gagner. Alternative socialiste Québec travaille dans ce sens dans les syndicats en ayant impulsé le réseau syndical Offensive syndicale, au sein des mouvements de lutte et intervient dans Québec solidaire.

Propos recueillis par LM